Sens et non sens d’une (non) bénédiction

Le voyage apostolique du souverain pontife en Turquie a été plein de surprises. La première a été l’acte d’adoration vers le mihrab, c’est-à-dire en direction de la Mecque. La seconde a été la demande (non exaucée) de bénédiction auprès du patriarche. Quelques réflexions concernant ce dernier point. La bénédiction dans le Christianisme, n’est pas un simple geste « social » ; c’est un sacramental. Il a une signification ecclésiale très forte, et le patriarche de Constantinople le sait parfaitement. C’est précisément la raison pour laquelle il n’a pas consenti à la donner au pape. Parce que pour le patriarche, bénir aurait été signifier que la pleine communion aurait été retrouvée entre Rome et Constantinople.

Cela nous permet de renforcer la réflexion que nous avions récemment sur la question des bénédictions données à la place de la communion aux divorcés remariés d’une part et d’autre part par des laïcs ministres de la communion. Parce que la bénédiction est un geste impliquant, qui précisément n’est pas neutre, qu’il engage l’Église… Elle est un signe de communion. Elle n’est pas donnée à n’importe quoi ni à n’importe quelle occasion… Ni par « suprise ». L’Église ne peut pas en l’occurrence « dire du bien » (bene dicere) d’une situation maritale qui va contre le signe / mystère / sacrement du don du Christ à Son Église. Et un laïc ne peut pas « dire du bien » au sein d’une liturgie au nom de l’Église parce que précisément, l’Église députe pour cela un ministre (l’évêque ou le prêtre qui préside la célébration).

 

Istanbul (Turquie) – le 29/11/2014 à 19:39:00 Agence I.Media

 

Œcuménisme : Au Phanar, le pape François s’incline devant le patriarche Bartholomée 1er

Au siège du Patriarcat de Constantinople, à Istanbul (Turquie), le pape François et le patriarche orthodoxe Bartholomée 1er ont présidé ensemble une prière œcuménique, le 29 novembre 2014 en fin d’après-midi. Au cours de ce temps de prière, dans l’église patriarcale Saint-Georges du Phanar, le pape s’est abaissé devant le patriarche en lui demandant sa bénédiction, dans un geste inédit.

© CTV

 

Au rythme des chants de la liturgie byzantine, un chœur orthodoxe a prié pour le pape, le patriarche et l’unité de l’Église. Prenant la parole, en grec, le patriarche Bartholomée 1er a souhaité que catholiques et orthodoxes puissent « retrouver la pleine communion », en particulier « en des temps difficiles pour l’humanité et le monde ». « C’est une époque tourmentée pour le monde entier », a confié par la suite à I.MEDIA le métropolite Emmanuel, métropolite orthodoxe grec de France présent à cette prière, évoquant en particulier la situation en cours au Moyen-Orient.

 

Bénissez-moi !

 

C’est devant l’imposante iconostase de l’église du Phanar que le pape a ensuite pris la parole. « Ce soir, a-t-il confié, mon âme est remplie de gratitude envers Dieu qui m’accorde de me trouver ici pour prier avec votre sainteté et avec cette Église sœur, au terme d’une intense journée de visite apostolique ».


Puis, alors qu’il concluait son intervention, le pape François a fait un geste inattendu. Il a ainsi demandé une « faveur » au patriarche orthodoxe : « Bénissez-moi et bénissez l’Église de Rome ». Le patriarche a hésité un moment devant le pape qui baissait la tête, il l’a alors embrassé. [Il l’a embrassé, mais il lui a refusé cette bénédiction…] Puis le pape a glissé quelque chose à l’oreille du patriarche qui l’a alors embrassé sur le haut du crâne, sur sa calotte blanche.

 

Les deux hommes ont ensuite récité le Notre-Père et béni religieux et fidèles présents avant de rejoindre les appartements du patriarche. Dans une ambiance particulièrement cordiale, avec nombre de métropolites et toute la suite papale, ils ont procédé à un échange de cadeaux au terme d’un entretien privé.

 

A Istanbul, Antoine-Marie Izoard, I.MEDIA

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  • admin

    Pour information :

    Lettre de la Sainte Communauté du Mont Athos au patriarche Bartholomée au sujet de la visite du pape de Rome à Constantinople en novembre 2014

    La Sainte Communauté du Mont Athos a adressé au patriarche de Constantinople Bartholomée une lettre concernant la visite du pape de Rome à Constantinople en novembre 2014. Rédigée au mois de décembre, elle a été publiée seulement maintenant.

