Un table, au centre de la nef, le jeudi saint ?


Ceci est faux.

La table du repas
L’ensemble de la célébration de la Cène, le Jeudi saint au soir s’articule autour du signe du repas.
Repas pascal dans le livre de l’Exode, repas d’adieu du Christ à ses disciples dans la Lettre aux Corinthiens, à nouveau le dernier repas du Christ dans l’évangile du lavement des pieds. Il est donc intéressant de modifier l’espace habituel de l’église pour dresser une grande table dans la nef autour de laquelle toute l’assemblée prendra place. Cette disposition de l’espace demande cependant à être réfléchie en fonction de l’autel habituel afin que celui-ci n’apparaisse pas comme relégué au second plan, et en fonction de la taille de l’assemblée. L’autel habituel DOIT être en « fonction » ce soir du Jeudi Saint, il est le départ de la grande table qu’éventuellement on aura dressée dans la nef. Il faut aussi prévoir un lieu de la Parole.
Comme les deux foyers d’une ellipse, le lieu de la Parole et le lieu de l’Eucharistie pourraient se placer en bout de table.
Michel Wackenheim

Ne nous laissons pas « emberlificoter » par le paragraphe sur l’autel habituel qui « DOIT » être en fonction, et qui donne un semblant de discours pseudo rigoriste à cet article lamentable présent sur Croire.com

Le Chanoine Wackenheim a tort. Il est interdit explicitement par Notitiae, qui est la revue liturgique romaine éditée par la congrégation du culte divin, de mettre en œuvre ce type de pratique. Cela pourra étonner certains, tellement l’usage est « entré dans les mœurs » en certains endroits. C’est pourtant le cas. On nous demande souvent des références précises pour pouvoir corriger les abus, les voici donc :



Utrum liceat disponere in medio spatio ecclesiae mensam cum pane et vino prope altare vel in presbyterio occasione Missae « In Cena Domini » aut primae plenae participationis Eucharisticae, « primae Communionis » ut aiunt?
℟. Negative.

Normae ad hoc vigentes debitum momentum altaris explicate asseverant, cuius locus attentum sibi universum populum faciat oportet: « Expedit in omni ecclesia altare fixum inesse, quod Christum Iesum, Lapidem vivum (1 Petr 2, 4; cf. Eph 2, 20) clarius et permanenter significat; ceteris vero locis, sacris celebrationibus dicatis, altare potest esse mobile. Altare fixum dicitur, si ita exstruatur ut cum pavimento cohaereat ideoque amoveri nequeat; mobile vero si transferri possit » (Institutio Generalis Missalis Romani, n. 298). Inde fit ut unum necesse exstet altare, sedes praecipuissima presbyterii totiusque ecclesiae, quia participationem christifidelium singularitas eius foveret: « In novis ecclesiis exstruendis praestat unum altare erigi, quod in fidelium coetu unum Christum unamque Ecclesiae Eucharistiam significet. In ecclesiis vero iam exstructis, quando altare vetus ita situm est, ut difficilem reddat participationem populi nec transferri possit sine detrimento valoris artis, aliud altare fixum, arte confectum et rite dedicandum, exstruatur; et tantum super illud sacrae celebrationes peragantur. Ne fidelium attentio a novo altari distrahatur, altare antiquum ne sit peculiari modo ornatum » (Institutio Generalis Missalis Romani, n. 303).

Mos ergo mensam cum pane et vino disponendi ad Novissimam Cenam Iesu revocandam vel ad pueros collocandos in prima participatione eucharistica est symbolice iteratio, paedagogice distractio et pastoraliter inanis, cum populum ab altari distrahat, intellectum ponderis singulorum elementorum architecturae Ecclesiae confundat et minime participationem christifidelium foveat.

Une traduction française du dernier paragraphe, tout à fait explicite :

L’usage de dresser une table au milieu de la nef pour célébrer la dernière Cène (Jeudi-saint) ou la Messe de Première Communion des enfants relève d’une pratique dont le symbolisme ainsi que la valeur éducative et pastorale est incohérente : cette façon de faire détourne l’attention des fidèles de l’autel, rend troubles l’agencement architectural de l’église et, ne favorise pas la participation des fidèles.

