Série Spécial Chiffons (5) : les anges chantent en aube parée et la « vraie chasuble »


Nous savions déjà que les anges chantaient, et chantaient en grégorien, bien sûr. Cf. Lc 2,10-14 :

Et dixit illis ángelus: « Nólite timére; ecce enim evangelízo vobis gáudium magnum, quod erit omni pópulo, quia natus est vobis hódie Salvátor, qui est Christus Dóminus, in civitáte David. Et hoc vobis signum: inveniétis infántem pannis involútum et pósitum in praesépio. » Et súbito facta est cum ángelo multitúdo milítiae caeléstis laudántium Deum et dicéntium: « Glória in altíssimis Deo, et super terram pax in homínibus bonae voluntátis. »

Et bien grâce à l’excellent site « Chrysoline ornements » nous savons qu’ils chantent en aube parée : la preuve en images ici.

A ce propos, nous avons parlé des « vraies aubes » dans un article précédent de cette série. Deux rappels utiles :

  1. les « vraies étoles » diaconales se nouent


(Ordinations 2014 à Ars)

(Et elles ont bien sûr des franges…)

  1. et surtout : les « vraies chasubles » sont coniques (on dit aussi en forme de « cloche ») :


(Ordinations 2014 à Ars)

Évidemment, la vraie chasuble est plus difficile à porter. Elle oblige à une dignité dans le maintien, et évidemment, les bras ballants sont proscrits…


Les chasubles « cloches » ou « coniques » à l’abbaye Saint Wandrille


Bénédiction abbatiale à Saint Wandrille (on distingue bien la dalmaticelle sous la « vraie chasuble » du TRP Abbé.

La « chasuble cloche » donne un drapé antique au ministre absolument somptueux sans qu’il y ait besoin d’ajouter de froufrous. La noble simplicité du rite romain !

Sur Saint Wandrille et ses ornements, nos lecteurs seront heureux de consulter ceci :

http://statics.pointdevues.com/flipbook/wandrille/index.html :

Trésors de l’abbaye Saint-Wandrille, De l’Art déco aux années 1950

Ouvrage collectif sous la direction de Nicolas Coutant (La Crea) et Pascal Pradié (abbaye Saint-Wandrille)

Héritière de treize siècles d’histoire, l’abbaye Saint-Wandrille conserve une importante collection d’ornements liturgiques créés par son atelier d’art sacré entre 1931 et les années 1950, réunissant de spectaculaires œuvres textiles et d’orfèvrerie. Faisant écho aux grandes réalisations de l’Art Déco ainsi qu’aux œuvres d’artistes comme Robert Delaunay ou Edouard Bénédictus, les pièces alors créées par les moines puisent aussi dans la mode profane, notamment dans les créations de grands couturiers comme Madeleine Vionnet ou Jeanne Lanvin.
Les œuvres d’orfèvrerie religieuses témoignent également de l’ouverture de l’atelier liturgique sur la création artistique du moment, les frères collaborant alors avec de grands orfèvres parisiens.
Ce moment unique de création est présenté pour la première fois dans cet ouvrage, qui dévoile des pièces demeurées longtemps inédites tout en les resituant dans leur contexte intellectuel et artistique.

Bref, vous voulez ou voulez faire faire pour quelqu’un une vraie chasuble ? Demandez à Chrysoline….

Série spécial chiffons (4) – Le patron de « La vraie aube » ?

Suite de notre série « Spécial chiffons ».

Pour retrouver les épisodes précédents :

 


La vraie aube ? C’est bien sûr celle du « Petit Placide » de Mère Geneviève Gallois

 

Mais bon, ; lorsqu’on a dit ça, on n’a pas résolu le problème … Où trouver un vrai bon patron d’aube ? C’est-à-dire le patron de l’aube que l’on voit ci-dessous :


Abbaye Notre-Dame de Randol


Abbaye Saint Pierre de Solesmes


Solesmes, encore


Abbaye Sainte Anne de Kergonan


Abbaye Saint Michel de Kergonan


Abbaye Notre-Dame de Wisques


Wisques, encore. Gros plan.


