Une crèche…


Ma lettre au tribunal administratif de Nantes

Cher Monsieur le Tribunal,


J’ai pris connaissance il y a quelques jours de votre décision d’interdire la crèche de Noël traditionnellement installée dans le hall du Conseil Général de la Vendée.

Quelle mouche vous a donc piqué ?

Vous avez fait des études je suppose. Peut-être savez vous donc que Noël vient du latin  » Natalis » qui veut dire Naissance. Alors je vais vous livrer un secret que vous voudrez bien transmettre à vos confrères qui peut-être nagent avec complaisance dans la même ignorance que vous. La naissance dont-il est question est celle d’un certain Jésus de Nazareth né il y a un peu plus de 2000 ans. je dis ça parce qu’étant donné que vous n’avez pas interdit les illuminations de Noël, je suppose que vous ignoriez ce détail. Voyez-vous, Noel n’est pas l’anniversaire de la naissance du Père Noel ( je suis désolé si je casse ici une croyance ancrée en vous ) mais bien celle de ce Jésus. Interdire une crèche sans interdire toute manifestation publique de cette fête est aussi stupide que si vous autorisiez la fête de l’andouillette tout en interdisant la consommation d’andouillette le jour de la fête de l’andouillette.

La crèche c’est ce qu’on appelle une tradition. Et ne me faites pas croire, Monsieur le Tribunal, que le principe de la tradition vous est étranger. Sinon comment expliquer que les magistrats exercent leur métier dans un costume aussi ridicule si ce n’est parce qu’il est le fruit d’une tradition ?

Vous êtes un briseur de rêves Monsieur, vous êtes un étouffeur de sens. La crèche c’est Noël et Noël c’est la crèche. La crèche c’est aussi l’histoire d’une famille qui faute de droit opposable au logement est venue se réfugier dans une étable. C’est un signe d’espoir pour tous les sans logement. La crèche c’est aussi un roi arabe et un autre africain qui viennent visiter un juif. C’est un signe d’espérance et de paix en ces temps de choc de civilisations et de conflit au Moyen Orient. la crèche c’est aussi des éleveurs criant de joie et chantant dans une nuit de décembre. Connaissez vous beaucoup d’agriculteurs qui rigolent en cette période de crise? la crèche c’est un bœuf, symbole de la condition laborieuse de l’homme. Enfin, la crèche, c’est un âne, même si une rumeur court disant que cet âne a quitté la crèche en 2013 pour rejoindre le Tribunal administratif de Nantes.

Malgré le fait que vous allez sans doute, par souci de cohérence, vous rendre à votre travail le 25 décembre, je vous prie de croire, Monsieur le Tribunal, à l’expression de mes souhaits de bon et joyeux Noël.

Jean Pierre Santon

1er dimanche de l’Avent 2014 : Smaragde

Tous ceux qui ont participé avec nous à l’office des Vigiles du 1er dimanche de l’Avent seront heureux de retrouver le texte et la traduction du 1er des 12 répons que nous avons chanté, le grand « Aspiciens a longe » mais aussi le magnifique commentaire de Smaragde (« le diadème des moines ») de l’Évangile de Saint Marc (1er dimanche de l’Avent, année B)



R/. Aspíciens a longe, ecce vídeo Dei poténtiam veniéntem, et nébulam totam terram tegéntem. * Ite óbviam ei, et dícite: * Núntia nobis, si tu es ipse, * Qui regnatúrus es in pópulo Isræl.

V/. Quique terrígenæ, et fílii hóminum, simul in unum dives et pauper, * Ite óbviam ei, et dícite:

V/. Qui regis Isræl, inténde, qui dedúcis velut ovem Ioseph, * Núntia nobis, si tu es ipse.

V/. Tóllite portas, príncipes, vestras, et elevámini, portæ æternáles, et introíbit Rex glóriæ. * Qui regnatúrus es in pópulo Isræl.