Remarquons et rappelons encore une fois que le triduum pascal qui devrait être le sommet liturgique de l’année est malheureusement dans trop d’endroits victime du hold up des « liturges » qui ne savent pas quoi inventer pour rendre ça plus « vivant ». Ou plutôt plus kitch… En réalité, avant d’inventer des rites peut être serait il intéressant de penser à voiler les croix et les statues dès le 5ème dimanche de Carême (pour rendre plus signifiants les dévoilements du vendredi saint et de la Vigile pascale), chanter les Ténèbres (qui est une magnifique liturgie, non seulement priante mais également très forte en symboles).

Il faudrait aussi bien se souvenir que le lavement des pieds à la messe in Cena Domini du jeudi saint ne concerne pas les femmes. Une vraie question cependant : ceux qui font la promotion de ce genre d’abus le font ils par ignorance, par manque de formation, par naïveté, par inconséquence plus ou moins coupable, ou alors parce qu’ils désirent miner la logique profonde de la source et du sommet de la vie chrétienne ? (Cf. Concile Vatican II, Lumen Gentium 11). Appliquons Vatican II. Vraiment…


Ceci est interdit.


Ceci aussi.

Pour en finir avec les messes ballons

par Ascalon (source : proliturgia.org)

L’élection de notre Pape François a donné au monde entier l’occasion de redécouvrir la splendeur des rites de l’Église Catholique, ce qui a provoqué bien évidemment plusieurs réactions assez banales dignes d’une conversation de comptoir. Et l’on a vu tel plumitif ânonner des « quand l’Église abandonnera-t-elle ses fastes ? » et des « cérémonies d’un autre âge » tandis que telle importante invitée y allait de son « prier pour les pauvres depuis une basilique en or, franchement… ». 

C’est sûr qu’en ce moment où même les ministres exhibent leurs vieilles bicyclettes et leurs 4L aux yeux envieux du peuple, un calice en or fait un peu tache. Il s’est tout de même trouvé deux ou trois journalistes pour avancer un judicieux bien que maladroit « on sait que si l’Église est aussi télégénique, c’est grâce à cette pompe caractéristique … » Mon ami, tu y es presque. Cette pompe, ça s’appelle la li-tur-gie. Liturgie. Répète après moi. 

La suite ici 

Un évêque décrète : on ne se tient pas la main pendant le Notre Père.


Les conférences épiscopales anglophones ont adopté une traduction anglaise conforme au désir du Saint Père Jean-Paul II de réaliser des traductions conformes au latin des rites liturgiques. Pour faciliter l’adoption de ces textes, un évêque publie des décrets pour la mise en œuvre de façon spécifique la liturgie dans son Église particulière, ce qui est tout à fait conforme à l’idée qui é prévalu dans la rédactions des rubriques du Missel après le Concile : par exemple, les options qui existent ne sont pas supposées être à la discrétion de tout un chacun, mais régulées par un ordo et un coutumier. Nous en avons déjà parlé à plusieurs reprises sur notre site.

Mgr Foys, évêque de Covington a déjà publié un décret concernant les ministres extraordinaires de la sainte communion, et les lecteurs.

Dans un décret plus récent il précise un certain nombre de points, dont le suivant :

Les rites de l’Église romaine, dont nous faisons partie, utilisent des mots précis et font référence à des actions particulières et à des gestes, qui concernent le prêtre d’une part, et aussi les fidèles, qui joignent leurs cœurs dans leur culte de Dieu. Nous sommes encouragés, en tant que corps mystique du Christ, à une conversion continuelle dans la Foi, et à renforcer ce qui est bon et saint dans nos vies individuelles ou communautaires en tant que Catholiques, et à nous débarrasser de ce qui est mauvais.

Et ailleurs dans le décret :

Une attention particulière devra également être observée en ce qui concerne le geste au moment du Notre Père. C’est au seul prêtre qu’il revient d’étendre les mains. Nulle part il n’y a d’instruction enjoignant le diacre ou les fidèles à le faire. Aucun geste n’est prescrit pour les fidèles laïcs dans le Missel Romain, ni dans la Préface générale du Missel romain, que les fidèles laïcs ne devraient jamais étendre les mains ni se tenir par les mains.

Ce décret fait également en quelque sorte écho à nos deux articles récents :

Quelques gestes du diacre à la Messe

Quelques gestes des fidèles à la Messe.

