L’index et le pouce (WDTPRS encore) : déritualiser la liturgie ?

Sur WDTPRS, encore, un excellent post pour une question plus importante qu’il n’y paraît :

It is now over five years since I learned to say Mass in the Usus Antiquior. [Hooray!] I have tried hard not to import random bits of rubrical practice into my celebration of the Novus Ordo. [That can be tough.]
One thing, however, that I do find myself doing is holding my thumb and forefinger together once the Sacred Host is consecrated. [Good!]

Traduction : (NDLR : question d’un prêtre) : Cela fait maintenant cinq ans que j’ai appris à dire la messe selon l’usus antiquior. [Hourah !] J’ai essayé de ne pas trop importer des morceaux de rubriques pratiques dans la célébration du Novus Ordo. [Ça peut être difficile]. Une chose cependant que je me retrouve à pratiquer, c’est de garder mon pouce et mon index joints à partir de la consécration [Bien !].

La question revient en fait à aborder plusieurs questions :

– premièrement : la question de ne pas « mélanger » l’ordo ordinaire et l’ordo extraordinaire versus l’idée d’une influence réciproque (un enrichissement mutuel) désiré explicitement par le motu proprio Summorum Pontificum de Benoît XVI.

– deuxièmement : l’idée présente dans le missel romain de 2002 (qui est une véritable évolution par rapport à l’édition typique précédente) d’une continuité de pratique entre la célébration liturgique concernant les livres actuels et antérieurs :

 Attendendum igitur erit ad ea quæ ab hac Institutione generali et tradita praxi Ritus romani definiuntur, et quæ ad commune bonum spirituale populi Dei conferant, potius quam ad privatam propensionem aut arbitrium.

Traduction : Ainsi on sera attentif à ce qu’établissent cette Présentation générale et la pratique léguée du Rite romain, et à ce qui concourt au bien commun spirituel du peuple de Dieu, plutôt qu’aux penchants ou jugement privés.

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Il s’agit donc sur cette question précise, ni plus ni moins d’évaluer si cette pratique est « léguée » c’est à dire si elle correspond réellement au rite romain, ou s’il s’agit seulement d’une préférence personnelle. La nuance est importante. Le cas échéant, si nous identifions qu’effectivement c’est une véritable pratique léguée, il est tout à fait légitime de l’encourager. En tant que prêtre, il est même légitime, si tel ou tel laïc averti en rubriques liturgiques détecte cette pratique et s’interroge à son sujet d’expliquer et de montrer à quel point c’est conforme au rite romain et pourquoi il cela a du sens de le faire (et c’était justement le sujet précis du post sur wdtprs).

Comme expliqué à plusieurs reprises dans notre site, pour la rédaction des rubriques liturgiques depuis Vatican II, on a changé de paradigme. Autour de la réforme liturgique de S. Pie X, faisant suite au premier mouvement liturgique, on a incorporé dans les rubriques (contraignantes) des éléments de cérémonial ; ces rubriques contraignantes ont été perçues par un certain nombre de clercs comme allant contre des usages locaux ancrés et même parfois traditionnels. Vatican II – en réaction contre cette approche qui avait été parfois perçue par des Pères conciliaires comme unilatérale et parfois maladroite – a souhaité donner davantage de latitude aux ordinaires pour être ordonnateurs de la liturgie dans leur église particulière ; si bien que la rédaction des rubriques a expurgé totalement ou presque les questions cérémonielles de la description des célébrations, pour se concentrer davantage sur les questions afférentes à la validité sacramentelle. A juste raison, probablement ; pour autant, ce changement de paradigme oblige le liturgiste à davantage de culture et d’intelligence ; tout n’est pas (ou plus, depuis Vatican II) dans les livres liturgiques ! Il ne suffit plus pour bien célébrer, d’appliquer brutalement les rubriques. Avec le Novus ordo, nous ne pouvons plus être rubricistes. Parce que ce n’est certainement pas l’idée du Concile ou des papes de déritualiser la liturgie.

Joindre l’index et le pouce fait évidemment partie de la pratique léguée du rite romain ; de la même façon que l’élévation à la consécration, qui rappelons le n’est pas mentionnée dans les rubriques du missel dit de Paul VI ! De la même façon également qu’un certain nombre de petites choses qui peuvent tout à fait légitimement être mise sen oeuvre pour ajouter un tout petit peu de cérémonial à la liturgie de la messe sans pour autant « mélanger » forme ordinaire et extraordinaire. Exemples : à la bénédiction de l’encens, la rubrique indique que le prêtre bénit en silence. Rien n’empêche cependant l’acolyte de dire les traditionnelles paroles : « Benedicite Pater reverende« . De la même façon, rien n’empêche l’acolyte, près la communion de présenter pour la purification des vases sacrés le vin et l’eau, comme l’indique le ritus servandus : (cf. ceremoniaire.net)

Dans l’usus antiquior, après la communion, le célébrant fait d’abord verser du vin dans le calice, et le boit ; puis il fait verser du vin et de l’eau sur ses doigts par-dessus le calice, et boit cette ablution. La purification a un double but : il y a l’évidente nécessité de nettoyer les vases sacrés après usage, mais il y a aussi, et surtout, le désir de ne rien perdre du très saint Corps du Christ ou de son Précieux Sang. En noyant, dans une quantité de vin, les quelques gouttes de l’espèce de vin transsubstantié en Sang du Christ qui resteraient au calice, et en faisant boire ce vin par le prêtre, le rit s’assure que pas une goutte du Précieux Sang ne sera perdue. En essuyant préalablement, par-dessus le calice, la surface intérieure de la patène, du ciboire (s’il y a lieu) et du plateau de communion, avec le pouce et l’index, puis en lavant les pouces et les index, qui seuls ont touché le Corps du Christ (et, dans l’usus antiquior, n’ont rien touché d’autre depuis la consécration), et en faisant boire cette ablution, le rit tient à éviter que la moindre parcelle du Corps du Christ ne soit perdue. Le missel rénové ne distingue plus ces deux actions, et – tout en le permettant explicitement – n’exige plus l’emploi du vin pour la purification ; il trouve toujours suffisant que le prêtre purifie les doigts simplement en les frottant par-dessus la patène, mais il permet explicitement qu’il les lave (IGMR 2002, n. 278). On peut supposer que sa doctrine est la même au regard du diacre ou d’un autre prêtre qui vient de distribuer la Sainte Communion : il suffit qu’il se frotte les doigts par-dessus le ciboire, mais il peut les laver s’il le désire. En outre, le missel suggère, sans l’exiger, que la patène soit essuyée avec le purificatoire, plutôt qu’avec les doigts, et préfère que la purification soit faite par le diacre ou l’acolyte institué, mais sans indiquer comment et à quel endroit le célébrant peut alors se laver les doigts s’il le désire. Il pourrait, sans doute, comme les autres ministres, se rincer les doigts à la fin de la communion dans un vase d’eau préparé sur la crédence ou à côté du tabernacle, et les essuyer sur un autre purificatoire, cette eau étant ensuite versée dans la piscine ou en terre.

WDTPRS dénonce très justement dans son post ce que nous avons à plusieurs reprises dénoncé dans nos pages, c’est à dire le néo-rubricisme, une maladie rampante chez un certain nombre de clercs et de « laïcs en responsabilité » persuadés d’avoir été « formés ».  Or, ce qui est requis pour lé célébration de la liturgie, c’est avant tout l’intelligence, la finesse, l’adaptabilité, et le sens des choses. Ayons donc l’esprit suffisamment ouvert.

