Du bon usage : la Prière universelle

Rappel : en 1999, le Centre National de Pastorale liturgique (CNPL) faisait paraître un essai de cérémonial, avec des parties mystagogiques, concernant une « bonne » interprétation des rubriques et des usages liturgiques : « Du bon usage de la liturgie« . Nous en continuons notre lecture commentée, car comme vous le constaterez, énormément d’usages fautifs présents aujourd’hui dans la célébrations liturgique proviennent de cet ouvrage qui a été probablement le manuel d’un certain nombre de séminaristes ou d’équipes liturgiques à qui on a inculqué ces idées lors de sessions officelles de formation, et qui sont convaincus de bien faire en faisant cela. Ce livre est bien sûr toujours en vente dans divers endroits et laisse entendre qu’il est un guide sûr pour bien célébrer. Ce n’est pas le cas. Bien sûr dans ce livre tout n’est pas à jeter. Mais il y a beaucoup de points particuliers à relever, ce que nous ne nous privons pas de faire ici.
Nos commentaires en rouge et les mises en gras sont de nous.

Le chapitre sur la prière universelle est d’un des plus longs du livre « le bon usage de la liturgie », tout simplement parce que ce livre ne comprend pas profondément ce qu’est la prière universelle et par voie de conséquence, cette dernière est particulièrement mal mise en œuvre dans les paroisses. Comme beaucoup de nos lecteurs s’en aperçoivent et le vivent chaque dimanche et malheureusement parfois davantage, la prière universelle est devenue l’exutoire de toutes les fantaisies des équipes liturgiques qui enfin ont « officiellement » la possibilité de prendre la place du prêtre en développant de longues logorrhées pleines de langue de buis. Cet article sera long, car il ya évidemment beaucoup à dire…

LA PRIÈRE UNIVERSELLE

UNE FONCTION SACERDOTALE – UNE FONCTION D’ACTUALISATION – UNE FONCTION D’ANNONCE – UNE FONCTION UNIVERSELLE – UNE FONCTION A EXERCER

En restaurant la liturgie de la Parole, la réforme liturgique de Vatican II ne s’est pas contentée d’augmenter le nombre des lectures, d’en élargir le choix et, surtout, de les présenter en langues vivantes, elle a rétabli une structure de dialogue où toute l’assemblée répond à la parole de Dieu qu’elle reçoit. La prière universelle, par laquelle l’assemblée transforme la Parole en supplication, en constitue le sommet. [On a du mal à voir à quoi veut en venir par cette phrase « le bon usage ». La prière universelle n’est certainement pas le sommet de la célébration. Elle est de toutes façon ad libitum. Elle est toujours omise si il y a avant ou au cours de la messe une litanie des saints (comme à la vigile pascale). Bien plus la tradition ancienne de la prière universelle provient bien du vendredi saitn où la prière universelle précisément est célébrée alors même qu’il n’ya pas de liturgie eucharistique. Car c’est bien la liturige eucharistique qui est le sommet de la célébration de la messe.]

UNE FONCTION SACERDOTALE

«Dans la prière universelle, le peuple, exerçant sa fonction sacerdotale, supplie pour tous les hommes» (Présentation générale du Missel romain, n. 45 ). Cette petite phrase en dit long sur la prière liturgique et même sur la liturgie tout court. Parce qu’ils sont baptisés et, par là, incorporés au Christ-prêtre, les fidèles sont habilités à rendre un culte à Dieu, culte de supplication, d’offrande sacrificielle et d’action de grâce. Les fidèles ne sont donc pas là pour eux, ils ne supplient pas pour eux, ils n’offrent pas pour eux, ils ne rendent pas grâce pour eux. Ils supplient, offrent et rendent grâce au nom de toute l’Église qui les délègue pour exercer leur fonction sacerdotale au service de toute l’humanité. Qui aurait imaginé que nos modestes prières universelles avaient un tel poids? [Un aspect que manque clairement ici de façon fautive « le bon usage » est de souligner que cette fonction sacerdotale est d’abord dans la fonction du prêtre qui célèbre ; mais que justement lors de la prière universelle, cette fonction se transfère liturgiquement vers l’assemblée, à ce moment là seulement. Cela n’enlève rien à la fonction sacerdotale au sens du sacerdoce commun des fidèles qui s’exerce de façon ordinaire dans toute leur vie.]

UNE FONCTION D’ACTUALISATION

C’est aujourd’hui, et non pas n’importe quand, que telle parole, et non pas n’importe laquelle, est proclamée. En quoi rejoint-elle une catégorie de personnes vivant tel événement ou étant dans telle situation? La PGMR dit encore: «nourri par elle (la Parole), il (le peuple) supplie avec la prière universelle pour les besoins de toute l’Église et pour le salut du monde entier» (PGMR n.33 ). Voilà donc une fonction qui ne peut pas être intemporelle!

L’actualisation dont parle en fait la PGMR, et que ne souligne pas correctement « le bon usage », c’est l’actualisation de la Parole de Dieu : la bible / l’écriture sainte n’est pas en « bijection » avec la Parole de Dieu ; la fonction liturgique de la lecture publique de la bible met en place la sacramental de la Parole. La Liturgie a besoin de la bible pour s’assurer d’un lien sain avec l’enseignement apostolique mais la bible a besoin de la liturgie pour devenir Parole de Dieu. Il y a – c’est le sacramental – quelque chose qui se passe au-delà de la communication des idées contenues dans le texte. La liturgie de la Parole n’est pas fonctionnelle ; elle participe au contraire pleinement au mysterium liturgique, au sacrifice. C’est la raison pour laquelle ce sont des ministres et non pas de simples fidèles qui devraient – pour signifier cela – être présents à l’ambon.

UNE FONCTION D’ANNONCE

On ne prie jamais pour le passé! Cette évidence nous rappelle que la parole de Dieu, si éloignée qu’elle soit de nous dans le temps, a toujours, au sein de l’action liturgique, une fonction d’annonce prophétique : elle annonce le Règne qui vient et l’homélie précisera où et comment aujourd’hui. [Une prière universelle précisément se célèbre après l’homélie. Vouloir actualiser la prière universelle en fonction de l’homélie aboutit à des non sens où le texte de la prière universelle – c’est souvent vécu – contredit ce qu’a exprimé le prédicateur quelques minutes auparavant… Cessons donc de croire à la toute puissance de la prière universelle, au génie propre de l’équipe liturgique qui la compose et qui aurait une sorte de grâce d’état liée à son « mandat » ; acceptons aussi d’utiliser pour elle des formulaires qui soient préparés en dehors de la paroisse… Comme ceux du missel : oui le missel romain propose des formulaires tout rédigés de prières universelles…] Reste à transformer cette annonce et son explication en prière commune. La prière universelle n’est pas d’abord un examen de conscience de la communauté rassemblée ou une analyse des problèmes locaux et mondiaux. Elle est une prière pour que le règne de Dieu grandisse là où il est déjà planté et là où il ne l’est pas encore. Elle est une prière qui convertit déjà les réalités les plus concrètes du monde qui nous entoure. Voilà donc une fonction qui ne peut pas être alarmiste!

UNE FONCTION UNIVERSELLE

La communauté est rassemblée, mais ce n’est pas d’abord pour elle qu’elle prie. Bien au contraire, la prière universelle a pour fonction de faire sortir cette communauté d’elle-même en la tournant vers tout ce qui est autre qu’elle: l’Église universelle, les dirigeants des affaires publiques, tous ceux qui sont accablés par une difficulté (cf. PGMR n.46 ). [C’est précisément pour cela qu’il faut accepter d’imaginer qu’il n’ya pas toujours besoin de la rédiger pour l’adapter / l’actualiser à la réalité de la paroisse. Le Cardinal archevêque de Paris lorsqu’il était président de la Conférence des évêques de France avait demandé à ce qu’on utilise un formulaire rédigé pour tous au plan national un certain 15 août. Cela a effectivement été en conformité avec l’idée précise d’un rattachement de la paroisse à la prière de l’Église. Rappelons au passage que cette réflexion ne devrait pas guider uniquement la question de la prière universelle mais de toute prière liturgique. Sa valeur est d’autant plus grande qu’elle n’est précisément pas « seulement » la prière de la communauté rassemblée. Cela devrait donc également guider la réflexion des équipes liturgiques sur le choix des chants par exemple.] C’est seulement lorsqu’elle l’a fait qu’elle peut prier pour elle. Il faut ajouter à cela que la vraie prière pour l’assemblée, c’est la prière eucharistique: «Sur nous tous enfin, nous implorons ta bonté …» D’où vient alors que les intentions entendues tournent de plus en plus autour du «nous»: «afin que nous …»? Comment le «nous» pourrait-il être universel? Voilà donc une fonction qui ne peut être égocentrique!

UNE FONCTION A EXERCER

Cela dit, tout reste à faire et, particulièrement, à rédiger! A ce qui découle des réflexions précédentes, ajoutons quelques remarques.