R/. Aspíciens a longe

R/. Regardant de loin, voici que je vois venir la puissance de Dieu, et une nuée qui couvre toute la terre. * Allez à sa rencontre et dites : * Annonce-nous si c’est Toi-même, * Qui dois régner sur le peuple d’Israël. V/. Vous tous, fils de la terre, et fils des hommes, ensemble et de concert, riche et pauvre. * Allez à Sa rencontre, et dites : V/. Toi qui gouvernes Israël, sois attentif, Toi qui conduis Joseph comme une brebis. * Annonce-nous si c’est Toi-même. V/. Élevez vos portes, ô princes ; et vous, élevez-vous, portes éternelles, et le Roi de la gloire entrera. * Qui dois régner sur le peuple d’Israël. Gloire au Père.R/. Regardant de loin, voici que je vois venir la puissance de Dieu, et une nuée qui couvre toute la terre. * Allez à sa rencontre et dites : * Annoncez-nous si c’est vous-même, * Qui devez régner sur le peuple d’Israël.

Lectio IX

Lectio sancti Evangelii secundum Marcum. In illo tempore : Dixit Iesus discpulis suis : « Vidéte, vigiláte; nescítis enim, quando tempus sit. » Et reliqua.

 

On s’asseoit

Ex Libro Diadema monachorum Smaragdis abbatis.

Cc . 26-27 : PL 4, 518-520

Paulus apostolus nos admonet dicens: Non dormiamus sicut caeteri, sed vigilemus (I Thess. V) . Id est, non dormiamus sicut caeteri infideles, iniusti, iniqui, qui ignorantiae et corporis somno depressi, et peccatorum suorum mole gravati, quid illis in futuro eveniat praevidere non valent. Qui tam graviter turpiterque dormiunt, ut ad sui custodiam cordis oculos non aperiant; qui nihil de futura gloria, sed semper de praesenti cogitant vita. Non de iis quae non videntur et aeterna sunt, sed semper de iis cogitant quae videntur, et caduca et temporalia sunt. Nos autem non sicut illi dormiamus, sed vigilemus.

Leçon IX

Lecture du Saint Évangile selon Marc. En ce temps là : Jésus dit à Ses disciples : « Prenez garde, veillez et priez, car vous ne savez quand ce temps viendra. Et la suite.

 

 

 

Du Livre de Smaragde, le Diadème des moines.

L’apôtre Paul nous avertit en disant : Ne dormons pas comme les autres hommes infidèles, injustes, iniques, qui enfoncés dans l’ignorance et le sommeil du corps et alourdis par le poids de leur péchés ne peuvent pas prévoir ce qui leur arrivera dans l’avenir. Ils dorment si lourdement et si honteusement qu’ils n’ouvrent pas leurs yeux pour veiller à la garde de leur cœur. Ils ne pensent absolument pas à la gloire future mais toujours à la vie présente. Ils en pensent pas aux choses éternelles qu’ils ne voient pas mais toujours aux choses périssables et temporelles qu’ils voient. Quant à nous, ne dormons pas comme eux mais veillons.

Lectio X

Hinc nos et Marcus evangelista salubriter admonet dicens: Vigilate ergo, quia nescitis quando Dominus veniat. Ne cum venerit repente, inveniat vos dormientes (Marc. XIII) . Beati servi illi, quos cum venerit Dominus, invenerit vigilantes (Luc. XII) . Vigilat enim, qui ad aspectum veri luminis oculos apertos tenet. Vigilat, qui servat operando quod credit. Vigilat, qui a se corporis et negligentiae tenebras repellit. (0671A) Hinc et alibi idem ait apostolus: Sive vigilemus, sive dormiamus, simul cum Christo vivamus (I Thess. V) . Id est, sive vigilemus ad custodiam nostrae salutis, sive dormiamus a nocivis huius saeculi curis, simul cum illo vivamus, id est, semper in Christo et cum Christo simus:

