La violence, la raison, la foi


Ego sum lux mundi : « Je suis…. La lumière du monde »

 

J’ai beaucoup hésité à aborder les questions que soulèvent les événements tragiques de cette semaine, car il me semblait au premier abord que ce ne sont pas les événements extérieurs qui doivent déteindre sur la liturgie, mais plutôt la liturgie qui doit projeter sa lumière intemporelle sur les événements extérieurs. Mais il m’apparaît aussi que nous sommes tellement déterminés, conditionnés, par les médias et leurs deux armes absolues, l’émotionnel et le prêt à penser, qu’une réflexion à contre-courant est peut-être salutaire. Ce qui s’est passé cette semaine à Charlie-Hebdo est inqualifiable. C’est évident. Tout attentat à la vie humaine est inqualifiable ; nous savons depuis les horreurs du XX° siècle que tuer un homme pour des raisons idéologiques, c’est mettre en péril l’idée même de l’homme. Mais les violences qui se sont déroulées sur notre sol se produisent au quotidien depuis des semaines et des mois en Syrie et en Irak. Ont-elles provoquées le même sursaut d’indignation ? Des milliers d’hommes et de femmes massacrés pour leur foi auraient-ils moins d’importance que des journalistes tués pour leurs convictions ? On ne peut qu’approuver le beau sursaut d’indignation et la belle unanimité dont notre pays fait preuve, mais pourquoi ne l’avoir pas fait plus tôt ? Je ne sais pas si nous sommes « tous Charlie », mais cela me réchaufferait le cœur d’entendre nos politiques et nos médias déclarer : « nous sommes tous des Chrétiens ». Il est bien entendu, également, qu’il ne faut « pas faire d’amalgame ». Non, certes, il ne faut pas faire d’amalgame. Mais cela veut-il dire qu’il est interdit de poser certaines questions ? Et que penser lorsque ces questions, ce sont des responsables de pays musulmans qui les posent eux-mêmes ? Les médias français ne se sont guère fait l’écho du discours que le président égyptien, le maréchal Abdel Fatah El-Sissi, a prononcé le 3 janvier dernier devant la grande université islamique Al-Azhar, au Caire. Les propos du président égyptien ont fait l’objet, en revanche, d’une longue recension dans l’Osservatore Romano, le journal du Saint-Siège. Voici quelques uns de ces propos, tels que cités par l’Osservatore Romano :

« Le monde musulman ne peut pas être perçu comme une source d’angoisse, de péril et de mort par l’humanité entière. Nous devons écarter les pensées erronée, l’idéologie que nous avons sacralisées dans le cours des années récentes, et qui ont conduit le monde musulman à se rendre l’ennemi du reste du monde. Il n’est pas pensable qu’un milliard six cent millions de personnes puissent penser éliminer le reste des sept milliards d’habitants du globe pour vivre entre eux. Non, c’est impossible. Ce que je suis en train de dire, vous ne pouvez pas le comprendre si vous restez prisonniers de cette idéologie. Vous devez en sortir et juger de l’extérieur, si vous voulez éradiquer ce point de vue et le remplacer par une vision plus éclairée du monde. Vous devez vous y opposer avec détermination. Honorable imam (le grand cheikh d’Al Azhar), vous êtes responsable devant Dieu. Le monde entier attend votre réaction, parce que la communauté musulmane est déchirée, et court à sa perte, et sera détruite par l’œuvre de nos propres mains.»

Ce qui est encore plus surprenant, c’est que ces propos rejoignent exactement ce que déclarait – avec son habituelle lucidité – le pape Benoît XVI en décembre 2006, dans ses vœux à la Curie. Le Saint-Père, qui revenait de son voyage en Turquie, avait commencé par rappeler le respect dû à la religion musulmane, respect fortement affirmé par le concile Vatican II, mais

« Dans un dialogue à intensifier avec l’Islam, nous devrons garder à l’esprit le fait que le monde musulman se trouve aujourd’hui avec une grande urgence face à une tâche très semblable à celle qui fut imposée aux chrétiens à partir du siècle des Lumières et à laquelle le Concile Vatican II a apporté des solutions concrètes pour l’Église catholique au terme d’une longue et difficile recherche. Il s’agit de l’attitude que la communauté des fidèles doit adopter face aux convictions et aux exigences qui s’affirment dans la philosophie des Lumières. D’une part, nous devons nous opposer à la dictature de la raison positiviste, qui exclut Dieu de la vie de la communauté et de l’organisation publique, privant ainsi l’homme de ses critères spécifiques de mesure. D’autre part, il est nécessaire d’accueillir les véritables conquêtes de la philosophie des Lumières, les droits de l’homme et en particulier la liberté de la foi et de son exercice, en y reconnaissant les éléments essentiels également pour l’authenticité de la religion. De même que dans la communauté chrétienne, il y a eu une longue recherche sur la juste place de la foi face à ces convictions – une recherche qui ne sera certainement jamais conclue de façon définitive – ainsi, le monde musulman également, avec sa tradition propre, se trouve face au grand devoir de trouver les solutions adaptées à cet égard. Le contenu du dialogue entre chrétiens et musulmans consistera en ce moment en particulier à se rencontrer dans cet engagement en vue de trouver les solutions appropriées.»

Tout est dit : d’une part, « s’opposer à la dictature de la pensée positiviste qui exclut Dieu » de la sphère publique : comment s’étonner, ensuite, que la question des « droits de Dieu », pour ainsi dire, revienne dans nos sociétés de la façon la plus folle ? Que peuvent penser les musulmans d’un occident dans lequel ils ne voient, avec d’ailleurs un mélange de dégoût et de fascination, qu’impiété et dépravation ? Si nous chassons l’Évangile de notre horizon, pourquoi nous étonner du règne de la violence ? D’autre part l’islam doit accepter, comme le christianisme l’a accepté, et parfois fort douloureusement au cours du XIX° et du XX° siècle, de se laisser interroger par la raison critique. La foi n’a rien à craindre de la raison. La foi exige l’intelligence. J’ai besoin de comprendre pour croire – intellego ut credam – comme j’ai besoin de la lumière de la foi pour élargir mon intelligence : credo ut intellegam. Mais laissez-moi vous lire aussi la conclusion du discours de Benoît XVI. Il nous ramène à l’Évangile du temps de Noël, il nous ramène à la crèche – cette crèche que d’aucun voulaient exclure de l’espace public – et aux anges qui promettent la paix « aux hommes de bon vouloir

