Série spécial chiffons (2) : l’amict, l’aube parée, l’amict paré.

Cet article, paru en 2008 a été mis à jour en décembre 2012.

Nous avons déjà souligné dans nos pages notre franche préférence pour les ornements dits « gothiques », qui sont tout simplement en réalité la forme traditionnelle des ornements de la liturgie dans les rites latins, et parmi eux, en particulier, de notre rite, le rite romain.

Dans l’épisode précédent, nous écrivions quelques lignes sur l’aube, qui est le « vêtement commun des ministres », c’est-à-dire de tous ceux qui on un service à accomplir au sanctuaire. (Rappel : le « sanctuaire » n’est pas à confondre avec le « chœur » : le sanctuaire, c’est là où se place le clergé pour officier, auprès de l’autel, du trône pontifical, du siège du célébrant ; à l’entrée du sanctuaire, comme partie prenante de ce dernier, l’ambon, d’où est notamment chanté l’Evangile ; le chœur quant à lui, c’est l’endroit où le placent les ministres pour le chant « choral » de la liturgie.  Le chœur est souvent, dans l’arrangement classique des églises, distinct du sanctuaire ; dans les grandes églises avec chapitres, basiliques, cathédrales, le chœur est meublé de stalles).

L’amict : prononcer « ami ».

Avant de revêtir l’aube, si elle n’entoure pas parfaitement le col de l’habit commun, on revêtira l’amict. (Présentation Générale du Missel romain).

Le Missel précise que si  l’aube recouvre le col de l’habit commun, il n’est pas nécessaire. Il faut bien constater que dans beaucoup de cas, nos ministres considèrent que l’aube couvre toujours le col de l’habit commun ; mais ce n’est souvent pas exactement le cas…

Cette pièce de tissu carrée, reliée de deux cordons fins, permet de cacher le col de l’habit commun. Il se place autour de cou après avoir brièvement été imposé sur la tête ;

l’Eglise y voit le symbole du « casque du salut » :

(Eph 6,17)

Gáleam salútis assúmite et gládium Spíritus, quod est verbum Dei;

Prenez aussi le casque du salut, et le glaive de l’Esprit, qui est la parole de Dieu.

Pour nous qui sommes du jour, soyons sobres, prenant pour cuirasse la foi et la charité, et pour casque l’espérance du salut.

Dans le code des rubriques du missel romain dans son édition de 1962, des prières sont proposées pour la vêture de l’aube et de l’amict ; ce sont de belles prières, que l’on peut tout à fait continuer à utiliser:

Cum lavat manus, dicat :

En se lavant les mains, le prêtre dit :

Da, Domine, virtutem manibus meis ad abstergendam omnem maculam ; ut sine pollutione mentis et corporis valeam tibi servire.

Ad amictum, dum ponitur super caput, dicat :

En posant l’amict sur la tête, il dit :

Impone, Domine, capiti meo galeam salutis, ad expugnandos diabolicos incursus.

Pendant qu’il revêt l’aube :

Dealba me, Domine, et munda cor meum ; ut, in Sanguine Agni dealbatus, gaudiis perfruar sempiternis.

Ad cingulum, dum se cingit :

En se ceignant avec le cordon :

Præcinge me, Domine, cingulo puritatis, et exstingue in lumbis meis humorem libidinis ; ut maneat in me virtus continentiæ et castitatis.

Pour solenniser certaines célébrations, il est de coutume dans les rites latins, spécialement lorsqu’on utilise des ornements de forme traditionnelle (c’est-à-dire antérieurs au XVII° siècle) de « parer » l’amict et l’aube. Ceci est valable pour tous les ministres, ordonnés, institués, ou extraordinaires. L’usage d’aubes et amicts parés est courant dans certaines régions (Espagne, Grande-Bretagne, spécialement pour les rites anglo-catholiques), mais aussi le rite de Milan (ambrosien). Pour le rite romain, particulièrement en France, cet usage est malheureusement assez rare, à cause de la prééminence au XIXème et XXème siècles de la mode liturgique « baroque », privilégiant le raidissement des chasubles (et leur forme en « boîte à violon » et l’ouverture du côté des dalmatiques, et l’extraordinaire croissance des dentelles sur l’aube.