Abbaye Notre Dame de Fontgombault


Abbaye Notre Dame de Clear Creek.

Bref ; on voit bien que c’est toujours la même. Il semblerait que les moines de la congrégation de Solesmes partagent tous le même patron d’aube. Une aube conçue par le P. Van Der Laan, moine de Vaals (la branche solesmienne aux Pays Bas). Le P. Van Der Laan (cf. http://fr.wikipedia.org/wiki/Hans_van_der_Laan ) est connu pour ses réflexions concernant l’esthétique architecturale et le nombre d’or en trois dimensions. C’est lui qui a conçu cette aube dont nous vous livrons donc ici quelques secrets :


Vue d’ensemble pour le montage général.


La coupe pour une largeur de tissu standard, pour un adulte.


Vue pour l’assemblage, la couture, les poches. Notez qu’il n’y a pas le capuchon (qui est amovible) et qui est réservé aux moines. Une aube « séculière » ne devrait donc pas avoir de capuchon. Le séculier la porte avec un amict. Bien sûr, l’aube est serrée à la taille par un cordon en conformité avec PGMR 336.

Bien sûr si vous avez un besoin important, nous avons le patron complet. Contactez-nous si vous le voulez. Cette coupe d’aube peut remplacer avantageusement de nombreuses choses hideuses que l’on voit malheureusement trop souvent.

Série spécial chiffons (3) : l’aube parée et la tunique sous-diaconale

Dans le numéro précédent, nous avons parlé de l’amict paré et de l’aube parée. Quelques mots sur la tunique. C’est le vêtement du sous-diacre, qui en réalité n’est rien d’autre dans sa forme traditionnelle, qu’une aube particulièrement et richement parée. Elle ne devrait pas pouvoir être confondue avec la dalmatique, car elle est supposée avoir une longueur plus grande et des manches étroites, tandis que la dalmatique est comme la chasuble un vêtement qui se porte au dessus de l’aube. Evidemment, vous me direz qu’il n’y a plus de sous-diacres à l’heure actuelle dans la forme ordinaire du rite. La réponse est la suivante : oui et non. Oui, les sous diacres ne sont plus ordonnés, c’est à dire que le sous-diaconat n’est plus depuis Paul VI un ordre majeur (cf. Motu Proprio Ministeria Quaedam).  Mais il y a toujours référence au sous-diacre dans le même motu proprio, en ce qui concerne le lecteur et l’acolyte institué ; il faut dire que cet usage de l’emploi d’un ministre spécialement désigné pour faire notamment il est donc tout à fait fondé de voir ce ministre être revêtu à la messe de la tunique (dont la signification symbolique est bien moindre que la dalmatique ou la chasuble). Retenons en tout cas que pendant des siècles dans le rite romain, on a fait l’effort d’habiller de façon spécifique celui qui proclame la lecture, il ne serait donc pas inconvenant de le voir revêtu d’une aube (même non parée !!) pour bien faire comprendre l’importance de la proclamation de la Parole divine dans la liturgie de la Sainte Messe. L’usage des aubes parées est donc très ancien, et aussi beaucoup plus traditionnel que la dentelle, puisqu’il était surtout répandu avant l’invention de cette dernière. Le parement des aubes est également encore en usage, à l’étranger bien sûr mais aussi en France. On peut voir des aubes et des amicts parés dans certains monastères (c’est très banal à Solesmes) ou pour les célébrations les plus solennelles de la Communauté Saint Martin.

Ordination : l’ordinant est revêtu de la chasuble. Pour cela il a replacé son amict (paré) sur la tête.
Liturgie d'ordinations 2012 de la Communauté Saint Martin. Diacre et sous diacre en amict parés.
Liturgie d’ordinations 2012 de la Communauté Saint Martin. Diacre et sous diacre en amict parés.