    « Très saint Père et Seigneur,

    Nous nous adressons à votre Toute-Sainteté avec profond respect dans le Seigneur, vous soumettant nos civilités filiales et nos humbles vœux à l’occasion du seuil de la nouvelle année de la bonté du Seigneur, commémorant jours et nuits Votre vénérable nom dans nos humbles prières.

    Ayant été rendus dignes de nous installer au saint Jardin de Notre Dame la Mère de Dieu, célébrant les offices sacrés ou lisant les écrits des Pères théophores, nous vénérons parmi les saints le hiéromartyr Cosmas le Protos (1) et ceux qui étaient avec lui, car par leur confession et leur sang ils ont « maintenu l’Église immaculée de l’illusion de l’erreur », « ne voulant pas communier avec les latinophrones et s’accorder avec eux » (tropaire de la 3ème ode et kondakion). De même, avec saint Nicodème l’Hagiorite, nous glorifions saint Marc d’Éphèse Eugenikos, car il « se montra inflexible devant les attaques des adversaires de la foi divine, les falsificateurs latins qui altérèrent celle-ci » et nous lisons ailleurs, chez saint Silouane l’Athonite : « Comme nous sommes heureux, chrétiens orthodoxes, car le Seigneur nous a donné la vie dans l’Esprit… Je crois seulement en l’Église orthodoxe, car en celle-ci se trouve la joie du salut, qui s’acquiert par l’humilité en Christ ! »

    Éduqués dans cette tradition spirituelle et méditant sur les luttes des Pères d’autrefois et de l’époque récente pour notre sainte foi sans innovation, il nous est difficile de comprendre ce qui s’est produit, lors des jours de fête de la mémoire du saint apôtre André le Premier appelé. En effet, en l’instant très-sacré de la sainte Anaphore, notre Patriarche, sortant du saint sanctuaire, a donné le baiser liturgique au pape de Rome qui avait revêtu l’omophore et qui a ensuite prononcé la Prière du Seigneur.

    Ayant écouté l’inquiétude des pères et frères qui vivent dans l’ascèse sur la Sainte Montagne, nous exprimons la perplexité qui nous frappe, car les faits susmentionnés blessent le sentiment dogmatique et liturgique, provoquant en outre la confusion dans les consciences des chrétiens dans le monde entier. Répétés, ces faits donnent le sentiment qu’ils ne servent à rien, si ce n’est à provoquer le scandale, compte tenu de la stagnation du dialogue théologique qui a commencé depuis des décennies, de sorte que la vision de l’unité dans la vérité et dans une seule foi paraît être une réalité inaccessible. Et ce alors que de nombreux catholiques-romains, déçus par la sécularisation de l’Église occidentale, imprégnée des doctrines hérétiques du papisme, cherchent une issue dans l’Église orthodoxe.

    En tant que Sainte Communauté, Votre Toute-Sainteté, nous avons considéré comme un devoir filial de vous faire part de notre vive inquiétude, nous qui aspirons à ce que reste inébranlable l’unité ecclésiale des orthodoxes du monde entier et de notre corps athonite, car nous ne cachons pas que nous sommes affligés et inquiets à l’idée de l’éventualité de revivre les événements qui ont eu lieu ici, il y a cinquante ans (2). Nous ne souhaitons naturellement pas les voir se renouveler, car nous en supportons encore les conséquences douloureuses, comme cela vous a été rapporté par notre lettre de la Sainte Communauté N° F2/7/1679/18.7.2014.

    Conscients du lourd fardeau que vous portez, nous vous soumettons cela avec peine et serrement de cœur, demandant filialement que vous vous préoccupiez paternellement d’apaiser les consciences de nos frères « pour lesquels le Christ est mort », demandant Vos prières patriarcales et révérant profondément votre précieuse Droite ».

    Tous les représentants et délégués des vingt monastères de la Sainte Montagne de l’Athos en synaxe commune ».

    ____________
    (1) Ayant refusé l’Union de Lyon (1274), il fut martyrisé par les soldats de l’empereur Michel VIII Paléologue (ndt)
    (2) C’est-à-dire l’interruption de la commémoration du Patriarche de Constantinople dans la plupart des monastères athonites (ndt).

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