On ne prie pas pour des idées, mais pour des personnes. On ne prie pas pour la liberté, mais pour ceux qui la recouvrent ou en sont privés. Les intentions les plus courtes sont toujours les meilleures. Une succession d’intentions et de refrains peut n’avoir de prière que le nom. La garantie de la prière réside aussi dans la part de silence qu’on y inclut. Ce que présentent les revues peut aider, mais il faut toujours une retranscription qui tienne compte des besoins concrets, mondiaux et locaux. [Une retranscription…. Ou pas. « Le bon usage » ne se rend pas bien compte de ce qu’il exige. C’est précisément parce que les gens se sentent obligés de faire valoir leur pauvres capacités littéraires que la prière universelle devient dans 95% des paroisses la pénitence du dimanche.] Prier engage …, même s’il n’est pas question de «nous» dans la prière. [Voilà le genre de phrase à l’emporte pièce qui détruit précisément l’aspect proprement littéraire exigé par la prière universelle. Nous le verrons plus bas (7- Rédiger les intentions) mais justement, la prière universelle est une suite de monitions qui doit impérativement utiliser la première personne du pluriel.] L’introduction et l’oraison conclusive reviennent au prêtre; les intentions, au diacre ou aux fidèles. [La prière universelle est précisément une fonction diaconale, puisque c’est à lui que reviennent les monitions de la messe. Il n’est pas normal qu’en sa présence, un fidèle laïc lise à sa place les intentions.] La prière universelle n’aura pas lieu sans la préparation et la réalisation qu’en font le prêtre et les fidèles. [Si : si elle n’a pas été préparée, rien n’empêche de prendre un des formulaires proposés par le Missel. Par ailleurs la prière universelle typique est justement celle du vendredi saint dont le texte est imposé. Le « bon usage » laisse fautivement croire qu’il est nécessaire pour la réussite de la célébration une préparation longue et pénible de la prière universelle ce qui est évidemment erroné. Dédramatisons la question.] Cependant, dans l’acte liturgique, elle n’est plus leur prière, mais celle de Celui qui est «toujours vivant pour intercéder en faveur des hommes» (Hébreux 7, 25).

La fonction de la prière universelle est l’exercice liturgique du sacerdoce commun des baptisés. Cet exercice n’est pas essentiel à la célébration eucharistique ; elle puise sa source dans l’usage des litanies (par exemple la litanie des saints) mais aussi dans la prière universelle du Vendredi saint dont l’usage dans le rite romain est immémorial. On peut l’introduire – sans obligation – dans toutes les célébrations de messe, et surtout le dimanche et les solennités (lorsque le Credo est chanté – ou au moins récité – on peut considérer qu’il est bien venu de mettre en œuvre la prière universelle. Elle n’est cependant jamais nécessaire à la validité ou à la licéité de la liturgie. A l’inverse l’homélie est toujours prescrite les dimanches et fêtes.

La Prière Universelle

Préparer – Rédiger – Mettre en œuvre – Fiche technique (Célébrer n.281)

«Dans la prière universelle, le peuple, exerçant sa fonction sacerdotale, supplie pour tous les hommes.» (PGMR n.45 Préparer et mettre en œuvre une prière universelle nécessite que l’on en ait compris les enjeux et ce que demande l’Église (voir l’ensemble de ce dossier Célébrer n.281).

Préparation

1. Commencer par se mettre à l’écoute de la Parole de Dieu proposée ce jour. [Il y a ici un problème patent : il est effectivement intéressant de s’imprégner du formulaire liturgique du jour pour rendre consonante avec le reste de la célébration les intentions de la prière universelle. En parlant de formulaire, il faudra évidemment parler des lectures mais aussi des oraisons, des antiennes, le cas échéant des répons et de la séquence. Il y a dans ce formulaire des parties qui concernent l’Écriture sainte mais pas seulement. Par ailleurs cette écriture sainte ne devient Parole de Dieu que dans la célébration effective de la liturgie et la proclamation voire le chant de la péricope ou du passage de l’ancien ou du nouveau testament par un ministre. Il faut le rappeler ; la célébration de la Parole est un sacramental qui dit, procure, donne plus que simplement le rapport à l’idée qui est transmise par le texte. C’est en cela que le texte biblique devient Parole…]

2. Sans se limiter trop étroitement à cette Parole, s’interroger sur sa propre manière de la recevoir et la conversion qu’elle suppose. [Idem : même remarque que ci-dessus…]

3. S’interroger sur les personnes pour qui on pourrait prier, à la «lumière de la Parole de Dieu» et à l’écoute de la vie du monde qui nous entoure (monde proche et lointain).

Rédaction

4. Penser à la forme donnée aux intentions: que ce soit une invitation à la prière (Prions pour…) ou déjà une prière (Nous te prions pour…), l’essentiel est de faire naître la prière de l’assemblée selon les motifs proposés. Choisir en même temps le mode de prière de l’assemblée entre les intentions (choix du refrain, chanté ou non, d’un silence plus ou moins prolongé…) en accord avec les musiciens.

5. Veiller à ce que les intentions soient des supplications vraiment universelles – au delà de l’assemblée et au delà de la communauté chrétienne – et ne soient pas une seconde homélie (il n’est pas nécessaire de faire référence aux textes du jour pour prier pour les responsables politiques un jour d’élection).

6. Prier pour des personnes plutôt que pour des idées (ce n’est pas un exutoire pour se décharger des problèmes du monde, ni l’occasion de rappeler à Dieu ce qu’il a à faire!) en tenant compte de ce qui intéresse le monde d’aujourd’hui où se situe l’Église. Le Missel suggère de prier pour les besoins de l’Église, pour la vie et le salut du monde, pour ceux qui sont accablés, et pour la communauté locale.

7. Rédiger des intentions:

adaptées à l’assemblée présente (les propositions des différentes revues ne peuvent l’être a priori); brèves pour être mémorisées par l’assemblée et nourrir sa prière pendant quelques instants, avec des mots simples et un langage nerveux; avec un même destinataire – le Père, le Fils, ou plus rarement le Saint Esprit – commun avec le refrain, dans un style homogène.

Un élément essentiel que ne relève pas « le bon usage » c’est que la prière universelle est l’oratio fidelium, c’est-à-dire que c’est le moment de la prières des fidèles (sous entendu ce n’est pas le moment de la prière du prêtre ou du ministre qui intervient pour cette prière). Cela sous entend clairement une façon de rédiger la prière universelle, qui ne peut pas avoir la même structure littéraire que la collecte ou qu’une autre oraison de la messe. Le ministre ne doit pas s’adresser directement à Dieu mais faire des monitions :

Un bon exemple : « Supplions le Seigneur Jésus, Messie crucifié, ressuscité et monté au cieux, de secourir les malades de notre paroisse, afin qu’ils trouvent en Lui le chemin d’une guérison qui ne soit pas seulement physique mais aussi spirituelle »

… Qui s’oppose à un mauvais exemple : « Seigneur Jésus, Toi qui a été crucifié, es ressuscité et monté au cieux, secours les malades de notre paroisse, afin qu’ils trouvent en Toi le chemin d’une guérison qui ne soit pas seulement physique mais aussi spirituelle. ». Notez que le contenu est exactement similaire, mais que dans le premier cas, la prière des fidèles devient possible parce que c’est dans l’acclamation qui suit que se fera précisément la supplication. Une acclamation qui est justement nécessairement courte. L’usage des litanies (dont procède directement la prière universelle est justement de propsoer quelquechose de court. La formule traditionnelle n’est rien d’autre que « Kyrie Eleison », ou « Te Rogamus audi nos ». Un « refrain » de prière universelle qui n’en finirait pas serait contraire à l’usage immémorial de ce type de rite. Les mauvais exemples en l’espèce sont malheureusement trop nombreux.

8. Suggérer éventuellement l’invitatoire par lequel celui qui préside invite l’assemblée à la prière, et l’oraison conclusive par laquelle il confie au Père toutes les prières de l’assemblée.

Mise en œuvre

9. Confier, à l’avance, la prière à celui qui dira les intentions, afin qu’il s’y prépare. Il n’oubliera pas qu’elles s’adressent aussi à lui, et doivent susciter la prière. [Notons tout de même que justement, « celui qui le dira » est ordinairement le diacre ; si il n’ya pas de diacre, ce peut être un concélébrant, qui est chargé d’autres tâches diaconales pendant la messe ; à défaut un acolyte ou un lecteur institué. Soulignons aussi que l’usage de chanter les intentions est préférable, pour bien marquer la continuité rituelle entre l’usage dominical de la prière universelle et celui du vendredi saint ou des litanies.]

10. Les intentions sont lues normalement à l’ambon: le (les) «lecteur(s)» s’avance(nt) avant la prière, et y reste jusqu’au Amen qui suit l’oraison. [Il n’ya aucune raison qui justifierait de faire lire (chanter ?) les intentions de la prière universelle par plusieurs personnes / ministres, même pour des raisons prétendument « pastorales ». Ce n’est pas le lieu de faire une « représentation équitable » de l’assemblée, avec une sorte de délégation représentative de la communauté paroissiale qui se succéderait au micro. Malheureusement même dans els meilleurs endroits, on voit de telles pitreries, qui sont réellement dommageables et qui privent ce rite de sa signification profonde.]