Série spécial chiffons (3) : l’aube parée et la tunique sous-diaconale

Dans le numéro précédent, nous avons parlé de l’amict paré et de l’aube parée. Quelques mots sur la tunique. C’est le vêtement du sous-diacre, qui en réalité n’est rien d’autre dans sa forme traditionnelle, qu’une aube particulièrement et richement parée. Elle ne devrait pas pouvoir être confondue avec la dalmatique, car elle est supposée avoir une longueur plus grande et des manches étroites, tandis que la dalmatique est comme la chasuble un vêtement qui se porte au dessus de l’aube. Evidemment, vous me direz qu’il n’y a plus de sous-diacres à l’heure actuelle dans la forme ordinaire du rite. La réponse est la suivante : oui et non. Oui, les sous diacres ne sont plus ordonnés, c’est à dire que le sous-diaconat n’est plus depuis Paul VI un ordre majeur (cf. Motu Proprio Ministeria Quaedam).  Mais il y a toujours référence au sous-diacre dans le même motu proprio, en ce qui concerne le lecteur et l’acolyte institué ; il faut dire que cet usage de l’emploi d’un ministre spécialement désigné pour faire notamment il est donc tout à fait fondé de voir ce ministre être revêtu à la messe de la tunique (dont la signification symbolique est bien moindre que la dalmatique ou la chasuble). Retenons en tout cas que pendant des siècles dans le rite romain, on a fait l’effort d’habiller de façon spécifique celui qui proclame la lecture, il ne serait donc pas inconvenant de le voir revêtu d’une aube (même non parée !!) pour bien faire comprendre l’importance de la proclamation de la Parole divine dans la liturgie de la Sainte Messe. L’usage des aubes parées est donc très ancien, et aussi beaucoup plus traditionnel que la dentelle, puisqu’il était surtout répandu avant l’invention de cette dernière. Le parement des aubes est également encore en usage, à l’étranger bien sûr mais aussi en France. On peut voir des aubes et des amicts parés dans certains monastères (c’est très banal à Solesmes) ou pour les célébrations les plus solennelles de la Communauté Saint Martin.

Ordination : l’ordinant est revêtu de la chasuble. Pour cela il a replacé son amict (paré) sur la tête.

Liturgie d'ordinations 2012 de la Communauté Saint Martin. Diacre et sous diacre en amict parés.

Liturgie d’ordinations 2012 de la Communauté Saint Martin. Diacre et sous diacre en amict parés.

Pour l’usage des tuniques, et même le fonctionnement du sous-diacre dans la liturgie (de Paul VI, j’entends, biens sûr) c’est évidemment nettement moins courant. Même si  le sous-diacre a sa fonction décrite dans le missel de 1970…  Dans ce cas précis, son rôle peut être aussi celui d’un « acolyte paré » ; certains usages diocésains revêtent de la tunique l’acolyte cruciféraire de la procession (en français : le servant qui porte la croix). Cela se voit de façon tout à fait courante par exemple à Caen, et ce n’est évidemment pas inconvenant.

Sur ce patron, on voit bien la différence entre la tunique (à gauche) et la dalmatique (à droite).

La dalmatique porte parfois des orfrois qu’on appelle des « clavi », c’est à dire des bandes décoratives verticales de part et d’autre de l’encolure, tandis que la tunique ne devrait pas en porter (malgré ce qu’on voit parfois). Elle est bien sûr plus longue, et a bien, comme précédemment décrit, des manches étroites, comme l’aube.

Une dalmatique avec orfrois verticaux (les « clavi »). Au passage :publicité gratuite pour Chrysoline ornements. Offrez pour Noël une belle chasuble à votre curé !

La proclamation de l’Evangile par le diacre (en dalmatique manipule), sur l’Evangéliaire porté par le sous-diacre (en tunique) et entouré par deux acolytes enfants en aube.

Sur cette illustration, on distingue bien le diacre du sous-diacre. Apparemment, les ministres portent des capuches et non pas des amicts ; ce sont des religieux (rappelons que l’usage universel réserve l’emploi du capuchon aux moines, que ce soit en orient ou en occident), alors que les acolytes enfants sont en amicts.

Série spécial chiffons (2) : l’amict, l’aube parée, l’amict paré.

Cet article, paru en 2008 a été mis à jour en décembre 2012.

Nous avons déjà souligné dans nos pages notre franche préférence pour les ornements dits « gothiques », qui sont tout simplement en réalité la forme traditionnelle des ornements de la liturgie dans les rites latins, et parmi eux, en particulier, de notre rite, le rite romain.

Dans l’épisode précédent, nous écrivions quelques lignes sur l’aube, qui est le « vêtement commun des ministres », c’est-à-dire de tous ceux qui on un service à accomplir au sanctuaire. (Rappel : le « sanctuaire » n’est pas à confondre avec le « chœur » : le sanctuaire, c’est là où se place le clergé pour officier, auprès de l’autel, du trône pontifical, du siège du célébrant ; à l’entrée du sanctuaire, comme partie prenante de ce dernier, l’ambon, d’où est notamment chanté l’Evangile ; le chœur quant à lui, c’est l’endroit où le placent les ministres pour le chant « choral » de la liturgie.  Le chœur est souvent, dans l’arrangement classique des églises, distinct du sanctuaire ; dans les grandes églises avec chapitres, basiliques, cathédrales, le chœur est meublé de stalles).

L’amict : prononcer « ami ».

Avant de revêtir l’aube, si elle n’entoure pas parfaitement le col de l’habit commun, on revêtira l’amict. (Présentation Générale du Missel romain).

Le Missel précise que si  l’aube recouvre le col de l’habit commun, il n’est pas nécessaire. Il faut bien constater que dans beaucoup de cas, nos ministres considèrent que l’aube couvre toujours le col de l’habit commun ; mais ce n’est souvent pas exactement le cas…

Cette pièce de tissu carrée, reliée de deux cordons fins, permet de cacher le col de l’habit commun. Il se place autour de cou après avoir brièvement été imposé sur la tête ;

l’Eglise y voit le symbole du « casque du salut » :

(Eph 6,17)

Gáleam salútis assúmite et gládium Spíritus, quod est verbum Dei;

Prenez aussi le casque du salut, et le glaive de l’Esprit, qui est la parole de Dieu.

Pour nous qui sommes du jour, soyons sobres, prenant pour cuirasse la foi et la charité, et pour casque l’espérance du salut.

Dans le code des rubriques du missel romain dans son édition de 1962, des prières sont proposées pour la vêture de l’aube et de l’amict ; ce sont de belles prières, que l’on peut tout à fait continuer à utiliser:

Cum lavat manus, dicat :

En se lavant les mains, le prêtre dit :

Da, Domine, virtutem manibus meis ad abstergendam omnem maculam ; ut sine pollutione mentis et corporis valeam tibi servire.

Ad amictum, dum ponitur super caput, dicat :

En posant l’amict sur la tête, il dit :

Impone, Domine, capiti meo galeam salutis, ad expugnandos diabolicos incursus.

Pendant qu’il revêt l’aube :

Dealba me, Domine, et munda cor meum ; ut, in Sanguine Agni dealbatus, gaudiis perfruar sempiternis.

Ad cingulum, dum se cingit :

En se ceignant avec le cordon :

Præcinge me, Domine, cingulo puritatis, et exstingue in lumbis meis humorem libidinis ; ut maneat in me virtus continentiæ et castitatis.

Pour solenniser certaines célébrations, il est de coutume dans les rites latins, spécialement lorsqu’on utilise des ornements de forme traditionnelle (c’est-à-dire antérieurs au XVII° siècle) de « parer » l’amict et l’aube. Ceci est valable pour tous les ministres, ordonnés, institués, ou extraordinaires. L’usage d’aubes et amicts parés est courant dans certaines régions (Espagne, Grande-Bretagne, spécialement pour les rites anglo-catholiques), mais aussi le rite de Milan (ambrosien). Pour le rite romain, particulièrement en France, cet usage est malheureusement assez rare, à cause de la prééminence au XIXème et XXème siècles de la mode liturgique « baroque », privilégiant le raidissement des chasubles (et leur forme en « boîte à violon » et l’ouverture du côté des dalmatiques, et l’extraordinaire croissance des dentelles sur l’aube.