Notons que de tels décrets devraient également exister dans chacun des diocèses, pour préciser ou mettre en œuvre des coutumes locales si elles sont légitimes et approuvées. Remarquons enfin le courage de cet évêque qui n’hésite pas à faire preuve d’autorité contre des pratiques qui sont malheureusement répandues un peu partout et qu’il décourage explicitement. Enfin, prions pour que de telles idées qui sont complètement a-liturgiques (le fait de se prendre la main à la messe pendant le Pater ou tout autre action liturgique) cessent d’être pratiquées ou promues ici en France.

En attendant : un petit sticker à apposer sur votre missel, ou même, à l’entrée de votre église paroissiale :


Et si vraiment cela ne suffisait pas, nos amis américains nous proposent un accessoire qui peut dans certains cas se révéler indispensable :


Le gant spécial « Notre père en se tenant par les mains » est en une seule taille et s’adapte à la forme de votre main droite ou gauche, afin que vous puissiez facilement glisser votre main discrètement hors de celle de votre voisin progressiste à votre droite ou à votre gauche, sans qu’il s’ne aperçoive parce qu’il continue à avoir une main à tenir. Pendant ce temps là, vos véritables mains jointes avec révérence, vous pouvez prier la prière du Seigneur sans être englué dans cette chaîne géante de paix façon années 1960.

Les lecteuses – suite.

Sur le blog WDTPRS une bonne question et un débat auquel nous avons fait plusieurs fois référence sur ce site, ici, ici, et ici.

QUAERITUR: What is wrong with women being lectors? :Posted on 7 January 2013 by Fr. John Zuhlsdorf

Traduction : Requête : Qu’est-ce qui ne va pas avec les femmes – lecteurs [dans la liturgie] ? (le 7 janvier 2013, par l’abbé John Zuhlsdorf

First, only men are instituted, “official” lectors. Women can only substitute for them in their absence. Thus, they are an permitted exception to the rule.

Traduction : Premièrement, seuls les hommes sont institués lecteurs « officiels ». Les femmes peuvent seulement y être substitués en leur absence. Il y a donc une exception permise à la règle.

Commentaire : Oui, c’est assez surprenant, mais l’abbé Zulsdhorf a raison. Il n’ya pas de « lecteuses » dans le rite romain, et l’usage répandu de faire lire l’épître par Mme Michu est non seulement une exception à la règle mais en plus ne saurait être mise en œuvre de façon systématique sous prétexte de « parité » : j’ai déjà vu des curés m’expliquer qu’il fallait toujours faire lire le dimanche la première lecture par un homme et la seconde par une femme, pour respecter l’égalité… ! Or, vous me direz, on le voit souvent et même pas plus tard qu’hier, à la messe de l’Epiphanie, messe pontificale célébrée par le S. Père au cours de laquelle il y a eu quatre consécrations épiscopales ! Alors ? Et bien constatons tout de même un chose : malgré la demande explicite de certains pères synodaux (lors du Synode sur la Parole de Dieu), largement reprise par les médias de l’époque, la règle subsiste : il n’y a pas d’institution au lectorat pour les femmes ; la lecture par une femme à la messe n’est donc pas une règle.

Second, the very idea of women entering the sanctuary to perform a liturgical role is a historical oddity.

Traduction : Deuxièmement, l’idée même d’une femme qui entre dans le sanctuaire pour un rôle liturgique est une bizarrerie historique.

Commentaire : oui, c’est tout à fait exact. Le problème c’est qu’au moins en France, on n’a plus vraiment idée de ce qu’est le « sanctuaire ». Concrètement, c’est l’endroit où se tiennent les ministres qui ont une action à faire dans la liturgie de la Messe. Et la lecture étant une action liturgique véritable – et non pas une sorte de « dévotion biblique » qui précéderait pour s’y préparer – la liturgie de l’Eucharistie, il est préférable, que le lecteur ne soit pas présent du début à la fin de la liturgie dans le sanctuaire. Conséquemment, il n’est pas envisageable non plus qu’il ne soit pas dans la tenue du ministre (qui est l’aube). En tirant ces conclusions jusqu’au bout, s’il y a d’autres clercs présents (mais qui n’ont pas de rôle liturgique) ils ne se tiennent pas dans le sanctuaire mais dans le chœur, le chœur étant l’endroit où l’on chante… Pas l’endroit où est célébré le sacrifice eucharistique.