Pour l’usage des tuniques, et même le fonctionnement du sous-diacre dans la liturgie (de Paul VI, j’entends, biens sûr) c’est évidemment nettement moins courant. Même si  le sous-diacre a sa fonction décrite dans le missel de 1970…  Dans ce cas précis, son rôle peut être aussi celui d’un « acolyte paré » ; certains usages diocésains revêtent de la tunique l’acolyte cruciféraire de la procession (en français : le servant qui porte la croix). Cela se voit de façon tout à fait courante par exemple à Caen, et ce n’est évidemment pas inconvenant.

Sur ce patron, on voit bien la différence entre la tunique (à gauche) et la dalmatique (à droite).

La dalmatique porte parfois des orfrois qu’on appelle des « clavi », c’est à dire des bandes décoratives verticales de part et d’autre de l’encolure, tandis que la tunique ne devrait pas en porter (malgré ce qu’on voit parfois). Elle est bien sûr plus longue, et a bien, comme précédemment décrit, des manches étroites, comme l’aube.

Une dalmatique avec orfrois verticaux (les « clavi »). Au passage :publicité gratuite pour Chrysoline ornements. Offrez pour Noël une belle chasuble à votre curé !
La proclamation de l’Evangile par le diacre (en dalmatique manipule), sur l’Evangéliaire porté par le sous-diacre (en tunique) et entouré par deux acolytes enfants en aube.

Sur cette illustration, on distingue bien le diacre du sous-diacre. Apparemment, les ministres portent des capuches et non pas des amicts ; ce sont des religieux (rappelons que l’usage universel réserve l’emploi du capuchon aux moines, que ce soit en orient ou en occident), alors que les acolytes enfants sont en amicts.

Série spécial chiffons (2) : l’amict, l’aube parée, l’amict paré.

Cet article, paru en 2008 a été mis à jour en décembre 2012.

Nous avons déjà souligné dans nos pages notre franche préférence pour les ornements dits « gothiques », qui sont tout simplement en réalité la forme traditionnelle des ornements de la liturgie dans les rites latins, et parmi eux, en particulier, de notre rite, le rite romain.

Dans l’épisode précédent, nous écrivions quelques lignes sur l’aube, qui est le « vêtement commun des ministres », c’est-à-dire de tous ceux qui on un service à accomplir au sanctuaire. (Rappel : le « sanctuaire » n’est pas à confondre avec le « chœur » : le sanctuaire, c’est là où se place le clergé pour officier, auprès de l’autel, du trône pontifical, du siège du célébrant ; à l’entrée du sanctuaire, comme partie prenante de ce dernier, l’ambon, d’où est notamment chanté l’Evangile ; le chœur quant à lui, c’est l’endroit où le placent les ministres pour le chant « choral » de la liturgie.  Le chœur est souvent, dans l’arrangement classique des églises, distinct du sanctuaire ; dans les grandes églises avec chapitres, basiliques, cathédrales, le chœur est meublé de stalles).

L’amict : prononcer « ami ».

Avant de revêtir l’aube, si elle n’entoure pas parfaitement le col de l’habit commun, on revêtira l’amict. (Présentation Générale du Missel romain).

Le Missel précise que si  l’aube recouvre le col de l’habit commun, il n’est pas nécessaire. Il faut bien constater que dans beaucoup de cas, nos ministres considèrent que l’aube couvre toujours le col de l’habit commun ; mais ce n’est souvent pas exactement le cas…

Cette pièce de tissu carrée, reliée de deux cordons fins, permet de cacher le col de l’habit commun. Il se place autour de cou après avoir brièvement été imposé sur la tête ;

l’Eglise y voit le symbole du « casque du salut » :

(Eph 6,17)

Gáleam salútis assúmite et gládium Spíritus, quod est verbum Dei;

Prenez aussi le casque du salut, et le glaive de l’Esprit, qui est la parole de Dieu.

Pour nous qui sommes du jour, soyons sobres, prenant pour cuirasse la foi et la charité, et pour casque l’espérance du salut.

Dans le code des rubriques du missel romain dans son édition de 1962, des prières sont proposées pour la vêture de l’aube et de l’amict ; ce sont de belles prières, que l’on peut tout à fait continuer à utiliser:

Cum lavat manus, dicat :

En se lavant les mains, le prêtre dit :

Da, Domine, virtutem manibus meis ad abstergendam omnem maculam ; ut sine pollutione mentis et corporis valeam tibi servire.