« Cette paix qui est communiquée dans la liturgie est le Christ lui-même. Il se donne à nous comme la paix, comme la réconciliation au-delà de toute frontière. Là où Il est écouté se multiplient les îlots de paix. Nous, hommes, aurions voulu que le Christ bannisse une fois pour toutes les guerres, qu’il détruise les armes et établisse la paix universelle. Mais nous devons apprendre que la paix ne peut pas être atteinte uniquement de l’extérieur à travers des structures et que la tentative de l’établir par la violence ne conduit qu’à une violence toujours nouvelle. Nous devons apprendre que la paix – comme le disait l’ange de Bethléem – est liée à l’eudokia, à l’ouverture de nos cœurs à Dieu. Nous devons apprendre que la paix ne peut exister que si la haine et l’égoïsme sont surmontés de l’intérieur. L’homme doit être renouvelé de l’intérieur, et il doit devenir un homme toujours nouveau, différent. Ainsi, la paix dans ce monde demeure toujours faible et fragile. Nous en souffrons. C’est précisément pour cela que nous sommes d’autant plus appelés à nous laisser pénétrer intérieurement par la paix de Dieu, et à apporter sa force dans le monde. Dans notre vie doit se réaliser ce qui a eu lieu en nous dans le Baptême de façon sacramentelle : la mort de l’homme ancien et ainsi la renaissance de l’homme nouveau. Et nous prierons toujours à nouveau le Seigneur avec insistance: Réveille nos cœurs! Fais de nous des hommes nouveaux! Aide-nous afin que la raison de la paix l’emporte sur la folie de la violence! Fais de nous les messagers de ta paix! »

(Homélie prononcée par l’Abbé Bruno Martin le dimanche 11 janvier 2015, cathédrale Saint Charles Borromée, Saint Etienne, au cours de la messe chantée par la schola)

Quand le président égyptien reprend la pensée de Benoît XVI

Alors que toute la France se rassemble autour du slogan « Je suis Charlie », peut être est-ce le moment voulu pour placer notre réflexion non pas au niveau émotif, mais au niveau rationnel, notamment en ce qui concerne les relations entre Chrétiens et Musulmans. Voici ce qu’on pouvait lire sur les réseaux sociaux récemment :

« Je vais pleurer toute la journée mais je m’en fous. Je vais peut être marcher avec des gens que je ne respecte pas mais je m’en fous. Je vais marcher parce que je refuse d’avoir peur pour mes idées. Je vais marcher parce que je suis athée et que je respecte ceux qui croient parce qu’AUCUNE RELIGION NE DIT « tue pour tes idées » Je vais marcher parce que Charlie ne me faisait pas toujours marrer mais que personne ne doit mourir pour cela. »

Aucune religion ne dit « tue pour tes idées » ? En est on entièrement sûr ? Ce n’est pas ce que dit le président égyptien, Al Sissi. Car concomitamment avec les attentats de ces derniers jours c’est l’Islam tout entier qui semble évoluer, comme en témoigne les étonnantes déclarations du président Al Sissi à l’université Al Azhar d’une part (Al Azhar est rappelons-le l’autorité théologique la plus importante du sunnisme), et d’autre part auprès des chrétiens coptes lors de la messe de minuit de Noël. Le président égyptien Al Sissi dans ces discours reprend quasiment mot pour mot l’argumentaire de Benoît XVI lors des vœux en 2006 à la curie romaine, au moment où à la suite de sa visite à Istanbul, il approfondit ce qu’il avait exposé lors de son discours de Ratisbonne. Évidemment ce discours a été très peu médiatisé en Occident, tout simplement parce qu’il ne cadre pas avec l’idée que « toutes les religions sont pour la paix » ou au contraire (mais en fait c’est exactement la même idée » « toutes les religions sont violentes ». La réalité est bien plus complexe. En réalité, il y a probablement un lien entre religion et violence. Mais ce lien n’est ni systématique ni universel. C’est à dire que certaines religions prônent la violence. Mais le fait religieux de façon générale n’est pas de façon systématique responsable de la violence.


Dans un discours prononcé à Al-Azhar le 28 décembre, le président égyptien Abd Al-Fattah Al-Sissi appelle à lutter contre l’idéologie extrémiste et déclare : « Nous devons révolutionner notre religion. » Prônant« un discours religieux en accord avec son temps », Al-Sissi affirme que « la nation islamique est déchirée et détruite » par l’extrémisme. Il s’adresse directement au grand cheikh d’Al-Azah en ces termes : « Le monde entier attend de vous entendre ». Extraits :


Abd Al-Fattah Al-Sissi : Nous avons parlé plus tôt de l’importance du discours religieux, et je voudrais répéter que nous ne faisons pas assez concernant le véritable discours religieux. Le problème n’a jamais été notre foi. Il est peut-être lié à l’idéologie, une idéologie que nous sanctifions.

Je parle d’un discours religieux en accord avec son temps.

[…]

Je m’adresse aux érudits religieux et prédicateurs. Nous devons considérer longuement et froidement la situation actuelle. Je l’ai déjà dit plusieurs fois par le passé. Nous devons considérer longuement et froidement la situation dans laquelle nous nous trouvons. Il est inconcevable qu’en raison de l’idéologie que nous sanctifions, notre nation dans son ensemble soit source de préoccupations, de danger, de tueries et de destruction dans le monde entier. Il est inconcevable que cette idéologie… Je ne parle pas de « religion » mais d’ « idéologie » – l’ensemble des idées et des textes que nous avons sanctifiés au cours des siècles, à tel point que les contester est devenu très difficile. On en est arrivé au point que [cette idéologie] est devenue hostile au monde entier. Peut-on imaginer qu’ 1,6 milliard [de musulmans] tuent une population mondiale de 7 milliards pour pouvoir vivre [entre eux] ? C’est impensable.

