Noble simplicité du rite romain ?


A la différence des rites orientaux, l’usage liturgique d’occident a tenu fermement à conserver l’antique discretio qui confère aux célébrations une émouvante sobriété caractéristique de la solennité romaine.


« Noble simplicité » (Vatican II, Sacrosanctum Concilium, num. 34) ne signifie pas dépouillement misérable, mais au contraire recueillement, calme, élégance, et souci du détail, surtout en ce qui concerne la paramentique (aubes, chasubles, dalmatiques, chapes…), les objets cultuels (croix, vases, encensoirs…) qui doivent être beaux et précieux (Cf. PGMR 328). Simplicité et noblesse excluent de l’emploi liturgique la recherche de la somptuosité pure, ou l’excitation artistique – qui appartiennent à l’apparat du monde. (Cf. Vatican II, Sacrosanctum Concilium, num. 124).


Il est ainsi contraire à l’essence du rite romain de considérer que la liturgie doit ‘faire pauvre’. Pauvre parmi les pauvres, le Christ de la crèche s’est fait offrir l’or, l’encens et la myrrhe. Les fidèles d’hier et d’aujourd’hui perpétuent le geste des mages. C’est une coquetterie de négliger ce que nos anciens ont prélevé sur leur patrimoine pour embellir le culte, sous prétexte que l’héritage qu’ils nous ont laissé ferait paraître riche. Avec ces objets, parfois splendides, ils nous témoignent de leur piété et nous ont transmis la foi. La splendeur du sanctuaire(Cf. Ps 95,6) est l’image de la splendeur du Christ, dont l’Église chaque dimanche célèbre la résurrection ; cette gloire est offerte en partage à tous : on ne paie pas pour entrer à Sainte Madeleine de Vézelay …


Cette basilique sublime, c’est aussi aux pauvres qu’elle est ouverte ; elle est leur seul luxe. Dans l’Écriture, on lit « dans la simplicité de mon cœur, j’ai tout donné avec joie »(1 Chr 29,17). C’est ce que fait le chrétien, et c’est le sens même du partage : faire voir à tous, dans la communion de la célébration, la splendeur des dons de Dieu que nous Lui offrons après les avoir reçus de Sa largesse.

Sur le geste de paix

On sait dans les milieux ‘liturgistes’ que Benoît XVI à la suite du livre de référence qu’il avait publié comme cardinal (L’Esprit de la liturgie) avait suggéré que l’osculum pacis (baiser de paix) du rite romain puisse éventuellement être transféré avant l’offertoire, en conformité avec la façon de faire du rite de Milan. Le Cardinal Ratzinger puis le pape Benoît XVI soulignait à juste propos que les instants qui précèdent la communion n’étaient pas propices aux effusions qui ne manquent pas d’accompagner abusivement ce rite, dans beaucoup d’endroits. Toute la discussion repose d’ailleurs non pas sur le rite de la paix lui-même (qui rappelons-le est optionnel) mais bien sur la forme qu’il prend. Et dans beaucoup de cas, c’est cette forme qui est désastreuse, puisqu’elle tourne dans beaucoup d’endroits à un échange de congratulations, de félicitations, de condoléances, ou encore elle tourne à une démonstration de pseudo piété mondaine.

A la suite du synode sur l’Eucharistie, une réflexion a eu lieu au niveau de la congrégation du culte divin sur l’opportunité de déplacer cce rite de paix, en conformité avec ce qu’avait demandé le Cardinal Ratzinger. La décision a été prise : on ne changera pas le moment du rite de paix, mais on rappellera qu’il s’agit bien d’un élément rituel et non pas mondain, en l’encadrant de plus près (Cf. l’article de Nicolas Senèze, La Croix du 1er août 2014, ci-dessous).

Le problème est donc la forme de ce rite, plus que sa signification. En ce qui concerne la forme faisons donc quelques rappels :

  • Ce rite est optionnel. On ne le pratique que si c’est opportun, et l’opportunité est évidemment mesurée en fonction du degré « communautaire » de la célébration. C’est un geste de réconciliation, et donc de pénitence. On se réconcilie avec la personne qui nous est proche (le prochain), et que l’on connaît ou alors on vide le rite de sa substance.
  • Le célébrant ou un ministre ordonné (diacre en général) invite les présents à s’offrir la paix ; c’est une monition : Offerte vobis pacem (Et non pas comme on a pu l’entendre parfois « auferte vobis pacem ! » Qui signifie… Tout à fait l’inverse).

Notons donc que c’est une monition ; la traduction française du missel l’amplifie de façon exagérée puisque ces trois mots, qui sont si conformes à la sobriété antique du rite romain, deviennent en 1979 dans le missel francophone : « Frères et sœurs, dans la charité du Christ, donnez – vous la paix ». Le diacre qui intervient à ce moment là, – et qui pour intervenir dans beaucoup d’endroits se faufile jusqu’au micro de l’autel – se sent obligé d’ouvrir grand les bras, et a une certaine tendance à en rajouter (enfin… On lui donne la parole !). Nombreux sont ceux d’entre eux qui disent donc : « donnez vous un signe de paix ». Or comme le soulignait en toute justesse un Dominicain pertinent (mais les Dominicains, c’est leur métier d’être pertinents) : si, à la place de « Donnez-vous la paix » (qui vient du Christ), votre prêtre ou votre diacre vous dit : « Donnez-vous un signe de paix »…. Remarquez que ce n’est pas de signes de paix, ni de signes d’amour, ni de signes d’espoir qu’on a besoin. C’est de paix, d’amour et d’espoir tout court. On ne saurait mieux dire.


(Diocèse de Poitiers : précisément ce qu’il ne faut pas faire : le diacre se place à l’autel à la place du célébrant et écarte les mains pour la monition, en éclipsant le célébrant. Une monition se fait en effet les mains jointes. Il peut être opportun que justement, un acolyte portant un micro rejoigne le diacre sur le côté de l’autel afin que sa monition soit entendue.)

C’est une monition de toutes façons ; donc elle est brève et sobre ; de plus elle s’adresse forcément à l’assemblée. Donc il n’y a pas lieu d’ajouter « frères et sœurs », et encore moins « sœurs et frères », c’est de plus en plus courant… ! Le diacre ne s’adresse jamais (jamais…) à Dieu au nom de l’assemblée, c’est la tâche du célébrant à la messe, donc il n’a pas à préciser « Fratres ». Enfin, il n’a pas à ouvrir les mains, c’est le geste de celui qui préside la célébration. Pourtant, et c’est le premier abus, dans beaucoup d’endroits, on entend un diacre (parfois en mal de reconnaissance… ) nous enjoindre : « Frères et sœurs, dans la charité du Christ, donnons-nous un signe de Sa paix ».

  • Les paroles : nulle part dans les rubriques ou dans les textes liturgiques n’est indiqué qu’il faille tendre la main ou dire « la paix du Christ », même en latin (« Pax Christi »). L’usage et les textes liturgiques donnent comme parole à échanger (« Pax tecum ») auquel il y a lieu de répondre, si la personne qui donne l’osculum est un ministre ordonné « et cum spiritu tuo ». Quant à la forme de l’osculum elle-même, qui n’est évidemment pas nécessairement une poignée de main, elle reste à définir (et aujourd’hui elle ne semble pas l’être) dans le coutumier liturgique du lieu.


En effet, lorsqu’on regarde les usages et les rubriques, on constate également que le geste à accomplir pour signifier cette paix n’est précisément pas imposé. Il est laissé à l’appréciation des conférences épiscopales. Faut il vraiment que ce soit un serrement de main, qui au mieux exprime une salutation mondaine, au pire symbolise un accord commercial dans nos contrées d’occident ? Vraie question. La tradition romaine parle d’un osculum pacis, un « baiser de paix », qui est la salutation par exemple de la Vierge à Élisabeth lors de la visitation ou comme le rapporte la tradition, l’adieu de S. Pierre et de S. Paul avant leur martyre.