Ad amictum, dum ponitur super caput, dicat :

En posant l’amict sur la tête, il dit :

Impone, Domine, capiti meo galeam salutis, ad expugnandos diabolicos incursus.

Pendant qu’il revêt l’aube :

Dealba me, Domine, et munda cor meum ; ut, in Sanguine Agni dealbatus, gaudiis perfruar sempiternis.

Ad cingulum, dum se cingit :

En se ceignant avec le cordon :

Præcinge me, Domine, cingulo puritatis, et exstingue in lumbis meis humorem libidinis ; ut maneat in me virtus continentiæ et castitatis.

Pour solenniser certaines célébrations, il est de coutume dans les rites latins, spécialement lorsqu’on utilise des ornements de forme traditionnelle (c’est-à-dire antérieurs au XVII° siècle) de « parer » l’amict et l’aube. Ceci est valable pour tous les ministres, ordonnés, institués, ou extraordinaires. L’usage d’aubes et amicts parés est courant dans certaines régions (Espagne, Grande-Bretagne, spécialement pour les rites anglo-catholiques), mais aussi le rite de Milan (ambrosien). Pour le rite romain, particulièrement en France, cet usage est malheureusement assez rare, à cause de la prééminence au XIXème et XXème siècles de la mode liturgique « baroque », privilégiant le raidissement des chasubles (et leur forme en « boîte à violon » et l’ouverture du côté des dalmatiques, et l’extraordinaire croissance des dentelles sur l’aube.

Pour autant, le parement des aubes a une signification symbolique ; il est de tradition en certains lieux, que les ministres qui chantent la Passion le Vendredi Saint soient revêtus d’aubes parées de rouge, pour rappeler les plaies du Christ ; de façon générale, le parement est aussi porté par le célébrant (prêtre ou évêque), le diacre et dans certains cas, d’autres ministres. C’est une coutume très intéressante, qui mériterait d’être davantage utilisée dans nos régions !

Quelques images parlantes d’aubes et amicts parés, dans le rite romain ou d’autres rites latins :

[IMGP4583+a.jpg]

  Un ministre avec l’amict sur la tête, avant de revêtir l’aube.

http://www.execulink.com/~dtribe/blog/IMG_2149.JPG

Fraternité Saint Pierre, Australie (forme estraordinaire du rite romain). Notez la chasuble sublime

Une aube du XIIème siècle parée.
Messe de Saint Martin : chasuble et dalmatique de forme traditionnelle, aubes et amicts parés. On distingue très bien la dalmaticelle du prélat sous la chasuble.
Usage anglo catholique contemporain : tous les ministres, prêtre, diacre, sous-diacre et acolyte sont en aube parée
Cathédrale de Séville : acolytes en tuniques, amicts et aubes parés.

Le symbolisme du parement des aubes est une rappel des plaies du Christ : on pare l’amict à cause de la   couronne d’épines, l’extrémité des manches à cause des clous, l’emplacement inférieur à l’avant et à l’arrière (également). Plus rarement, comme sur la photo de l’aube du XIIème, on pare également la poitrine, à cause du coup de lance du soldat. On peut noter que le parement des aubes n’est pas réservé au célébrant, puisque les ministres inférieurs portent également des aubes parées dans beaucoup d’endroits.