Je prononce ces mots ici, à Al-Azhar, devant des prédicateurs et des érudits. Puisse Allah être témoin au Jour du Jugement de la sincérité de vos intentions, concernant ce que je vous dis aujourd’hui. Vous ne pouvez y voir clair en étant enfermés [dans cette idéologie]. Vous devez en émerger pour voir les choses de l’extérieur, pour vous rapprocher d’une idéologie réellement éclairée. Vous devez vous y opposer avec détermination.

[…]

Je le répète : Nous devons révolutionner notre religion.

 

Benoît XVI, discours de décembre 2006 lors des vœux à la Curie :

Dans un dialogue à intensifier avec l’Islam, nous devrons garder à l’esprit le fait que le monde musulman se trouve aujourd’hui avec une grande urgence face à une tâche très semblable à celle qui fut imposée aux chrétiens à partir du siècle des Lumières et à laquelle le Concile Vatican II a apporté des solutions concrètes pour l’Église catholique au terme d’une longue et difficile recherche. Il s’agit de l’attitude que la communauté des fidèles doit adopter face aux convictions et aux exigences qui s’affirment dans la philosophie des Lumières. D’une part, nous devons nous opposer à la dictature de la raison positiviste, qui exclut Dieu de la vie de la communauté et de l’organisation publique, privant ainsi l’homme de ses critères spécifiques de mesure. D’autre part, il est nécessaire d’accueillir les véritables conquêtes de la philosophie des Lumières, les droits de l’homme et en particulier la liberté de la foi et de son exercice, en y reconnaissant les éléments essentiels également pour l’authenticité de la religion. De même que dans la communauté chrétienne, il y a eu une longue recherche sur la juste place de la foi face à ces convictions – une recherche qui ne sera certainement jamais conclue de façon définitive – ainsi, le monde musulman également, avec sa tradition propre, se trouve face au grand devoir de trouver les solutions adaptées à cet égard. Le contenu du dialogue entre chrétiens et musulmans consistera en ce moment en particulier à se rencontrer dans cet engagement en vue de trouver les solutions appropriées. Nous chrétiens, nous sentons solidaires de tous ceux qui, précisément sur la base de leur conviction religieuse de musulmans, s’engagent contre la violence et pour l’harmonie entre foi et religion, entre religion et liberté. Dans ce sens, les deux dialogues dont j’ai parlé s’interpénètrent.


Mais ce n’est pas tout. Le président égyptien Al Sissi s’est également rendu à la cathédrale copte pour Noël , à l’occasion d’une visite historique. Il y a fait un discours improvisé dont voici la traduction qui reprend de façon surprenante une fois de plus la pensée de Benoît XVI ; jugez par vous-même :

Je voulais vous dire une chose que l’Égypte tout au long des millénaires a enseigné l’humanité et a enseigné la civilisation au monde entier. Et je veux vous dire que le monde attend de l’Égypte, en ces jours présents et les conditions dans lesquelles nous sommes (acclamations soutenues) – et nous aussi on vous aime, assurément. Je vous remercie (des acclamations). Sa Sainteté va se fâcher (de ces longueurs ; rires) ! Merci beaucoup (pour la longue ovation) – laissez-moi vous dire qu’il est très important que le monde entier nous voit. Il est très important que le monde entier nous voit, nous les Égyptiens. Si vous remarquez, je ne dis jamais que le mot « égyptiens ». Il n’est pas permis de dire autre chose : nous les « Égyptiens ». Personne ne doit dire « tu es Égyptien, lequel ? (de quelle confession) ». Écoutez, nous sommes en train de dessiner pour le monde entier en ce moment (les lignes d’) un sens, et nous ouvrons une fenêtre d’espérance vraie pour les gens. Je dis que l’Égypte a enseigné durant des milliers d’années la civilisation et l’humanité (dans le sens d’humanisme) au monde. Aujourd’hui, nous sommes là afin d’affirmer que nous sommes capables une seconde fois d’enseigner l’humanité et d’enseigner la civilité, une seconde fois à l’humanité, et de se diffuser d’ici, d’Égypte. C’est pour cela, il est nécessaire de dire que nous sommes tous « Égyptiens », oui les « Égyptiens », oui une seule main. Je voudrais vous dire que nous allons – à la grâce de Dieu – reconstruire notre pays ensemble, on va s’épauler, et on va s’aimer. On va s’estimer comme il se doit, sérieusement, sincèrement, pour que les gens voient. 


Mais de quel enseignement parle le président Al Sissi ? Le monde entier, la civilisation auraient ils une dette si forte que cela envers l’Égypte ? Et bien oui, et cette apport de l’Égypte au monde entier, c’est le pape Benoît XVI qui en a parlé à Ratisbonne, toujours en 2006, en des termes qui consonnent et qui détaillent les éléments cités plus haut lors de son discours à la Curie de décembre 2006. Admirons la profondeur de la pensée de ce passage particulier, qui est le passage clef de la pensée de Benoît XVI sur l’Islam, dans lequel il reconnaît la « dette égyptienne » et il conclut par une ouverture sur la question liturgique (nous n’oublions pas que nous sommes sur un site traitant de liturgie …)

(…) l’empereur explique minutieusement pourquoi la diffusion de la foi par la violence est contraire à la raison. Elle est contraire à la nature de Dieu et à la nature de l’âme. « Dieu ne prend pas plaisir au sang, dit-il, et ne pas agir selon la raison (‘σύν λόγω’) est contraire à la nature de Dieu. La foi est fruit de l’âme, non pas du corps. Celui qui veut conduire quelqu’un vers la foi doit être capable de parler et de penser de façon juste et non pas de recourir à la violence et à la menace… Pour convaincre une âme douée de raison, on n’a pas besoin de son bras, ni d’objets pour frapper, ni d’aucun autre moyen qui menace quelqu’un de mort… ».

L’affirmation décisive de cette argumentation contre la conversion par la force dit : « Ne pas agir selon la raison est contraire à la nature de Dieu ». L’éditeur du texte, Théodore Khoury, commente à ce sujet: « Pour l’empereur, byzantin nourri de philosophie grecque, cette affirmation est évidente. Pour la doctrine musulmane, au contraire, Dieu est absolument transcendant. Sa volonté n’est liée à aucune de nos catégories, fût-ce celle qui consiste à être raisonnable ». Khoury cite à ce propos un travail du célèbre islamologue français R. Arnaldez, qui note que Ibn Hazm va jusqu’à expliquer que Dieu n’est pas même tenu par sa propre parole et que rien ne l’oblige à nous révéler la vérité. Si tel était son vouloir, l’homme devrait être idolâtre.