  • Enfin si l’on a conscience que cette paix qui est partagée est bien celle du Christ il est juste qu’elle soit transmise depuis l’autel sur lequel sont disposées les saintes espèces. Il serait donc mal venu de transmettre cette paix sans soi-même l’avoir reçue, de proche en proche. L’usage extraordinaire consacre cette idée puisque l’osculum pacis est transmis du calice lui-même. On a beaucoup glosé lors de la réforme liturgique sur les « bisous liturgiques », qui semblait relever davantage de l’étiquette du XVIIème siècle que d’un rapport sain au culte divin, parfois à juste raison. Disons – le sans ambages : dans ce cas précis, il est réellement dommageable d’avoir « supprimé » l’usage d’un baiser à l’Autel ou au Calice avant la transmission du baiser de paix : en simplicité et grandeur, ce geste redonnerait toute sa signification au rite de paix. De même, on pourrait imaginer que la monition diaconale (dans sa sobriété « Offerte vobis pacem », « offrez-vous la paix ») n’intervienne justement qu’après que la paix, exprimée dans des gestes nobles et beaux, ne soit partie de l’autel, et transmise par le célébrant aux ministres et acolytes, eux-mêmes en charge de la transmettre, à l’invitation du diacre, à l’assemblée.
  • Il est également juste de comprendre que dans la tradition romaine, ce geste est précisément un geste de communion, et que cette communion est exprimée par la fractio panis et l’immixtion. L’usage antique était justement d’aller porter le sacrement lui-même de l’église de l’évêque vers les églises secondaires, pour signifier la paix et la communion dans la foi.

Au regard de l’importance de sa signification dans l’économie rituelle du rite romain, ne gâchons pas ce rite : n’en faisons pas une effusion mondaine. Rendons-lui sa véritable place et faisons l’effort conscient d’en faire l’expression d’une communion, d’une réconciliation, d’une pénitence, qui s’achève par l’agenouillement qui précède le « Ecce Agnus Dei » Cf. PGMR num. 43).


Article de La Croix (1er Août 2014) : le signe de paix dans le rite romain ne sera pas déplacé à l’offertoire.

Nous soulignons et [commentons].

Le geste de paix de la messe restera donc après le Notre Père et avant la fraction du pain. L’idée de le déplacer avait été évoquée lors du Synode des évêques sur l’eucharistie, en octobre 2005 à Rome, à la suite du cardinal Joseph Ratzinger qui, dans son livre de 2001 L’esprit de la liturgie (Ad Solem), regrettait que « l’échange du signe de paix génère une certaine agitation parmi les fidèles ».

Souhaitant « modérer ce geste, qui peut prendre des expressions excessives, suscitant un peu de confusion dans l’assemblée juste avant la communion », Benoît XVI avait donc demandé dans l’exhortation apostolique Sacramentum caritatis « d’étudier la possibilité de placer le geste de paix à un autre moment, par exemple avant la présentation des dons à l’autel ».

La Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements a consulté les conférences épiscopales du monde entier sur le sujet qui, à une large majorité, ont souhaité que le geste de paix ne soit pas déplacé un autre moment de la messe.

Le geste de paix n’est pas « mécanique »

Le dicastère chargé de la liturgie a donc décidé « de conserver dans la liturgie romaine le rite de la paix à son moment traditionnel et de ne pas introduire de changements structurels dans le Missel Romain ». [Notons tout de même au passage que la place du rite de paix, ou osculum pacis est justement et précisément traditionnel et authentique. Cela aurait été une vraie perte rituelle pour la liturgie romaine de se conformais à l’usage de Milan ou certaines pratiques orientales]

Néanmoins, dans une circulaire signée le 8 juin dernier par le cardinal Antonio Canizares Llovera, son préfet, et Mgr Arthur Roche, son secrétaire, et approuvée la veille par le pape François, la Congrégation pour le culte a pris quelques dispositions en vue « d’une meilleure expression du signe de la paix et pour en modérer les excès ».

La congrégation rappelle d’abord que le geste de paix n’est pas « mécanique » et que le célébrant peut tout à fait se dispenser d’inviter les fidèles à échanger la paix.

Corriger « quelques abus »

Plus profondément, la Congrégation pour le culte divin insiste sur le sens profond du geste de paix par lequel l’Église « implore la paix et l’unité pour elle-même et toute la famille humaine et par lequel les fidèles expriment leur communion ecclésiale et leur charité mutuelle ». En clair: il ne s’agit pas de se dire bonjour mais de manifester que « Christ est notre paix, la paix divine ». [Notons que l’usage est de mettre un article à Christ. Ce n’est pas un prénom, c’est un titre.]

Aussi les conférences épiscopales pourront-elles, lors de la publication de la troisième édition typique du Missel romain sur leur territoire, modifier le mode d’échange de la paix, pour « y substituer d’autres gestes » que « les gestes familiers et profanes du salut ». [La congrégation du culte encourage donc les ordinaires et les évêques à éloigner dans les pratiques liturgiques les comportements séculiers et profanes]

Surtout, la Congrégation pour le culte divin en profite pour corriger « quelques abus », mettant ainsi en garde contre « l’introduction d’un « chant pour la paix », inexistant pour le rite Romain », le chant étant celui de la fraction (Agnus Dei) qui vient après l’échange du geste de paix.

Origine dans la tradition apostolique

Autre abus: le déplacement des fidèles pour s’échanger la paix, la Présentation générale du Missel romain soulignant « que chacun souhaite la paix de manière sobre et uniquement à ceux qui l’entourent ». De la même manière, il ne convient pas que le prêtre descende de l’autel pour donner la paix aux fidèles
[ce que l’on voit trop souvent, comme si avoir ce comportement était « pastoral ». Notons que ce comportement est d’autant plus choquant que le célébrant vient de tenir dans ses mains les espèces consacrées, et des parcelles peuvent demeurer sur ses mains. Il ne convient donc pas d’aller saluer individuellement les personnes dans la nef] ou que, à certaines occasions (mariages, premières communions, obsèques…), l’échange de la paix devienne le moment des félicitations ou des condoléances. [Le pape François appellerait ce genre de chose de la « mondanité spirituelle »…]

Le geste de paix trouve son origine dans la tradition apostolique (« Saluez-vous les uns les autres par un baiser de paix », saint Paul aux Romains, 16, 16). Aux premiers siècles, ce baiser de paix se donnait avant l’offertoire, en souvenir du commandement du Christ, « Devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande » (Matthieu 5, 24), moment qui a été conservé dans les liturgies orientales.

Dans le rite romain, il est placé avant la communion au IVe siècle, puis après l’Agnus au VIIIe siècle, et finalement réservé aux clercs à partir du XIIIe siècle. [En réalité, avec l’apparition des missels pléniers au XIIIème siècle les rubriques ne mentionnent pas l’assemblée mais seulement les ministres. C’est la raison pour laquelle, peu à peu et jusqu’après le Concile de Trente, les livres liturgiques donnent l’impression que l’assemblée ne fait rien. En fait, elle n’est même pas mentionnée, puisque ces livres sont des livres techniques, à l’usage des clercs pour l’accomplissement du culte. Ne faisons ni généralisation, ni caricature…] La réforme liturgique consécutive à Vatican II en a rétabli l’usage pour tous, le plaçant avant la fraction. [Donc soyons juste : à la suite de Vatican II, les rubriques ont commencé à mentionner les fidèles, ce qui n’était pas le cas avant mais qui fut pendant des siècles sous-entendu.]

Nicolas Senèze

1/8/14 – 11 H 56

Saint Benoît d’été

Il y a une Saint Benoît d’hiver et une saint Benoît d’été … La Saint Benoît d’hiver commémore le Transitus du patriarche des moines d’occident, alors que la Saint Benoît d’été a vu sa date fixée à l’occasion du transfert des reliques de S. Benoît à Fleury (monastère dit depuis de « Saint Benoît sur Loire »).