Parer une aube, c’est donc ajouter une pièce de tissu (c’est souvent un damas de soie) à l’emplacement des pieds et à l’extrêmité des manches. On ne port évidemment l’aube parée qu’avec l’amict paré. Par contre l’inverse n’est pas vrai. On voit souvent des ministres en amicts parés, mais sans que l’aube elle même le soit. Il faut noter que l’aube elle même est beaucoup plus traditionnelle que le surplis, qui en fait n’est qu’une aube réduite, et n’est autorisé que lorsqu’on n’a pas de fonction ministérielle dans la liturgie (au choeur par exemple). Pourtant on voit parfois des chapiers en surplis ou bien des diacres ou sous diacres en surplis et dalmatique. Ce n’est qu’une concession, c’est à dire une permission non générale, qui est concédée par facilité. Dans les fonctions très solennelles, cela permet aussi de distinguer les ministres principaux des ministres honorifiques. A cette concession correspond d’ailleurs une concession inverse donnée au chantres dans l’usage gallican / franc, (c’est à dire chez nous) d’être revêtus d’aubes et non du simple habit de choeur. On notera que dans les pays étrangers, les choeurs sont pour la plupart habillés en habit de choeur (ce qui est parfaitement logique : cf. les choeurs allemands, ou italiens comme celui de la Sistina) tandis qu’en France il est courant de voir des choeurs en aube (comme les petits chanteurs à la croix de bois – ce qui serait incongru à l’étranger). C’est d’ailleurs pour cela qu’en France, les servants de messe (c’est à dire les acolytes enfants) sont appelés « enfants de choeur », alors que la plupart du temps ce ne sont justement pas eux qui chantent (malheureusement) et qu’il sont de façon quasi universelle en aube. Notons d’ailleurs que la croyance que la soutane est réservée au clergé ordonné – largement partagée en France – est tout à fait erronée. Non, accompagné de la cotta ou du surplis, ce n’est qu’un simple habit de choeur.

Série spécial chiffons (1) : l’aube.

A notre époque, la question des vêtements liturgiques pose question : on identifie la plupart du temps la « sensibilité  » de tel ou tel ministre de la sainte liturgie en fonction des habits qu’il porte. Des différences impressionnantes peuvent même caractériser deux vêtements supposés remplir la même fonction, Quelquefois même, pour lui, la façon de porter certains habits liturgiques ou ornements a en elle même une signification, sur sa théologie ou sur son ecclésiologie. Derrière un même mot, supposé représenter quelque chose d’identique, on constate énormément de différences. Pour un fabricant de vêtements liturgiques, il est donc extrêmement difficile de proposer une gamme de produits, beaux, peu onéreux, conformes au symbole que l’habit est supposé signifier.

Le meilleur exemple de cela, c’est l’aube : « Dis moi quelle aube tu portes, et je te dirai quel prêtre tu es » ! Les récentes cérémonies d’ordination ont encore cette année pu faire apparaître énormément de différences de coupe, de couleur, de teneur de tissu notamment parmi les prêtres qui sont venus imposer les mains. Un véritable défilé… de « mode ». On voit même apparaître dans certains diocèses certaines coupes spécifiques d’habits liturgiques… Parce que comme les habits civils, les habits liturgiques obéissent à certains « canons », qui en fonction des époques et même des lieux ont une tendance certaine à évoluer

Ceci est supposé être une aube :

 http://www.scholasaintmaur.net/img/aube_fssp.jpg

Ceci également est supposé être une aube :

http://www.scholasaintmaur.net/img/ordination_NDParis.jpg

Nous avons une vague ressemblance de couleur, mais à part ça, au plan technique, strictement limité à la couturière, il n'y a pas grand chose de commun : coupe, matière, aspect général….

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Nous avons entre ces deux exemples, un « éloignement impressionnant »…

Pour autant, il faut souligner quelque chose d’important : l’habit liturgique, comme la liturgie, n’a pas à évoluer en fonction des caprices de la mode, de la fantaisie, ou même de la « sensibilité ». Rappelons même quelque chose : l’habit liturgique, et l’aube en particulier est décrite dans les textes officiels de la liturgie, et même de façon précise. L’origine de l’aube est directement en rapport avec l’Ecriture Sainte :

 

La bible elle même ne manque pas d’indications afférentes aux vêtements sacrés. Et indubitablement, le premier critère de l’aube est sa couleur qui doit être blanche :

 

Ex 39,25

Fecérunt et túnicas býssinas ópere téxtili Áaron et fíliis eíus et tiáram et ornátum mitrárum ex bysso, feminália quoque línea ex bysso retórta,  cíngulum vero de bysso retórta, hyacíntho, púrpura ac cocco, arte plumária, sicut praecéperat Dóminus Móysi.  Fecérunt et láminam diadéma sanctitátis de auro puríssimo; scripserúntque in ea ópere caelatóris: “Sánctum Dómino”;