Elles peuvent aussi – en certaines occasions – jaillir de l’assemblée. [A cause justement du caractère ministériel de la prière universelle il n’ya pas lieu de proférer les intentions ailleurs qu’à l’ambon. Il faut le préciser à cause de la phrase ci-dessous donnée dans « le bon usage » est qui n’est évidemment pas justifiable. On dit que la Prière universelle est ordinairement proférée à l’ambon par un diacre : « ordinairement » signifie dans l’ordre des choses », selon « l’ordre naturel ». Sous entendu à moins qu’il n’y ait pas d’ambon ; cela ne peut pas signifier que la prière universelle soit proférée hors du sanctuaire « presbyterium ». ]

11. Ménager un silence suffisant après l’invitatoire, et après chaque intention précédant le refrain, pour permettre la prière de l’assemblée; laisser se déployer cette prière avant de passer à l’intention suivante. [La PGMR 2002-71 laisse entendre qu’après chacune des intentions il y a soit une supplication chantée par le peuple, soit un silence. Pas les deux, semble t’il :

Le peuple debout exprime sa supplication, soit par une invocation commune après chacune des intentions, soit par la prière silencieuse.

Populus vero stans precationem suam exprimit sive invocatione communi post singulas intentiones prolatas, sive orando sub silentio.

« Le bon usage » est donc ici fautif, semble t’il.]

12. L’attitude priante de chacun, prêtre, lecteur, animateur de chant, servants d’autel, etc. est aussi invitation à la prière pour toute l’assemblée. La prière de l’animateur de chant sera plus efficace que des gestes donnant la mesure. [Le « bon usage » semble oublier le sens même de la prière des fidèles » , « oratio fidelium » qui est l’autre nom de la « prière universelle ». Ce n’est pas le lecteur de la prière universelle qui prie : il se contente de proférer une intention à la suite de laquelle soit par un chant bref soit par un silence recueilli, les fidèles prient en exerçant dans ce moment précis de la liturgie, publiquement leur sacerdoce commun… Cette remarque 12 semble complètement hors sujet. Par ailleurs elle est d’une banalité complète : évidemment, l’attitude du clergé doit inviter les fidèles au recueillement. C’est même le minimum. Jamais la messe n’est le lieu du désordre, ou de la confusion. Malheureusement, peut être faut il le rappeler.]


La prière universelle : à l’ambon, chantée par un diacre…. Les mains jointes.

On voit assez bien tout ce qu’il y aurait à faire y compris dans les meilleures paroisses pour rendre au rite de la prière universelle sa signification profonde. Relevons tout de même ce que dit la PGMR de 2002 ainsi que l’excellent « Cérémonial de la messe à l’usage ordinaire des paroisses » pour essayer de réfléchir à tout remettre à l’endroit :

PGMR 2002 :

Oratio universalis

69.

In oratione universali, seu oratione fidelium, populus, verbo Dei in fide suscepto quodammodo respondet et, sui sacerdotii baptismalis munus exercens, preces Deo offert pro salute omnium. Expedit ut huiusmodi oratio in Missis cum populo de more habeatur, ita ut obsecrationes fiant pro sancta Ecclesia, pro iis qui in potestate nos regunt, pro iis qui variis premuntur necessitatibus, ac pro omnibus hominibus totiusque mundi salute.67

70.

Intentionum series de more sint :

  1. pro necessitatibus Ecclesiæ,
  2. pro rem publicam moderantibus et salute totius mundi,
  3. pro oppressis quacumque difficultate,
  4. pro communitate locali.

Attamen in celebratione aliqua particulari, uti Confirmatione, Matrimonio, Exsequiis, ordo intentionum pressius respicere potest particularem occasionem.

71.

Est sacerdotis celebrantis precationem a sede moderari. Ipse eam brevi monitione introducit, qua fideles ad orandum invitat, ipsamque oratione concludit. Intentiones quæ proponuntur sint sobriæ, sapienti libertate et paucis verbis compositæ et precationem universæ communitatis exprimant.

Proferuntur ex ambone aut ex alio loco convenienti, a diacono vel a cantore vel a lectore, vel a fideli laico.68

Populus vero stans precationem suam exprimit sive invocatione communi post singulas intentiones prolatas, sive orando sub silentio.

67 Cf. Conc. Œcum. Vat. II, Const. de sacra Liturgia, Sacrosanctum Concilium, n. 53.

68 Cf. S. Congr. Rituum, Instr. Inter Œcumenici, 26 septembre 1964, n. 56 : A.A.S. 56 (1964) p. 890.

Prière universelle

69.

Dans la prière universelle, qui est la prière des fidèles, [la PGMR rappelle donc utilement qu’il s’agit de l’exercice du sacerdoce commun, un sacerdoce qui n’a pas à être pris en otage par la préparation trop souvent idéologique de cette prière par une « équipe liturgique » qui y trouve le leiu de sa propre expression.]
le peuple répond en quelque sorte à la parole de Dieu reçue dans la foi et, exerçant la fonction de son sacerdoce baptismal, présente à Dieu des prières pour le salut de tous. [C’est bien « le peuple ». Donc un ministre doit proposer des intentions à tous au nom du peuple. Il est logique que ce soit un diacre.] Il convient que cette prière ait lieu habituellement aux Messes avec peuple, afin que l’on fasse des supplications pour la sainte Église, pour les pouvoirs qui nous gouvernent, pour ceux qui sont accablés par divers besoins, ainsi que pour tous les hommes et pour le salut du monde entier.67

70.

Les intentions sont habituellement :

  1. pour les besoins de l’Église,
  2. pour les dirigeants des affaires publiques et le salut du monde entier,
  3. pour ceux qui sont accablés par toute sorte de difficultés,
  4. pour la communauté locale.

Toutefois, dans une célébration particulière, comme une confirmation, un mariage ou des obsèques, la liste d’intentions pourra s’appliquer plus exactement à cette occasion particulière.

71.

C’est le prêtre célébrant qui, du siège, dirige la prière. Il l’introduit par une brève monition qui invite les fidèles à prier, et il la conclut par une oraison. Les intentions proposées doivent être d’une sobre et sage simplicité comportant peu de mots, et exprimant la supplication de toute la communauté. [On voit pourtant dans beaucoup d’endroits la prière universelle citer un passage de l’Écriture sainte lue le jour même, avec quelquefois même un commentaire ; c’est non seulement contraire à ce que demande le missel mais en plus cela fait double emploi avec l’homélie, quand cela ne la contredit pas…]

Elles sont proférées d’ordinaire à l’ambon, ou à un autre lieu approprié, par le diacre, ou par le chantre ou le lecteur, ou par un fidèle laïc.68 [Il faut évidemment comprendre cela comme par le diacre ou à défaut le chantre ou le lecteur ou à défaut par un fidèle laïc. C’est une mécompréhension totale de faire proférer la P.U. par un ou plusieurs laïcs par principe, et encore plus hors du sanctuaire comme expliqué plus haut.]

Le peuple debout exprime sa supplication, soit par une invocation commune après chacune des intentions, soit par la prière silencieuse. [« Soit, soit. » Il ne s’agit pas de faire et l’un et l’autre. On peut inférer également que le premier choix concerne les messes chantées, le second choix les messes lues.]

Cérémonial de la Sainte Messe à l’usage ordinaire des paroisses :

3.9 La Prière universelle

Il convient que cette prière ait lieu habituellement aux Messes avec peuple, indique le missel, sans plus de précision ; l’usage le plus répandu est de l’employer aux Messes dominicales. Debout au siège, les mains jointes, le prêtre invite les fidèles à la prière par une brève monition [Notons également : tourné vers les fidèles, en commençant sa monition par « frères et sœurs » ; même pour une messe célébrée en latin, on peut considérer qu’il est loisible que cette monition introductive puisse être dite sans chant, en langue courante, si les intentions elles mêmes sont dites / chantées en langue courante. Notons également que cette monition est présidentielle et non pas diaconale parce que justement c’est le diacre qui profère les intentions à l’ambon. Le diacre ne dit jamais « frères et sœurs » dans le Missale romanum précisément parce que lui fait toujours des monitions, il ne s’adresse jamais directement à Dieu.] ; puis les intentions sont proposées, depuis l’ambon ou un autre endroit approprié, par le diacre, le chantre, le lecteur ou un autre fidèle, tandis que l’assistance répond soit par une invocation commune après chacune des intentions, soit par la prière silencieuse ; enfin, le prêtre, les mains étendues, clôt la prière par une oraison. [111]

Le missel latin propose onze formules comme exemples (Appendice V) [nous les mentionnons ci dessous], dont certaines sont destinées à des temps liturgiques déterminés. Ces exemples suggèrent à chaque fois quatre intentions auxquelles l’assistance est invitée à prier. [112] [Il est donc évident qu’elles sont utilisables, sans autre forme de procès, et sans qu’il y ait besoin pour une équipe liturgique de passer nécessairement des heures à les composer ou les rédiger… Évidemment un tel travail peut dans certains cas peu nombreux être nécessaire pour des occasions particulières : ex. décès, intentions particulière de l’ordinaire ou du souverain pontife…] Les textes sont concis et adaptés au chant, d’où la suggestion du missel qu’ils soient prononcés par le chantre à défaut du diacre. [Il faut chanter pour les intentions de la Prière universelle. C’est préférable, tout comme pour les lectures et bien sûr l’Évangile. Ajoutons enfin que les prières se concluent par uen prière dite ou préférablement chantée par le prêtre qui s’adresse alors à Dieu ; il pourra se tourner pour cela vers l’autel et si la messe est célébrée en latin, chanter également cette oraison en latin.]