Abbaye de Fleury (Saint Benoît sur Loire)


Reliques de Saint Benoît à Fleury

Au point de vue musical, ce qui nous intéressera le plus est la survivance dans le rite (dans l’usage des Bénédictins) de la séquence Laeta dies magni ducis.

C’est la commémoration de l’arrivé edes reliques du grand patriarche à l’abbaye de Fleury à auquel le premier verset de la séquence fait allusion.

Laeta quies magni ducis,

Dona ferens novae lucis,

Hodie recolitur.

Caris datur piae menti,

Corde sonet in ardenti,

Quidquid foris promitur.

Hunc per callem orientis

Admiremur ascendentis

Patriarchae speciem.

Amplum semen magnae prolis

Illum fecit instar solis

Abrahae persimilem.

Corvum cernis ministrantem,

Hinc Eliam latitantem

Specu nosce parvulo.

Elisaeus dignoscatur,

Cum securis revocatur

De torrentis alveo.

Illum Joseph candor morum,

Illum Jacob futurorum

Mens effecit conscia.

Ipse memor suae gentis,

Nos perducat in manentis.

Semper Christi gaudia.

Amen.

Cette journée qui resplendit d’un éclat nouveau, est celle où notre grand chef entra dans son repos.

La grâce a visite l’âme filiale de ses enfants ; que leurs chants soient dignes de l’amour qui enflamme leurs cœurs.

Admirons notre Patriarche qui s’élève par un chemin céleste, à l’orient.

L’innombrable famille sortie de lui l’a fait l’égal d’Abraham semblable au soleil.

C’est Elie cache au fond de son antre ; un corbeau exécute ses ordres.

C’est Elisée, quand il retire la hache tombée au fond du lac.

Par la pureté de sa vie il ressemble à Joseph; par son esprit prophétique il retrace Jacob.

Qu’il daigne se souvenir des enfants dont il est le Père, et qu’il nous conduise aux  joies éternelles   du Christ qui demeure à  jamais ! Amen.

Notons au passage que le l’usage donne non pas laeta dies mais laeta quies. Cf. http://www.osb.org/gen/gemma.html




Cette séquence « suit » un alleluia spécifique à l’ordre de Saint Benoît également :

R/. Alleluia. V/. Vir Dei Benedictus omnium iustorum spiritu plenus fuit : ipse intercedat pro cunctis monasticae professionis.



 

Une dernière question qui brûlera les lèvres de certains de nos lecteurs :

oui mais, la séquence, dans le missel, elle est avant l’alléluia, pas après… ! Donc il faut pour obéir, la chanter avant ! ?

Pour répondre à cette question, quelques éléments.

Pour la messe, il y a un formulaire distinct entre la messe chantée et la messe lue. Le missale romanum donne les pièces de la messe lue, le graduale romanum celles de la messe chantée. On constate par exemple que le répons graduel de la messe chantée n’a la plupart du temps pas le même texte que le psaume responsorial, proposé pour la messe lue. De même pour les alléluias du missale et du graduale romanum. Car l’Alleluia de la messe chantée est une méditation, une réponse, à la lecture qui le précède… Tandis que le psaume et l’alléluia du lectionnaire sont conçus pour être lus lorsqu’on ne chante pas. L’alléluia et le graduel de la messe chantée sont respectivement un répons alléluiatique et un répons graduel. Si bien qu’il est tout à fait juste – si l’on prend le formulaire de la messe chantée avec le répons alléluiatique, de chanter la séquence après l’alleluia, et non avant. Évidemment, si vous avez des scrupules, chantez donc la séquence avant l’alleluia… Ce n’est pas l’idée ni l’usage du rite romain, mais il n’y a semble t’il pas matière grave… Insistons encore : pour bien « obéir » au missel, en prenant uniquement ce qu’il y a dedans, il ne faudrait pas chanter les psaumes responsoriaux ni les alléluias.. Voilà. A rubriciste, rubriciste et demi !

Le sommet de la messe … De la vie chrétienne … De la vie de l’Église ?

L’Eucharistie, comme la liturgie sont « source et le sommet ». Oui, d’accord. L’appellation « eucharistie » elle-même reste cependant imprécise parce qu’elle désigne à la fois dans le langage courant, le sacrement, la célébration du sacrement, et la consommation des espèces par le prêtre et par les fidèles. Bref, c’est la confusion. Ayons malgré tout quelques idées complémentaires…

La communion du prêtre est le sommet de la messe : le sacrifice eucharistique est accompli non pas à la consécration mais ensuite, lorsque le prêtre consomme les espèces eucharistiques du pain et du vin qu’il vient de transsubstantier ; c’est même une condition de validité. Extérieurement pourtant, à cet instant, il ne se passe rien : le prêtre semble s’isoler dans un silence parfois oppressant, souvent comblé par des indications au micro pour la communion, comme si la liturgie, pour pouvoir se conclure, avait encore besoin de régler quelques questions logistiques…

Le missel romain dans les rites de communion, propose cependant une catéchèse méconnue : à l’instant précis où le prêtre se communie, on entonne le chant : le rite romain choisit une antienne tirée de l’Évangile du jour qui de cette manière souligne l’unité entre la liturgie de l’Eucharistie et la liturgie de la Parole. Le chant se prolonge pendant que le célébrant communie les fidèles, et exprime la hiérarchie mais aussi l’union intime du sacerdoce ministériel du prêtre et du sacerdoce commun.

Participer sans chanter ?

On nous reproche parfois de ne pas favoriser la « participation active » des fidèles en proposant dans les paroisses les pièces du propre grégorien…Surtout à l’offertoire, où le Graduale indique souvent des mélodies qui ne sont pas à la portée de la foule.

Je n’ai pas pu chanter, c’est comme si je n’avais pas participé. En nous faisant cette remarque nous oublions qu’à la messe, seul le prêtre consacre, seul le diacre chante l’évangile, seul le lecteur proclame la Parole ; et que c’est Dieu qui agit par la médiation des ministres – en latin : ministri, serviteurs. Dans la liturgie de la messe, Dieu Se révèle, Se donne, et attend notre réponse pour féconder et faire resplendir notre âme. Notre participation à l’action divine est à l’image de l’humble oui de Marie à l’Annonciation. Nous l’exprimons à notre tour à la manière de la Vierge par le grand Amen de la doxologie (Par Lui, avec Lui et en Lui). Le magistère des papes a ainsi souligné que la schola cantorum (ou chorale) a un rôle ministériel si elle se met au service de la Parole. Son chant devient alors un don de Dieu que nous accueillons. Vatican II parle d’une participatio actuosa, et non pas activa. Il faudrait traduire par participation effective, car elle peut être effective sans être active ; quand le prêtre prépare les dons à l’autel, nous restons assis en silence, et nous sommes simultanément associés à l’offertoire par la goutte d’eau versée au calice ; et si nous sommes ensuite encensés avec toute l’assemblée, c’est au titre de la réalité effective de notre participation à ce rite.

La réforme de la réforme est bien vivante (L’Homme Nouveau)

Sur le site de l’homme nouveau vous pourrez consulter un article intéressant, avec une photo qui nous concerne directement puisqu’elle a été prise il y a un an lors de la célébration de la messe de la Toussaint à Villars les Dombes (1er novembre 2012).

Vous pouvez consulter cet article ici : http://www.hommenouveau.fr/771/religion/la-reforme-de-la-reforme-est-bien-vivante.htm


 

Nous le commentons ci-dessous.


 

La réforme de la réforme est bien vivante

Rédigé par Henri Saint-Martin le 22 octobre 2013 dans Religion

 

La réforme de la réforme est bien vivante

Dans son carnet La messe à l’endroit (Éditions de L’Homme Nouveau, collection « Hora Decima »), l’abbé Claude Barthe disait – il le disait sous Benoît XVI – que l’on ne devait pas attendre des lois et règlements venant d’en haut pour opérer la réforme de la réforme, mais qu’elle était l’affaire des prêtres de terrain :

« la réforme de la réforme consiste essentiellement dans des choix entre les diverses possibilités laissées par le nouveau missel. Très concrètement, c’est l’aspect systématique des bons choix qui fera la réforme de la réforme ».