Pour autant, le parement des aubes a une signification symbolique ; il est de tradition en certains lieux, que les ministres qui chantent la Passion le Vendredi Saint soient revêtus d’aubes parées de rouge, pour rappeler les plaies du Christ ; de façon générale, le parement est aussi porté par le célébrant (prêtre ou évêque), le diacre et dans certains cas, d’autres ministres. C’est une coutume très intéressante, qui mériterait d’être davantage utilisée dans nos régions !

Quelques images parlantes d’aubes et amicts parés, dans le rite romain ou d’autres rites latins :

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  Un ministre avec l’amict sur la tête, avant de revêtir l’aube.

http://www.execulink.com/~dtribe/blog/IMG_2149.JPG

Fraternité Saint Pierre, Australie (forme estraordinaire du rite romain). Notez la chasuble sublime

Une aube du XIIème siècle parée.

Messe de Saint Martin : chasuble et dalmatique de forme traditionnelle, aubes et amicts parés. On distingue très bien la dalmaticelle du prélat sous la chasuble.

Usage anglo catholique contemporain : tous les ministres, prêtre, diacre, sous-diacre et acolyte sont en aube parée

Cathédrale de Séville : acolytes en tuniques, amicts et aubes parés.

Le symbolisme du parement des aubes est une rappel des plaies du Christ : on pare l’amict à cause de la   couronne d’épines, l’extrémité des manches à cause des clous, l’emplacement inférieur à l’avant et à l’arrière (également). Plus rarement, comme sur la photo de l’aube du XIIème, on pare également la poitrine, à cause du coup de lance du soldat. On peut noter que le parement des aubes n’est pas réservé au célébrant, puisque les ministres inférieurs portent également des aubes parées dans beaucoup d’endroits.

Parer une aube, c’est donc ajouter une pièce de tissu (c’est souvent un damas de soie) à l’emplacement des pieds et à l’extrêmité des manches. On ne port évidemment l’aube parée qu’avec l’amict paré. Par contre l’inverse n’est pas vrai. On voit souvent des ministres en amicts parés, mais sans que l’aube elle même le soit. Il faut noter que l’aube elle même est beaucoup plus traditionnelle que le surplis, qui en fait n’est qu’une aube réduite, et n’est autorisé que lorsqu’on n’a pas de fonction ministérielle dans la liturgie (au choeur par exemple). Pourtant on voit parfois des chapiers en surplis ou bien des diacres ou sous diacres en surplis et dalmatique. Ce n’est qu’une concession, c’est à dire une permission non générale, qui est concédée par facilité. Dans les fonctions très solennelles, cela permet aussi de distinguer les ministres principaux des ministres honorifiques. A cette concession correspond d’ailleurs une concession inverse donnée au chantres dans l’usage gallican / franc, (c’est à dire chez nous) d’être revêtus d’aubes et non du simple habit de choeur. On notera que dans les pays étrangers, les choeurs sont pour la plupart habillés en habit de choeur (ce qui est parfaitement logique : cf. les choeurs allemands, ou italiens comme celui de la Sistina) tandis qu’en France il est courant de voir des choeurs en aube (comme les petits chanteurs à la croix de bois – ce qui serait incongru à l’étranger). C’est d’ailleurs pour cela qu’en France, les servants de messe (c’est à dire les acolytes enfants) sont appelés « enfants de choeur », alors que la plupart du temps ce ne sont justement pas eux qui chantent (malheureusement) et qu’il sont de façon quasi universelle en aube. Notons d’ailleurs que la croyance que la soutane est réservée au clergé ordonné – largement partagée en France – est tout à fait erronée. Non, accompagné de la cotta ou du surplis, ce n’est qu’un simple habit de choeur.

Se former au chant grégorien en France

Plusieurs initiatives apparaissent un peu partout en France pour la formation au chant grégorien. Nous nous en réjouissons et nous nous devions d’en dire quelques mots :

– Le stage annuel du choeur grégorien de Nantes, que nous connaissons bien (Cf. « le stage de chant grégorien de Nantes vu par un débutant« ) dirigé par le RP Dom Xavier Perrin, prieur de l’abbaye Sainte Anne de Kergonan, avec l’intervention de Xavier Chancerelle, chef de choeur de nantes et la participation de Bernard Pinot, directeur du choeur « Cum iubilo » de Saint Nazaire. Les 27 et 28 octobre 2012, Maison « le Fort », Franciscaines Missionnaires de Marie, 28, rue du Fort,44100 NANTES.  Contact : choeurgrego.nantes@free.fr ou Association Grégorienne de Nantes, 2 rue des Franciscains – 44300 NANTES, Tél : 02 40 59 89 30 ou 02 40 33 15 09, Courriel : gregornantes@yahoo.fr

Le P. Perrin, prieur et maître de choeur de l’abbaye Sainte Anne de Kergonan, et le dernier CD enregistré par le choeur des moines.

– Cycle de chant grégorien dans le diocèse de Nanterre :cette formation animée par Claire Balanant (que nous connaissons bien pour une participation commune à diverses aventures dans  le diocèse de Nanterre !) s’adresse à tous les chanteurs et chefs de chœur du diocèse : il s’agit de découvrir la richesse de ce corpus musical. Aujourd’hui, ces pièces grégoriennes, du Kyriale et du Propre, nourrissent toujours la foi de ceux qui les écoutent et de ceux qui les chantent ; leur apport spirituel est d’une grande richesse. Les samedis de 10h à 12h : 13 octobre, 24 novembre, 8 décembre 2012, 12 janvier, 2 février, 16 février et 6 avril 2013. Lieu Notre-Dame des Airs, 13 av. Alfred-Belmontet, 92210 Saint-Cloud. 30€ pour le cycle. Tel : 01 41 38 12 54 / 06 87 15 77 72 ou  musique@92.catholique.fr. Bulletin d’inscription ici.

– L’ensemble Vox In Rama (de Frédéric Rantières, que nous connaissons bien pour sa participation à notre propre stage de formation dans le Cantal) s’adressent à toute personne désireuse de découvrir le chant grégorien dans son langage musical et rhétorique originel. Il n’y a aucune exigence de niveau préalable, le cours répondant aux attentes de chacun selon sa culture et sa motivation personnelle. Chaque session se conclura par une séance de chant dans une belle acoustique (église, temple, etc.) de la Seine-et-Marne.Pour ceux qui le souhaitent, cette formation donnera accès à la schola grégorienne de Fontainebleau qui chantera pour la liturgie du diocèse. Contact : frederic.rantières@wanadoo.fr / 06 10 85 30 98 / www.voxinrama.com) Inscription pour les formations à Versailles et à Fontainebleau.

– L’institut de Musique sacrée de Lyon proposait également une initiation au chant grégorien en 2011-2012, qui sera probablement renouvelée cette année (IMSL – 15 rue Sala – 69002 Lyon) avec Romain Bockler : Après un Master de Recherche en Acoustique, Romain Bockler se tourne vers le chant et intègre la classe de Chant Musique Ancienne au C.N.S.M.D. de Lyon (Classe de Marie Claude Vallin). Il participe à de nombreuses productions et formations professionnelles à Royaumont, Ambronay ou à l’Arsenal de Metz. En choeur, il se produit avec de nombreux ensembles professionnels tels que le Choeur Britten (Dir : Nicole Corti), Ôm (Dir : Manuel Simonnet), Temps Relatif (Dir : Luc Denoux). Romain Bockler a co-fondé l’ensemble EPSILON spécialisé dans la polyphonie vocale du XVIème siècle. Il est également membre de l’ensemble I sospiranti soutenu par le centre culturel de rencontres d’Ambronay et se produit régulièrement comme soliste. IMS de Lyon propose un cours initiation et un cours approfondissement. La plaquette de présentation est disponible ici.