À partir de là, pour la compréhension de Dieu et du même coup pour la réalisation concrète de la religion, apparaît un dilemme qui constitue un défi très immédiat. Est-ce seulement grec de penser qu’agir de façon contraire à la raison est en contradiction avec la nature de Dieu, ou cela vaut-il toujours et en soi ? Je pense que, sur ce point, la concordance parfaite, entre ce qui est grec, dans le meilleur sens du terme, et la foi en Dieu, fondée sur la Bible, devient manifeste. En référence au premier verset de la Genèse, premier verset de toute la Bible, Jean a ouvert le prologue de son évangile par ces mots : « Au commencement était le λογος ». C’est exactement le mot employé par l’empereur. Dieu agit « σύν λόγω », avec logos. Logos désigne à la fois la raison et la parole – une raison qui est créatrice et capable de se communiquer, mais justement comme raison. Jean nous a ainsi fait don de la parole ultime de la notion biblique de Dieu, la parole par laquelle tous les chemins souvent difficiles et tortueux de la foi biblique parviennent à leur but et trouvent leur synthèse. Au commencement était le Logos et le Logos est Dieu, nous dit l’Évangéliste. La rencontre du message biblique et de la pensée grecque n’était pas le fait du hasard. La vision de saint Paul, à qui les chemins vers l’Asie se fermaient et qui ensuite vit un Macédonien lui apparaître et qui l’entendit l’appeler : « Passe en Macédoine et viens à notre secours » (cf. Ac 16, 6-10) – cette vision peut être interprétée comme un condensé du rapprochement, porté par une nécessité intrinsèque, entre la foi biblique et le questionnement grec.

En fait, ce mouvement de rapprochement mutuel était à l’œuvre depuis longtemps. Déjà, le nom mystérieux de Dieu lors de l’épisode du buisson ardent, qui distingue Dieu des divinités aux noms multiples et qui énonce simplement à son sujet le « Je suis », son être, est une contestation du mythe, qui trouve une analogie interne dans la tentative socratique de surmonter et de dépasser le mythe. Le processus engagé au buisson ardent parvient à une nouvelle maturité, au cœur de l’Ancien Testament, pendant l’Exil, où le Dieu d’Israël, désormais sans pays et sans culte, se proclame le Dieu du ciel et de la terre et se présente dans une formule qui prolonge celle du buisson : « Je suis celui qui suis ». Avec cette nouvelle reconnaissance de Dieu s’opère, de proche en proche, une sorte de philosophie des Lumières, qui s’exprime de façon drastique dans la satire des divinités, qui ne seraient que des fabrications humaines (cf. Ps 115). C’est ainsi que la foi biblique, à l’époque hellénistique et malgré la rigueur de son opposition aux souverains grecs qui voulaient imposer par la force l’assimilation à leur mode de vie grec et au culte de leurs divinités, alla de l’intérieur à la rencontre de la pensée grecque en ce qu’elle avait de meilleur pour établir un contact mutuel, qui s’est ensuite réalisé dans la littérature sapientielle plus tardive. Nous savons aujourd’hui que la traduction grecque de l’Ancien Testament faite à Alexandrie – la Septante – est plus qu’une simple traduction du texte hébreu (à apprécier peut-être de façon pas très positive).
Elle est un témoin textuel indépendant et une avancée importante de l’histoire de la Révélation. Cette rencontre s’est réalisée d’une manière qui a eu une importance décisive pour la naissance et la diffusion du christianisme. Fondamentalement, il s’agit d’une rencontre entre la foi et la raison, entre l’authentique philosophie des Lumières et la religion. À partir de l’essence de la foi chrétienne et, en même temps, de la nature de la pensée grecque, qui avait fusionné avec la foi, Manuel II a pu vraiment dire : ne pas agir « avec le Logos » est en contradiction avec la nature de Dieu.

Pour être honnête, il faut noter ici que, à la fin du Moyen Âge, se sont développées, dans la théologie, des tendances qui ont fait éclater cette synthèse entre l’esprit grec et l’esprit chrétien. Face à ce qu’on appelle l’intellectualisme augustinien et thomiste, commença avec Duns Scot la théorie du volontarisme qui, dans ses développements ultérieurs, a conduit à dire que nous ne connaîtrions de Dieu que sa voluntas ordinata. Au-delà d’elle, il y aurait la liberté de Dieu, en vertu de laquelle il aurait aussi pu créer et faire le contraire de tout ce qu’il a fait. Ici se dessinent des positions qui peuvent être rapprochées de celles d’Ibn Hazm et tendre vers l’image d’un Dieu arbitraire, qui n’est pas non plus lié à la vérité ni au bien. La transcendance et l’altérité de Dieu sont placées si haut que même notre raison et notre sens du vrai et du bien ne sont plus un véritable miroir de Dieu, dont les possibilités abyssales, derrière ses décisions effectives, demeurent pour nous éternellement inaccessibles et cachées. À l’opposé, la foi de l’Église s’en est toujours tenue à la conviction qu’entre Dieu et nous, entre son esprit créateur éternel et notre raison créée, existe une réelle analogie, dans laquelle – comme le dit le IVe Concile du Latran, en 1215 – les dissimilitudes sont infiniment plus grandes que les similitudes, mais sans supprimer l’analogie et son langage. Dieu ne devient pas plus divin si nous le repoussons loin de nous dans un pur et impénétrable volontarisme, mais le Dieu véritablement divin est le Dieu qui s’est montré comme Logos et qui, comme Logos, a agi pour nous avec amour. Assurément, comme le dit Paul, l’amour « surpasse » la connaissance et il est capable de saisir plus que la seule pensée (cf. Ep 3, 19), mais il reste néanmoins l’amour du Dieu-Logos, ce pourquoi le culte chrétien est, comme le dit encore Paul, « λογική λατρεία », un culte qui est en harmonie avec la Parole éternelle et notre raison (cf. Rm 12, 1).