[Concrètement, la référence fait ici est cléricale. Ce sont les prêtres qui sont supposés faire la « réforme de la réforme ». Or chacun sait que les prêtres, de nos jours, dans les paroisses ordinaires, ne peuvent pas faire grand-chose s’ils ne sont pas appuyés par des laïcs motivés : le chœur grégorien notamment, mais aussi les servants de messe, par exemple.]

 

Une floraison d’ouvrages sur la question

À plus forte raison est-ce vrai sous le Pape François, où l’on n’a plus l’exemple romain des cérémonies pontificales et de leurs petits coups de pouce réformateurs.

[Il est certain que sous Benoît XVI un certain nombre de détails liturgiques, mis en œuvre par le pape lui-même, avait mis en marche une certaine vision du cérémonial. On pense par exemple aux chandeliers sur l’autel, au placement du prêtre par rapport à l’autel, au chant des lectures en grec et latin, à la réintroduction des cardinaux diacres, ainsi que d’autres détails notamment vestimentaires du pontife romain, dont nous sous sommes faits écho dans nos pages. Aujourd’hui tout n’a évidemment pas été abandonné, mais alors que l’on constatait une progression lente mais continue vers un ars celebrandi sobre et juste, ce ne semble plus être le charisme particulier du pape actuel. Un jésuite, comme nous le faisions remarquer, n’est en aucun cas un liturgiste…]

De fait, les parutions de livres en ce sens continuent sous le nouveau pontificat, par exemple du père Giorgio Farè, Le due forme del rito romano (Cantagalli, 2013) ; de Daniele Nigro, I diritti di Dio. La liturgia dopo il Vaticano II (Sugarco, 2013, avec une préface du cardinal Burke). On peut faire entrer dans cette ligne, le petit livre tout récemment paru de Thierry Laurent, La liturgie de la messe geste après geste. Commentaire pastoral de la messe en sa forme ordinaire (Le Laurier, 116 p., 10 €).

 

Une préface du cardinal Cañizares

L’abbé Thierry Laurent, prêtre du diocèse de Paris, a commencé son ministère sacerdotal dans le diocèse de Saint-Denis, et il vient d’être nommé aumônier du collège Stanislas, à Paris. Muni d’une préface extrêmement sentie du cardinal Cañizares, Préfet de la Congrégation pour le Culte divin – « L’abbé Thierry Laurent nous a procuré beaucoup de joie… » –, il décrit, analyse, commente chaque rite. Et d’abord les choisit, car comme on le sait la nouvelle forme ordinaire est largement une liturgie à la carte, dans laquelle rien n’interdit, au contraire, d’opter pour le meilleur :

« La messe peut débuter par l’aspersion d’eau bénite de tous les fidèles… L’autel est consacré… Il renferme les reliques des saints… », etc.

[Notre conviction est qu’en réalité, la messe ne devrait justement pas être un réservoir à option à discrétion du prêtre, mais les options devraient justement être fixées dans le coutumier promulgué par chaque ordinaire. Il n’est pas normal qu’on doive faire « le choix des options » avant chaque célébration… ]

Avec d’utiles rappels : « Le lecteur est en priorité celui qui est institué pour cela » (sur le croquis correspondant, c’est un clerc en surplis). Dans cette messe ordinaire, où selon les illustrations, l’autel est bâti sur trois marches, les chandeliers sont posés sur l’autel de part et d’autre de la croix, la messe est dite face au Seigneur, les fidèles s’agenouillent (par exemple, pour réciter le Confiteor !).

 

Le canon romain

On encense l’autel au début de la messe et à l’offertoire. La prière eucharistique est aussi qualifiée de canon (et c’est la première prière eucharistique, le canon romain, que Thierry Laurent choisit de commenter), listes de saints comprises, lesquelles sont, elles aussi facultatives.

 

« Pour manifester un plus grand respect et une plus grande adoration, je peux recevoir le Christ à genoux sur la langue. (…) Il est donc recommandé de le recevoir directement en moi, sur la langue, car telle est la règle commune ». Les mots latins usuels abondent, de même que les parallèles : « Dans la messe en forme extraordinaire, on fait toujours, dans la messe en forme ordinaire, au choix du célébrant… »

[Précisément, c’est peut être ce « au choix du célébrant » qui devrait être supprimé pour fonder de façon saine la reforma reformae. Ce devrait être au choix de l’ordinaire, en conformité avec les usages légitimes locaux approuvés… etc.]

La description du rite est systématiquement suivie d’une explication mystique prise dans les commentaires patristiques et médiévaux, ce qui est peut-être l’innovation la plus remarquable de ce travail pastoral.

 

L’Offertoire traditionnel

Et comme, lors de l’offertoire, le prêtre prie « secrètement comme le Christ à Gethsémani », rien ne lui interdit de se servir des prières de l’offertoire traditionnel.

 

En encourageant l’auteur, le cardinal Cañizares pousse « les jeunes prêtres » à poursuivre un tel travail « à l’égard des enfants », comme s’il était évident que seule une nouvelle génération de clercs s’adressant à de nouvelles générations de fidèles peut l’accomplir. [Il est en effet certain que beaucoup de choses deviendront possibles lorsque les chrétiens d’un certain âge, persuadés d’être « formés », auront rejoint… Le cercueil. Il n’y a en effet rien de pire, dans la mise en oeuvre d’un cérémonial, qu’un prêtre, un diacre, une religieuse ou un laïc qui a suivi une « formation » à la liturgie et qui se complaît dans un néo rubricisme sans aucun recul] S’il n’est pas besoin de dire que cette interprétation de la messe ordinaire (comme on interprète un texte, une partition de musique et un livret de théâtre) doit beaucoup au patron que représente la célébration traditionnelle, il faut ajouter qu’une telle interprétation recrée un milieu vital extrêmement favorable au développement de la messe en forme extraordinaire au sein même des paroisses.

Mgr Aillet à Sacra Liturgia Rome 2013

Sacra Liturgia, Rome juin 2013 – Suite :
http://www.scholasaintmaur.net/apprendre-a-prier/sacra-liturgia-1-rome-juin-2013/

Dans cet exposé sur la sainte liturgie et les communautés nouvelles, j’examinerai d’abord les richesses de ces communautés nouvelles qui ont été fondées au moment de Vatican II et l’impact qu’elles ont eu. A des moments troublés de l’histoire de l’Église, elles furent en mesure de conserver certaines pratiques qui étaient alors négligées et les utilisèrent pour une apostolat fructueux. Comme la liturgie est une part importante d’une évangélisation couronnée de succès, j’aborderai ensuite la question liturgique et j’essaierai de donner quelques indications qui pourraient enrichir encore la vie de ces communautés nouvelles et leur apostolat. La dernière partie sera une conclusion avec quelques considérations sur la nécessité d’un renouveau intérieur pas seulement pour ces communautés, mais aussi pour nous tous.

Sacra Liturgia 1, Rome, Juin 2013

Le P. Abbé Dom Jean Charles Nault, osb (abbaye Saint Wandrille).


La pratique spécifique de la liturgie monastique peut nous aider à mieux saisir la place de la liturgie dans toute évangélisation. La tentation d’« instrumentalisation » de la liturgie existe toujours. Mais n’est-ce pas précisément parce qu’elle « ne sert à rien » qu’elle peut se révéler de la plus grande « utilité » dans la nouvelle évangélisation ?