On fit les tuniques de lin, oeuvre du tisseur, pour Aaron et pour ses fils;  la tiare de lin, et les mitres de lin servant de parure; les caleçons blancs de lin retors; la ceinture de lin retors, en pourpre violette, en pourpre écarlate et en cra-moisi, damassée, comme Yahweh l'avait ordonné à Moïse. On fit d'or pur la lame, diadème sacré, et l'on y grava, comme on grave sur un cachet : Sainteté à Yahweh.

 

 

Ps 50,9

Aspérges me hyssópo, et mundábor; lavábis me, et super nivem dealbábor.

Purifie-moi avec l'hysope, et je serai pur; lave-moi, et je serai plus blanc que 1a neige.

 

Eccl 9,8

Omni témpore sint vestiménta tua cándida, et óleum de cápite tuo non defíciat.

Qu'en tout temps tes vêtements soient blancs, et que l'huile parfumée ne manque pas sur ta tête.

 

Dn 7,9

Aspiciébam, donec throni pósiti sunt, et Antíquus diérum sedit. Vestiméntum eíus quasi nix cándidum, et capílli cápitis eíus quasi lana munda; thronus eíus flammae ignis, rotae eíus ignis accénsus.

Je regardais, jusqu'au moment où des trônes furent placés, et où un vieillard s'assit. Son vêtement était blanc comme de la neige, et les cheveux de sa tête étaient comme de la laine pure. Son trône était des flammes de feu; les roues, un feu ardent.

 

2Mac 11,8

Ílico vero, cum prope Hierosólymam essent, appáruit praecédens eos eques in veste cándida armatúram áuream vibrans.

Tous se mirent en marche avec une généreuse ardeur; et, comme ils étaient encore en vue de Jérusalem, un cavalier vêtu de blanc apparut à leur tête, agitant une armure d'or.

 

Mc 9,2

et vestiménta eíus facta sunt splendéntia, cándida nimis, quália fullo super terram non potest tam cándida fácere.

Ses vêtements devinrent étincelants, tout blancs, tels qu'aucun foulon sur la terre ne saurait blanchir ainsi.

 

Mt 17,2

Et transfigurátus est ante eos; et resplénduit fácies eíus sicut sol, vestiménta autem eíus facta sunt alba sicut lux.

Et il se transfigura devant eux : son visage resplendit comme le soleil, et ses vêtements devinrent blancs comme la lumière.

 

Mt 28,3

Erat autem aspéctus eíus sicut fulgur, et vestiméntum eíus cándidum sicut nix.

Son aspect était (brillant) comme l'éclair, et son vêtement blanc comme la neige.

 

Lc 9,29

Et facta est, dum oráret, spécies vultus eíus áltera, et vestítus eíus albus, refúlgens.

Pendant qu'il priait, l'aspect de son visage devint autre, et son vêtement d'un blanc éblouissant.

 

Jn 20,12

et videt duos ángelos in albis sedéntes, unum ad caput et unum ad pedes, ubi pósitum fúerat corpus Iésu.

Et elle vit deux anges vêtus de blanc, assis à la place où avait été mis le corps de Jésus, l'un à la tête, l'autre aux pieds.

 

Act 1,10

Cumque intueréntur in caelum, eúnte illo, ecce duo viri astitérunt iúxta illos in véstibus albis,

Et comme ils avaient la vue fixée vers le ciel pendant qu'il s'en allait, voici que deux hommes, vêtus de blanc, se présentèrent à eux

 

Act 10,30

Et Cornélius ait: “A núdius quarta die usque in hanc horam orans eram hora nona in domo mea, et ecce vir stetit ante me in veste cándida

Corneille dit : " Il y a en ce moment quatre jours, je priais dans ma maison à la neuvième heure; et voici que se présenta devant moi un homme au vêtement d'un blanc éclatant,

 

Apc 3,4

Sed habes pauca nómina in Sardis, qui non inquinavérunt vestiménta sua et ambulábunt mecum in albis, quia digni sunt.