 

Sur l’ensemble de ces sujets, essentiels pour bien comprendre – sans échauffement émotif – ce que nous vivions en ce moment même à la suite des attentats, on pourra également relire le discours récent de Benoît XVI à l’université urbanienne : http://www.scholasaintmaur.net/benoit-xvi-a-luniversite-pontificale-urbanienne/

Benoît XVI à l’université pontificale urbanienne

A l’heure où bat son plein la semaine spirituelle de la paroisse Saint Etienne, qui s’articule autour de moments de prière d’enseignement et d’apostolat direct, il est bon de relire le discours de Benoît XVI à l’université pontificale urbanienne, qui démontre avec force le nécessaire lien entre mission et liturgie, entre Marthe et Marie, entre Foi et religion, et entre contemplation et action. Ca tombe bien, c’est exactement ce qui nous est proposé de vivre, entre le premier dimanche de l’Avent et la fête de l’Immaculée Conception.

« LA RENONCIATION À LA VÉRITÉ EST MORTELLE POUR LA FOI »

par Benoît XVI

Je voudrais, en premier lieu, adresser mes remerciements les plus chaleureux à M. le recteur et aux autorités académiques de l’Université Pontificale Urbanienne, aux responsables administratifs et aux représentants des étudiants, pour leur proposition de donner mon nom à l’amphithéâtre qui vient d’être remis à neuf. Je voudrais remercier de manière tout à fait particulière le cardinal Fernando Filoni, grand chancelier de cette Université, qui a accueilli favorablement cette initiative. C’est pour moi un motif de grande joie que de pouvoir être ainsi associé de manière permanente aux travaux de l’Université Pontificale Urbanienne.

Au cours des différentes visites que j’ai eu l’occasion d’y faire à l’époque où j’étais préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi, j’ai été à chaque fois frappé par l’atmosphère d’universalité que l’on perçoit dans cette université, où des jeunes gens provenant de pratiquement tous les pays de la Terre se préparent pour servir l’Évangile dans le monde actuel. Aujourd’hui aussi, en moi-même, je vois face à moi, dans cet amphithéâtre, une communauté constituée d’un très grand nombre de jeunes gens, qui nous font percevoir de manière vivante l’extraordinaire réalité de l’Église catholique.

« Catholique » : cette définition de l’Église, qui fait partie de la profession de foi depuis les temps les plus anciens, porte en elle-même quelque chose de la Pentecôte. Elle nous rappelle que l’Église de Jésus-Christ n’a jamais concerné un peuple seulement ou une culture seulement, mais que, depuis les origines, elle était destinée à l’humanité. Les derniers mots que Jésus ait adressés à ses disciples ont été : « De toutes les nations faites mes disciples » (Mt 28, 19). Et, au moment de la Pentecôte, les apôtres ont parlé toutes les langues, ce qui leur a permis de manifester, grâce à la force du Saint-Esprit, toute l’ampleur de leur foi.

À partir de ce moment-là, l’Église s’est véritablement développée sur tous les continents. Votre présence, chères étudiantes et chers étudiants, est un reflet du visage universel de l’Église. Le prophète Zacharie avait annoncé un royaume messianique qui s’étendrait d’une mer à l’autre et qui serait un royaume en paix (Za 9, 9s.). Et en effet, dans tous les endroits où l’Eucharistie est célébrée et où les hommes ne forment plus entre eux, à partir du Seigneur, qu’un seul corps, il y a quelque chose de cette paix que Jésus-Christ avait promis de donner à ses disciples. Vous, chers amis, soyez des artisans de cette paix que, dans un monde déchiré et violent, il devient de plus en plus urgent de construire et de protéger. C’est pour cette raison que le travail de votre université, dans laquelle vous voulez apprendre à connaître Jésus-Christ de plus près afin de pouvoir devenir ses témoins, est tellement important.

Le Seigneur ressuscité a chargé ses apôtres – et à travers eux ses disciples de toutes les époques – de faire connaître sa parole jusqu’aux extrémités de la terre et de faire de tous les hommes ses disciples. Le concile Vatican II, en reprenant dans le décret « Ad gentes » une tradition constante, a mis en lumière les raisons profondes de cet envoi en mission et c’est avec une force renouvelée qu’il l’a ainsi assigné à l’Église d’aujourd’hui.


Mais, aujourd’hui, il y a beaucoup de gens qui se demandent, à l’intérieur de l’Église comme à l’extérieur, si cet envoi a encore de la valeur actuellement. La mission est-elle encore véritablement un caractère d’actualité ? Est-ce qu’il ne serait pas plus approprié de se rencontrer dans le dialogue entre les religions et de servir ensemble la cause de la paix dans le monde ? La contre-question est la suivante : le dialogue peut-il remplacer la mission ? Aujourd’hui, en effet, il y a un grand nombre de gens qui pensent que les religions devraient se respecter mutuellement et qu’elles devraient, en dialoguant entre elles, devenir une force commune de paix. Dans cette manière de penser, un présupposé que l’on rencontre dans la plupart des cas est que les différentes religions constituent des variantes d’une seule et même réalité ; que « religion » est le genre commun, qui prend des formes différentes en fonction des différentes cultures, mais qui exprime en tout cas une même réalité. La question de la vérité, qui à l’origine préoccupait les chrétiens plus que tout le reste, est dans ce cas-là mise entre parenthèses. On présuppose que l’authentique vérité en ce qui concerne Dieu est, en dernière analyse, impossible à atteindre et que, tout au plus, on ne peut rendre présent ce qui est ineffable qu’en recourant à des symboles variés. Cette renonciation à la vérité semble réaliste et utile à la paix entre les religions du monde.

Et cependant elle est mortelle pour la foi. En effet, la foi perd son caractère contraignant et sérieux si tout se réduit à des symboles qui, au fond, sont interchangeables et ne peuvent renvoyer que de loin à l’inaccessible mystère du divin.

Chers amis, vous voyez que le problème de la mission nous place non seulement face aux questions fondamentales de la foi mais également face à la question de savoir ce qu’est l’homme. Dans le cadre de cette brève allocution, je ne peux évidemment pas essayer d’analyser de manière exhaustive cette problématique qui, aujourd’hui, nous concerne tous profondément. Mais en tout cas je voudrais au moins faire allusion à la direction que devrait prendre notre pensée. Je le fais à partir de deux points de départ différents.