À partir de l’évocation de la liturgie comme réalisation du Mystère pascal, et du rapprochement ente les rites de la profession monastique et ceux de l’initiation chrétienne, cette contribution souhaite mettre en lumière comment le baptême, en tant que participation au Mystère pascal, introduit le baptisé dans une dépendance vis-à-vis de Dieu qui se vit dans la durée et qui est le lieu de l’accueil du salut comme pure grâce.

Msgr. Stefan Heid


Avec sa réforme liturgique et les changements nécessaires, le Concile Vatican II a voulu mettre l’espace sacré de l’église en conformité avec la norma patrum de l’idéal chrétien primitif. C’est la raison pour laquelle dans l’après Concile, résultats de l’études des Pères et la recherche en archéologie chrétienne ont pris une grande importance.

En fonction de ces résultats, l’autel est devenu le centre de l’attention, et on a considéré qu’il devait être séparé du mur d’abside. La demande pour la célébration versus populum a alors émergé. On a prétendu que le Christianisme n’utilisait pas un autel, mais seulement des tables de repas profane. Les justifications de ces revendications devraient être examinées et analysées de façon critique en fonction de la norma patrum. La comparaison entre table et autel a alors un rôle central.

La thèse, c’est que S. Paul utilisait déjà une table sacrée ou un autel pour le repas du Seigneur, qui était analogue aux autels saints de l’antiquité. Les Chrétiens développèrent leur propre type d’autel à partir de cette table sacrée, qui semblait ce qui allait être la meilleure possible pour le sacrifice, et qui ne peut en aucun cas être dérivée en forme ou en fonction d’une ex table de repas.

Gabriel M. Steinschulte


La musique, comme une communication non verbale, fait partie de l’humanité depuis son commencement ; célébrer ou supplier sans musique est impensable. Chaque texte connecté à la musique est lié à des effets de sa musique. C’est la raison pour laquelle la foi et la musique se répondent mutuellement selon l’antique proverbe : lex credendi – lex orandi, et selon ce qui est constaté à travers l’histoire de l’Église.

Quiconque désire l’avènement d’une nouvelle évangélisation a besoin de prendre en compte une nouvelle et adéquate expression musicale, puisque l’expression moderne de la musique semble être liée à la désévangélisaiton et au relativisme musical. L’histoire de la primitive Église, peut servir pour ce développement.

Nous avons besoin de revenir aux sages principes du Concile Vatican II, à ses textes et aux priorités qu’il donne, et non à ses intentions supposées. La nouvelle évangélisation la musique qui lui est afférente présuppose une possibilité d’une prise de conscience différente dans les régions ex-chrétiennes de l’occident sécularisé, une réflexion à nouveaux frais pour tous ceux qui sont co-responsables de l’état des choses moderne.

Il y a un véritable besoin d’une nouvelle offensive dans la sphère de l’éducation à la musica sacra, en particulier pour tous les prêtres et religieux dans leur formation théologique, historique, ethnologique, psychologique et évidemment artistique. Cantare amantis est. (S. Augustin).

SE Mgr Peter Elliott


L’Eucharistie comme sacrifice et sacrement a la priorité absolue sur la liturgie. Ce principe est dérivé de Sacramentum Caritatis, et couvre l’ars celebrandi, qualifié par le pape Benoît XVI de « célébration conforme de la liturgie ». Cependant, une approche cartésienne qui séparerait ce qui est externe de la spiritualité profonde minerait l’intégration de l’action et le l’intériorité du prêtre. Pratique et expérience doivent être fondées sur la compréhension et la connaissance, à la fois de tout le rite et de ses détails. La continuité de notre tradition recouvre à la fois la forme ordinaire et la forme extraordinaire lorsque l’ars celebrandi est compris comme un artisanat qui est transmis au travers des générations. Le prêtre devrait être un bon artisan liturgique, un artisan du culte divin. La réflexion sur l’orient chrétien met en lumière les problèmes en occident, qui proviennent du didactisme, de l’idéalisme et de la théâtralité des Lumières. Exiger la beauté dans la préparation de la liturgie permet de renforcer l’ars celebrandi, qui a une forte dimension pastorale et évangélisatrice.

En répondant au Synode sur l’Eucharistie dans son exhortation aposotlique Sacramentum Caritatis, le pape Benoît XVI a poursuivi l’œuvre eucharistique qui a caractérisé les dernières années du Bienheureux Jean-Paul II. Je crois que Sacramentum caritatis pourrait être bien exprimé par un principe fort : l’Eucharistie comme Sacrifice et Sacrement devient prioritaire sur la liturgie. Cela fournit une correction de la compréhension du mot « liturgie » dans les traditions chrétiennes occidentales, qui est à travers une distinction assez cartésienne, une distinction entre les éléments extérieurs visibles (rites, rituels, cérémonies, musique, symboles etc.) et l’esprit intérieur du culte.

Après une réflexion sur le mystère eucharistique dans les premiers chapitres de Sacramentum caritatis, le pape émérite a déceloppé la dimension liturgique de l’Eucharistie autour de l’action, et introduit l’expression de ars celebrandi, c’est-à-dire de « l’art de célébrer » ou, comme il l’a qualifié, de l’art de la célébration conforme ». Comme auditeur au synode de 2005, j’ai entendu des évêques accueillir chaleureusement ces mots.

Sous le chapeau de l’ars celebrandi, il a présenté l’évêque comme un liturgiste : « L’2vêque – célébrant par excellence », celui qui par exemple, dans sa cathédrale, sonne le ton et les standards pour les liturgies de son Église particulière. Il a répété ce message dans une allociution aux évêques français.

Dans Sacramentum Caritatis, le pape émérite a appelé à un respect pour les rites qui sont donnés par l’Église, donc, « l’ars celebrandi est le fruit de l’adhésion de la foi aux normes liturgiques dans toute leur richesse… » Ce thème était déjà présent dans ses écrits comme cardinal. La liturgie nous est « donnée », comme un don de Dieu, un don à l’Église. Dieu nous réunit pour le culte, nous ne nous réunissons pas nous –mêmes pour une quelconque activité que nous contrôlerions ou même que nous manipulerions. Alors que la liturgie est profondément influencée par les cultures humaines, elle n’st pas sujette à la culture.

Quelques têtes connues.

… en plus de celles, de Mgr Rey et de Mgr Aillet, et du TRP abbé de S. Wandrille qui interviennent comme conférenciers.


Dom Louis-Marie de Geyer d’Orth, abbé de Ste Madeleine du Barroux

Damien Poisblaud. La France est donc bien représentée….

Prochaines

Sacra Liturgia 2013 – Discours d’introduction de Mgr Dominique Rey

Du 25 au 28 juin à Rome se déroule une conférence internationale sur la liturgie, « Culmen et fons vitae et missionis Ecclesiae » à l’Université Pontificale, Santa Croce. La grande salle de conférence dotée d’installations de traduction simultanée en anglais, français, allemand, italien et espagnol permet de participer de manière idéale à l’événement. La conférence est ouverte au clergé et aux religieux, étudiants en théologie et laïcs. La conférence débutera par les Vêpres solennelles et se terminera avec les premières vêpres solennelles des saints Pierre et Paul, suivies de l’exposition du Très Saint Sacrement, du Te Deum et de la bénédiction.

Les deux premiers jours de la conférence comporteront deux célébrations solennelles de la messe qui seront organisées, l’une à partir du Missale Romanum 2002, et l’autre du Missale Romanum de 1962.

Le célébrant et le prédicateur à la Sainte Messe selon le Missale Romanum 2002 – 18h30 Mercredi 26 Juin: Solennité de saint Josémaria Escriva – S.E.R. le Cardinal Antonio Cañizares Llovera.

Le célébrant et le prédicateur dans la Sainte Messe selon le Missale Romanum 1962 – 18h30 Jeudi 27 Juin: Messe votive De Ssmo Eucharistiae Sacramento – S.E.R. le Cardinal Walter Brandmüller.

Les participants ont la possibilité de célébrer la fête des saints Pierre et Paul avec le Saint-Père dans la basilique Saint-Pierre, le matin du samedi 29 Juin.