111 IGMR 2002, nn. 69-71 et 138.

112 Les intentions ne sont pas des prières adressées à Dieu – qu’il reviendrait au prêtre de prononcer – mais des exhortations à l’assistance de prier Dieu dans une intention précise, par exemple : Ut Ecclesiam suam sanctam visitet semperque custodiat, Dominum deprecemur. R/. Kyrie, eleison. En langue française, cette forme exige que chaque intention soit formulée de sorte qu’elle pourrait s’achever, sans se contredire, par : prions le Seigneur.

Pour conclure, il faudrait souligner à quel point la question de la prière universelle est incomprise du clergé et des formateurs liturgiques pour ne rien dire des « équipes d’animation liturgique ». Il est plus que nécessaire de revenir à une pratique plus simple, plus autonome par rapport à une certaine idéologie qui a envahi les sanctuaires sur ce point au nom d’une pastorale liturgique qui se réclame à tort de Vatican II. On pourrait également insister sur le fait que cette prière universelle n’est jamais obligatoire, si bien que si elle est le lieu d’excès de toute sorte, alors il vaut mieux s’en passer. Remarquons que sa célébration non sacramentelle le vendredi saint trouve toute sa place ce jour là justement parce qu’en quelque sorte elle remplace la prière eucharistique. En toute rigueur de terme, l’exercice – difficile – n’est pas à la portée de la plupart des paroisses, qui devraient plutôt que de se lancer dans un n’importe quoi malheureusement trop courant se contenter d’utiliser ce qui est tout simplement écrit dans le Missel romain…

Voici ce que le Missale romanum de 2002 propose comme formulaires de prières universelle  (ne vous étonnez pas, oui : c’est en latin. Depuis 2002 ce missel n’a toujours pas de traduction officielle pour son usage en langue courante…)

SPECIMINA FORMULARUM PRO ORATIONE UNIVERSALI

1. FORMULA GENERALIS, I

Admonitio sacerdotis : Ad Deum Patrem omnipoténtem, qui vult omnes hómines salvos fíeri et ad agnitiónem veritátis veníre, tota mentis nostrae, fratres caríssimi, dirigátur orátio.

Intentiones 1. Pro Ecclésia sancta Dei; ut eam Dóminus custodíre et fovére dignétur, Dóminum deprecémur. R. Praesta, omnípotens Deus.

2. Pro totíus orbis pópulis; ut inter eos Dóminus concórdiam serváre dignétur, Dóminum deprecémur. R. Praesta, omnípotens Deus.

3. Pro ómnibus qui váriis premúntur necessitátibus; ut omnes Dóminus subleváre dignétur, Dóminum deprecémur. R. Praesta, omnípotens Deus.

4. Pro nobismetípsis ac pro nostra communitáte; ut nos omnes Dóminus hóstiam sibi acceptábilem admíttere dignétur, Dóminum deprecémur. R. Praesta, omnípotens Deus.

Oratio sacerdotis Deus, refúgium nostrum et virtus, adésto piis Ecclésiae tuae précibus, auctor ipse pietátis, et praesta, ut, quod fidéliter pétimus, efficáciter consequámur. Per Christum Dóminum nostrum. R. Amen.

2. FORMULA GENERALIS, II

Admonitio sacerdotis Fratres, in hac pública et commúni oratióne quam nunc incípimus, non quisquis pro se, nec tantum pro necessáriis suis, sed omnes pro toto pópulo orémus Christum Dóminum.

Intentiones 1a. Pro cuncto pópulo christiáno, divínae bonitátis abundántiam deprecémur. R. Christe, audi nos vel Exáudi, Christe.

1b. Pro ómnibus nondum credéntibus, largitórem spiritálium múnerum implorémus. R. Christe, audi nos.

2a. Pro rei públicae moderatóribus, Dómini poténtiam implorémus. R. Christe, audi nos.

2b. Pro áeris tempérie ac frúctuum ubertáte, rectórem mundi Dóminum implorémus. R. Christe, audi nos.

3a. Pro frátribus nostris, qui huic sacro co´ tui interésse non possunt, inspectórem ómnium implorémus. R. Christe, audi nos.

3b. Pro refrigério fidélium animárum, univérsae carnis iúdicem implorémus. R. Christe, audi nos.

4a. Pro nobis ómnibus plena fide supplicántibus et Dómini misericórdiam poscéntibus, Salvatóris cleméntiam implorémus. R. Christe, audi nos.

4b. Pro nobis et necessáriis nostris bonitátem Dómini exspectántibus, Christi Dómini misericórdiam implorémus. R. Christe, audi nos.

Oratio sacerdotis Précibus nostris, quaesumus, Dómine, aures tuae pietátis accómmoda, et oratiónes súpplicum benígnus exáudi. Per Christum.

3. TEMPORE ADVENTUS

Admonitio sacerdotis Advéntum Dómini nostri Iesu Christi, fratres caríssimi, votis ómnibus praestolántes, ipsíus misericórdiam impénsius implorémus, ut, sicut ipse ad evangelizándum paupéribus et sanándos contrítos corde venit in mundum, ita, nostris quoque tempóribus, cunctis egéntibus velit praebére salútem.

Intentiones 1a. Ut Ecclésiam suam sanctam vísitet sempérque custódiat, Dóminum deprecémur. R. Kyrie, eléison.

1b. Ut Románum Pontíficem, Antístitem nostrum, universúmque órdinem episcopátus donis répleat spirituálium gratiárum, Dóminum deprecémur. R. Kyrie, eléison.

2a. Ut témpora nostra sint, ipsíus protectióne, tranquílla, Dóminum deprecémur. R. Kyrie, eléison.

2b. Ut mentes eórum, qui nos in potestáte regunt, secúndum voluntátem suam dírigat ad ómnium bonum promovéndum, Dóminum deprecémur. R. Kyrie, eléison.

3a. Ut morbos áuferat, famem depéllat, omnémque tribulatiónem avértat, Dóminum deprecémur. R. Kyrie, eléison.

3b. Ut omnes persecutióne vexátos misericórditer liberáre dignétur, Dóminum deprecémur. R. Kyrie, eléison.

4a. Ut caritátis suae testes coram ómnibus homínibus in veritáte maneámus, Dóminum deprecémur. R. Kyrie, eléison.

4b. Ut nos in suo advéntu vigilántes invéniat, Dóminum deprecémur. R. Kyrie, eléison.

Oratio sacerdotis Omnípotens sempitérne Deus, qui salvas omnes et néminem vis períre, exáudi preces pópuli tui et praesta, ut et mundi cursus pacífico nobis tuo órdine dirigátur, et Ecclésia tua tranquílla devotióne laetétur. Per Christum.

4. TEMPORE NATIVITATIS

Admonitio sacerdotis Hac die (hac nocte, hoc témpore), fratres caríssimi, qua appáruit benígnitas et humánitas Salvatóris nostri Dei, non in opéribus iustítiae nostrae, sed in eius misericórdia confidéntes, preces Deo nostro súpplices effundámus.

Intentiones 1. Pro Ecclésia Dei; ut íntegra fide sustíneat et laetánter excípiat quem immaculáta Virgínitas verbo concépit et ineffabíliter generávit, Dóminum deprecémur. R. Dómine, miserére.

2. Pro univérsi orbis proféctu et tranquillitáte; ut temporále donum in praemium tránseat sempitérnum, Dóminum deprecémur. R. Dómine, miserére.

3. Pro iis, qui fame, infirmitáte vel solitúdine tribulántur; ut per mystérium Nativitátis (manifestatiónis) Christi tam mente quam córpore sublevéntur, Dóminum deprecémur. R. Dómine, miserére.

4. Pro congregatiónis nostrae famíliis; ut Christum recipiéntes, illum étiam in paupéribus discant excípere, Dóminum deprecémur. R. Dómine, miserére.

Oratio sacerdotis Quaesumus, Dómine Deus noster, ut fidélium tuórum supplicatiónes apud te ipsa comméndet, quae Deum et hóminem castis viscéribus méruit baiuláre. Per Christum.

5. TEMPORE QUADRAGESIMAE, I

Admonitio sacerdotis Omni quidem témpore, fratres caríssimi, preces debémus effúndere; sed in his praecípue diébus Quadragésimae vigilántius cum Christo et instántius ad Deum oratiónes dirígere nos opórtet.

Intentiones 1. Pro univérso pópulo christiáno, ut ex omni verbo quod procédit de ore Dei in hoc sacro témpore ubérius nutriátur, Dóminum deprecémur.

2. Pro univérso mundo, ut, tranquillitáte et pace serváta, vere fiant dies nostri acceptábile tempus grátiae et salútis, Dóminum deprecémur.