I

1. L’opinion commune est que les religions sont, pour ainsi dire, placées les unes à côté des autres, comme les continents et les différents pays le sont sur une carte géographique. Mais ce n’est pas exact. Les religions sont en mouvement au niveau historique, comme le sont les peuples et les cultures. Il existe des religions qui sont en attente. Les religions tribales sont de ce type : elles ont leur moment historique et pourtant elles sont en attente d’une rencontre plus élevée qui les conduise à la plénitude.

Nous, en tant que chrétiens, nous sommes convaincus que, de manière silencieuse, elles attendent la rencontre avec Jésus-Christ, la lumière qui provient de lui et qui, seule, peut les conduire complètement à leur vérité. Et le Christ les attend. Leur rencontre avec lui n’est pas l’irruption d’un étranger qui détruit leur culture et leur histoire. C’est, au contraire, l’entrée dans quelque chose de plus grand vers quoi elles sont en marche. C’est pour cela que cette rencontre est toujours, à un moment donné, une purification et un mûrissement. D’autre part, la rencontre est toujours quelque chose de réciproque. Le Christ attend leur histoire, leur sagesse, leur vision des choses.

Aujourd’hui nous découvrons également, de manière de plus en plus nette, un autre aspect : tandis que dans les pays où s’est construite sa grande Histoire, le christianisme s’est, à bien des points de vue, fatigué et où certaines branches du grande arbre issu du grain de sénevé dont parle l’Évangile se sont desséchées et tombent à terre, une nouvelle vie naît de la rencontre des religions en attente avec le Christ. Là où il n’y avait que de la fatigue, de nouvelles dimensions de la foi se manifestent et apportent de la joie.

2. La religion, en soi, n’est pas un phénomène unitaire. Il faut toujours y distinguer plusieurs dimensions. D’une part il y a la grandeur de la tension vers le Dieu éternel, au-delà du monde. Mais, d’autre part, on y trouve des éléments qui sont nés de l’histoire des hommes et de leur pratique de la religion. Parmi ces éléments, on peut certainement découvrir des choses qui sont belles et nobles, mais également d’autres choses qui sont basses et destructrices, lorsque l’égoïsme de l’homme s’est emparé de la religion et que, au lieu d’en faire une ouverture, il l’a transformée en une fermeture à l’intérieur de son propre espace.

Voilà pourquoi la religion n’est jamais simplement un phénomène uniquement positif ou uniquement négatif : les deux aspects y sont mélangés. À ses débuts, la mission chrétienne a surtout perçu de manière très forte les éléments négatifs des religions païennes auxquelles elle était confrontée. C’est pour cette raison que l’annonce chrétienne a été, dans un premier temps, extrêmement critique à l’égard de la religion. Ce n’est qu’en dépassant leurs traditions, qu’elle considérait en partie comme étant même démoniaques, que la foi a pu développer sa force rénovatrice. Sur la base d’éléments de ce genre, le théologien évangélique Karl Barth a mis en opposition la religion et la foi, portant un jugement absolument négatif sur la première, perçue comme comportement arbitraire de l’homme qui tente, à partir de lui-même, de saisir Dieu. Dietrich Bonhoeffer a repris cette manière de voir, en se prononçant en faveur d’un christianisme « sans religion ». Il s’agit indubitablement d’une vision unilatérale qui ne peut être acceptée. Et cependant il est correct d’affirmer que toute religion, pour rester dans ce qui est juste, doit aussi, en même temps, se montrer toujours critique vis-à-vis de la religion. Il est clair que cela s’applique, dès ses débuts et en raison de sa nature, à la foi chrétienne, qui, d’une part, considère avec beaucoup de respect la profonde attente et la profonde richesse des religions, mais, d’autre part, considère également de manière critique ce qui est négatif. Il va de soi que la foi chrétienne doit sans cesse développer cette force critique, y compris à l’égard de sa propre histoire religieuse.

Pour nous, les chrétiens, Jésus-Christ est le Logos de Dieu, la lumière qui nous aide à établir une distinction entre la nature de la religion et la distorsion dont elle fait l’objet.

3. À notre époque, on entend avec de plus en plus de force la voix de ceux qui veulent nous convaincre que la religion en tant que telle est dépassée. C’est la raison critique qui devrait, seule, orienter l’action de l’homme. Derrière de telles idées, on trouve la conviction que, à travers la pensée positiviste, la raison dans toute sa pureté a définitivement pris le dessus. En réalité, cette manière de penser et de vivre est, elle aussi, conditionnée historiquement et liée à des cultures historiques déterminées. La considérer comme la seule valable, ce serait diminuer l’homme, en lui retirant des dimensions essentielles de son existence. L’homme devient plus petit, et non pas plus grand, lorsqu’il n’y a plus de place pour un ethos qui, sur la base de sa nature authentique, renvoie au-delà du pragmatisme, lorsqu’il n’y a plus d’espace pour le regard tourné vers Dieu. Le domaine propre de la raison positiviste se trouve dans les grands champs d’action de la technique et de l’économie, et cependant elle n’épuise pas tout l’humain. Par conséquent, c’est à nous, les croyants, qu’il revient de rouvrir sans cesse les portes qui, au-delà de la simple technique et du pur pragmatisme, conduisent à toute la grandeur de notre existence, à la rencontre avec le Dieu vivant.

II

1. Ces réflexions, qui sont peut-être un peu difficiles, devraient montrer que même aujourd’hui, dans un monde qui a été profondément transformé, la mission de faire connaître aux autres hommes l’Évangile de Jésus-Christ reste quelque chose de raisonnable.

Et cependant il y a également une seconde manière, plus simple, de justifier cette mission à notre époque. La joie exige d’être communiquée. L’amour exige d’être communiqué. La vérité exige d’être communiquée. Celui qui a reçu une grande joie ne peut pas la conserver simplement pour lui-même, il doit la transmettre. On peut dire la même chose pour le don de l’amour, pour le don de reconnaître la vérité qui se manifeste.