 

Intervenants :

S.E.R. le Cardinal Antonio Cañizares Llovera

Le Cardinal Walter Brandmüller

Le Cardinal Malcolm Ranjith

Le Cardinal Raymond Leo Burke

Mgr Alexander Sample

Mgr Dominique Rey

Mgr Marc Aillet CSM

Mgr Peter J. Elliott

Le Père Abbé Jean-Charles Nault OSB

Abbot Michael John Zielinski OSB Oliv.

Mgr Ignacio Barreiro Carámbula

Mgr Andrew Burnham

Mgr Stefan Heid

Mgr Andrew Burnham

Père Uwe Michael Lang, Cong. Orat.

Fr Paul Gunter OSB

Dr Guido Rodheudt

Don Nicola Bux

Dom Alcuin Reid

Professor Tracey Rowland

Dr Gabriel Steinschulte

Professor Miguel Ayuso

Mr Jeffrey Tucker

http://sacraliturgia2013-france.com/

 

Sacra Liturgia 2013 – Discours d’introduction de Mgr Dominique Rey


Mgr Dominique Rey

Introduction – Sacra Liturgia 2013 (Rome 25-28 juin 2013)

25 juin 2013

 

 

Messieurs les cardinaux,

Messeigneurs,

Chers amis,

C’est une grande joie pour moi de vous accueillir dans cette université pontificale de la Sainte-Croix pour Sacra Liturgia 2013. Plus de 35 pays sont ici représentés. Bienvenue à tous !

Notre travail, en réalité, a déjà commencé avec la célébration solennelle des Vêpres dans la basilique de Saint-Apollinaire. Nous l’avons fait à dessein, car avant de débattre sur la sainte liturgie, nous devons nous immerger dans la vie liturgique de l’Église. La réalité de la liturgie dans laquelle nous sommes introduits au moment de notre baptême, précède toute étude de la liturgie. Être liturgique vient d’abord, parler de la liturgie suit.


Célébration des vêpres pour l’ouverture du Congrès

Et pourtant, il importe d’en parler et d’étudier la liturgie! Ici, dans l’aula magna, nous écouterons de nombreux experts et responsables en ce domaine. Je suis particulièrement reconnaissant envers Leurs Éminences les cardinaux Ranjith et Burke, et envers mes frères évêques, qui donnent de leur temps pour nous enseigner. De même, je tiens à remercier Leurs Éminences les cardinaux Canizares et Brandmueller qui célébreront la messe et prêcheront pour nous. Je remercie également tous nos intervenants, en particulier ceux qui sont venus de très loin pour nous communiquer leur savoir avec perspicacité.


Mgr Rey et le cardinal Ranjith

Sacra Liturgia 2013 fut inspiré par l’enseignement liturgique et l’exemple de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI. Il nous a enseigné l’importance de l’ars celebrandi, nous rappelant que «tout ce qui touche à l’Eucharistie devrait être marqué par la beauté» (Sacramentum Caritatis, n. 41). Il nous a démontré qu’il ne doit y avoir aucune opposition entre les formes anciennes et nouvelles du rite romain – qui ont toutes les deux leur place dans l’Église de la nouvelle évangélisation. Il nous a assuré que, dans l’Église catholique, d’autres traditions liturgiques peuvent être accueillies comme des « dons précieux » et autant de « trésors à partager » (cf. Anglicanorum cœtibus, § 5, III). C’est pour cette raison que je suis particulièrement heureux de relever que l’ordinaire de l’ordinariat Notre-Dame de Walsingham, Msgr Keith Newton, sera présent parmi nous.

Je souhaite que cette conférence soit un hommage à la vision et aux réalisations liturgiques de notre bien-aimé évêque émérite de Rome, Benoît XVI : Que Dieu le récompense pour tout ce qu’il nous a donné et lui accorde santé et longue vie!

Le pape Benoît XVI avait lancé l’année de la Foi, pendant laquelle nous nous réunissons, pour commémorer le 50e anniversaire du Concile Vatican II. Notre Saint-Père, le Pape François, a poursuivi cette initiative. Dès le départ, ce fut mon souhait que nous nous rencontrions ici, à Rome, pendant l’année de la Foi, afin d’être proches de Pierre, de lui manifester notre communion avec lui et de prier avec lui en la grande fête des saints Pierre et Paul. Que nous ayons l’occasion de le faire avec notre nouveau Saint-Père est une bénédiction de la Providence.

Il y a cinquante ans, en juin 1963, la première session du Concile Vatican II se terminait. Au bienheureux Jean XXIII venait de succéder le vénérable Paul VI, qui a poursuivi les travaux du concile. C’est Paul VI qui promulgua sa constitution sur la sainte liturgie Sacrosanctum concilium, le 4 décembre 1963, à la fin de la deuxième session du concile.

Cinquante ans plus tard, nous devons relire Sacrosanctum concilium. La réforme liturgique qui a suivi la promulgation de la constitution nous a beaucoup enrichis, en particulier dans sa promotion de la participation à la liturgie. Mais elle a aussi provoqué des controverses, tant par ses réformes officielles, que par sa traduction dans les langues vernaculaires, ou bien par ses mises en œuvre locales disparates.

Nous devons reconnaître, comme l’a fait le Bienheureux Jean-Paul II, qu’il y eut à la fois des « lumières » et des « ombres » dans la vie liturgique de l’Église au cours des 50 dernières années (cf. Ecclesia de Eucharistia, n. 10). Nous devons nous réjouir des progrès légitimes qui ont été accomplis. Nous devons aussi tenir compte des leçons que nous enseignent les erreurs commises durant ces cinquante dernières années. C’est pourquoi nous devons reconsidérer la constitution liturgique et redécouvrir sa véritable signification. Peut-être devons-nous, à travers ce que le cardinal Ratzinger a appelé une « réforme de la réforme », corriger certaines pratiques ou récupérer certains éléments que nous avons perdus. Peut-être que certains aspects nécessiteraient d’être travaillées selon la dynamique d’enrichissement mutuel que suggérait Benoît XVI.


Par-dessus tout, nous devons promouvoir un authentique renouveau liturgique dans toute sa richesse et sa diversité catholiques. Nous devons promouvoir la liturgie telle que l’Église nous la donne, ce que les Pères et les Papes du Concile Vatican II ont désiré.

Ce travail liturgique ne peut pas être laissé de côté comme s’il s’agissait d’une préoccupation marginale. La liturgie n’est pas une question périphérique pour l’Église. Comme le cardinal Ratzinger l’écrivait en 1997: « la vraie célébration de la sainte Liturgie est le centre de tout renouvellement de l’Église. » Et comme Sacrosanctum concilium nous l’enseigne, la sainte Liturgie est le «Culmen et fons », « la source et le sommet » de la vie et la mission de toute l’Église (cf. n. 10).

Chers amis, la liturgie n’est pas un passe-temps pour les spécialistes. Elle est au centre de tous nos engagements en tant que disciples de Jésus-Christ. Cette réalité profonde ne peut pas être surestimée. Nous devons reconnaître la primauté de la grâce dans notre vie chrétienne, et nous devons respecter le fait que, pour un chrétien, c’est dans la sainte Liturgie que la rencontre avec le Christ se réalise de la manière la plus haute.

En tant qu’évêque il est de mon devoir de faire tout mon possible pour promouvoir la nouvelle évangélisation engagée par le bienheureux Jean-Paul II. Je tiens à affirmer très clairement que la nouvelle évangélisation doit être fondée sur la célébration fidèle et féconde de la sainte liturgie telle que nous la recevons de l’Église dans sa tradition orientale et occidentale.