3. Pro peccatóribus et neglegéntibus, ut hoc propitiatiónis témpore revertántur ad ipsum, Dóminum deprecémur.

4. Pro nobismetípsis, ut in praecórdiis nostris tandem detestatiónem nostrórum súscitet peccatórum, Dóminum deprecémur.

Oratio sacerdotis Da, quaesumus, Dómine, pópulum tuum ad te toto corde convérti, ut, quod audet cóngruis oratiónibus postuláre, tua miseratióne percípiat. Per Christum.

6. TEMPORE QUADRAGESIMAE, II

Admonitio sacerdotis Appropinquánte, dilectíssimi, sollemnitáte pascháli, Dóminum impénsius implorémus, ut et nos omnes, et baptizatórum multitúdo, et mundus univérsus, abundántius huius sacri mystérii partícipes evadámus.

Intentiones 1. Ut catechúmenis próxima sollemnitáte pascháli sacro baptísmo initiándis, fidem et intelléctum augére dignétur, Dóminum exorémus.

2. Ut, adiútis pópulis qui subsídio égeant aliéno, pax et secúritas ubíque stabilitáte firméntur, Dóminum exorémus.

3. Ut omnes afflícti et tentáti ipsíus grátia roboréntur, Dóminum exorémus.

4. Ut nos omnes discámus fructum abstinéntiae in bonum indigéntium erogáre, Dóminum exorémus.

Oratio sacerdotis Miserére, Dómine, deprecántis Ecclésiae, et quae inclinántur tibi corda propitiátus inténde, ut, quos divíni mystérii tríbuis esse partícipes, numquam tuis destituántur auxíliis. Per Christum.

7. IN FERIIS HEBDOMADAE SANCTAE

Admonitio sacerdotis Hoc Passiónis témpore, quo Christus Patri suo preces supplicationésque cum clamóre válido et lácrimis óbtulit, Deum húmiles exorémus, ut, pro reveréntia Fílii sui, preces quoque nostras cleménter exáudiat.

Intentiones 1. Ut Sponsa Christi Ecclésia, hoc Passiónis témpore, ipsíus sánguine plénius emundétur, Dóminum deprecémur.

2. Ut per sánguinem Crucis Christi ómnia in mundo pacificári váleant in salútem, Dóminum deprecémur.

3. Ut ómnibus qui infirmitáte et labóribus sunt Passiónis Christi partícipes, fortitúdinem et patiéntiam largiátur, Dóminum deprecémur.

4. Ut omnes per domínicam Passiónem et Crucem ad Resurrectiónis glóriam perducámur, Dóminum deprecémur.

Oratio sacerdotis Adésto, Dómine, tuo pópulo supplicánti, ut, quod própria fidúcia non praesúmit, Passiónis Fílii tui méritis consequátur. Qui vivit et regnat in saecula saeculórum. R. Amen.

8. TEMPORE PASCHALI

Admonitio sacerdotis In hoc pascháli gáudio, fratres caríssimi, Deum instántius exorémus, ut, qui preces supplicationésque dilécti Fílii sui propítius exaudívit, humilitátem quoque nostram dignétur aspícere.

Intentiones 1. Pro pastóribus animárum nostrárum, ut gregem ipsis a Pastóre bono commíssum régere váleant providénter, Dóminum deprecémur.

2. Pro univérso mundo, ut pace a Christo donáta veráciter perfruátur, Dóminum deprecémur.

3. Pro frátribus nostris afflíctis, ut eórum tristítia vertátur in gáudium, quod nemo ab eis tóllere possit, Dóminum deprecémur.

4. Pro congregatióne nostra, ut testimónium Resurrectiónis Christi cum fidúcia magna perhíbeat, Dóminum deprecémur.

Oratio sacerdotis Deus, qui praeséntium hóminum vitam agnóscis diversárum necessitátum passiónibus subiacére, exáudi desidéria supplicántium, súscipe vota credéntium. Per Christum.

9. TEMPORE  » PER ANNUM « , I

Admonitio sacerdotis In unum congregáti, fratres caríssimi, ad Dei nostri benefícia recolénda, rogémus eum, ut ipse nobis vota subíciat, quae digne possit audíre.

Intentiones 1. Pro Pontífice nostro N., et Antístite nostro N., et omni clero cum pópulo ipsórum gubernáculis commendáto, Dóminum deprecémur.

2. Pro moderatóribus rerum publicárum eorúmque minístris bonum commúne curántibus, Dóminum deprecémur.

3. Pro navigántibus, iter agéntibus, et captívis vel in carcéribus deténtis, Dóminum deprecémur.

4. Pro nobis ómnibus fide, devotióne et Dei dilectióne ac timóre in hac aula sacratíssima congregátis, Dóminum deprecémur.

Oratio sacerdotis Fiant, Dómine, tuo grata conspéctui vota supplicántis Ecclésiae, ut tua nobis misericórdia conferátur quod nostrórum non habet fidúcia meritórum. Per Christum.

10. TEMPORE  » PER ANNUM « , II

Admonitio sacerdotis Omnes huc convénimus, fratres caríssimi, ad Redemptiónis nostrae recolénda mystéria; rogémus ergo Deum omnipoténtem, ut mundus univérsus his totíus benedictiónis et vitae fóntibus irrigétur.

Intentiones 1. Pro ómnibus qui seípsos Deo vovérunt, ut, illo adiuvánte, propósitum suum in fidelitáte custódiant, Dóminum exorémus.

2. Pro pace géntium, ut, omni perturbatióne remóta, líberis ipsi méntibus pópuli servíre mereántur, Dóminum exorémus.

3. Pro sénibus, qui solitúdine vel infirmitáte labórant, ut fratérna nostra caritáte firméntur, Dóminum exorémus.

4. Pro nobis hic congregátis, ut sic sciámus bonis uti praeséntibus, quibus nos Deus fovére non désinit, ut iam possímus inhaerére perpétuis, Dóminum exorémus.

Oratio sacerdotis Adsit, Dómine, quaesumus, propitiátio tua pópulo supplicánti, ut, quod te inspiránte fidéliter éxpetit, tua céleri largitáte percípiat. Per Christum.

Tempore  » per annum  » adhiberi possunt etiam formularia generalia, supra proposita, nn. 1-2.

11. IN MISSIS DEFUNCTORUM

Admonitio sacerdotis Deum Patrem omnipoténtem, qui Christum Fílium suum suscitávit a mórtuis, pro salúte vivórum atque mortuórum fidéliter invocémus.

Intentiones 1. Ut pópulum christiánum in fide et unitáte stabíliat, Dóminum deprecémur.

2. Ut ab omni bellórum nequítia orbem éruat univérsum, Dóminum deprecémur.

3. Ut frátribus qui carent ópere, victu vel tecto, se patrem dignétur osténdere, Dóminum deprecémur.

4a. Ut huic defúncto N., qui olim per Baptísmum aetérnae vitae semen accépit, perpétuam velit societátem donáre sanctórum, Dóminum deprecémur.

4b. Ut eum, qui manducávit Corpus Christi, panem vitae aetérnae, resúscitet in novíssimo die, Dóminum deprecémur.

(Vel pro presbytero): Ut eum, qui in Ecclésia sacerdótii munus exércuit, fáciat caeléstis partícipem liturgíae, Dóminum deprecémur.

4c. Ut animábus fratrum, propinquórum et benefactórum nostrórum mercédem labóris attríbuat, Dóminum deprecémur.

4d. Ut omnes, qui dormiérunt in spe resurrectiónis, in lúmine sui vultus accípiat, Dóminum deprecémur.

4e. Ut fratres nostros, qui in afflictióne versántur, ádiuvet et propítius consolétur, Dóminum deprecémur.

4f. Ut omnes, qui huc in fide et devotióne convenérunt, in gloriósum suum regnum congregáre dignétur, Dóminum deprecémur.

Oratio sacerdotis Animábus, quaesumus, Dómine, famulórum tuórum orátio profíciat supplicántium, ut eas et a peccátis ómnibus éxuas, et tuae redemptiónis fácias esse partícipes. Per Christum.

Cérémonial liturgique du diocèse de Parakou au Bénin

D’après Vatican II et depuis la réforme liturgique qui a suivi ce Concile, l’évêque est l’ordonnateur et le promoteur de la vie liturgique de son diocèse ; Mgr Nkoué propose en téléchargement sur le site de son diocèse un cérémonial c’est-à-dire un ensemble de rappels concernant la liturgie de la messe. (Merci à Proliturgia pour le lien). Un document très intéressant, qui pour beaucoup ressemblera à des remarques de bon sens évidentes et pour d’autres sera surprenant car il ne semblera pas correspondre à une pratique paroissiale conventionnelle. Nous saluons quant à nous une belle initiative qui correspond réellement à un besoin fort de toutes les paroisses, qui dans beaucoup de cas ne savent pas par quel bout prendre les textes magistériels romains sur la liturgie. Bref, un guide qui complétera d’autres excellents ouvrages comme « L’art de Célébrer, guide liturgique à l’usage des paroisses », ou encore le « Cérémonial de la Sainte Messe à l’usage ordinaire des paroisses ». Ces idées compléteront également à merveille un certain nombre de thèmes développées dans nos pages sur ce site web sur l’Ars Celebrandi ou sur « le bon usage de la liturgie ». Ci-dessous quelques extraits particulièrement pertinents, avec comme à notre habitude mise en gras et commentaires….