Pourtant tu as à Sardes quelques personnes qui n'ont pas souillé leurs vêtements ; ceux-là marcheront avec moi en vêtements blancs, parce qu'ils en sont dignes.

 

Apc 3,5

Qui vícerit, sic vestiétur vestiméntis albis, et non delébo nomen eíus de libro vitae et confitébor nomen eíus coram Patre meo et coram ángelis eíus.

Celui qui vaincra sera ainsi revêtu de vêtements blancs ; je n'effacerai point son nom du livre de la vie, et je confesserai son nom devant mon Père et devant ses anges.

 

Apc 3,18

suádeo tibi émere a me aurum igne probátum, ut lócuples fias et vestiméntis albis induáris, et non appáreat confúsio nuditátis tuae, et collýrium ad inunguéndum óculos tuos, ut vídeas.

je te conseille de m'acheter de l'or éprouvé par le feu, afin que tu deviennes riche; des vêtements blancs pour te vêtir et ne pas laisser paraître la honte de ta nudité; et un collyre pour oindre tes yeux, afin que tu voies.

 

Apc 4,4

Et in circúitu throni, vigínti quáttuor thronos, et super thronos vigínti quáttuor senióres sedéntes, circumamíctos vestiméntis albis, et super cápita eórum corónas áureas.

Autour du trône étaient vingt-quatre trônes, et sur ces trônes vingt-quatre vieillards assis, revêtus de vêtements blancs, avec des couronnes d'or sur leurs têtes.

 

Apc 19,14

Et exércitus, qui sunt in caelo, sequebántur eum in equis albis, vestíti býssino albo mundo.

Les armées du ciel le suivaient sur des chevaux blancs, vétues de fin lin, blanc et pur.

 

Le blanc est la couleur de Dieu le Père, du Christ transfiguré, des anges, mais aussi des chrétiens qui sont passés par la grande épreuve (Cf. Apc 19,7-8).

Il ne s’agit pas d’un blanc passé, cassé ou jaunâtre. Il s’agit d’un blanc resplendissant, plus que la neige, un blanc qui fait référence directe à la lumière. Dans la version latine de l’écriture sainte, les deux mots les plus employés pour « blanc » sont candidus – dont le champs lexical renvoie directement à l’innocence, et albus, qui désigne aussi la lumière du soleil levant à l’orient (qui a donné l’aube du matin mais aussi l’appellation pour le vêtement liturgique), symbole christique par excellence.

Pourtant, dans les aubes confectionnées de nos jours, nombreux sont les exemples de vêtement qui ne remplissent pas le premier critère – directement et abondamment biblique ! – du cahier des charges…. Voici donc un bon contre exemple :

 http://i1.wp.com/catholique-paris.cef.fr/diocese/cdas/base/concelebrants.jpg?w=660

 

Mais il y a d’autres critères le cahier des charges doit être complété par les indications du Ceremoniale Episcoparum au n° 65 :

Le vêtement sacré pour tous les ministres quel que soit leur grade commun est l'aube, serrée autour des reins par le cordon, sauf si elle est faite selon le mode de la soutane, afin qu'elle épouse le corps sans cordon. Avant de revêtir l'aube, si elle n'entoure pas parfaitement le col de l'habit commun, on revêtira l'amict. L'aube ne peut pas être remplacée par le surplis lorsque la chasuble ou la dalmatique sont revêtues ou quand on emploie l'étole au lieu de la chasuble ou de la dalmatique.

Cela sous entend que comme deuxième critère du cahier des charges, il y a le cordon, sauf cas précis où l’aube est taillée très près du corps, ce qui concrètement est plutôt rare, parce que cela met en valeur l’embonpoint du ministre….

Voici donc un autre contre exemple typique :

L'image “http://i1.wp.com/www.houssard-sa.fr/catalog/images/prod/vetementsdecelebration/choeur73.jpg?resize=111%2C240” ne peut être affichée car elle contient des erreurs. Ce type d’habit est entre l’aube – qui est un habit qui est plutôt près du corps – et la coule monastique, qui est un habit de chœur ample de couleur noire chez les Bénédictins « conventionnels ».

