Sur le chemin de Noël

Cette année, le temps de l’Avent est très court et le 4e dimanche est à peine commencé, qu’on en est déjà aux premières Vêpres de Noël, à quelques heures de la messe de minuit. Bonne occasion de réaliser que Noël nous surprend toujours. Comme les douleurs sur la femme enceinte, la Nativité du Sauveur, arrive tout soudain, alors qu’on n’a pas fini de préparer la layette, et que nos cœurs, que nous voudrions prêts pour accueillir un si grand mystère, sont à peine conscients du grand moment qui est sur le point d’arriver, occupés que nous sommes  à mille choses qui nous tirent loin de l’essentiel.

Il faut arriver à faire de cette situation notre chance. Si le Seigneur voulait nous voir tout à fait prêts, il ne serait pas venu si incognito. Il s’agit de prendre au vol ce moment pré-cieux, où le ciel vient rejoindre la terre, sans nous affoler d’être encore lourds et grossiers. Les bergers qui ont été les partenaires choisis pour recevoir le message du ciel ne devaient pas présenter toutes les conditions idéales de finesse et de spiritualité, pourtant c’est eux qui ont entendu les anges annoncer « Gloire à Dieu et paix sur la terre ». Et ils sont allés à la crèche.

Ne boudons pas notre joie au moment où celle-ci nous est donnée. La venue du Christ dans la chair, opérée une fois pour toutes, a des conséquences toujours nouvelles. Aujourd’hui, c’est chez nous que le Sauveur veut habiter. Dans cette petite cellule de notre cœur, dans ce tabernacle secret que nous portons en nous et qu’il veut remplir de sa lumière. Bien sûr, il est souhaitable d’avoir le mieux possible préparé les choses pour sa venue,  par des temps de mé-ditation et de lecture, par une attention plus fervente, par de petites ou grandes résolutions. Mais encore une fois, nous serons encore pris de court, quand le Seigneur viendra.
Transformons cette surprise en un abandon confiant. Reconnaissons notre maladresse et nos lourdeurs, mais ne renonçons pas à cette vie et à cette joie qui nous sont données. Si le Seigneur a pris des risques – et quels risques ! – en venant chez nous, c’est à lui de faire ce qu’il faut maintenant pour que nous entrions dans son aventure. Quand il est à notre bord, nous savons que déjà la rive n’est pas loin et que l’espace pour nous infranchissable quelques minutes plus tôt se réduit soudain considéra-blement (relisez dans ce sens Jean 6,18-21).

C’est ensuite qu’il ne faudra pas laisser s’échapper notre joie, et permettre à la grisaille et à la morosité de prendre le dessus sur notre paix, sous prétexte que certaines choses se seront mal passées, que le gâteau était raté ou que nous avons eu un mot malheureux avec un de nos invités. Le fil une fois tenu, il s’agit de ne pas le lâcher, et, si nous le laissons échapper, de le ressaisir vite.

Ce n’est pas si simple de s’adapter à un enfant, quand on est devenu une grande personne, c’est pourtant à cela que nous invite Jésus. Apprenons à rire avec lui, à jouer avec lui, à nous reposer près de lui, et que nos peines et nos larmes ne soient pas plus de longue durée que celles d’un tout-petit…

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