Leçon X

L’évangéliste Marc nous en avertit salutairement en disant : Veillez donc, car vous ne savez quand le Seigneur viendra. Bienheureux ces serviteurs que le seigneur Son retour trouvera à veiller. Celui qui tient ses yeux ouverts pour voir la vraie lumière, celui là veille. Celui qui est fidèle à agir d’après sa foi, celui là veille. Celui-là veille qui repousse loin de lui les ténèbres du corps et de la négligence. Ailleurs, l’Apôtre dit de même : Soit que nous veillons, soit que nous dormons, vivons avec le Christ, c’est à dire : soit que nous veillions à la garde de notre salut, soit que nous dormions insensibles aux sollicitudes nuisibles de ce siècle, vivons avec Lui, soyons toujours dans el Christ et avec le Christ.

Lectio XI

De hac salubri vigilatione et dormitione, in Canticis canticorum Salomon ait: Ego dormio, et cor meum vigilat (Cant. V) . Ac si diceret: Quanto magis a terrenis velut dormiens quiesco curis, tanto liberius cor meum ad sui contemplationem vigilat creatoris. Illa enim anima in aeternum semper cum Domino vivet, quae illi hic per dilectionem adhaerens, a tergo eius nunquam recedit.

Leçon XI

De cette veille et de ce sommeil salutaires, Salomon dit dans le Cantique des Cantiques : Je dors, mais mon cœur veille, comme s’il disait : « moins je m’occupe des sollicitudes terrestres, tout comme si je dormais, plus mon cœur veille librement pour contempler son Créateur. » Cette âme qui, adhérant à Dieu ici bas par la dilection, ne cesse jamais de Le suivre, vivra éternellement avec Dieu.

Lectio XII

Unde et Dominus inquit: Qui diligit me, me sequatur. Et ubi ego sum, illic et minister meus erit (Ioan. XII) . Id est, mecum in perpetuo vivens, semper gloriosus et immortalis regnabit. Dixit abbas Evagrius: Si deficis animo, ora sicut scriptum est. Ora autem cum timore, et tremore et labore, sobrie et vigilanter. (0671B) Ita oportet orare maxime propter malignos, et nequitiis vacantes, invisibiles inimicos nostros, qui nos in hoc praecipue impedire nituntur.

Leçon XII

Aussi le Siegneur dit-l : Celui qui M’aime, qu’il Me suive, et là où Je suis, là aussi sera Mon serviteur, c’est à dire vivant éternellement avec Moi, il régnera toujours glorieux et immortel. L’abbé Evagre disait : « si ton âme défaille, fais comme il est écrit, prie. Mais prie avec crainte, tremblement et application, sagement et avec vigilance. C’est surtout ainsi qu’il faut prier à cause de nos ennemis invisibles, méchants et adonnés à l’iniquité, qui en cela surtout s’efforcent de nous créer des obstacles ».

Lectio sancti Evangelii secundum Marcum. R/. Gloria tibi Domine.

In illo tempore : Dixit Iesus discpulis suis : « Vidéte, vigiláte; nescítis enim, quando tempus sit. Sicut homo, qui péregre proféctus relíquit domum suam et dedit servis suis potestátem, unicuíque opus suum, ianitóri quoque praecépit, ut vigiláret. Vigiláte ergo; nescítis enim quando dóminus domus véniat, sero an média nocte an galli cantu an mane; ne, cum vénerit repénte, invéniat vos dormiéntes. Quod autem vobis dico, ómnibus dico: Vigiláte! » R/. Amen.

Lecture du Saint Évangile selon Marc. R/. Gloire à Toi, Seigneur.