C’est pourquoi la lecture se fait de l’ambon, qui n’est rien d’autre qu’une extension de l’autel. Dans les églises où l’aménagement du sanctuaire a été fait correctement, l’ambon est lui-même dans un lieu surélevé, comme l’autel, et il st réalisé dans une logique architecturaleet décorative qui signifie cette parenté afin d’exprimer l’unicité de la table de la Parole et la table du Corps du Christ en conformité avec la théologie exprimée dans Vatican II par Dei Verbum, n°21 et Sacrosanctum Concilium, n°7 : « Lorsque dans l’Église on lit la Sainte Écriture, c’est le Christ lui-même qui parle. » L’acte liturgique de la lecture est un sacramental. Il donc est essentiel que le cérémonial signifie cette réalité.

Third, we need a deeper understanding of “active participation”.

Traduction : Troisièmement, il nous faut une meilleure compréhension de la « participation active ».

Commentaire : oui, en effet : si une femme ne fait pas de lecture à la messe, cela ne s’ensuit pas que les femmes ne participent pas à la messe. Il faudrait même aller plus loin et pour tous : la lecture n’a pas pour fonction de faire connaître un passage de l’écriture sainte aux « auditeurs ». La véritable question n’est donc pas de savoir s’il est plus efficace pour une femme ou pour un homme de faire la lecture. Dans les commentaires du billet de blog de l’abbé Zulsdhorf, quelqu’un faisait remarquer que les annonces dans les aéroports sont toujours faites par des voix de femmes par ce que nous y sommes plus attentifs, en répondant un peut de façon polémique à un autre intervenant qui expliquait quant à lui qu’en réalité, non, une voix de femme ne sera pas vraiment écoutée par des hommes tandis qu’une voix d’hommes sera toujours écoutée par des femmes. Tout cela réduit le débat à la question des rapports entre pouvoir et clergé dans l’Église occidentale, question qui est à la source des revendications pour l’ordination des femmes au diaconat et à la prêtrise. Certaines personnes avancent même qu’en Orient, la question ne se pose pas dans ces termes, puisque justement, il n’y a pas ce rapport pouvoir / conflit entre clercs et laïcs. Peut être que justement une meilleure compréhension et application du Motu Proprio (de Paul VI) sur la réforme des ordres permettra à terme l’Église d’occident d’évoluer sur ces questions.

La lecture liturgique a pour fonction essentielle de permettre à la bible de devenir parole de Dieu (Cf. Cardinal Vanhoye, expert au Concile Vatican II), de faire entendre en quelque sorte d’incarner le Christ. Dans l’absolu, la lecture de la messe est faite essentiellement pour signifier que le Christ est au milieu de nous, par Sa parole. Cette réalité et cette signification essentielle dépasse de loin tout autre contrainte : dans l’absolu, même en langue étrangère, c’est-à-dire sans compréhension possible pour les auditeurs, la fonction liturgique est tout de même remplie. C’est la raison pour laquelle il y a un intérêt pastoral mais un non sens liturgique de « doubler » les lectures ; et que cela a un vrai sens de le proclamer (les chanter) en langue morte (grec ou latin) comme cela peut être très souvent vu à Rome, ou ailleurs.

Fourth, because the lectorate has always been a step to Holy Orders, women reading in the sanctuary can be seen by some as a step to the ordination of women to the priesthood.

Traduction : Quatrièmement, le lectorat a toujours été une étape vers les Saints Ordres, une femme qui lirait dans le sanctuaire ne peut être vu que comme une étape vers l’ordination des femmes à la prêtrise.