Pourquoi? Parce que c’est dans la liturgie que nous recevons l’action salvifique de Jésus-Christ dans son Église aujourd’hui d’une manière que nous ne rencontrons nulle part ailleurs. Dans la liturgie, le Christ nous touche, nous nourrit et nous guérit. Il nous renforce et nous conduit par des grâces particulières. Quand nous prions liturgiquement, nous le faisons en communion avec toute l’Église, des présents, des absents, des vivants ou des morts. Bien sûr, il y a d’autres pratiques spirituelles bonnes et de grande valeur, mais aucune ne bénéficie de l’objectivité et de l’efficacité singulière de la liturgie (cf. Sacrosanctum concilium, n. 7).

La nouvelle évangélisation n’est pas une idée ni un programme : c’est une nécessité que chacun de nous parvienne à connaître plus profondément la personne du Christ et, ce faisant, devienne davantage capable de conduire les autres vers Lui. Pour cela, le meilleur moyen est de commencer par la sainte Liturgie, et si elle n’est pas célébrée correctement de quelque manière que ce soit, ou si je n’y suis pas convenablement préparé, cette rencontre avec le Christ sera entravée, la nouvelle évangélisation en souffrira.


C’est pourquoi notre célébration de la liturgie est si importante. Nous devons laisser le plus de place possible à l’action du Christ dans la liturgie, et non pas la limiter. Si je change ou refonde la liturgie de l’Église selon mes propres désirs ou une idéologie subjective, comment puis-je être sûr que ce que je fais est en vérité son œuvre? Alors que, si je célèbre fidèlement ce que l’Église nous a donné – et que je le célèbre aussi magnifiquement que possible – je puis être assuré de me mettre au service de l’action du Christ, d’être un ministre de ses mystères sacrés et non pas un obstacle sur son chemin (cf. Mt 16, 23). Chacun d’entre nous, ministres ordonnés, religieux et laïcs, est appelé à cette fidélité et à ce respect pour le Christ, pour son Église et pour ses rites liturgiques.

Et c’est pourquoi la formation liturgique est cruciale. Je dois obtenir « de l’intérieur » en quelque sorte, la conviction que le Christ est en effet à l’œuvre dans les rites sacrés de l’Église. Je dois me plonger dans cette dynamique privilégiée et découvrir ses chemins. Cela m’amènera à la personne de Jésus Christ, encore et encore. Et cela me permettra de porter le Christ aux autres.

La formation, la célébration liturgique et la mission de l’Église sont toutes les trois intrinsèquement liées. C’est pourquoi nous sommes ici : pour examiner cette relation et examiner sa signification et son importance pour l’Église au début du XXIe siècle. Si nous le faisons bien, nous construirons vraiment des bases très-solides pour la nouvelle évangélisation.

Sacra Liturgia 2013 n’aurait pas pu avoir lieu sans le soutien de nombreuses personnes. Je suis grandement reconnaissant envers le recteur de la belle basilique de St-Apollinaire, Mgr Pedro Huidobro, de bien vouloir nous accueillir. Je suis également profondément reconnaissant envers nos nombreux soutiens pour leur aide matérielle : les Chevaliers de Colomb, Ignatius Press, CIEL Royaume-Uni, Granda, The Cardinal Newman Society, Human Life International, De Montfort Musique, Arte Poli, Una Voce international, Ars Sacra, La Nef, Libreria Leoniana et Editions Artège. Pour l’accueil qui nous a été réservé ici à l’université pontificale Santa Croce, pour ses excellentes installations, nous sommes tous redevables. De même, je remercie l’équipe des organisateurs et des bénévoles qui ont tant fait pour préparer cet événement.

Chers amis, nous sommes ici pour écouter, apprendre et partager les uns avec les autres, mais nous sommes aussi ici pour prier – ici dans la basilique de Saint-Apollinaire et aussi avec le Saint Père, le Pape François, dans la basilique Saint-Pierre samedi. Si nous nous acquittons bien de tout cela, nous nous rapprocherons du Christ que nous adorons dans la sainte liturgie, et nous serons en mesure de devenir les évangélisateurs dont notre monde a tant besoin.

Que Dieu bénisse nos efforts!

Je vous remercie

Texte : Agoramag. Photos : wdtprs, Thine own Service

Du Chantre, par Durand de Mende

Le chantre est un office liturgique, il est même le membre d’un ensemble qui est chargé d’un ministère, comme le rappelle le Concile Vatican II dans sa constitution dogmatique Sacrosanctum Concilium « de Sacra Liturgia » :

29. Ceux qui font partie de la Schola cantorum s’acquittent d’un véritable ministère liturgique. C’est pourquoi ils exerceront leur fonction avec toute la piété sincère et le bon ordre qui conviennent à un si grand ministère, et que le peuple de Dieu exige d’eux à bon droit.

Car la tradition de la schola est celle du Chantre est ancienne ; c’est ainsi que la décrit Durand de Mende, dans le Rationale, au XIIIème siècle ; comme d’habitude, nous mettons en gras et commentons.


Ce texte ancien a été réédité par Ad Solem en 2003 avec une présentation de l’abbé Claude Barthe. Rationale divinorum officiorum (1286). Guillaume Durand a encore aujourd’hui une influence notable sur les questions liturgiques en France. Mgr Robert Le Gall, osb actuel archvêque de Toulouse, ancien abbé de Sainte Anne de Kergonan, et liturgiste, fut nommé par Jean-Paul II évêque de Mende justement à cause de ses grandes connaissances liturgiques.

 

Rational de Durand de Mende : Ch. II. Du chantre.

I. Quelques auteurs (nonnulli) guidés par l’aveuglement de l’ignorance , croient et avancent que le cantorat ou dignité du chantre est du nombre des ordres mineurs, [ être chantre est donc une dignité, et non un ordre. Comme le suggère Vatican II, il s’agit aussi d’un service – ministère proprement liturgique. Dans la pensée de Durand, il semble bien, donc, que cela ne soit pas réservé soit aux clercs, soit aux laïcs] et cela que (comme on l’a déjà dit plus haut) dans certains canons il est fait mention du chantre parmi les ordres mineurs. Ils se trompent cependant, puisque c’est le nom d’une charge et non un ordre. Et l’on appelle aujourd’hui Lecteurs ou Psalmistes ceux que dans l’Ancien-Testament on nommait Chantres. On appelle donc chantre celui qui prête sa voix aux modulations du chant; et il y a deux classes de chantres dans l’art musical : ce sont le préchantre et le sous-chantre. Le préchantre (praecentor) entonne; le sous-chantre (succentor) répond après lui. On nomme concentor (de cum et canere) celui qui chante d’accord avec les autres. C’est pourquoi celui qui ne chante pas dans le même ton que les autres ne chante pas d’accord et ne peut être chantre de chœur (concentor).

II. Or, David, le plus grand des prophètes, voulant célébrer plus solennellement le culte de Dieu, institua les chantres, qui devaient chanter devant l’Arche de l’Alliance du Seigneur, en s’accompagnant des instruments de musique et en modulant leurs voix. Parmi ces chantres, les principaux étaient Héman, Asaph et Aethan; mais le premier de tous c’était Héman dont maintenant le primicier remplit l’office et reproduit le type dans l’Église, ainsi que le préchantre, qui est le chef des chantres (praecentorpraelatus cantorum). On lit à ce sujet dans les Paralipomènes :

Voici ceux que David a établis sur les chantres de la maison du Seigneur, et ils se tiennent debout, selon leur rang , prêts à remplir leur ministère. Parmi les fils de Caphat, c’est Héman le chantre, fils de Johel ; et à sa a droite Asaph, fils de Barachia; à sa gauche et devant lui Aethan, fils de Cusi.


Notons que l’usage gallican ancien fait chanter les chantres en aube, que les chantres soient adultes ou enfants.

III. Or, les chantres doivent chanter d’accord, à l’unisson et avec une suave harmonie, [un chant monodique, donc, sans polyphonie] afin qu’ils puissent exciter à se dévouer à Dieu les cœurs de ceux qui les entendent.