12- L’inculturation

Les rythmes africains doivent être retravaillés soigneusement avant d’être introduits dans la liturgie. [Beaucoup de clercs français nous expliquent que la liturgie occidentale est trop peu tythmée et que l’on ferait mieux de voir ce qui se passe en Afrique pour « redynamiser » nos chants. Et bien en Afrique, il se dit exactement l’inverse et on comprend bien qu’il faut – même si on ne peut pas toujours – retravailler les chants avant d’envisager des les utiliser pour le culte. Tout n’a pas la même valeur. Bon à savoir pour tous les promoteurs de messe piano-synthé-guitare que l’on désigne abusivement sous le nom de « louange »…] Les chants religieux, où on parle de Dieu, ne sont pas forcément des chants sacrés à introduire dans la liturgie. [Il y a en effet une distinction réelle à faire entre un chant liturgique (cantique) et une chanson pop chrétienne. Le répertoire de beaucoup de paroisses chic et cossues en région parisienne (et bien sûr ailleurs) a pourtant adopté de façon quasi exclusive un répertoire à l’esthétique pop. Ce qui est fondamentalement anti-liturgique bien sûr, en plus d’être insupportable au simple point de vue musical.]

13- Le latin

Une place de choix doit être accordée au chant grégorien, ne serait-ce que le kyriale (Kyrié, Gloria, Credo, Sanctus, Pater, Agnus Dei). Le grégorien est ‘le chant propre de la liturgie romaine‘ (cf. Sacrosanctum Concilium n° 36 et 54 et Sacramentum Caritatis n° 62). C’est le modèle suprême de la musique sacrée. Ces sublimes mélodies ont été composées à genoux, c’est-à-dire dans la prière et elles ne servent qu’à prier. Le latin est facteur d’unité non négligeable dans l’Église latine. Inspirons-nous de ce modèle pour nos chants sacrés en langues nationales. Mais si les chants latins ne sont pas bien connus, il vaut mieux ne pas les exécuter. C’est affreux. Et si on reprenait les dimanches et les jours de fête la Prière eucharistique n°1 (en français mais aussi en latin !) Elle est pleine, riche et très imagée. C’est la seule qui introduit deux moments de silence. St Joseph est invoqué, tous les apôtres sont nommés, les anges, les premiers saints africains, [Et oui le canon romain, c’est une ouverture à une culture qui traverse la méditerranée. Les premiers martyrs cités au canon sont effectivement africains… Bizarre que dans les paroisses qui font la promotion de la coexistence et du vivre ensemble q, qui appellent à l’acceuil de l’étranger, on ne veuille pas citer Ste Perpétue, par exemple à la Messe, martyre d’Afrique du Nord…] les martyrs, etc.

14- Le diacre

Il salue le peuple toujours les mains jointes, [on ne rappellera jamais assez que le diacre n’ouvre pas les mains, même au Notre Père, c’est un geste de celui qui préside.] même pour dire « Ite missa est » [« Allez dans la paix du Christ »]. Il assiste le prêtre ou l’évêque. C’est lui qui verse le vin et un peu d’eau dans le calice en disant à voix basse : « Comme cette eau se mêle au vin pour le sacrement de l’Alliance… » Le signe de la croix sur l’eau n’est pas prévu dans la forme ordinaire (Messe de Paul VI). Le diacre lui-même (ou un acolyte ou tout autre servant) peut encenser le prêtre et le peuple. A l’autel il peut s’occuper aussi du missel mais en se tenant un peu en arrière. Car il n’est pas concélébrant. Pendant la prière eucharistique, de l’épiclèse jusqu’à l’ostentation du calice, il demeure à genoux comme tous les non concélébrants. A l’anamnèse tout le monde se lève. [Comprendre : tous les non_concélébrants se lèvent. Par contre dans la foule, le missel encourage explicitement à rester à genoux jusqu’à la fin de la prière eucharistique, c’est-à-dire jusqu’au « Par Lui avec Lui et en Lui », chanté par le célébrant/ les concélébrants, mais évidemment pas parle diacre, les acolyte sou la foule. Pour compléter ces mentions, on regardera aussi notre article sur les gestes du diacre à la Messe.]

Voici donc un excellent ouvrage qu’il est bon de consulter si vous avez une quelconque implication dans un service liturgique dans votre paroisse, en ayant bien sûr à l’esprit qu’il s’agit d’un ouvrage qui correspond spécifiquement aux besoins su diocèse de Parakou au Bénin mais qui frappé au coin du bon sens pourrait inspirer la rédaction de tels ouvrages également au profit de vos diocèses. Au travail ?

Noble simplicité du rite romain ?


A la différence des rites orientaux, l’usage liturgique d’occident a tenu fermement à conserver l’antique discretio qui confère aux célébrations une émouvante sobriété caractéristique de la solennité romaine.


« Noble simplicité » (Vatican II, Sacrosanctum Concilium, num. 34) ne signifie pas dépouillement misérable, mais au contraire recueillement, calme, élégance, et souci du détail, surtout en ce qui concerne la paramentique (aubes, chasubles, dalmatiques, chapes…), les objets cultuels (croix, vases, encensoirs…) qui doivent être beaux et précieux (Cf. PGMR 328). Simplicité et noblesse excluent de l’emploi liturgique la recherche de la somptuosité pure, ou l’excitation artistique – qui appartiennent à l’apparat du monde. (Cf. Vatican II, Sacrosanctum Concilium, num. 124).


Il est ainsi contraire à l’essence du rite romain de considérer que la liturgie doit ‘faire pauvre’. Pauvre parmi les pauvres, le Christ de la crèche s’est fait offrir l’or, l’encens et la myrrhe. Les fidèles d’hier et d’aujourd’hui perpétuent le geste des mages. C’est une coquetterie de négliger ce que nos anciens ont prélevé sur leur patrimoine pour embellir le culte, sous prétexte que l’héritage qu’ils nous ont laissé ferait paraître riche. Avec ces objets, parfois splendides, ils nous témoignent de leur piété et nous ont transmis la foi. La splendeur du sanctuaire(Cf. Ps 95,6) est l’image de la splendeur du Christ, dont l’Église chaque dimanche célèbre la résurrection ; cette gloire est offerte en partage à tous : on ne paie pas pour entrer à Sainte Madeleine de Vézelay …


Cette basilique sublime, c’est aussi aux pauvres qu’elle est ouverte ; elle est leur seul luxe. Dans l’Écriture, on lit « dans la simplicité de mon cœur, j’ai tout donné avec joie »(1 Chr 29,17). C’est ce que fait le chrétien, et c’est le sens même du partage : faire voir à tous, dans la communion de la célébration, la splendeur des dons de Dieu que nous Lui offrons après les avoir reçus de Sa largesse.

Sur le geste de paix

On sait dans les milieux ‘liturgistes’ que Benoît XVI à la suite du livre de référence qu’il avait publié comme cardinal (L’Esprit de la liturgie) avait suggéré que l’osculum pacis (baiser de paix) du rite romain puisse éventuellement être transféré avant l’offertoire, en conformité avec la façon de faire du rite de Milan. Le Cardinal Ratzinger puis le pape Benoît XVI soulignait à juste propos que les instants qui précèdent la communion n’étaient pas propices aux effusions qui ne manquent pas d’accompagner abusivement ce rite, dans beaucoup d’endroits. Toute la discussion repose d’ailleurs non pas sur le rite de la paix lui-même (qui rappelons-le est optionnel) mais bien sur la forme qu’il prend. Et dans beaucoup de cas, c’est cette forme qui est désastreuse, puisqu’elle tourne dans beaucoup d’endroits à un échange de congratulations, de félicitations, de condoléances, ou encore elle tourne à une démonstration de pseudo piété mondaine.

A la suite du synode sur l’Eucharistie, une réflexion a eu lieu au niveau de la congrégation du culte divin sur l’opportunité de déplacer cce rite de paix, en conformité avec ce qu’avait demandé le Cardinal Ratzinger. La décision a été prise : on ne changera pas le moment du rite de paix, mais on rappellera qu’il s’agit bien d’un élément rituel et non pas mondain, en l’encadrant de plus près (Cf. l’article de Nicolas Senèze, La Croix du 1er août 2014, ci-dessous).

Le problème est donc la forme de ce rite, plus que sa signification. En ce qui concerne la forme faisons donc quelques rappels :

  • Ce rite est optionnel. On ne le pratique que si c’est opportun, et l’opportunité est évidemment mesurée en fonction du degré « communautaire » de la célébration. C’est un geste de réconciliation, et donc de pénitence. On se réconcilie avec la personne qui nous est proche (le prochain), et que l’on connaît ou alors on vide le rite de sa substance.
  • Le célébrant ou un ministre ordonné (diacre en général) invite les présents à s’offrir la paix ; c’est une monition : Offerte vobis pacem (Et non pas comme on a pu l’entendre parfois « auferte vobis pacem ! » Qui signifie… Tout à fait l’inverse).