En ce temps là, Jésus dit à Ses disciples : « Prenez garde, veillez et priez, car vous ne savez quand ce temps viendra. Il en sera comme d’un homme qui, s’en allant au loin, laisse sa maison et remet l’autorité à ses serviteurs, marquant à chacun sa tâche, et ordonne au portier de veiller. Veillez donc, car vous ne savez pas quand viendra le maître de la maison, si ce sera le soir, ou au milieu de la nuit, ou au chant du coq, ou le matin; de peur que, survenant tout à coup, il ne vous trouve endormis. Ce que Je vous dis, Je le dis à tous: Veillez. »

. R/. Amen.

Retraite paroissiale annuelle pour le début de l’Avent

« Élever notre âme » Ce sont les premiers mots du premier des textes de la première messe de l’année liturgique. L’introït de la messe du premier dimanche de l’Avent débute, en effet, par ce verset du psaume 24 : « Vers toi, Seigneur, j’élève mon âme ». Dom Guéranger, le fondateur du monastère de Solesmes, ouvrait la préface de son commentaire de L’Année Liturgique en enseignant : « La prière est pour l’homme le premier des biens. Elle est sa lumière, sa nourriture, sa vie même puisqu’elle le met en rapport avec Dieu qui est lumière, nourriture et vie. Mais de nous-mêmes, nous ne savons pas prier comme il faut. ». Au début de l’Avent, la Paroisse saint Etienne propose chaque jour, dans les différents relais, un rendez-vous de réflexion chrétienne et surtout de prière sous des formes variées. De quoi commencer la nouvelle année liturgique, dans le silence et l’adoration, pour remettre la prière, à laquelle rien ne devrait être préféré, à la première place.

Père Bruno Martin, curé


  • Samedi 29 novembre :
    • Grand’Eglise à 9h30, Messe (grégorien)
    • Quartier de Jacquard de 10h30 à 12h, Apostolat de rue
    • Grand’Eglise à 17h30 : Office des premières Vêpres, du premier dimanche de l’Avent (Choeur Gouzes)
    • Grand’Eglise à 20h30 : Office des Vigiles du premier dimanche de l’Avent (grégorien)
  • Dimanche 30 novembre :
    • Grand’Eglise à 9h : Messe
    • Cathédrale Saint Charles à 10h30, Messe avec la participation de la chorale Saint Charles, Accueil des enfants qui se préparent à la Première Communion
    • Grand’Eglise à 17h30 :Office des Vêpres et Salut au Très Saint Sacrement (grégorien)
  • Lundi 1er décembre,
    • Sainte Marie à 18h : Lecture méditée de l’Avent
    • Cathédrale Saint Charles à 21h30, Office des Complies (grégorien)
  • Mardi 2 décembre
    • Cathédrale Saint Charles à 21h30 Office des Complies
  • Mercredi 3 décembre
    • Cathédrale Saint Charles à 21h30
    • Office des Complies (grégorien)
  • Jeudi 4 décembre
    • Maison paroissiale Saint Charles à 20h30, « Magnificat pour Noël », Emerveillons-nous avec Marie, approchons-nous de la crèche avec les bergers, accueillons en nos coeurs avec joie Dieu qui se donne à nous, en parcourant ce livre d’images de Noël que nous ont laissé les peintres de tous les temps.
    • Cathédrale Saint Charles à 22h : Office des Complies (grégorien)
  • Vendredi 5 décembre Grand’Eglise de 18h à 21h30
    • Office des Vêpres (18h)
    • Messe (18h45) suivie d’un temps d’Adoration
    • (intentions de prière proposées par les maisons de retraite de la paroisse)
    • Office des Complies (21h)
    • (offices et messe animés par le groupe de l’Adoration perpétuelle)
  • Samedi 6 décembre
    • Grand’Eglise à 9h30 Messe (grégorien)
    • Quartier de Jacquard de 10h30 à 12h Apostolat de rue
    • Chapelle de l’Institution Saint Paul à 10h30 Inauguration du vitrail représentant le coeur immaculé de Marie

Ainsi s’achève…

… Une semaine spirituelle à la paroisse du centre-ville de Saint Etienne (cathédrale S. Charles et églises environnantes) : de longues heures à psalmodier :

Vigiles monastiques du 1er dimanche de l’Avent (qui durèrent 3 heures 15), IIe vêpres du 1er dimanche de l’Avent, complies du lundi, mardi et vendredi de la première semaine de l’Avent, messe de « Rorate » (dans la nuit, au petit matin et éclairée à la bougie) du 1er samedi de l’Avent, laudes du 2ème dimanche de l’Avent, 1ères vêpres de l’Immaculée Conception.