Commentaire : il y a sur notre site plusieurs articles déjà parus sur cette question : rappelons cependant plusieurs choses. Avant Ministeria Quaedam (qui réforme les ordres après Vatican II, motu proprio de Paul VI), celui qui recevait l’ordre mineur du lectorat ne lisait jamais, puisque la lecture était faite à la messe par le sous-diacre (épître) ou le diacre (évangile). Ensuite rappelons que le Missel de Paul VI prévoit que le sous-diacre lise à la Messe. Enfin, rappelons que le lecteur institué peut être appelé sous diacre (et pourquoi pas être habillé et fonctionner comme tel dans la liturgie de la messe). Enfin, disons le franchement : la suppression de la fonction liturgique de sous-diacre, c’est-à-dire du rôle de celui qui lit l’épître à la messe (et pour montrer l’unité de la table de la Parole et de la Table de l’Eucharistie, il a aussi un rôle mineur dans la liturgie eucharistique) est partie prenante du suicide culturel que subit la liturgie en Occident dans la deuxième partie du XXème siècle ; suicide qui n’est pas vraiment voulu par Paul VI (cf. Ministeria Quaedam, qui cherche à aligner la pratique occidentale avec la pratique orientale, où le sous-diaconat n’a jamais été un ordre majeur, mais une fonction liturgique essentielle). Il y a je crois des réflexions dans ce sens qui furent proposées dans ce sens par le Cardinal Ratzinger. Peut être nos lecteurs sauront retrouver les bonnes références… En tout cas il est aujourd’hui, depuis Benoît XVI, commun de voir un sous-diacre chanter l’épître en grec aux messe pontificales à S. Pierre de Rome…

Par ailleurs, parce que le lectorat est une étape vers l’ordre, et même l’étape ultime avant de recevoir l’ordination diaconale, il n’est pas envisageable de la conférer à une femme. Pour autant, ce n’est pas parce qu’on reçoit le lectorat que l’on est destiné aux ordres. Il y aurait une véritable réflexion à avoir là dessus. Il pourrait y avoir des lecteurs institués qui ne soient pas de  futurs diacres (permanents ou non). Et enfin, une autre ouverture : parce qu’il existe justement des degrés d’institution qui même si elles sont nécessaires à l’ordination ne mènent pas forcément vers elle, il y aurait peut être une relecture à faire sur la question de la pratique actuelle du diaconat permanent ? Mais c’est un autre sujet.  Pour une autre fois !DSC_3374

Le Rock à la messe ?

Pour commencer l'année scolaire / universitaire / pastorale en fanfare, une contribution d'un ami : Réponse à l’article de Famille Chrétienne, « Musique d’Église, musique de parvis » du n°1744. C'est vrai après tout : pourquoi faudrait-il par principe être d'accord avec Famille Chrétienne ?

(Mais que cela ne vous empêche pas dans le dernier numéro, de lire l'excellent article sous la plume de Jean-Claude Bésida, sur l'enfer – qui soit dit en passant, apparamment non seulement existe, mais … n'est pas vide !)    

     « Pourquoi faudrait-il par principe interdire le rock à la messe ? » objecte Philippe Benoît. « Cette musique rythmée – dans laquelle il englobe rock, reggae, rap, techno sans dresser de liste exhaustive- est donc à recevoir comme quelque chose que Dieu visite. Le tout étant de savoir distinguer une musique purement commerciale d’une musique de qualité, comme l’indique le cardinal Ratzinger. »

Pour reprendre effectivement les propos du cardinal Ratzinger dans l’Esprit de la liturgie, voici ce qu’il dit en se demandant « quels sont les modalités et les critères d’une acculturation, dans le domaine de la musique sacrée, qui tout à la fois préserve l’identité du fait chrétien et permette à son universalité de se déployer » : « dans cette recherche, l’Église est directement concernée par le développement de deux types de musique nés en Occident qui, depuis plusieurs décennies, façonnent la culture à l’échelle planétaire. D’une part, une musique commerciale, destinée au « peuple », mais qui n’a plus rien de populaire au sens traditionnel du terme. Produite industriellement, elle appartient aux phénomènes de masse et n’est rien d’autre, finalement, qu’un culte de la banalité. D’autre part, la musique « rock » et ses dérivés, en particulier aujourd’hui la techno, qui sont les vecteurs de passions élémentaires et qui, dans les grands festivals, développent un caractère cultuel, jouant même le rôle d’un anti-culte par rapport au culte chrétien. Pris dans le mouvement de la foule, soumis à l’ébranlement du rythme, du bruit et des effets de lumière, les participants se sentent pour ainsi dire libérés d’eux-mêmes. Dans l’extase provoquée par l’annihilation de toute barrière et la chute de toute inhibition, ils déchaînent en quelque sorte les forces élémentaires de l’univers, dans lesquels ils finissent par se faire engloutir. »