– Plus modestement, nous signalons quant à nous que la branche Saint Etienne de la schola saint Maur proposera désormais au début de chaque répétition des rappels et des précisions concernant les techniques d’interprétation, la modalité, la sémiologie, le rythme, la liturgie romaine et la spiritualité du chant grégorien, afin de faciliter l’intégration des débutants au choeur. Les supports pédagogiques de chacune de ces courtes interventions, sous forme de fiches, seront distribuées aux partitcipants et rendues disponibles sur notre site web. Les fiches et l’enseignement seront une synthèse pédagogique accessible composée principalement grâce aux ressources suivantes dont nous recommandons la consultation et l’achat et qui seront citées  :

Pour rappel nos répétitions à Saint Etienne ont lieu tous les mardi, à 20.45, à la cure de la cathédrale. Les débutants, hommes et femmes,  sont acceptés et seront initiés au chant grégorien au travers des supports pédagogiques mentionnés. Nous vous attendons nombreux. Nos engagements liturgiques (messes, office divin) sont mensuels, à la cathédrale même, à la Grand’Eglise de Saint Etienne ou occasionnellement, hors de Saint Etienne ou du diocèse.

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Bientôt la période des ordinations …

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Mgr Grenesche revient sur le motu proprio


Le motu proprio … Querit semper, bien sûr !

Le site chiesa espresso nous donne le texte de la conférence prononcée par Mgr Juan-Miguel Ferrer Grenesche, sous-secrétaire de la Congrégation du culte divin et à ce titre collaborateur direct du Cardinal préfet. Espagnol comme lui, originaire du diocèse de Tolède où le Cardinal Canizares-Llovera fut archevêque, expert dans le rite mozarabe, il apporte des précisions sur les orientations de la Congrégation du culte divin en ce qui concerne ce que nous aimons nommer le « nouveau mouvement liturgique ». Cette conférence a été prononcée à Lecce (Italie) le 19 mai 2012.

LES NOUVELLES MISSIONS DE LA CONGRÉGATION POUR LE CULTE DIVIN
EN MATIÈRE DE PROMOTION DE LA MUSIQUE SACRÉE
APRÈS LE MOTU PROPRIO « QUÆRIT SEMPER » DE BENOÎT XVI

par Juan-Miguel Ferrer Grenesche

Chacun sait avec quelle insistance le Saint-Père Benoît XVI a voulu donner, depuis le début de son pontificat, une place centrale à l’application correcte et authentique des enseignements du concile Vatican II. […]

C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre le motu proprio « Quærit semper », publié au mois d’août 2011, par lequel le Saint-Père Benoît XVI a voulu concentrer encore davantage le travail de la congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements sur ses compétences spécifiquement liturgiques. Il affirme dans ce texte :

« Dans les circonstances présentes, il est apparu approprié que la congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements s’attache principalement à donner une nouvelle impulsion à la promotion de la sainte liturgie dans l’Église, conformément au renouveau voulu par le concile Vatican II, à partir de la constitution ‘Sacrosanctum Concilium' ». […]

La première conséquence du motu proprio « Quærit semper » a été l’élaboration d’un nouveau règlement interne pour la congrégation afin d’adapter la structure de celle-ci aux priorités indiquées par le Saint-Père, ainsi que le transfert d’une partie de ses compétences en matière de discipline des sacrements – en ce qui concerne le sacrement de l’ordre, il s’agit des cas de nullité de l’ordination et, en ce qui concerne le sacrement du mariage, il s’agit des cas de mariage « conclu et non consommé » – au tribunal de la Rote Romaine par création, au sein de celui-ci, d’une « section administrative ».

Notre congrégation, née de la fusion renouvelée de la congrégation pour le culte divin (ou pour la liturgie) avec celle de la discipline des sacrements, était composée de quatre sections ou services :

– le service liturgique I ;
– le service liturgique II ;
– le service matrimonial ;
– le service sacerdotal.

Le nouveau règlement, même s’il est encore en attente de confirmation par la secrétairerie d’état, prévoit le maintien de quatre sections, pour ne pas modifier les effectifs, mais qui seront en principe les suivantes :

– le service liturgique I;
– le service liturgique II;
– le service disciplinaire, dans lequel sont réunies les compétences en matière de discipline liturgique et toutes celles qui concernent les sacramentaux ;
– le service des arts et de la musique liturgiques.

En tout cas, quelle que soit la configuration finale de ce service des arts et de la musique, on prévoit qu’il s’occupera avec une certaine différenciation de compétences des questions de musique et des questions d’architecture, de peinture, de sculpture et de ce que l’on appelle les arts mineurs.

Cela rendra nécessaire la nomination d’une série de collaborateurs externes ou de consulteurs, ayant des compétences spécifiques dans ces domaines.

Dans le domaine spécifique de la musique sacrée, des relations spécifiques seront de nouveau établies au niveau institutionnel avec l’Institut Pontifical de Musique Sacrée, ainsi qu’avec l’Abbaye Saint-Pierre de Solesmes et avec d’autres associations et institutions qui travaillent dans le domaine de la musique liturgique, que ce soit du point de vue scientifique ou du point de vue académique, ou dans la perspective de la création de nouvelles musiques ou bien dans celle de la pastorale.

En ce qui concerne les objectifs ou défis immédiats, je voudrais en signaler quelques-uns qui sont certainement évidents :

a. Actualiser et compléter la série des livres de musique pour la liturgie en latin, que ce soit en ce qui concerne la sainte messe, ou pour l’office divin, les sacrements et les sacramentaux. Une fois que cet objectif aura été atteint, il conviendra probablement de réaliser une édition complète et plus facilement utilisable de beaucoup de ces matériaux, sous la forme d’une sorte de « liber usualis ».

b. Il semble également urgent de rassembler et de préciser les diverses normes et les orientations du magistère pontifical le plus récent en matière de musique sacrée, afin d’offrir un texte de base destiné à un guide pour le chant et la musique des célébrations liturgiques qui pourra être utilisé par les diverses conférences épiscopales, auxquelles revient la tâche d’élaborer des guides et des répertoires pour leurs pays respectifs.

Un tel guide, en ce qui concerne le chant grégorien, devra surmonter les oppositions entre les critères purement paléographiques et les critères pastoraux. Il devra également, en relation avec le dicastère compétent, poser les problèmes de l’utilisation du grégorien selon les éditions antérieures à 1962 dans ce que l’on appelle la « forme extraordinaire » du rite romain.

c. Avec l’aide des institutions académiques et pastorales compétentes, il sera nécessaire de promouvoir, au moins dans les langues modernes les plus importantes ou les plus répandues, en harmonie avec les critères présentés dans un guide adapté, des modèles de nouvelles compositions qui aident à vérifier les propositions théoriques et à les discerner au niveau local.

Un doute subsiste quant à la meilleure stratégie à adopter pour parvenir à un tel résultat. Pour le moment, on attend que les nouveaux organismes institués au sein de la congrégation, les membres et les consulteurs, confrontent leurs points de vue à ce sujet, depuis l’édition de répertoires destinés aux célébrations internationales jusqu’à l’organisation de prix ou de concours internationaux de composition, à des cours pour compositeurs, chefs d’orchestre et interprètes, et à beaucoup d’autres propositions concrètes qu’il faut évaluer.