De la fatigue, également, mais aussi la certitude d’avoir été ce que nous devions être, par la grâce de notre baptême, sous le regard de Dieu.


 

Continuons !
Sóbrii simus, indúti lorícam fídei et caritátis et gáleam spem salútis; quóniam non pósuit nos Deus in iram sed in acquisitiónem salútis per Dóminum nostrum Iésum Christum,  qui mórtuus est pro nobis, ut sive vigilémus sive dormiámus, simul cum illo vivámus. Propter quod consolámini ínvicem et aedificáte altérutrum. (1 Thess 5,8-11).

Continuons le combat avec les armes de l’obéissance : Ad te ergo nunc mihi sermo dirigitur, quisquis abrenuntians propriis voluntatibus, Domino Christo vero regi militaturus, oboedientiae fortissima atque praeclara arma sumis. (Rège de S. Benoît, prologue).

Continuons à bâtir, d’une main, et à nous battre de l’autre : Ædificántium in muro, et portántium ónera, et imponéntium : una manu sua faciébat opus, et áltera tenébat gládium (Néhémie, 4,17).

 


Sic stemus ad psallendum ut mens nostra concordet voci nostrae

 

Règle de S. Benoît : Chapitre XIXème : comment il faut psalmodier.

 

Ideo semper memores simus quod ait Propheta : Servite Domino in timore. Et iterum : Psallite sa pienter. Et : In conspectu angelorum psallam tibi. Ergo consideremus qualiter oporteat nos in conspectu divinitatis et angelorum esse et sic stemus ad psallendum ut mens nostra concordet voci nostrae

Aussi souvenons-nous toujours de ce que dit le Prophète : « Servez le Seigneur dans la crainte », et encore « Psalmodiez avec attention », et « En présence des anges je te chanterai des psaumes. » Considérons donc comment il faut être sous le regard de la divinité et de ses anges, et tenons. nous pour psalmodier de telle sorte que notre esprit soit à l’unisson de notre voix.

 

Dom Paul Delatte, commentaire de la Règle de S. Benoît :

Pensons-y seulement, faisons acte d’intelligence surnaturelle : memores simus, consideremus. Faisons « la composition du lieu » comme disent les méthodes modernes d’oraison. Nous sommes en face de la Divinité. Et toute la création est réunie. Et les anges entourent l’autel. Nous allons psalmodier avec eux (Ps. CXXXVII, 1) et chanter le triple Sanctus qu’ils nous ont appris ; ne convient-il pas qu’avec eux nous rivalisions de respect et de tendresse ?  »Ils se voilent la face de leurs ailes : vous aussi » dit le prophète David,  » servez le Seigneur avec crainte  » (Ps. II, 11). Et encore :  » Psalmodiez avec sagesse  » (Ps. XLVI, 8), c’est-à-dire, ayez conscience non pas seulement des mots prononcés, non pas seulement de ce qu’ils contiennent de doctrine, mais aussi, mais surtout de celui à qui vous parlez. Souvenez-vous enfin que, plus heureux peut-être que les moines de saint Benoît, vous avez le Saint-Sacrement dans l’oratoire.

