Soyez patients (IIIème dimanche de l’Avent)

J’admire beaucoup les gens patients, moi qui ne le suis pas du tout. Ils sont forts, ceux qui attendent leur heure et ne se laissent pas troubler par les retards qui se sont accumulés sur leur route, ceux qui ne remettent pas tout en cause parce que l’échéance est encore remise à plus tard et que décidemment rien n’avance…

 

Saint Jacques nous dit clairement que cela doit être notre attitude, face au bonheur que Dieu nous a promis et qui tarde à venir. Il y a plusieurs manières de déroger à la patience. La première est l’attentisme : puisque cela ne dépend pas de moi, puisque Dieu a ses vues, je m’organise dans mon coin, je gère mes affaires, je m’occupe de ce qui me regarde et pour le reste on verra bien. C’est l’attitude de ceux qui n’attendent pas grand’chose et dont l’horizon ne dépasse guère cette vie. A ceux-là il est urgent de recommander une cure d’espérance, dont l’Avent est l’occasion. Dieu ne nous a pas dit que notre vie allait changer, pour nous laisser croupir dans le présent, il s’agit d’éveiller un désir très fort des biens qu’il nous laisse entrevoir : la vraie fraternité avec les autres, une vie délivrée de l’angoisse du lendemain, et surtout une union tendre et forte avec Jésus, notre ami, notre frère, note Tout. Si ça ne nous fait pas envie, je me demande à quoi bon vivre et nous donner du mal. Donc notre patience doit être « ardente », il s’agit de préparer tout ce qui peut l’être, comme on confectionne la layette de bébé, à l’approche d’une naissance. On appelle, on crie, comme la pauvre veuve de l’Evangile, et on dit au Seigneur, comme si souvent les Psaumes, « jusques à quand ? »

 

Pourtant on doit absolument refuser au découragement le droit de se frayer un chemin jusqu’à notre cœur, quand les délais s’allongent et que le résultat semble s’éloigner à l’horizon. Le bonheur que Dieu nous promet (Tite 2,13, c’est ainsi que traduit le Missel, mais il vaudrait peut-être mieux dire : la bienheureuse espérance) est une question de relation de personne à personne, ce n’est ni une conquête ni une loterie, par conséquent, il nous faut apprendre à dépendre d’un autre, de son rythme à lui, de sa vision des choses. Et c’est ce qui nous est devenu très difficile. Le péché des origines a consisté précisément en cela : à vouloir prendre le fruit de la connaissance du Bien et du Mal, sans attendre le moment que Dieu avait fixé pour que ce cadeau soit bénéfique ; notre péché à nous, c’est souvent de vouloir mener la barque à notre façon, d’exiger tout tout de suite et, si on ne nous le donne pas, de nous détourner de la confiance. La vie selon l’espérance (et Notre Saint Père vient de nous en parler dans sa récente encyclique), c’est un apprentissage de la vie à deux, où Jésus nous fait cheminer à ses côtés.

 

La patience se fonde finalement sur l’amour. Si Dieu est pour nous un maître exigeant, un patron qui ne voit que les résultats, si Jésus n’est pas l’ami très tendre qui a commencé à illuminer nos vies, le délai mis à la réalisation des promesses sera pour nous l’occasion de mettre en doute tout l’ensemble de notre histoire avec lui et nous nous enfermerons dans le scepticisme triste et blasé.

 

Mais si, au contraire, nous avons commencé à voir comment agit le Seigneur, nous allons garder la certitude qu’il fait tout ce qu’il peut pour abréger les délais, et qu’à ses élus, il fait, comme il dit, « prompte justice » (Luc 18,8). Loin de vouloir jouer le vilain jeu qui consisterait à tendre la corde au maximum, jusqu’à ce que nous craquions, il est économe de la peine de ses serviteurs. S’il nous laisse apparemment seuls sans intervenir, c’est encore pour nous, pour que nous ayons devant lui la fierté de ceux qui auront gardé la petite flamme jusqu’à son retour.

 

Alors, patience !

 

Michel GITTON

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