Le Cardinal Canizares, don Bruno Attuyt Mgr Rey et Mgr Ferrer à Saint Raphaël pour le congrès "Europe Basilique"


Pour récapituler, il est évident que, pour reconsidérer la question de la musique dans les célébrations liturgiques, la congrégation doit, en faisant siens les enseignements du pape Benoît XVI et de ses prédécesseurs immédiats en la matière, garantir :

1. la préparation d’outils actualisés et officiels pour pouvoir célébrer en chantant la liturgie romaine en latin ;

2. la clarté et la facilité pour la célébration du rite romain selon la forme ordinaire en langue vernaculaire, en chantant tout ou partie de l’ordinaire et/ou du propre de la messe ou de l’office divin sur des mélodies grégoriennes ou polyphoniques fondées sur le texte liturgique en latin ;

3. l’existence de critères actualisés permettant d’appliquer les principes de progression définis dans « Musicam sacram », aussi bien pour la célébration en latin que pour la célébration en langue vernaculaire (guide) ;

4. l’existence d’un cadre normatif sûr et répondant à l’objectif de créer des répertoires nationaux adaptés, destinés à prendre progressivement une valeur officielle, de telle sorte que l’emploi d’autres chants nécessite une autorisation « ad casum » à obtenir auprès de l’ordinaire concerné : cela faisant également partie du futur guide.

Avec cela […] j’espère que l’application du motu proprio « Quærit semper » représentera pour la musique sacrée une nouvelle étape de splendeur et de beauté : sans elle, la liturgie se verrait privée de l’un de ses éléments d’expression les plus éloquents et les plus substantiels.

Mgr Ferrer salue don Bruno Attuyt, curé de Saint Raphaël (Var). Le Cardinal Canizares-Lovera, préfét de la congrégation du culte divin est au premier plan.

Il faut exclure les femmes du lavement des pieds le jeudi saint

On nous demande des idées sur la question du rite du lavement des pieds, le jeudi saint. Oui, il faut exclure les femmes de ce rite liturgique, c’est très clair.

Lotio pedum

10. Completa homilia proceditur, ubi ratio pastoralis id suadeat, ad lotionem pedum. 11. Viri selecti deducuntur a ministris ad sedilia loco apto parata. Tunc sacerdos (deposita, si necesse sit, casula) accedit ad singulos, eisque fundit aquam super pedes et abstergit, adiuvantibus ministris.

Il n’y a absolument aucun doute qu’il s’agit de personne de sexe masculin uniquement. Le problème qu’on a avec ce point particulier, c’est que c’est beaucoup trop axé sur une approche valorisant  uniquement la question du geste de chartié du Christ. C’en est un à ne pas douter, mais c’est aussi  un geste qui est surtout rituel. On  du mal à imaginer historiquement que les apôtres arrivent sales au banquet pascal, qui est une occasion unique dans l’année juive où l’on fait le mémorial du passage de la mer rouge. Et ce d’autant qu’on sait par l’Evangile que ce repas rituel a été soigneusement préparé.

Cf. Mt 26,17-19 :  17 Prima autem Azymórum accessérunt discípuli ad Iésum dicéntes: “Ubi vis parémus tibi comédere Pascha?” 18 Ille autem dixit: “Ite in civitátem ad quendam et dícite ei: ‘Magíster dicit: Tempus meum prope est; apud te fácio Pascha cum discípulis meis.’” 19 Et fecérunt discípuli, sicut constítuit illis Iésus, et paravérunt Pascha.
Mc 14,12-16 : 12 Et primo die Azymórum, quando Pascha immolábant, dicunt ei discípuli eíus: “Quo vis eámus et parémus, ut mandúces Pascha?” 13 Et mittit duos ex discípulis suis et dicit eis: “Ite in civitátem, et occúrret vobis homo lagóenam aquae baíulans; sequímini eum 14 et, quocúmque introíerit, dícite dómino domus: ‘Magíster dicit: Ubi est reféctio mea, ubi Pascha cum discípulis meis mandúcem?’ 15 Et ipse vobis demonstrábit cenáculum grande stratum parátum; et illic paráte nobis.” 16 Et abiérunt discípuli et venérunt in civitátem et invenérunt, sicut díxerat illis, et paravérunt Pascha.
Lc 22,8-13 : 8 Et misit Petrum et Ioánnem dicens: “Eúntes paráte nobis Pascha, ut manducémus.” 9 At illi dixérunt ei: “Ubi vis parémus?” 10 Et dixit ad eos: “Ecce, introeúntibus vobis in civitátem, occúrret vobis homo amphóram aquae portans; sequímini eum in domum, in quam intrat. 11 Et dicétis patri famílias domus: ‘Dicit tibi Magíster: Ubi est deversórium, ubi Pascha cum discípulis meis mandúcem?’ 12 Ipse vobis osténdet cenáculum magnum stratum; ibi paráte.” 13 Eúntes autem invenérunt, sicut dixit illis, et paravérunt Pascha.

Les apôtres ne peuvent donc pas être arrivés « crasseux » au banquet, il ne faut pas faire l’interprétation littérale du rite que célèbre le Christ par le lavement des pieds.

Il faut tout de même rappeler la signification du rite du lavement des pieds : le geste que fait le Christ le jeudi saint n’est pas seulement le signe d’un service ordinaire rendu à chacun, mais signifie un service sacerdotal fait in persona Christi. Les apôtres ne comprennent pas et Pierre le premier ; et c’est ce que dit le Christ à Pierre :

« Quod ego fácio, tu nescis modo, scies autem póstea ».

C’est ainsi dans tout rituel signifiant : il n’est pas à expliquer avant de le célébrer, mais compréhensible après qu’il l’ait été. Ce geste rituel est un geste qui participe à l’institution du sacerdoce ministériel. Le caractère « sacerdotal » du geste du lavement des pieds est bien souligné par la parole du Christ à Pierre :

«Si non lávero te, non habes partem mecum » (Jn 13,8  )

a une signification tirée directement de la tradition juive. L’acte du lavement des pieds est un rituel de préconsécration pour l’ordination des Lévites (Cf. Exode 29,4 : « Tu feras avancer Aaron et ses fils à l’entrée de la tente de réunion, et tu les laveras avec de l’eau. »). Mais de quelle « part » parle donc Jésus ? C’est une « part », qui renvoie  directement et exclusivement aux Lévites : le mot est employé uniquement

dans Dt 10:9 « C’est pourquoi Lévi n’a ni part ni héritage avec ses frères: C’est Yahweh qui est son héritage, comme Yahweh, ton Dieu, le lui a dit ».,

12:12, « Et vous vous réjouirez en présence de Yahweh, votre Dieu, vous, vos fils et vos filles, vos serviteurs et vos servantes, et le Lévite qui sera dans vos portes, car il n’a reçu ni part ni héritage avec vous. » 14:27-29 « Tu ne délaisseras pas le Lévite qui sera dans tes portes, car il n’a ni part ni héritage avec toi. »,

et 18:1-2. « Les prêtres lévitiques, la tribu entière de Lévi, n’auront ni part ni héritage avec Israël; ils se nourriront des sacrifices de Yahweh faits par le feu et de son héritage. Ils n’auront point d’héritage au milieu de leurs frères; Yahweh est leur héritage, comme il leur a dit. ».

En parlant de cette « part avec lui », le Christ a un langage explicitement lévitique, sacerdotal. Il préconsacre les apôtres, qui reçoivent lors de la même soirée, la plénitude du sacrement de l’ordre (c’est à dire l’épiscopat). Cela est tout à fait conforme à l’idée relevée dans le Psaume 15 chanté le jeudi aux complies dans le rite romain : Dominus pars hereditatis meae et calicis mei: tu es qui detines sortem meam. Le Seigneur est la part de mon héritage et de ma coupe, c’est Toi qui m’assures mon lot.

De sorte que le Christ, lorsqu’il dit à Pierre, Si non lavero te, non habes partem mecum, il lui dit surtout : si Je ne te lave pas, tu ne deviendras jamais un de Mes prêtres.
Donc de la même façon qu’il n’y a pas de femmes diacres, prêtres, ou évêques, il ne peut pas y avoir de femmes au lavement des pieds, et ce au delà même de la question de la faute de goût que cela représenterait ou de la gêne toute légitime pour un prêtre de faire ce genre de geste sur des femmes. En tant qu’homme marié, je crois que je verrai d’un mauvais œil un autre homme laver les pieds de ma femme et ma femme verrait d’un mauvais oeil le fait que je lave les pieds d’une autre….