Comme nous reconnaissons bien le procédé libéral, tout intime, tout spirituel de N. B. Père ! La voie de contrainte, les textes législatifs les plus impérieux, la science parfaite des rubriques ; tout cela n’est capable de produire qu’une correction extérieure, et encore ! Si l’âme est absente ou le cœur glacé, si l’office divin n’est plus qu’un exercice d’assouplissement du corps et de la voix, il ne tardera guère à devenir un exercice d’ennui, de mortel ennui. Et cela paraîtra ; et cela se traduira par des bâillements, des impatiences, des regards indiscrets, des irrévérences de toutes sortes. Que faites-vous à la Messe ? demandait-on à un chrétien distrait. – J’attends que cela finisse, répondit-il. Que ferez-vous donc dans l’éternité, où cela ne finira point ?

Bien des conditions d’ailleurs sont requises pour que l’idéal de N. B. Père soit réalisé. Il faut l’estime conventuelle pour l’office divin ; et c’est aux supérieurs de l’entretenir ou de la restaurer, de toutes manières et avant toutes choses. Il faut encore l’estime personnelle ; et elle s’avive par l’étude et par l’habitude des relations affectueuses avec le Seigneur. Comment l’âme qui s’occupe de tout, sauf de Dieu, en dehors de l’oratoire, pourrait-elle se flatter d’éviter, au cours de l’office divin, la divagation ou la torpeur ? La préparation éloignée à la prière est recommandée par tous les maîtres de l’ascétisme . Ils nous parlent aussi d’une préparation prochaine et immédiate ; et nos Constitutions y ont pourvu en nous ménageant, avant chaque office, les quelques minutes de « station » sous le cloître : elles sont précieuses, et il serait difficile d’en exagérer l’importance. C’est alors que nous accordons notre âme, notre instrument spirituel. Ayons donc la prudence de ne pas poursuivre à la « station » des recherches ou des combinaisons mentales commencées ; ce n’est pas non plus un lieu de conversations, d’échanges quelconques : Ante orationem praepara animam tuam et noli esse quasi homo qui tentat Deum (ECCLI., XVIll, 23).

L’entrée à l’église, la tenue au chœur et les mouvements divers sont réglés par le cérémonial et surveillés doucement par le cérémoniaire. Mais l’un et l’autre seraient impuissants à assurer l’exécution à la fois précise et souple, grave et simple, des gestes liturgiques, si chacun n’apportait toute sa présence d’esprit, toute sa mesure de distinction, de courtoisie surnaturelle, d’abnégation enfin : nous devons alors surtout prendre conscience de tous et coordonner nos mouvements avec les mouvements d’autrui. Tous les rites, même les plus menus, seraient observés exactement, avec ordre et pourtant sans l’allure symétrique et rigide de soldats à la parade, si chacun était attentif au sens et à propos de la cérémonie qui s’accomplit. L’abnégation est peut-être plus indispensable encore lorsqu’il s’agit du chant : mieux vaut tolérer un peu d’erreur que de sacrifier le mouvement d’ensemble, l’unanimité vocale, et de transformer le chœur en une arène ou un champ clos. Les Constitutions nous demandent de « ne point épargner notre voix » ce qui n’est pas une invitation à étouffer toutes les autres ; et quand elles nous décrivent les qualités du vrai chant sacré, son allure virile et tranquille, ce n’est point pour abandonner aux compétences individuelles une interprétation qui est, de droit, réservée au Maître de chœur. Sur ce terrain encore, nous devons apporter tous nos soins, et une préparation s’impose : on n’improvise pas l’exécution de certaines pièces du répertoire grégorien ; il ne faut pas que, la profession une fois émise, nous disions adieu pour toujours à l’étude du Graduel et de l’Antiphonaire. Ce ne sera jamais assez bien pour le Seigneur ; et encore qu’il ne convienne jamais de s’appliquer davantage, simplement pour satisfaire aux exigences esthétiques de quelques auditeurs et pour soutenir la réputation d’une « schola », il faut pourtant nous souvenir que le chant et la psalmodie sont notre forme d’apostolat et que nous devons aux âmes cette prédication si pénétrante.