Lorsqu’André a rencontré le Christ, il n’a pas pu faire autrement que de dire à son frère : « Nous avons trouvé le Messie » (Jn 1,41). Et Philippe, à qui il a été donné de faire une rencontre semblable, n’a pas pu faire autrement que de dire à Nathanaël qu’il avait trouvé celui dont avaient parlé Moïse et les prophètes (Jn 1,45). Si nous annonçons Jésus-Christ, ce n’est pas pour que notre communauté compte le plus grand nombre possible de membres ; et encore moins pour le pouvoir. Nous parlons de Lui parce que nous sentons que nous avons le devoir de transmettre cette joie qui nous a été donnée.

Nous serons des annonciateurs crédibles de Jésus-Christ lorsque nous l’aurons véritablement rencontré au plus profond de la notre existence, lorsque, à travers notre rencontre avec Lui, la grande expérience de la vérité, de l’amour et de la joie nous aura été donnée.

2. La profonde tension entre l’offrande mystique à Dieu, dans laquelle on se donne totalement à lui, et la responsabilité envers le prochain et envers le monde qu’il a créé fait partie de la nature de la religion. Marthe et Marie sont toujours indissociables, même si, d’une fois à l’autre, l’accent peut être mis plutôt sur l’une ou plutôt sur l’autre. Le point de rencontre entre les deux pôles est l’amour, dans lequel nous touchons à la fois Dieu et ses créatures. « Nous avons reconnu l’amour que Dieu a pour nous et nous y avons cru » (1 Jn 4,16) : cette phrase exprime la nature authentique du christianisme. L’amour, qui se réalise et se reflète sous des formes multiples dans les saints de tous les temps, est la preuve authentique de la vérité du christianisme.

Benoît XVI

21 octobre 2014

Inventé de A à Z !

« Inventé de A à Z ! » s’est exclamé Mgr Gänswein, Préfet de la Maison Pontificale et Secrétaire de Benoît XVI, à la lecture de l’article de Zenit rapportant une soi-disant expérience mystique de Benoît XVI qui serait à l’origine de son retrait. Et il ajoute : « Il n’y a pas un mot de vrai dans cet article ».

Le prélat était interrogé par la chaine de télévision italienne « Canale 5 » au cours d’une visite à Castel Gandolfo où il a célébré le 36e anniversaire de la dédicace de l’église « Madonna del Lago », un pèlerinage marial au bord du lac d’Albano.

On se souvient que le 19 août dernier, l’agence romaine « Zenit » avait défrayé la chronique avec une « nouvelle sensationnelle » : une personne qui avait tenu à rester anonyme, avait eu le privilège de rencontrer le Pape émérite Benoît XVI dans son couvent « Mater Ecclesiae » et prétendait que ce dernier avait pour la première fois évoqué les coulisses de sa renonciation à la charge pontificale. Benoît XVI lui aurait confié : « Dieu m’a dit de la faire ». Selon cette personne, il ne s’agissait pas d’une « apparition », ou d’un phénomène semblable, mais plutôt d’une « expérience mystique » par laquelle Dieu aurait « éveillé dans son cœur un désir absolu » de se retrouver « seul à seul avec Lui ».

Ces mots ont fait le tour du monde et avaient déjà suscité la réaction de Peter Seewald, biographe de Benoît XVI : « Que dire ? Que tout cela ne sont que des bêtises inventées de toutes pièces ! » Ce que les déclarations de Mgr Gänswein viennent de confirmer de façon définitive.

Reste la question de savoir pour quelles raisons certaines informations sont ainsi données en pâture au monde entier. Des informations qui, de plus, se caractérisent par un profond manque de respect à l’encontre de Benoît XVI.

L’agence Kath.net (plus sérieuse quant à sa ligne éditoriale et la qualité de ses informations) pose judicieusement la question de savoir pour quelle raison une telle information a été mise au grand jour et demande s’il ne s’agissait pas de discréditer l’ancien Pape.

Chose étrange, cette information est arrivée quelques jours après la fin des JMJ (à Rio du 22 au 29 juillet) et durant le repos estival et donc temps de silence du Pape François, à un moment où l’agence « Zenit » semblait commencer à tourner en rond, notamment en relatant la biographie de Nelson Mandela. On aura remarqué que depuis le début de l’année 2013, « Zenit » agrémente son bulletin quotidien de petites citations qui n’ont rien ni de biblique, ni de théologique, ni d’hagiographique ou de philosophique (de Don Camillo, au Seigneur des Anneaux, en passant par Sister Act, Marcel Pagnol, le Roi Lion ou Clint Eastwood…). Certaines traductions semblaient elles-aussi déjà légères par le nombre d’erreurs qu’elles contenaient.

L’agence « Zenit » créée pour « nourrir l’espérance et aider l’humanité à trouver la vérité, la justice et la beauté » grâce au message du Souverain Pontife, semble être un peu à côté de son but. D’autant qu’elle précise encore son objectif « de recueillir et de diffuser les informations avec professionnalisme, avec fidélité et au service de la vérité » sous des catégories telles que la bioéthique, genres, histoire, idéologies, environnement.

Créée par les Légionnaires du Christ (mouvement fondé par le Père Maciel qui a beaucoup défrayé la chronique), la rédaction de « Zenit » annonce aujourd’hui fonctionner de manière indépendante et sans but lucratif grâce à trois femmes (Anne Kurian, Anita Bourdin et Hélène Ginabat) sans mentionner le moindre contrôle de l’Eglise ou au moins la tutelle d’un responsable religieux. Certains journalistes de renom, tel que par-exemple Jean-Marie Guénois (« Le Figaro » ) bien au fait de l’histoire de cette agence, s’était déjà interrogé quand à la gestion financière de celle-ci : « Le plus inquiétant est que cette agence gratuite, très connue en France, qui livre des informations sur la vie de l’Eglise, demande en retour de l’argent à ses lecteurs sans jamais dire qui elle est vraiment ».