Evidemment tout ce genre de réflexion commence à disparaître lorsqu’on a des femmes qui accomplissent des ministères liturgiques, (acolytat ou lectorat), les gens ne comprennent plus et perdent la sève de l’Évangile, en plus qu’un minimum de retenue et de bon goût afférent à leur statut de curé. Et il y a aussi derrière cela le militantisme pour le lavement des pieds des femmes une pression sous entendue, consciente ou inconsciente, pour l’ordination des femmes.

Évidemment, il est tout à fait préférable que l’idée du lavement des pieds se fasse dans une optique pour le curé liée au fait qu’il choisit (viri selecti) des hommes pour donner cette signification. Il est préférable que ce soit des homes mûrs (viri probati) et non pas des enfants :

Cf Jn 15,16 « Non vos me elegístis, sed ego elégi vos et pósui vos, ut vos eátis et fructum afferátis, et fructus vester máneat, ut quodcúmque petiéritis Patrem in nómine meo, det vobis. »

Par exemple ceux des hommes qui auront une charge en lien avec le ministère du curé, dans le cadre liturgique ou non.

Cependant, si ce n’est pas faisable, de l’usage de confier le ministère d’acolyte aux jeunes garçons, on peut inférer l’idée que c’est justement eux qui ceux le mieux préparés à recevoir le lavement des pieds, et ce d’autant plus qu’ils sont dans le sanctuaire dans la bonne tenue (l’aube). Et cela souligne d’autant plus l’idée évangélique du Christ qui se fait serviteur de ceux qui le servent.
L’usage à Rome est de pratiquer ce rite uniquement avec des hommes, en aube – qui est la tenue du ministre

cf. IGMR 336. Vestis sacra omnibus ministris ordinatis et institutis cuiusvis gradus communis est alba, circa lumbos cingulo astringenda

dans le sanctuaire (et non pas en soutane/ surplis), ce qui montre bien le caractère de « ministre » lié à cet usage. Très souvent – mais pas toujours, il s’agit de prêtres qui du coup évidemment, concélèbrent au jeudi saint, et sont donc non seulement en aube mais aussi en chasuble.

Chanter la messe – 3ème partie

Nous reprenons ici la présentation et le commentaire de cet article sur le chant des propres de la Messe du site « New Liturgical Movement. »

Vous trouverez ici la première partie, et là la deuxième partie.


Pour autant, si tout ce que j’ai dit auparavant est exact, pourquoi le Missel de la forme ordinaire contient-il les antiennes d’introït et de communion ? Et pourquoi  sont elles si souvent différentes de celles indiquées dans le Graduel romain ? La réponse la plus claire provient d’une déclaration de Paul VI en 1969 (…). Comme Paul VI l’explique, la décision prise de réviser les antiennes d’entrée et de communion pour les « Messes sans chants ». Cette décision fut fondée en partie sur une étude parue en 1968.

La Préface générale du missel romain (PGMR) a toujours affirmé que l’antienne tirée du Graduale Romanum est le choix à privilégier pour le chant d’entrée et de communion. (…).

L’article de Jeff Ostrowski amène des précisions sur les pratiques afférentes au États-Unis, qui ont une incise absolument non-conforme à l’usage du rite romain dans « leur » PGMR. Nous y reviendrons plus loin. Regardons cependant la PGMR en vigueur en France, celle qui est l’édition typique (en latin) et sa traduction soit par Cérémoniaire .net (souvent plus précise) soit celle de la CEF (approuvée par Rome) plus officielle :

48. Peragitur autem a schola et populo alternatim, vel simili modo a cantore et populo, vel totus a populo vel a schola sola. Adhiberi potest sive antiphona cum suo psalmo in Graduali romano vel in Graduali simplici exstans, sive alius cantus, actioni sacræ, diei vel temporis indoli congruus, cuius textus a Conferentia Episcoporum sit approbatus.

Si ad introitum non habetur cantus, antiphona in Missali proposita recitatur sive a fidelibus, sive ab aliquibus ex ipsis, sive a lectore, sin aliter ab ipso sacerdote, qui potest etiam in modum monitionis initialis (cf. n. 31) eam aptare.

Traduction : ceremoniaire.net

48. Il est exécuté alternativement par la schola et le peuple ou, de la même manière, par le chantre et le peuple, ou bien entièrement par le peuple ou par la schola seule. On peut employer ou bien l’antienne avec son psaume qui se trouvent soit dans le Graduale Romanum soit dans le Graduale Simplex ; ou bien un autre chant accordé au caractère de l’action sacrée, du jour ou du temps dont le texte est approuvé par la Conférence des Évêques.

Si l’on n’a pas de chant d’introït, l’antienne marquée au Missel est récitée soit par les fidèles, soit par quelques-uns d’entre eux, soit par le lecteur ou, à défaut, par le prêtre lui-même, qui peut aussi l’adapter à la manière d’une monition d’ouverture.

Traduction : CEF

48. Il est exécuté alternativement par la chorale et le peuple ou, de la même manière, par le chantre et le peuple, ou bien entièrement par le peuple ou par la chorale seule. On peut utiliser ou bien l´antienne avec son psaume qui se trouvent soit dans le Graduale romanum soit dans le Graduale simplex; ou bien un autre chant accordé à l´action sacrée, au caractère du jour ou du temps, et dont le texte soit approuvé par la Conférence des évêques.

S’il n’y a pas de chant pour l´entrée, on fait réciter l´antienne que propose le Missel, soit par les fidèles, soit par certains d´entre eux, soit par un lecteur ou, autrement, par le prêtre lui-même, qui peut aussi l’adapter sous forme de monition d’ouverture.

Le chant de communion

87. Pro cantu ad Communionem adhiberi potest aut antiphona ex Graduali romano sive cum psalmo sive sola, aut antiphona cum psalmo e Graduali simplici, aut alius cantus congruus a Conferentia Episcoporum approbatus. Cantatur sive a schola sola, sive a schola vel cantore cum populo.

Si autem non habetur cantus, antiphona in Missali proposita recitari potest sive a fidelibus, sive ab aliquibus ex ipsis, sive a lectore, sin aliter ab ipso sacerdote postquam ipse communicavit, antequam Communionem distribuat fidelibus.

Traduction ceremoniaire.net

87. Pour le chant de communion, on peut prendre ou bien l’antienne de Graduale Romanum, soit avec un psaume soit seule, ou bien l’antienne avec le psaume de Graduale simplex, ou encore un autre chant approprié approuvé par la Conférence des Évêques. Le chant est exécuté soit par la schola seule, soit par la schola ou le chantre avec le peuple.

Si toutefois il n’y a pas de chant, l’antienne marquée au Missel peut être récitée soit par les fidèles, soit par quelques-uns d’entre eux, soit par le lecteur, sinon par le prêtre lui-même après qu’il a communié et avant qu’il ne distribue la Communion aux fidèles.

Traduction CEF :

87. Pour le chant de communion, on peut prendre soit l´antienne du Graduale romanum, avec ou sans psaume, soit l´antienne avec son psaume du Graduale simplex, ou un autre chant approprié approuvé par la Conférence des évêques. Le chant est exécuté soit par la chorale seule, soit par la chorale ou le chantre avec le peuple.

S´il n´y a pas de chant, l´antienne proposée dans le Missel peut être dite soit par les fidèles, soit par quelques-uns d´entre eux, soit par un lecteur ou, à défaut, par le prêtre, après avoir lui-même communié et avant qu’il ne distribue la communion aux fidèles.