Notons donc que c’est une monition ; la traduction française du missel l’amplifie de façon exagérée puisque ces trois mots, qui sont si conformes à la sobriété antique du rite romain, deviennent en 1979 dans le missel francophone : « Frères et sœurs, dans la charité du Christ, donnez – vous la paix ». Le diacre qui intervient à ce moment là, – et qui pour intervenir dans beaucoup d’endroits se faufile jusqu’au micro de l’autel – se sent obligé d’ouvrir grand les bras, et a une certaine tendance à en rajouter (enfin… On lui donne la parole !). Nombreux sont ceux d’entre eux qui disent donc : « donnez vous un signe de paix ». Or comme le soulignait en toute justesse un Dominicain pertinent (mais les Dominicains, c’est leur métier d’être pertinents) : si, à la place de « Donnez-vous la paix » (qui vient du Christ), votre prêtre ou votre diacre vous dit : « Donnez-vous un signe de paix »…. Remarquez que ce n’est pas de signes de paix, ni de signes d’amour, ni de signes d’espoir qu’on a besoin. C’est de paix, d’amour et d’espoir tout court. On ne saurait mieux dire.


(Diocèse de Poitiers : précisément ce qu’il ne faut pas faire : le diacre se place à l’autel à la place du célébrant et écarte les mains pour la monition, en éclipsant le célébrant. Une monition se fait en effet les mains jointes. Il peut être opportun que justement, un acolyte portant un micro rejoigne le diacre sur le côté de l’autel afin que sa monition soit entendue.)

C’est une monition de toutes façons ; donc elle est brève et sobre ; de plus elle s’adresse forcément à l’assemblée. Donc il n’y a pas lieu d’ajouter « frères et sœurs », et encore moins « sœurs et frères », c’est de plus en plus courant… ! Le diacre ne s’adresse jamais (jamais…) à Dieu au nom de l’assemblée, c’est la tâche du célébrant à la messe, donc il n’a pas à préciser « Fratres ». Enfin, il n’a pas à ouvrir les mains, c’est le geste de celui qui préside la célébration. Pourtant, et c’est le premier abus, dans beaucoup d’endroits, on entend un diacre (parfois en mal de reconnaissance… ) nous enjoindre : « Frères et sœurs, dans la charité du Christ, donnons-nous un signe de Sa paix ».

  • Les paroles : nulle part dans les rubriques ou dans les textes liturgiques n’est indiqué qu’il faille tendre la main ou dire « la paix du Christ », même en latin (« Pax Christi »). L’usage et les textes liturgiques donnent comme parole à échanger (« Pax tecum ») auquel il y a lieu de répondre, si la personne qui donne l’osculum est un ministre ordonné « et cum spiritu tuo ». Quant à la forme de l’osculum elle-même, qui n’est évidemment pas nécessairement une poignée de main, elle reste à définir (et aujourd’hui elle ne semble pas l’être) dans le coutumier liturgique du lieu.


En effet, lorsqu’on regarde les usages et les rubriques, on constate également que le geste à accomplir pour signifier cette paix n’est précisément pas imposé. Il est laissé à l’appréciation des conférences épiscopales. Faut il vraiment que ce soit un serrement de main, qui au mieux exprime une salutation mondaine, au pire symbolise un accord commercial dans nos contrées d’occident ? Vraie question. La tradition romaine parle d’un osculum pacis, un « baiser de paix », qui est la salutation par exemple de la Vierge à Élisabeth lors de la visitation ou comme le rapporte la tradition, l’adieu de S. Pierre et de S. Paul avant leur martyre.

  • Enfin si l’on a conscience que cette paix qui est partagée est bien celle du Christ il est juste qu’elle soit transmise depuis l’autel sur lequel sont disposées les saintes espèces. Il serait donc mal venu de transmettre cette paix sans soi-même l’avoir reçue, de proche en proche. L’usage extraordinaire consacre cette idée puisque l’osculum pacis est transmis du calice lui-même. On a beaucoup glosé lors de la réforme liturgique sur les « bisous liturgiques », qui semblait relever davantage de l’étiquette du XVIIème siècle que d’un rapport sain au culte divin, parfois à juste raison. Disons – le sans ambages : dans ce cas précis, il est réellement dommageable d’avoir « supprimé » l’usage d’un baiser à l’Autel ou au Calice avant la transmission du baiser de paix : en simplicité et grandeur, ce geste redonnerait toute sa signification au rite de paix. De même, on pourrait imaginer que la monition diaconale (dans sa sobriété « Offerte vobis pacem », « offrez-vous la paix ») n’intervienne justement qu’après que la paix, exprimée dans des gestes nobles et beaux, ne soit partie de l’autel, et transmise par le célébrant aux ministres et acolytes, eux-mêmes en charge de la transmettre, à l’invitation du diacre, à l’assemblée.
  • Il est également juste de comprendre que dans la tradition romaine, ce geste est précisément un geste de communion, et que cette communion est exprimée par la fractio panis et l’immixtion. L’usage antique était justement d’aller porter le sacrement lui-même de l’église de l’évêque vers les églises secondaires, pour signifier la paix et la communion dans la foi.

Au regard de l’importance de sa signification dans l’économie rituelle du rite romain, ne gâchons pas ce rite : n’en faisons pas une effusion mondaine. Rendons-lui sa véritable place et faisons l’effort conscient d’en faire l’expression d’une communion, d’une réconciliation, d’une pénitence, qui s’achève par l’agenouillement qui précède le « Ecce Agnus Dei » Cf. PGMR num. 43).


Article de La Croix (1er Août 2014) : le signe de paix dans le rite romain ne sera pas déplacé à l’offertoire.

Nous soulignons et [commentons].

Le geste de paix de la messe restera donc après le Notre Père et avant la fraction du pain. L’idée de le déplacer avait été évoquée lors du Synode des évêques sur l’eucharistie, en octobre 2005 à Rome, à la suite du cardinal Joseph Ratzinger qui, dans son livre de 2001 L’esprit de la liturgie (Ad Solem), regrettait que « l’échange du signe de paix génère une certaine agitation parmi les fidèles ».

Souhaitant « modérer ce geste, qui peut prendre des expressions excessives, suscitant un peu de confusion dans l’assemblée juste avant la communion », Benoît XVI avait donc demandé dans l’exhortation apostolique Sacramentum caritatis « d’étudier la possibilité de placer le geste de paix à un autre moment, par exemple avant la présentation des dons à l’autel ».

La Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements a consulté les conférences épiscopales du monde entier sur le sujet qui, à une large majorité, ont souhaité que le geste de paix ne soit pas déplacé un autre moment de la messe.

Le geste de paix n’est pas « mécanique »

Le dicastère chargé de la liturgie a donc décidé « de conserver dans la liturgie romaine le rite de la paix à son moment traditionnel et de ne pas introduire de changements structurels dans le Missel Romain ». [Notons tout de même au passage que la place du rite de paix, ou osculum pacis est justement et précisément traditionnel et authentique. Cela aurait été une vraie perte rituelle pour la liturgie romaine de se conformais à l’usage de Milan ou certaines pratiques orientales]

Néanmoins, dans une circulaire signée le 8 juin dernier par le cardinal Antonio Canizares Llovera, son préfet, et Mgr Arthur Roche, son secrétaire, et approuvée la veille par le pape François, la Congrégation pour le culte a pris quelques dispositions en vue « d’une meilleure expression du signe de la paix et pour en modérer les excès ».

La congrégation rappelle d’abord que le geste de paix n’est pas « mécanique » et que le célébrant peut tout à fait se dispenser d’inviter les fidèles à échanger la paix.

Corriger « quelques abus »

Plus profondément, la Congrégation pour le culte divin insiste sur le sens profond du geste de paix par lequel l’Église « implore la paix et l’unité pour elle-même et toute la famille humaine et par lequel les fidèles expriment leur communion ecclésiale et leur charité mutuelle ». En clair: il ne s’agit pas de se dire bonjour mais de manifester que « Christ est notre paix, la paix divine ». [Notons que l’usage est de mettre un article à Christ. Ce n’est pas un prénom, c’est un titre.]

Aussi les conférences épiscopales pourront-elles, lors de la publication de la troisième édition typique du Missel romain sur leur territoire, modifier le mode d’échange de la paix, pour « y substituer d’autres gestes » que « les gestes familiers et profanes du salut ». [La congrégation du culte encourage donc les ordinaires et les évêques à éloigner dans les pratiques liturgiques les comportements séculiers et profanes]

Surtout, la Congrégation pour le culte divin en profite pour corriger « quelques abus », mettant ainsi en garde contre « l’introduction d’un « chant pour la paix », inexistant pour le rite Romain », le chant étant celui de la fraction (Agnus Dei) qui vient après l’échange du geste de paix.