Force est de constater que « Zenit » réclame et récolte sans cesse beaucoup d’argent pour des informations qui semblent parfois aléatoires et provenant de sources qui ne justifient pas des frais de fonctionnement aussi élevés : à Rome la plupart des informations sont accessibles gratuitement et en outre, de nombreux sites de qualité (à commencer par celui du Saint-Siège) proposent aujourd’hui toutes sortes de d’informations (conférences, actualité des églises locales…) sans que cela ne justifie des centaines de milliers d’euros pour palier à des frais de traduction ou bien encore des frais de fonctionnement ou techniques aussi élevés.

« Zenit » semble avoir voulu frapper un grand coup : c’est un coup de sabre dans l’eau qui instrumentalise de façon irrespectueuse Sa Sainteté Benoît XVI ; cela justifie aujourd’hui de sérieuses explications du représentant moral de cette structure et de sa gestion financière, par respect vis-à-vis de l’Eglise et des nombreux donateurs.

Source : Proliturgia. http://proliturgia.pagesperso-orange.fr/styled-5/debut.htm

Benoît XVI : prier les psaumes enrichit notre relation à Dieu

CITE DU VATICAN, 16 NOV 2011 (VIS). Au cours de l'audience générale tenue Place St.Pierre, Benoît XVI a conclu son cycle catéchistique consacré aux psaumes, en proposant des réflexions sur le psaume 110, "que Jésus a cité et que les évangélistes ont amplement repris car il traite du Messie… Ce psaume est particulièrement aimé, depuis les origines de l'Eglise" car il "célèbre le Messie victorieux, glorifié à la gloire de Dieu". Il s'ouvre, a précisé le Pape, par une déclaration solennelle: "Oracle du Seigneur à mon seigneur, assieds toi à ma droite afin que je fasse de tes ennemis l'escabeau de tes pieds". Le Christ est en fait "le Seigneur intronisé, le Fils de l'homme assis à la droite de Dieu… Il est le vrai roi qui, par la résurrection est entré dans la gloire… Il siège au dessus des anges et de toute autre puissance céleste, tous ses ennemis soumis jusqu'à la mort, définitivement vaincue".
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  "Il existe un lien étroit entre le roi du psaume et Dieu, car ils gouvernent de concert au point que le psalmiste affirme que c'est Dieu qui tend au roi le sceptre pour qu'il soumette ses ennemis… L'exercice du pouvoir, qui vient directement du Seigneur, est un devoir devant être exercé dans la soumission et l'obéissance, comme signe au sein du peuple de la puissante présence de Dieu. La domination des ennemis, la gloire et la victoire sont des dons qui font du roi le médiateur du triomphe divin sur le mal". Au verset 4 se révèle la dimension sacerdotale, liée à la royauté: "Le Seigneur a juré et ne s'en repens pas, Tu est prêtre à jamais selon Melchisédech, le prêtre roi de Salem…médiateur de la présence divine parmi le peuple, par la bénédiction qui vient de Dieu". Jésus, a alors souligné Benoît XVI, "est le prêtre véritable et définitif qui porte à la perfection la qualité sacerdotale de Melchisédech". Par l'offrande du pain et du vin, il s'offre, vainc la mort et apporte la vie à tous les croyants. Dans les versets suivants, on a la vision d'un "souverain triomphant, aimé du Seigneur et ayant reçu de lui pouvoir et gloire, qui met en fuite ses adversaires et juge les nations… Le roi chanté par le psalmiste est bien le Christ, le Messie qui instaure le royaume de Dieu et réduit toute la puissance du monde. Il est le Verbe généré par le Père avant toute créature, le Fils incarné, mort, ressuscité et monté au ciel, le roi soulevant le tête en triomphant sur la mort par la résurrection". Le psaume 110, a conclu le Saint-Père, "nous invite à contempler le Christ afin de comprendre ce qu'est la véritable royauté, ce que signifie le don de soi et vivre au service d'autrui, dans l'obéissance et l'amour portés à leur extrême. Avec ce texte, prions en demandant au Seigneur de marcher dans ses pas de roi et de Messie, prêts à monter avec lui au Golgotha pour participer à sa gloire, le saluer à la droite du Père tel un roi prêtre victorieux qui, miséricordieux, pardonne et sauve tous les hommes". 

  Après la catéchèse, Benoît XVI a salué notamment le collège des recteurs des facultés de Wroclaw, Opole, Czestochowa et Zielona Góra pour la distinction académique qu'ils lui ont conféré: "dans ce titre, je reconnais et apprécie l'engagement de l'Eglise dans le domaine de l'éducation et de la culture".

 
Dans l'édition anglophone de VIS, au même jour, on trouve cet ajout précieux (Traduction : Societas Laudis) :
Finally, the Pope explained that, in the course of his catechesis dedicated to the Psalms, he had sought to focus on those "that reflect the different situations in life and the various attitudes we may have towards God. I would like to renew my call to everyone to pray the Psalms, to become accustomed to using the Liturgy of the Hours, Lauds, Vespers, and Compline. Our relationship with God can only be enriched by our journeying towards Him day after day".
 
A la fin [de l'audience] le pape a expliqué q'au cours de cette catéchèse dédiée aux psaumes, il cherché à mettre en valeur ce qui  "reflète les différentes situations de la vie et les attitudes variées que nous pouvons avoir envers Dieu. Je voudrais renouveller mon appel à chacun de prier les psaumes, de devenir coutumiers de l'usage de la Liturgie des Heures, les Laudes, les Vêpres, et les Complies . Notre relation avec Dieu ne peut qu'être enrichie par notre cheminement avec Lui jour après jour".

Le pape Benoit XVI revient sur l’Importance du chant grégorien dans la Liturgie

Exhortation apostolique "Verbum Domini" du pape Benoit XVI, publiée ce jour, 11 nov 2010. Elle fait suite au Synode sur la Parole de Dieu en 2008.

 

Dans le cadre de la valorisation de la Parole de Dieu durant la célébration liturgique, on fera aussi attention au chant retenu pour les moments prévus selon chaque rite, favorisant celui qui est clairement inspiré par la Bible et qui exprime, par l’accord harmonieux des paroles et de la musique, la beauté de la Parole divine. En ce sens, il est bon de mettre en valeur les chants que la Tradition de l’Église nous a livrés et qui respectent ce critère. Je pense en particulier à l’importance du chant grégorien (Exhortation "Verbum Domni" §70) Vous pouvez télécharger cette exhortation ici >>>>