Sur l’appellation « Office des lectures »

L'appellation est nouvelle et… Problématique. On voit bien que "l'office des Lectures" c'est l'héritier de l'office nocturne de l'ancien bréviaire romain, les Matines. Il a probablement été décidé de l'appeler comme cela parce que la plupart des gens (prêtres) récitaient cet office par devers eux en dehors de la nuit, ou pendant le jour… Il fallait revenir à une certaine "vérité des heures" et c'est louable. En effet, cela n'a pas grand sens de réciter les Vêpres le matin ou les Laudes le soir. De même, réciter les Matines en pleine journée est dommageable. Pour autant, on peut aussi réfléchir à autre chose ; l'appellation "Matines" non plus n'est pas vraiment authentique. C'est manifeste lorsqu'on lit la Règle de Saint Benoît * qui parle pour cet office explicitement des "Vigiles", l'appellation "Matines" revenant aux "Laudes matutinas", c'est à dire l'office du début du jour, les "louanges du matin". Et nous allons voir que cette appellation bénédictine est tout à fait éclairante sur le contenu théologique de cet office particulier.

Pourquoi cette appellation "Vigiles" dans Saint Benoît ? C'est vraiment intéressant de penser que c'est l'office liturgique le plus long qui est récité / chanté pendant les veilles. Aux complies, nous chantons Sobrii estote, vigilate ! Soyez sobres et vigilants. En effet, depuis les temps les plus anciens du christianisme, les croyants prient la nuit car c'est en pleine nuit que l'époux survient (comprendre = la Parousie), cf. la paraboles des vierges. C'est probablement l'office liturgique qui a le contenu le plus eschatologique – à cause de son horaire -, avec bien sûr la Ste Messe et l'acclamation "Mortem tuam annuntiámus, Dómine, et tuam resurrectiónem confitémur, donec vénias." (Nous annoncons ta mort, Seigneur, nous célébrons ta résurrection, jusqu'à ce que tu viennes".)

Donec venias : c'était, à une lettre près, la devise abbatiale de dom Delatte. Tout ça pour dire que l'eschatologie est fondamentale dans la prière chrétienne, et que c'est éminemment traditionnel. L'office des "Vigiles" ou des "Lectures" donc, "dans le bon esprit" devrait quand c'est possible être récité ou chanté après les complies et avant les laudes. La réforme du bréviaire romain a laissé la possibilité de le faire en dehors de ce créneau, mais il ne faut pas pour autant – en rebaptisant cet office – en oublier la teneur doctrinale. C'est la raison pour laquelle il commence habituellement par le psaume invitatoire (94).

C'est donc assez suprenant de voir le site "http://www.prieravecleglise.fr/" proposer "l'office des lectures" après les laudes et de façon systématique sans le psaume invtatoire, alors que l'option est proposée aux laudes… Un peu incohérent, tout de même. Nous ne sommes évidemment pas ici dans "l'abus liturgique" mais dans un phénomène patent de manquement à l'ars celebrandi. Ceci dit, le fait de proposer l'office des lectures sur internet est évidemment une excellente initiative à encourager !

Cet office des "Lectures" ou "Vigiles" ou encore "Matines" pour tous ceux qui sont habitués aux anciennes appellations est donc très intéressant et gagnerait à être plus pratiqué. Nous l'avons déjà chanté quant à nous plusieurs fois. Il a en effet depuis des siècles était très fécond en compositions musicales. On pense évidemment aux "leçons de ténèbres" de la semaine sainte, c'est à dire les "Lectures" (et oui !) mises en musique par un certain nombre de compositeurs de l'époque baroque. On pense moins aux antiennes et répons. Il y a pourtant d'immenses chefs-d'oeuvres qui gagneraient à être davantage connus et surtout priés. Nous signalons donc une heureuse initiative, le site "Gregofacsimil" (http://www.gregofacsimil.net/restitution.html ) qui propose un travail sur la restitution des mélodies grégoriennes des répons de l'office de nuit.

Par ailleurs, de façon pratique, pour célébrer de façon ornée et avec psalmodie, antiennes cet répons chantés l'office nocturne, on pourra utiliser le lectionnaire monastique latin-français de Solesmes qui propose une répartiton des lectures conforme à l'ordo liturgique post-conciliaire (années A, B et C pour les dimanches, années paires et impaires pour la semaine). Solesmes propose également une répartition des psaumes et répons nocturnes conformes à l'ancien bréviaire romain. Les répons et leur partitions peuvent être trouvés dans le Liber Hymnarius (ISBN 2-85274-076-1) ou dans le Processionale monasticum (ISBN 2-85274-080-X). Tout cela est en vente sur le site de l'abbaye Saint Pierre de Solesmes http://www.abbayedesolesmes.fr/FR/livres/ à moins que vous souhaitiez utiliser le site web Gregofacsimil précédemment mentionné et qui a déjà fait un gros travail pour faire vivre ce répertoire. Avec tous nos encouragements !

* Règle de Saint Benoît : VIII DE OFFICIIS DIVINIS IN NOCTIBUS  Hiemis tempore, id est a kalendas Novembres usque in Pascha, iuxta considerationem rationis, octava hora noctis surgendum est, 2 ut modice amplius de media nocte pausetur et iam digesti surgant. 3 Quod vero restat post vigilias a fratribus qui psalterii vel lectionum aliquid indigent meditationi inserviatur. 

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