Comme on le sait, la PGMR permet un choix pour le chant après la première lecture. On peut chanter le psaume responsorial ou le Graduel (attention ici de ne pas confondre le chant qu’on appelle le « graduel » qui est dans le graduel romain). Paul VI mentionnait (dans la citation de 1969 plus haut) que le psaume responsorial était une bonne option aux messes sans chant. [Notons : il s’agit bien d’une option pour les messes sans chant. Cela signifie bien que pour les messes avec chant, ce sera le répons graduel qui sera la bonne option…] Mais que dire de l’alleluia et de l’offertoire ? Pourquoi ces propres qui ne furent pas révisés pour les messes lues, comme le chant d’entrée (introït) et l’antienne de communion ? On peut seulement spéculer, et ci-dessous voici quelques possibilités. L’alléluia peut être omis s’il n’est pas chanté (selon la PGMR) parce qu’à la messe lue ça n’a pas de sens pour un prêtre de réciter l’alléluia alors qu’il fait une procession pour lire l’Évangile. De même, l’antienne d’offertoire peut être omise (selon la PGMR) parce que cette antienne est censée être chantée pendant que le prêtre reçoit les oblats et il ne peut pas en même temps lire une antienne d’offertoire en faisant cela. Bien plus, comme on le sait lorsqu’on étudie la liturgie, beaucoup de prières d’offertoires ont été supprimées dans la liturgie post conciliaire, et c’est même une des différences majeures entre la forme ordinaire et la forme extraordinaire, et donc peut être faudrait il que nous nous étonnions pas de voir que l’antienne d’offertoire elle aussi n’a pas survécu.

Nous commentons cette hypothèse de Jeff Ostrowski en rappelant que les antiennes d’offertoire ne disparaissent de toute façons pas du Graduel romain. Qu’à la simplification des rites d’offertoire effectués par le prêtre (qui réalise non plus tout l’offertoire comme auparavant, mais une preparatio donorum, comme l’indique le missel)  ne correspond une amplification des gestes d’offertoire par les autres participants à la liturgie, puisque le Missel de Paul VI prévoit ad libitum une procession d’offertoire, pour indiquer justement la fameuse participatio actuosa à la liturgie du reste du clergé mais aussi de l’assemblée. Et que justement, le chant a pleinement sa place dans cette participation, et spécialement le chant de l’antienne d’offertoire. Ce serait une erreur de considérer que l’orgue peut toujours se substituer au chant au moment de l’offertoire, indépendamment bien sûr de la virtuosité de l’interprète, et spécialement à certaines célébrations dans l’année où le répertoire grégorien propose de véritables monuments culturels de la liturgie. Je pense en particulier au (récent) 2ème dimanche per annum, avec le Iubilate Deo magnifique du 1er mode, qui pourrait littéralement être inscrit au patrimoine mondial de l’humanité. 

Par ailleurs, on aura noté, dans le texte de la PGMR latine, le mot « vel a schola sola« . Il n’est pas du tout exclu, par le missel romain actuel, le chant des propres par une schola seule. Bien au contraire, c’est même quelque chose d’envisagé tout à fait officiellement, sans qu’il y ait besoin en aucune façon de s’en justifier. Et cela ne remet jamais en cause un principe de « participatio » qui marque la liturgie depuis le mouvement liturgique (l’expression « actuosa participatio » est de S. Pie X, et elle est canonisée par Vatican II). 

Enfin, il est intéressant de noter une dernière chose : à la messe lue, on peut omettre l’alléluia parce que le prêtre ne peut pas la dire en processionnant. C’est ce qu’entend expliquer Jeff Ostrowski. C’est très intéressant parce que ça signifie de façon claire que ce n’est jamais le prêtre ou le diacre qui lit l’Évangile (ou à la messe chantée, qui chante l’Évangile…) qui chante l’alléluia ou son verset. Ou en tout cas s’il le fait, c’est que la messe est alors  une messe lue.

A suivre…

Chanter la Messe – 2ème partie.

Cet article constitue la suite de la précédente publication, dans laquelle nous avons montré que la réforme liturgique du Concile Vatican II demande explicitement qu’on ne chante pas « à la messe », mais »qu’on chante la Messe ». Cela sous-entend bien qu’il faille chanter les « propres » de la Messe à savoir l’introït, le Graduel l’alléluia, le cas échéant, la séquence, et la communion. Le Consilium, c’est à dire l’organisme chargé par Paul VI de mettre en œuvre les orientations définies par les Pères conciliaires dans la constitution dogmatique Sacroscanctum Conculium sur la sainte liturgie est très clair dans ce sens, comme nous l’avons vu précédemment.


Mais continuons la réflexion de Jeff Ostrowski (New liturgical Movement) :
Ceux d’entre nous qui sont familiers avec le Missel de 1962 connaissent ces choses nommées « Missels » qui contiennent l’ensemble complet des textes pour le rite : Introïts, collectes, antiennes d’offertoire, lectures, canon etc… Fortescue, en 1912 explique comment nous nous sommes accoutumés aux missels :

 Ce fut la messe basse qui a amené la compilation de missels. A l’origine, comme nous l’avons vu (p. 116) les livres étaient organisés en fonction de ceux qui les utilisaient. Le livre du prêtre c’était le sacramentaire, et concernait sa partie de la messe et d’autres services. Il n’avait pas besoin des leçons ou des antiennes dans son livre, puisqu’il ne les disait pas. Mais lors d’une célébration privée ; il disait ces parties, se substituant lui-même aux ministres et au chœur, absents. Du coup on a du organiser les livres pour qu’ils contiennent aussi ces parties. Un tel livre fut appelé « Missale plenarium », qui donne le texte de toute la messe. Et son introduction marque une période où la messe basse fut une pratique courante. Dès le début du VIème siècle, on voit des sacramentaires qui commencent  à être influencés dans ce sens. Au IXème siècle, certaines « missae quotidianae », les plus utilisées, et le commun des messes du sanctoral sont souvent mis dans le livre avec l’Epître, l’Évangile, et la partie du chœur. Au Xème siècle, le « Missale plenarium » complet apparaît ; et au XIIIème il devient rapidement le seul livre utilisé. Le « Missale secundum consuetudinem romanae » s’est répandu partout avec le triomphe final du rite romain ; et on n’entend plus parler des sacramentaires. [Alors que le livre qui est utilisé par le prêtre à l’autel aujourd’hui n’est pas au sens strict un « Missale » mais bien un sacramentaire, dans lequel il n’y a que les parties du prêtre ; nous reviendrons là dessus.] A partir de là, la messe basse a influencé la messe haute : à l’origine le célébrant disait ou chantait sa partie et écoutait, comme n’importe qui d’autre, les autres parties : les leçons, [on dit aussi les « lectures »] le graduel, [c’est le répons qui suit la première lecture, qui a donnée dans la messe lue d’après le Concile le psaume responsorial] etc. (Dans le sacramentaire d’Amiens, et d’autres livres similaires, on l’enjoint – alors que le chœur chante le Sanctus de dire une longue prière privée : Deus qui non mortem etc.). Plus tard, ayant pris l’habitude de dire ces autres parties à la messe basse, (dans laquelle il avait à prendre la place des ministres et du chœur lui-même), il commença à les dire également à la messe haute. Si bien que nous avons l’organisation actuelle [Dans l’ordo de 1962 on appelle cela le doublage. C’est toujours pratiqué dans les célébrations de la messe selon la forme « extraordinaire ». On comprend bien pourquoi cela a été retiré de la pratique du rite romain apès le Concile, et ce dès 1965, avant même la promulgation de ce qu’on a appelé alors le « Novus ordo de la Messe » en 1970 ; l’auteur décrit le missel d’avant le Concile] qui fait que le célébrant répète aussi à voix basse à l’autel tout ce qui est chanté par les ministres et le chœur. (Sauf les réponses courtes comme « Et cum Spiritu tuo », etc, qu’il serait absurde pour lui de dire aussi. (Pour plus de détails voir Adrian Fortescue’s The Mass: A Study of the Roman Liturgy, 187-190).