 

On a retiré sur cette à la coule le capuchon caractéristique des moines pour le remplacer par une sorte de col roulé, et on a blanchi le vêtement. Ce n’est donc plus à proprement parler une coule monastique. Ce n’est certainement pas non plus une aube. Si on retirait à ce vêtement un peu de longueur ainsi que le col roulé, on aurait presque un surplis, dont le Cérémonial des Evêques interdit expressément l’usage pour la Messe. C’est pourtant ce type de vêtement qui dans beaucoup de paroisses fait fonction d’aube, mais à tort. Il nous est arrivé sur ce site de désigner ce type de vêtement « robe de chambre » auquel il ressemble furieusement, ou « prénatal », en référence au célèbre manufacturier de linge de nuit. Certains vont même jusqu'à comparer ce vêtement non liturgique mais utilisé comme tel à une djellaba. Exercice que nous ne nous risquerons évidemment pas à faire. On nous pardonnera ces raccourcis excessifs, mais ils ont l’avantage de proposer une certaine typologie de vêtement "dits liturgiques".

 

 Pour se donner une idée de ce qu'est vraiment la coule monastique par rapport à ce type d'habit, on regardera attentivement la photo suivante :

 http://i0.wp.com/www.solesmes.com/images/priere/schola.jpg?resize=330%2C250

 Les moines sont ent train de chanter. On constate que les moines qui concélèbrent ont revêtu une aube et une chasuble. Ceux qui sont en noir – en "coule" ne concélèbrent pas. On notera également – même si cela n'a rien à voir avec les habits litrugiques, qu'ils ne se tiennent pas par la main… Mais c'est un autre sujet.

L'usage de l'aube pour un prêtre est à réserver au Saint Sacrifice. On ne devrait pas voir un prêtre simplement en aube avec une étole, sauf dans des cas exceptionnels de concélébration sans un nombre suffisant de chasubles.

Mais alors, qu’est-ce qu’une véritable aube, conforme à la liturgie romaine actuelle ?

Pour avoir une réponse pertinente, il n’y a rien de mieux que de rechercher des photos de liturgie…. Venant de Rome. La liturgie romaine de référence est en effet la liturgie qui se déroule à Rome, et si possible dans une des basiliques majeures en présence du pontife romain.

http://www.scholasaintmaur.net/img/aube_romaine.jpg

 
Nous voyons bien sur cette photo la cérémonie du lavement des pieds, le jeudi saint réalisée par le souverain pontife. L’intérêt de cette photo est que ce sont les pieds de douze hommes, en aube, qui sont lavés. On distingue bien les caractéristiques de l’aube et de ses spécificités : est parfaitement blanche et en aucun cas blanc cassé ou ivoire. Elle est serrée à la taille par un cordon, elle a des manches serrées, et droites. Il n’y a aucune fermeture éclair ou bouton ; un trou suffisamment grand est présent pour permettre de faire passer la tête. Sur cette photo, le trou est de forme carrée, mais rien n’empêche de concevoir une aube à trou rond. Il n’y a ni capuche (on l’a vu, c’est un attribut proprement monastique) ni col roulé. L’aube est complétée par un « amict », c’est à dire une pièce de tissu qui enserre le cou pour ne pas laisser apparaître le col (fut il « romain » !) du clerc. Les manches et le bas de l’aube sont ornés d’une broderie d’une « noble simplicité » (cf. Vatican II, Sacrosanctum Concilium, 34).

On remarque à droite du Saint Père Benoît XVI un membre du clergé en soutane et surplis. Cela existe donc toujours bel et bien dans la liturgie romaine post conciliaire ! Ces deux habits liturgiques seront traités dans un autre article de notre série « Chiffons ». Une question subsidiaire : le souverain pontife semble porter un curieux habit de couleur blanche au dessus de son aube … Qu’est ce que cela peut bien être ? Le concours est ouvert…

 Prochain épisode : l'amict ; l'aube et l'amict parés.