Mais ce ne serait pas assez d’assurer la dignité et la bonne exécution matérielle de l’office divin. Il convient que notre intelligence sache à qui s’adressent paroles et mélodies ; il convient qu’elle soit attentive à la pensée du Psalmiste et de l’Église. Il convient que notre cœur s’échauffe réellement tandis que notre voix retentit. Et, pour achever l’harmonie, notre vie elle-même se mettra d’accord avec notre pensée, notre amour et notre voix. Alors, mais alors seulement, la liturgie aura atteint son double but : honorer Dieu et nous sanctifier. Encore une fois, remarquons bien le procédé de saint Benoît pour inspirer le respect de l’oratoire et l’attention à la prière. Il ne songe pas, comme d’autres législateurs monastiques , à combattre la rêverie et le sommeil en faisant tresser des corbeilles ou des nattes pendant les longues psalmodies et les lectures ; chez lui l’ŒUVRE de Dieu s’accomplit tout entière dans la maison de Dieu : Oratorium hoc sit quod dicitur ; nec ibi quidquam aliud geratur aut condatur (chap. LII). Il nous suppose chrétiens ; il nous suppose réfléchis, il ne nous donne d’autre règle que notre lumière surnaturelle : consideremus ; il nous invite à éliminer l’illogisme, le désaccord entre ce que nous savons et ce que nous sommes volontairement ; à faire de toute notre vie un exercice constant d’eurythmie, de loyauté, de délicatesse. Et N. B. Père ramasse sa doctrine dans cette sentence frappée à l’antique : Ut mens nostra concordet voci nostrae. Elle rappelle celle de saint Augustin ., insérée par saint Césaire dans sa Règle aux vierges

Psalmis et hymnis cura oratis Deum, hoc versetur in corde quod profertur in voce.

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Et si nous n’avons pas encore bien compris pourquoi nous faisons tout cela, c’est-à-dire une liturgie longue, solennelle et latine, mais pourtant ordinaire et paroissiale, quelques mots de Marie Noël :

 

Certains clercs novateurs tendent de plus en plus à s’écarter de la liturgie traditionnelle pour ouvrir l’avenir, de plus en plus, à une religion discoureuse qu’ils pensent devoir parler mieux, avec plus de fruit, à l’âme du peuple. Ils abandonnent volontiers la pratique dominicale – vêpres, complies – pour multiplier, hors église, des réunions conversantes, des séances de petits parlements pieux et substituent dans les offices mêmes, aux mystérieuses hymnes sacrées, jugées inintelligibles, le cantique en langue vulgaire qui dit tout ce qu’il signifie : peu de choses ou rien. Dans ce parti de vulgariser – oh ! combien – le culte divin en le dépouillant de sa séculaire beauté sanctifiante, comme un Ci-devant qu’il faut enfin exproprier, un Passé qu’il est temps d’appauvrir pour le mettre au bas niveau du plus grand nombre, ils oublient que sa vertu mystique est au contraire d’élever le plus grand nombre au niveau sur-quotidien des éternels élus.

Est-il nécessaire au croyant de tout comprendre ? Il y a plusieurs paroles dans le Verbe de Dieu. Dieu ne parle pas seulement à l’homme par le discours plus ou moins convaincant de l’homme, mais aussi, quand l’homme se tait, par une atteinte intérieure que la parole ne sait pas. La liturgie est pour cette approche divine une voie majeure et quasi sacramentelle. Elle est le chœur séculaire de la Communion des Saints qui unit, à travers les âges, par les mêmes mots chargés d’âme de la même prière, le Miserere et le Magnificat d’une vieille femme illettrée au Miserere et au Magnificat de Thomas d’Aquin, le docteur, et de Jeanne la Lorraine qui ne savait pas lire.

Marie Noël, Notes intimes, Stock, 1984, p. 131-132, Texte intitulé « Liturgie », Année 1933-1934