Pour autant, le parement des aubes a une signification symbolique ; il est de tradition en certains lieux, que les ministres qui chantent la Passion le Vendredi Saint soient revêtus d’aubes parées de rouge, pour rappeler les plaies du Christ ; de façon générale, le parement est aussi porté par le célébrant (prêtre ou évêque), le diacre et dans certains cas, d’autres ministres. C’est une coutume très intéressante, qui mériterait d’être davantage utilisée dans nos régions !

Quelques images parlantes d’aubes et amicts parés, dans le rite romain ou d’autres rites latins :

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  Un ministre avec l’amict sur la tête, avant de revêtir l’aube.

http://www.execulink.com/~dtribe/blog/IMG_2149.JPG

Fraternité Saint Pierre, Australie (forme estraordinaire du rite romain). Notez la chasuble sublime

Une aube du XIIème siècle parée.
Messe de Saint Martin : chasuble et dalmatique de forme traditionnelle, aubes et amicts parés. On distingue très bien la dalmaticelle du prélat sous la chasuble.
Usage anglo catholique contemporain : tous les ministres, prêtre, diacre, sous-diacre et acolyte sont en aube parée
Cathédrale de Séville : acolytes en tuniques, amicts et aubes parés.

Le symbolisme du parement des aubes est une rappel des plaies du Christ : on pare l’amict à cause de la   couronne d’épines, l’extrémité des manches à cause des clous, l’emplacement inférieur à l’avant et à l’arrière (également). Plus rarement, comme sur la photo de l’aube du XIIème, on pare également la poitrine, à cause du coup de lance du soldat. On peut noter que le parement des aubes n’est pas réservé au célébrant, puisque les ministres inférieurs portent également des aubes parées dans beaucoup d’endroits.

Parer une aube, c’est donc ajouter une pièce de tissu (c’est souvent un damas de soie) à l’emplacement des pieds et à l’extrêmité des manches. On ne port évidemment l’aube parée qu’avec l’amict paré. Par contre l’inverse n’est pas vrai. On voit souvent des ministres en amicts parés, mais sans que l’aube elle même le soit. Il faut noter que l’aube elle même est beaucoup plus traditionnelle que le surplis, qui en fait n’est qu’une aube réduite, et n’est autorisé que lorsqu’on n’a pas de fonction ministérielle dans la liturgie (au choeur par exemple). Pourtant on voit parfois des chapiers en surplis ou bien des diacres ou sous diacres en surplis et dalmatique. Ce n’est qu’une concession, c’est à dire une permission non générale, qui est concédée par facilité. Dans les fonctions très solennelles, cela permet aussi de distinguer les ministres principaux des ministres honorifiques. A cette concession correspond d’ailleurs une concession inverse donnée au chantres dans l’usage gallican / franc, (c’est à dire chez nous) d’être revêtus d’aubes et non du simple habit de choeur. On notera que dans les pays étrangers, les choeurs sont pour la plupart habillés en habit de choeur (ce qui est parfaitement logique : cf. les choeurs allemands, ou italiens comme celui de la Sistina) tandis qu’en France il est courant de voir des choeurs en aube (comme les petits chanteurs à la croix de bois – ce qui serait incongru à l’étranger). C’est d’ailleurs pour cela qu’en France, les servants de messe (c’est à dire les acolytes enfants) sont appelés « enfants de choeur », alors que la plupart du temps ce ne sont justement pas eux qui chantent (malheureusement) et qu’il sont de façon quasi universelle en aube. Notons d’ailleurs que la croyance que la soutane est réservée au clergé ordonné – largement partagée en France – est tout à fait erronée. Non, accompagné de la cotta ou du surplis, ce n’est qu’un simple habit de choeur.

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