Dans la liturgie d’après le Concile, nous ne pouvons plus avoir de vrais missels [ici Jeff Ostrowski sous entend de vrais missels pléniers, pas des sacramentaires, qui comme nous l’avons déjà souligné, eux existent], parce qu’ils feraient 4000 pages. La liturgie d’après le Concile a ajouté toutes sortes de choses : un cycle de lectures sur 3 ans, un cycle de lectures sur deux ans, de nombreuses options, sans parler de la possibilité des différentes langues qui peuvent désormais être utilisées à la Messe.
Il est crucial de comprendre que le « Missale romanum » [qui est en fait un « sacramentarium romanum »] utilisé par nos prêtres ne peut plus contenir tout ce qui est nécessaire pour dire la Messe. La liturgie d’après le Concile considère que chaque personne impliquée saura trouver le livre idoine. [Et c’est en cela que la liturgie d’après le Concile est en quelque sorte élitiste : on suppose que les gens, clergé mais aussi fidèles participants, connaissant la liturgie….!] Les lectures proviennent du lectionnaire. Les antiennes chantées par le chœur doivent provenir du Graduale Romanum (ou une autre source : par exemple un livre qui contient les psaumes responsoriaux).

A suivre…

Chanter la Messe : les « propres » 1ère partie

Sur le site New Liturgical Movement, un article récent signé Jeff Ostrowski a exposé de façon historique depuis la réforme de la liturgie, le destin des chants du propre de la messe. Et effectivement cette histoire est mal connue et elle avait fait lieu d’un débat entre plusieurs d’entre nous sur le forum cite catholique. Il m’a semblé intéressant de retracer touts les éléments et les observations sur cette question pour en faire une synthèse. Ici commence une petite série qui cherchera à faire le tour de la question, en s’appuyant à la fois sur les réflexions parues sur les sites américains (New liturgical movement, Adoremus Bulletin, que nous commenterons) mais aussi sur les exposés faits lors de diverses conférences ou articles posés sur le présent site. Nous avons traduit un certain nombre de choses de l’Anglais au Français pour vous en faire profiter… Comme d’habitude, nous mettons en gras ce qui nous semble important, et nous commentons.


En 2011, les sites webs de Corpus Christi Watershed (créés en 2009) ont franchi une étape importante lorsque le nombre total de téléchargements ont atteint 14 millions. D’autres organisations vouées à la promotion de la liturgie sacrée ont également connu des succès similaires. Avec le retour du chant des propres de la Messe et la popularité nouvelle des « Simple English Propers », moi-même et d’autres ont reçu un certain nombre d’emails qui demandaient : Pourquoi les propres du Graduel romain ne sont ils pas identiques aux propres de la messe du Missel romain ? Cette contradiction apparente est au bout du compte, parfaitement naturelle et (plus important) intentionnelle. Cet article cherchera à proposer une explication simple et claire.

Il pourra être intéressant d’expliquer d’abord ce qu’est le Graduale romanum, parce que les prêtres sont parfois hésitants ou embarrassés d’admettre leur ignorance en ce qui concerne ce livre. Le Graduel romain (Graduale romanum) est un ensemble de prières (des chants) qui sont soigneusement assignés à chaque messe. Chaque propre a habituellement une ou deux phrases la plupart du temps extraites de l’Écriture Sainte. Ces prières (ces chants) ont été développées et approfondies par l’Église d’occident pendant plus de 1500 ans. Croyez-le ou pas, la notation musicale elle même a été inventée avec pour seul objectif la notation musicale de ces chants. [Il s’agit des fameux neumes, mais aussi de la portée musicale inventée par Guido D’Arezzo, de la clef et du nom des notes en francophonie, qui ne sont rien d’autre que les premières syllables de l’hymne de la Saint Jean-Baptiste… En chant grégorien, bien sûr.] Bien plus, grâce au progrès technologique, il est possible de consulter les plus anciens manuscrits du Graduel romain sans quitter le confort de nos maisons : Voici quelques exemples qui enchanteront les amoureux du chant grégorien : Einsiedeln 121 (960-970 Ap JC); Laon 239 (10ème siècle); St Gall 359 (922-925 Ap JC); et St Gall 339 (an 1000).

Le Graduel romain a été révisé en 1974, pour la liturgie post conciliaire, et ce Graduale romanum de 1974 est recommandé pour les Musiciens qui chantent pour les messes en forme ordinaire, même si les chants sont en réalité les mêmes que ceux du Graduale romanum de 1908. [Et ce sont aussi les mêmes que ceux du Graduale romanum de 1961, qui ceux également identiques à ceux du paroissien romain 800 bien connu. Seuls l’arrangement de l’année liturgique et les dates ont été modifiés] Parce que le Graduale romanum est écrit en latin, beaucoup d’Américains préféreront le « Gregorian Missal », qui est identique au livre de 1974, sauf qu’il a une traduction en Anglais et qu’il ne contient pas les messes quotidiennes. Ce livre est très vendu c’est un « must », et il peut aussi être téléchargé gratuitement. [Il existe également une version française, en vente à Solesmes : le Missel grégorien]

Les prières (chantées) que l’on trouve dans le Graduel sont appelées par un certain nombre de noms : propres du « Graduale », Propres de la Messe, etc… Affinés par l’Église depuis des siècles, les Propres contiennent une théologie profonde et conviennent parfaitement à chaque messe comme Noël, le Jeudi Saint, la Pentecôte, l’Épiphanie, etc. Le Consilium (le groupe d’évêques constitué par Paul VI pour mettre en œuvre la Constitution sur la Liturgie) a écrit en 1969 que ceux qui ne chantaient pas les propres « trompent le peuple ».

Ici, Susan Benofy (Adoremus Bulletin) nous éclaire :

L’abandon des mélodies et des textes traditionnels de la messe n’était clairement pas l’intention des pères du Concile, qui décrétaient dans la Constitution sur la Liturgie, Sacrosanctum Concilium (1963) que « le trésor de la musique sacrée sera conservé et cultivé avec la plus grande sollicitude » (SC 114). Ce principe a été par la suite éclairé en 1969 par le Consilium (le groupe d’évêques et d’experts désignés par le pape Paul VI pour mettre en pratique la Constitution sur la Liturgie), qui a répondu à la question de savoir si l’autorisation de chanter des hymnes en langue vernaculaire au cours d’une messe basse (« Missa lecta ») – donnée dans l’instruction De musica sacra et sacra liturgia en septembre 1958 (n. 33) – était toujours valide. (Avant le Concile, les cantiques chantés au cours d’une messe basse ne devaient pas remplacer les textes prescrits, mais s’y ajoutaient, et étaient considérés seulement comme une forme de participation « indirecte »).
La réponse du Consilium était très claire :

Cette règle [permettant l’usage de chants en langue vernaculaire] est désormais caduque. Ce qui doit être chanté, c’est la messe (son Ordinaire et son Propre), et pas « quelque chose », quelque soit sa qualité, qui se surajouterait à la messe. Parce que le service liturgique est un, il n’a qu’un seul contenu, un seul visage, une seule voix : la voix de l’Église. Continuer de remplacer les textes de la messe devant être célébrée par des chants même pieux et recueillis, au lieu d’utiliser ceux de la messe du jour est la source d’une ambiguïté inacceptable : c’est tromper les gens. Le chant liturgique n’est pas constitué d’une mélodie seule, mais de mots, de textes, de pensées et de sentiments que la poésie et la musique renferment. De tels textes doivent être ceux de la messe et nul autres. « Chanter » signifie chanter la messe et pas seulement chanter pendant la messe.

(Cette réponse a été publiée en italien dans le journal officiel du Consilium : Notitiae 5 [1969] p. 406.)

A suivre