Origine dans la tradition apostolique

Autre abus: le déplacement des fidèles pour s’échanger la paix, la Présentation générale du Missel romain soulignant « que chacun souhaite la paix de manière sobre et uniquement à ceux qui l’entourent ». De la même manière, il ne convient pas que le prêtre descende de l’autel pour donner la paix aux fidèles
[ce que l’on voit trop souvent, comme si avoir ce comportement était « pastoral ». Notons que ce comportement est d’autant plus choquant que le célébrant vient de tenir dans ses mains les espèces consacrées, et des parcelles peuvent demeurer sur ses mains. Il ne convient donc pas d’aller saluer individuellement les personnes dans la nef] ou que, à certaines occasions (mariages, premières communions, obsèques…), l’échange de la paix devienne le moment des félicitations ou des condoléances. [Le pape François appellerait ce genre de chose de la « mondanité spirituelle »…]

Le geste de paix trouve son origine dans la tradition apostolique (« Saluez-vous les uns les autres par un baiser de paix », saint Paul aux Romains, 16, 16). Aux premiers siècles, ce baiser de paix se donnait avant l’offertoire, en souvenir du commandement du Christ, « Devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande » (Matthieu 5, 24), moment qui a été conservé dans les liturgies orientales.

Dans le rite romain, il est placé avant la communion au IVe siècle, puis après l’Agnus au VIIIe siècle, et finalement réservé aux clercs à partir du XIIIe siècle. [En réalité, avec l’apparition des missels pléniers au XIIIème siècle les rubriques ne mentionnent pas l’assemblée mais seulement les ministres. C’est la raison pour laquelle, peu à peu et jusqu’après le Concile de Trente, les livres liturgiques donnent l’impression que l’assemblée ne fait rien. En fait, elle n’est même pas mentionnée, puisque ces livres sont des livres techniques, à l’usage des clercs pour l’accomplissement du culte. Ne faisons ni généralisation, ni caricature…] La réforme liturgique consécutive à Vatican II en a rétabli l’usage pour tous, le plaçant avant la fraction. [Donc soyons juste : à la suite de Vatican II, les rubriques ont commencé à mentionner les fidèles, ce qui n’était pas le cas avant mais qui fut pendant des siècles sous-entendu.]

Nicolas Senèze

1/8/14 – 11 H 56

Saint Benoît d’été

Il y a une Saint Benoît d’hiver et une saint Benoît d’été … La Saint Benoît d’hiver commémore le Transitus du patriarche des moines d’occident, alors que la Saint Benoît d’été a vu sa date fixée à l’occasion du transfert des reliques de S. Benoît à Fleury (monastère dit depuis de « Saint Benoît sur Loire »).


Abbaye de Fleury (Saint Benoît sur Loire)


Reliques de Saint Benoît à Fleury

Au point de vue musical, ce qui nous intéressera le plus est la survivance dans le rite (dans l’usage des Bénédictins) de la séquence Laeta dies magni ducis.

C’est la commémoration de l’arrivé edes reliques du grand patriarche à l’abbaye de Fleury à auquel le premier verset de la séquence fait allusion.

Laeta quies magni ducis,

Dona ferens novae lucis,

Hodie recolitur.

Caris datur piae menti,

Corde sonet in ardenti,

Quidquid foris promitur.

Hunc per callem orientis

Admiremur ascendentis

Patriarchae speciem.

Amplum semen magnae prolis

Illum fecit instar solis

Abrahae persimilem.

Corvum cernis ministrantem,

Hinc Eliam latitantem

Specu nosce parvulo.

Elisaeus dignoscatur,

Cum securis revocatur

De torrentis alveo.

Illum Joseph candor morum,

Illum Jacob futurorum

Mens effecit conscia.

Ipse memor suae gentis,

Nos perducat in manentis.

Semper Christi gaudia.

Amen.

Cette journée qui resplendit d’un éclat nouveau, est celle où notre grand chef entra dans son repos.

La grâce a visite l’âme filiale de ses enfants ; que leurs chants soient dignes de l’amour qui enflamme leurs cœurs.

Admirons notre Patriarche qui s’élève par un chemin céleste, à l’orient.

L’innombrable famille sortie de lui l’a fait l’égal d’Abraham semblable au soleil.

C’est Elie cache au fond de son antre ; un corbeau exécute ses ordres.

C’est Elisée, quand il retire la hache tombée au fond du lac.

Par la pureté de sa vie il ressemble à Joseph; par son esprit prophétique il retrace Jacob.

Qu’il daigne se souvenir des enfants dont il est le Père, et qu’il nous conduise aux  joies éternelles   du Christ qui demeure à  jamais ! Amen.

Notons au passage que le l’usage donne non pas laeta dies mais laeta quies. Cf. http://www.osb.org/gen/gemma.html




Cette séquence « suit » un alleluia spécifique à l’ordre de Saint Benoît également :

R/. Alleluia. V/. Vir Dei Benedictus omnium iustorum spiritu plenus fuit : ipse intercedat pro cunctis monasticae professionis.



 

Une dernière question qui brûlera les lèvres de certains de nos lecteurs :

oui mais, la séquence, dans le missel, elle est avant l’alléluia, pas après… ! Donc il faut pour obéir, la chanter avant ! ?

Pour répondre à cette question, quelques éléments.

Pour la messe, il y a un formulaire distinct entre la messe chantée et la messe lue. Le missale romanum donne les pièces de la messe lue, le graduale romanum celles de la messe chantée. On constate par exemple que le répons graduel de la messe chantée n’a la plupart du temps pas le même texte que le psaume responsorial, proposé pour la messe lue. De même pour les alléluias du missale et du graduale romanum. Car l’Alleluia de la messe chantée est une méditation, une réponse, à la lecture qui le précède… Tandis que le psaume et l’alléluia du lectionnaire sont conçus pour être lus lorsqu’on ne chante pas. L’alléluia et le graduel de la messe chantée sont respectivement un répons alléluiatique et un répons graduel. Si bien qu’il est tout à fait juste – si l’on prend le formulaire de la messe chantée avec le répons alléluiatique, de chanter la séquence après l’alleluia, et non avant. Évidemment, si vous avez des scrupules, chantez donc la séquence avant l’alleluia… Ce n’est pas l’idée ni l’usage du rite romain, mais il n’y a semble t’il pas matière grave… Insistons encore : pour bien « obéir » au missel, en prenant uniquement ce qu’il y a dedans, il ne faudrait pas chanter les psaumes responsoriaux ni les alléluias.. Voilà. A rubriciste, rubriciste et demi !

Le sommet de la messe … De la vie chrétienne … De la vie de l’Église ?

L’Eucharistie, comme la liturgie sont « source et le sommet ». Oui, d’accord. L’appellation « eucharistie » elle-même reste cependant imprécise parce qu’elle désigne à la fois dans le langage courant, le sacrement, la célébration du sacrement, et la consommation des espèces par le prêtre et par les fidèles. Bref, c’est la confusion. Ayons malgré tout quelques idées complémentaires…

La communion du prêtre est le sommet de la messe : le sacrifice eucharistique est accompli non pas à la consécration mais ensuite, lorsque le prêtre consomme les espèces eucharistiques du pain et du vin qu’il vient de transsubstantier ; c’est même une condition de validité. Extérieurement pourtant, à cet instant, il ne se passe rien : le prêtre semble s’isoler dans un silence parfois oppressant, souvent comblé par des indications au micro pour la communion, comme si la liturgie, pour pouvoir se conclure, avait encore besoin de régler quelques questions logistiques…

Le missel romain dans les rites de communion, propose cependant une catéchèse méconnue : à l’instant précis où le prêtre se communie, on entonne le chant : le rite romain choisit une antienne tirée de l’Évangile du jour qui de cette manière souligne l’unité entre la liturgie de l’Eucharistie et la liturgie de la Parole. Le chant se prolonge pendant que le célébrant communie les fidèles, et exprime la hiérarchie mais aussi l’union intime du sacerdoce ministériel du prêtre et du sacerdoce commun.

Participer sans chanter ?

On nous reproche parfois de ne pas favoriser la « participation active » des fidèles en proposant dans les paroisses les pièces du propre grégorien…Surtout à l’offertoire, où le Graduale indique souvent des mélodies qui ne sont pas à la portée de la foule.

Je n’ai pas pu chanter, c’est comme si je n’avais pas participé. En nous faisant cette remarque nous oublions qu’à la messe, seul le prêtre consacre, seul le diacre chante l’évangile, seul le lecteur proclame la Parole ; et que c’est Dieu qui agit par la médiation des ministres – en latin : ministri, serviteurs. Dans la liturgie de la messe, Dieu Se révèle, Se donne, et attend notre réponse pour féconder et faire resplendir notre âme. Notre participation à l’action divine est à l’image de l’humble oui de Marie à l’Annonciation. Nous l’exprimons à notre tour à la manière de la Vierge par le grand Amen de la doxologie (Par Lui, avec Lui et en Lui). Le magistère des papes a ainsi souligné que la schola cantorum (ou chorale) a un rôle ministériel si elle se met au service de la Parole. Son chant devient alors un don de Dieu que nous accueillons. Vatican II parle d’une participatio actuosa, et non pas activa. Il faudrait traduire par participation effective, car elle peut être effective sans être active ; quand le prêtre prépare les dons à l’autel, nous restons assis en silence, et nous sommes simultanément associés à l’offertoire par la goutte d’eau versée au calice ; et si nous sommes ensuite encensés avec toute l’assemblée, c’est au titre de la réalité effective de notre participation à ce rite.