«Mais, selon saint Grégoire, la plupart du temps, tandis qu’on ne recherche pour ce saint ministère qu’une voix qui flatte l’oreille, on néglige que le chantre ait une vie convenable. »

Le chantre représente Dieu par ses mœurs et quand il charme le peuple par les sons de sa voix. [Saint] Augustin , au livre de ses Confessions, dit :

«  Lorsque le chant me touche plus que la chose que l’on chante j’avoue que j’ai péché d’une manière digne de punition , parce qu’alors j’ai écouté chanter seule ment. »

C’est pourquoi, dans l’Église romaine, les ministres de l’autel ne doivent pas chanter et s’acquittent seulement de la charge de lire l’évangile pendant la célébration solennelle de la messe (la grand’messe).

[Un épisode historique est intéressant, qui explique cette allusion de Durand : Grégoire de Tours (539-594) raconte qu’un jour lui, le métropolite – a organisé un synode d’évêques à Orléans pour recevoir le roi Gontrand. C’était pour la saint Martin d’été, le 4 juillet. Le 5 juillet, avait lieu la rencontre des évêques de la région avec Gontrand. Or pendant le repas, le roi se tourna vers Grégoire lui disant : « Je serais très honoré si le diacre qui hier, en la messe de saint Martin a chanté le psaume responsorial acceptait de chanter pour les convives. ». Chose un peu audacieuse, c’est pourquoi il ne le demande pas au diacre directement, mais à son évêque. Ensuite le roi a exprimé le désir que chaque évêque permette à son chantre (parce que justement à l’époque beaucoup de diacres étaient chantres) de faire de même. C’est un petit témoignage sur l’art du soliste à une époque déjà haute. Grégoire de Tours a accepté, et la chose a tourné au concours de chant. Le roi, profitant de son avantage, a ensuite demandé à chacun des évêques de demander à son diacre de chanter devant tout le monde.

Du coup Grégoire le Grand (pape), lors d’un Concile local qui s’est tenu en 595 à Rome et dont on a les actes prend acte des sérieuses dérives dans le comportement des diacres. Les diacres sont traditionnellement chargés du service de la Parole, de l’autel, du service des pauvres ( c’est la raison de leur première institution). Mais à l’époque ils avaient aussi une autre responsabilité que l’on retrouve entre autres en Gaule : ils étaient chargés de donner en solo le chant très orné du psaume responsorial qui suit la première lecture – ce que nous appelons répons – graduel.

« C’était la coutume ancienne de l’Église romaine de nommer diacre les hommes doués d’une belle voix et de leur confier le chant de certains morceaux, au lieu de les faire prêcher, de s’occuper des soins des pauvres. De la vient que pour recevoir quelqu’un aux ordres sacrés, on a beaucoup plus égard à une belle voix qu’à une vie irréprochable. » Donc ce qui est sûr, c’est que S. Grégoire le Grand retira aux diacres de Rome le chant du graduel, ils n’auront plus à chanter que l’Évangile à la messe. Les autres leçons et psaumes seront chantés par des sous-diacres et même si cela est nécessaire, par des clercs d’un ordre inférieur. C’est une intervention précise de saint Grégoire dans la musique sacrée. C’est le seul témoignage que nous avons de saint Grégoire, tous les autres témoignages arrivent deux siècles après. Grégoire meurt en 640, et le premier manuscrit rapportant sa mention dans un livre de chant est de 900 environ.]

Et l’Apôtre dit :

« Chantez et psalmodiez dans vos cœurs devant le Seigneur »

Et [saint] Jérôme :

« Que les jeunes gens (dit-il) n’écoutent pas chanter mais seulement ceux qui ont charge de chanter dans l’église, car on doit chanter pour Dieu , non pas autant avec la voix qu’avec le cœur surtout. Et l’on ne doit pas garnir sa bouche de lames d’airain , afin de donner, à l’exemple des acteurs de tragédies, plus de force à son gosier et à sa langue , en sorte que la douceur du chant ne transporte pas dans l’église a les modulations du théâtre et les symphonies profanes. »

[Notons que cette remarque concernant le chant est évidemment valable pour les lectures] Chantons donc de cœur et par la charité , chantons en chœur (in corde in choro), car il faut plus chanter de la dévotion du cœur (devotione) que de l’éclat de la voix, et sans tenir dans les mains des cymbales ou quelque autre instrument de ce genre, [donc le chant n’est pas accompagné, et l’usage de percussions est proscrit] comme cela se faisait dans l’Ancien-Testament.


A Saint Pierre de Solesmes : les chantres, devant le lutrin. Notez le bâton.

IV. Au reste , c’est pour captiver les sens et non l’esprit que l’usage de chanter a été établi dans l’Église afin que ceux qui ne sont pas touchés de componction par les paroles soient émus par la douceur de la mélodie. Ce qui a fait dire à [saint] Augustin, au livre de ses Confessions :

« L’Église approuve l’usage du chant , afin que , par le charme qu’éprouveront les oreilles, l’esprit plus faible s’élève jusqu’à l’affection et à la pratique de la piété. »

Les anciens , la veille du jour où ils devaient chanter, s’abstenaient de toute nourriture pour conserver leur voix pure, ne mangeant alors que les légumes propres aux personnes qui chantent. C’est de là que les ont été vulgairement appelés fabarii, « mangeurs de fèves » (d’où le nom de Fabius/a faba).

V. Or, les chantres ce sont ceux qui louent Dieu ; ils représentent les prédicateurs qui excitent leurs frères à célébrer la gloire de Dieu. Car leur symphonie avertit le peuple de persévérer dans l’unité du culte d’un seul Dieu. La charge de chantre figure aussi celle du père de famille , qui ce tire de son trésor «  des choses nouvelles et anciennes. »

VI. Il ne faut pas passer sous silence la raison pour laquelle les chantres tiennent des bâtons dans le chœur; c’est pour représenter le commandement qu’avait fait la loi, à savoir : que ceux qui mangeaient l’agneau [pascal] eussent chacun un bâton à la main. Ce qui signifie que ceux qui se hâtent de rentrer dans leur primitive patrie pour y manger le céleste Agneau sont munis de bâtons, c’est-à-dire des enseignements des Écritures; pour se défendre contre les démons. Car, par les bâtons des chantres nous comprenons l’enseignement des Écritures et la doctrine des prédicateurs. C’est pourquoi les chantres les quittent pendant la lecture de l’évangile [mais aussi au cantique évangélique – Magnificat etc..] ; parce que, en écoutant la prédication de l’Évangile , nous avons abandonné les observances de la loi.

[Cette précision est également présente dans les Ordines Romani : Ordo V « 36.Sed et baculi omnium deponantur de manibus et in ipsa hora neque corona, neque aliud operimentum super capita eorum habeatur. »]


Le roi – chantre, avec pluvial et baculus (sceptre)

[Remarquons que l’usage du bâton de chantre est non seulement authentique et ancien mais encore universel. Il est utilisé dans le rite éthiopien, avec les fameux diacres qui accomplissent une sorte de chorégraphie liturgique avec leurs bâtons, mais encore bien sûr en Occident, où par exemple le sceptre royal a cette origine exacte – Cf. Robert le Pieux dont on rapporte la fidélité à la psalmodie de la Vigile de… saint Jean Baptiste ! La tradition gallicane faisait également « déambuler » les chantres (probablement le préchantre et le sous chantre de chaque côté avec le bâton dans le chœur (encore une fois : c’est à dire l’endroit où l’on chante, à différencier du « sanctuaire » où sont célébrés les saints mystères, afin de battre la mesure mais aussi corriger ceux qui chantent mal ou qui se seraient assoupis…]


Bâton de préchantre et de sous-chantre.


La chorégraphie liturgique des diacres chantres, et leur bâton, en Ethiopie. Apparemment, dans le rite éthiopien, il n’y a pas eu de contrainte de la part du patriarche pour interdire aux diacres d’exercer la fonction de chantre, alors que c’est le cas dans le rite romain…