La « musique rock et ses dérivés », si elle est effectivement entrée dans les mœurs – elle « façonne la culture à l’échelle planétaire » – semble bien avoir des effets incompatibles avec le culte liturgique et même poursuivre des fins radicalement opposées à la finalité de la liturgie. Pierre Benoît affirme que «  le rock n’est plus le cheval de Troie d’une contre-culture ». Pourtant le cardinal Ratzinger montre que, par ses composantes rythmiques et sonores, il peut aller jusqu’à jouer « le rôle d’un anti-culte par rapport au culte chrétien ». Aussi, même si Pierre Benoît explique que le rock et ses dérivés auraient besoin d’être adaptés pour un usage liturgique, on peut se demander si l’on fait bonne route en puisant dans ce style musical pour de nouvelles compositions liturgiques.

Pierre Benoît souligne à juste titre que les nouvelles compositions ne doivent pas « être cantonnées à un public jeune, au risque de segmenter le peuple des fidèles ». Pourtant – c’est un avis personnel – n’a-t-on justement pas trop souvent l’impression de devoir subir une musique destinée à des adolescents, superficielle ou mièvre, et d’avoir à céder à un jeunisme envahissant alors que l’on ne se trouve pas dans un rassemblement de jeunes ? Voici d’ailleurs ce que dit à propos des Messes destinées aux jeunes l’instrumentum laboris du synode sur l’Eucharistie de 2005 au numéro 62 : « une attention particulière est accordée, dans quelques réponses, à la musique et au chant durant les Messes pour les jeunes. À ce sujet, il est souligné l'importance d'éviter toute forme musicale qui n'invite pas à la prière, parce qu'assujettie à des règles d'usage profane. Certains musiciens font preuve d'une trop grande préoccupation pour la composition de nouveaux chants, succombant presque à une mentalité consumériste, sans se préoccuper de la qualité de la musique et du texte et en négligeant trop facilement un immense patrimoine artistique dont la valeur théologique et musicale a fait ses preuves dans la liturgie de l'Église. »

Le cardinal Ratzinger explique aussi que « la musique de l’Église, à l’origine, est un « charisme », un don de l’Esprit, la véritable « glossolalie », la langue nouvelle issue de l’Esprit. C’est elle qui donne lieu à la « sobre ivresse » de la foi. « Ivresse » parce que toutes les possibilités de la pure rationalité ont été dépassées, mais ivresse « sobre », parce que le Christ et l’Église vont de pair, et que ce langage ivre reste totalement sous la discipline du Logos, dans une nouvelle rationalité qui, au-delà de toute parole, est au service de la Parole primordiale, fondement de toute intelligence. » Plus loin le cardinal poursuit : « à propos de cette « sobre ivresse », l’histoire de la musique nous offre un exemple de sobriété, de rationalité supérieure, susceptibles de mettre un frein à l’engloutissement dans l’irrationalité et la démesure ». À ce propos, le cardinal Ratzinger explique que le rock et ses dérivés empêchent leurs adeptes inconditionnels d’être touchés par « la musique de la sobre ivresse de l’Esprit-Saint ». D’ailleurs, Pierre Benoît cite à juste titre le chant grégorien comme un modèle. On voit pourtant mal, étant donné ce qui vient d’être dit, comment rapprocher rock et grégorien. Voici ce que dit l’exhortation post-synodale sacramentum caritatis de 2005 au numéro 42 : « dans la liturgie nous ne pouvons pas dire qu'un cantique équivaut à un autre. À ce sujet, il convient d'éviter l'improvisation générale ou l'introduction de genres musicaux qui ne sont pas respectueux du sens de la liturgie. »

