Solennité du Christ-Roi

          LA question de Pilate qui le presse de dire s’il est roi oui ou non, Jésus répond : « tu le dis (et tu as raison de le dire) : je suis roi. Je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité ».

Venu dans le monde pour exercer la royauté ou pour rendre témoignage à la vérité ? Qu’est-ce ces deux choses ont à voir ensemble ? Les politiques s’occupent du possible, il ont à gérer le bien commun et ce n’est déjà pas mince affaire, ils n’ont pas en charge en plus la vérité. C’est aux savants et aux philosophes de s’en occuper et aux juges de vérifier que les témoignages y correspondent… Notre scepticisme devant les discours des hommes politiques vient de la conviction qu’ils n’ont pas grand-chose à voir avec la vérité. Ce qu’on en attend, c’est qu’ils atteignent leur but, qu’ils soient efficaces pour ramasser des voix ou conclure des alliances, pas beaucoup plus…

 
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La récente encyclique du Pape Benoît XVI, qui s’intitule de façon significative : Caritas in Veritate (la charité en vérité), révèle la place que devrait occuper la vérité dans la recherche du bien commun des sociétés humaines : « En aidant les hommes à aller au-delà de leurs opinions et de leurs sensations subjectives, la vérité leur permet de dépasser les déterminismes culturels et historiques et de se rencontrer dans la reconnaissance de la subs-tance et de la valeur des choses. La vérité ouvre et unit les intelligences dans le lógos de l’amour » (n.4).

Ceux qui n’ont vu dans la politique qu’une technique, et dans le discours qu’une arme ou un outil pour arriver à ses fins, n’ont pas vraiment servi ceux dont ils avaient la charge. A l’extrême, on a aperçu dans les régimes totalitaires comment la vérité pouvait être prise en otage par un système et se dénaturer. Le discours du parti est au service de sa « ligne » et donc épouse les contours d’une stratégie de pouvoir. Peut être vrai un jour ce qui était faux la veille et réciproquement, selon les besoins   du moment. Staline pouvait dicter  à la biologie ses conclusions, via Lyssenko, et répandre ainsi une vérité officielle que nul ne pouvait contredire.

La première résistance à l’oppression a toujours été de refuser d’être complice du mensonge, quelque prix qu’il faille payer pour en sortir. Le pape est en train de nous expliquer que la vérité est une donnée essentielle pour une politique respectueuse de l’homme. Elle seule peut faire l’unité au-delà des intérêts qui s’affrontent. Si des hommes de tendances et d’appartenances différentes arrivent à tomber d’accord sur un bien nécessaire à tous, si, au lieu de céder à la contrainte ou au rapport de forces, ils rendent ensemble les armes à une vérité plus haute, tout le monde sort grandi de l’expérience. C’est cette vérité, qui n’a rien d’une prison d’idée ou d’un système, qui rend l’homme libre, parce qu’elle le fait sortir des à-peu-près et des compromis, pour se situer personnellement face à ce que Benoît XVI appelle la substance et la valeur des choses.
Le Christ est bien ce roi, dont la mission essentielle est de porter témoignage à la Vérité de son Père. Nul autre que lui ne l’a payé aussi cher. Mais, à ce prix, il a acquis le droit de la dire aux hommes et aux sociétés et de leur apprendre ainsi ce qui peut les faire grandir. Les hommes ont plus besoin de vérité que de pain.

Michel GITTON

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