Ce constat, dit-il, ne doit pas porter au découragement. Sans proposer de solution toute faite, le cardinal Ratzinger rappelle la valeur inestimable des chefs d’œuvre de la musique sacrée des siècles passés. Bach, Mozart et Haydn sont cités en exemple. Enfin et surtout, le chant grégorien, à la suite de tous les grands textes romains sur la musique sacrée, dont le concile Vatican II[1], est montré comme ayant toujours constitué un modèle de référence permanent, ainsi que « la grande polyphonie du temps du renouveau catholique (dont Palestrina est la grande figure[2]) ». Pourtant force est de constater que la grande musique sacrée est peu estimée et peu pratiquée dans les églises. Des efforts suffisants sont-ils faits pour la promouvoir à l’intérieur des célébrations liturgiques ? Pourtant il semble bien que ce soit un des moyens efficaces pour renouer avec une musique liturgique de qualité. D’après ces indications, le chant grégorien devrait donc être la pratique habituelle, courante, dans nos liturgies. Il s’agit non pas d’une querelle de chapelle ou d’une revendication d’exclusivité, mais de lui donner la place qui lui revient. La liturgie peut être étudiée de manière théorique ; elle doit avant tout être pratiquée, vécue. Nos liturgies devraient donc permettre de prier avec ces trésors artistiques, qui n’ont pas toute leur force s’ils sont seulement écoutés en concert ou en privé. C’est à cette condition qu’ils pourront inspirer les artistes et faire fleurir des compositions de qualité.

Pour conclure, je trouve que l’analyse proposée dans l’article « musique d’Église, musique de parvis » reflète peut-être une lecture un peu rapide du cardinal Ratzinger auquel l’auteur se réfère et, plus largement, des textes romains sur la musique sacrée. Nous avons là des orientations importantes pour que notre époque continue d’enrichir le patrimoine musical de l’Église et surtout soit élevée vers Dieu dans l’adoration et la louange.

Paul Regnier

 

      



[1] SC  116 « L’Église reconnaît dans le chant grégorien le chant propre de la liturgie romaine ; c’est donc lui qui, dans les actions liturgiques, toutes choses égales d’ailleurs, doit occuper la première place ». (Admettons au moins que l’expression obscure « toutes choses égales d’ailleurs » ne peut réduire à néant le reste de la phrase : le chant grégorien doit occuper la première place.)

Cette phrase est reprise dans la dernière présentation générale du missel romain (2002) au numéro 41. Elle est donc d’actualité.

« Que les futurs prêtres, dès le temps de leur séminaire (…) soient préparés à utiliser le chant grégorien ; on ne négligera pas la possibilité d’éduquer  les fidèles  eux-mêmes (…) au chant grégorien de certaines parties de la liturgie».

[2] ) cf. exhortation post-synodale Sacramentum Caritatis, 42 : « Le peuple de Dieu rassemblé pour la célébration chante les louanges de Dieu. L'Église, dans son histoire bimillénaire, a créé et continue de créer des musiques et des chants qui constituent un patrimoine de foi et d'amour qui ne doit pas être perdu. »

Cardinal Arinze (2) : les filles enfant de choeur

Le cardinal Arinze, ancien préfet de la Congrégation du culte divin, le « ministre de la liturgie » de Jean-Paul II puis de Benoît XVI, donne de précieuses indications sur l’interprétation des textes officiels de la liturgie romaine (forme ordinaire), spécialement sur des questions controversées (septembre 2007).

« Je pense qu’introduire des filles au service de l’autel fut une erreur. (…). Je n’ai pas le pouvoir de changer ça. Cependant il faut rappeler que traditionnellement, les garçons enfant de chœur ont toujours eu une grand attention, parce que c’est d’eux que sont issus la plupart des séminaristes. Parce qu’ils sont près du prêtre et c’est pour cela que Dieu leur donne de cette façon la grâce ; et si le prêtre fait bien, ils aimeront être comme lui. Donc c’est naturel, c’est tout. Les Italiens appellent les enfants de chœur les « petits clercs », (…) Dans mon pays, le curé de la cathédrale envoie chaque année au petit séminaire au moins 20 à 30 garçons, chaque année, qui sont tous des enfants de chœur. Parce que les femmes ne sont pas ordonnées prêtres, si elles se trouvent dans la même situation près de l’autel, que va-t-il advenir ? Vous ne pouvez pas faire d’elle un prêtre … Voulez vous la frustrer ? »
« L’Eglise n’oblige aucun évêque ou prêtre à avoir des filles enfant de chœur. »
« Dans notre document Redemptionis sacramentum, vouez comme c’est formulé : traditionnellement, ce sont les garçons qui servent la messe. En certains cas, sur autorisation de l’évêque du lieu, les filles peuvent être amenées à servir la messe… Ce n’est pas une loi divine que les femmes ne servent pas la messe. L’Eglise a pu l’autoriser. Donc il faut que nus fassions avec. Mais si cela dépendait de ma seule responsabilité, vous savez bien ce qu’il arriverait. »