Sacramentalité du sous-diaconat et conséquences…

Un débat très intéressant a eu lieu récemment sur « le forum catholique » http://www.leforumcatholique.org/forum.php sur la tonsure, et de fil en aiguille, sur le sous-diaconat et sa sacramentalité. L’intérêt du débat mentionné est qu’il s’agit d’une réflexion théologique datant d’avant Ministeria Quaedam, c’est-à-dire d’avant la réforme des ordres, et la suppression des quatre ordres mineurs qui étaient portier, exorciste, lecteur et acolyte. Un intervenant (« Alexandre ») mentionné une référence du Précis de théologie dogmatique de Louis Ott (Salvator, Mulhouse, 1955) dans lequel il est expliqué que le Concile de Trente ne prend pas position que la question de la sacramentalité du sous-diaconat.

C’est une réflexion intéressante et qui va en l’espèce directement contre la position exprimée sur le site Salve Regina ci-dessous :

http://www.salve-regina.com/salve/La_sacramentalit%C3%A9_du_sous-diaconat_et_des_ordres_mineurs
(abbé Sébastien Dufour, fssp, 2002).

Cela ne manquera donc pas d’alimenter la réflexion ici même entamée, notamment par la référence faite ici même aux mémoires de Dom Botte, qui qualifie de « fiction juridique » l’ordination aux ordres mineurs d’avant le Concile et qui souligne la tradition de non sacramentalité du sous-diaconat, qui par contre est un ministère liturgique tout à fait traditionnel qu’il conviendrait justement de ne pas négliger ; rappelons que  le Missel de Paul VI en parle (dans sa première édition typique) :




Remarquons au passage que la fiction juridique que mentionnait Dom Botte dans les années 1970 s’est largement inversée, puisque l’idée de Paul VI de conférer ces « ministères » aux laïcs – hommes est devenue extrêmement rare, puisque seuls les candidats aux ordres (diaconat, permanent ou non, et sacerdoce) se voient aujourd’hui dans l’Église latine (a minima en France) conférer le lectorat et l’acolytat (comprendre : le sous-diaconat). Les ordres mineurs étaient une fiction juridique… Soit. Et bien les ministères institués le demeurent… Nihil novo sub sole. D’ailleurs, que penser du caractère permanent de la collation d’un tel ministère ? Ex. Le candidat aux ordres qui finalement renonce à l’ordination ? Question qui apparaît irrésolue, et qui semble d’ailleurs renforcer cette idée de « fiction juridique » : Cf. http://www.romanrite.com/brief.html

http://www.scholasaintmaur.net/apprendre-a-prier/le-lectorat-etendu-aux-femmes/

http://www.scholasaintmaur.net/apprendre-a-prier/verbum-domini-et-ministere-du-lectorat-etendu-aux-femmes-debat-sterile-en-vue-1/

http://www.scholasaintmaur.net/apprendre-a-prier/verbum-domini-et-ministere-du-lectorat-etendu-aux-femmes-debat-sterile-en-vue-2/

http://www.scholasaintmaur.net/apprendre-a-prier/serie-special-chiffons-2-lamict-laube-paree-lamict-pare/

http://www.scholasaintmaur.net/apprendre-a-prier/serie-special-chiffons-3-laube-paree-et-la-tunique-sous-diaconale/

http://www.scholasaintmaur.net/apprendre-a-prier/les-lecteuses-suite/

http://www.scholasaintmaur.net/apprendre-a-prier/les-lecteuses-encore/

… Et qu’on pourra compléter par l’étude de ceci :

http://www.vatican.va/roman_curia/congregations/cfaith/cti_documents/diaconate-documents/cap4.html

… Ainsi que du Motu Proprio de Benoît XVI sur les diacres :

http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/apost_letters/documents/hf_ben-xvi_apl_20091026_codex-iuris-canonici_fr.html

Car au-delà de la question de la sacramentalité du sous-diaconat se pose une autre question brûlante, celle de la sacramentalité du diaconat lui-même, qui comme le montre le document précité (en provenance de la Commission Théologique Internationale) a fait l’objet de débats dans l’Église au cours des siècles. Nous invitons également nos lecteurs qui seraient intéressés par cette question à un excellent article de Catholica, http://wwww.catholica.presse.fr/ sous la plume de l’abbé Laurent Jestin, Clercs Laïcs et Sacerdoce, qui soulève très opportunément les rapports entre réforme des ordres et ecclésiologie, autour d’une réflexion sur le « sacerdoce commun », le « in persona Christi », et le « in persona Christi capitis », qui n’est pas sans lien avec la question de la sacramentalité de l’épiscopat qu’a définie dogmatiquement le Concile Vatican II. Ces mentions pourront peut être apparaître arides pour certains, qui ne verraient pas de façon immédiate le lien avec l’actualité, à savoir les revendications féministes actuelles en ce qui concerne les « ministères » liturgiques et ordonnés : un certain nombre de rumeurs enflent en effet en ce moment sur l’intention qu’aurait le pape François d’admettre au diaconat les femmes, et conséquemment également d’ouvrir les « ministères non ordonnés » liturgiques à ces dernières – ce qui ne manquerait pas de réjouir mes chères amies Anne et Christine – surtout Christine qui aime la dentelle. Cette rumeur a été amplifiée notamment à la suite du dernier jeudi saint où la pape François a procédé au lavement des pieds de femmes, dans une prison italienne pour mineurs, alors même que le rite, lorsqu’il est effectué à l’intérieur de la célébration eucharistique du Jeudi Saint (messe In cena Domini) est strictement réservée aux hommes (la rubrique mentionne : « viri selecti »). Un détail échappa probablement aux commentateurs : il semble que le pape a effectué ce geste justement en dehors de la célébration elle-même de la messe, c’est à dire en revenant à une pratique dévotionnelle (et belle) qui s’est longtemps faite en rapport non pas à une signification « sacramentale » mais à une question de charité. Cela se fait notamment dans les communautés religieuses, notamment féminines. Quelle réalité donner aux ministères « institués » (anciens « ordres mineurs »), quelle réalité (caractère) impriment ils (permanence ?) sur ceux qui le reçoivent ? Conséquemment, les définitions de jadis assimilant engagement au célibat et caractère sacramentel, le diacre permanent marié reçoit il l’ordre ? Dans quelle mesure, à partir du moment où justement, les ministères institués n’étant conférés qu’au moment de l’admission aux seuls séminaristes (qui se destinent dans le célibat au sacerdoce) ? Quelle réalité sacramentelle également peut on voir dans l’ordination sacerdotale d’ex-anglicans mariés qui vont même jusqu’à porter les « Pontificalia » (mitre crosse, anneau, croix pectorale » dans le cadre des ordinariats institués par Benoît XVI dans son Motu Proprio Anglicanorum coetibus ? Bref, tout ne va pas de soi, ça vaut la peine de se pencher sur toutes ces questions et essayer de comprendre…


Msgr Keith Newton, prêtre catholique, depuis le 15 Janvier 2011, marié, trois enfants,


Msgr Keith Newton ordinaire de l’ordinariat de ND de Notre-Dame de Walshingam, qui accueille les anciens Anglicans dans L’Église catholique romaine.

Le sujet n’est pas simple. Sur la question de la participation d’hommes mariés et / ou de femmes aux ministères liturgiques (institués), ou plutôt de leur absence, une raison souvent avancée est la sagesse pastorale. Pour maintenir les directives de Paul VI sur la réservation aux seuls hommes des ministères d’acolytes ou de lecteur, les conférences épiscopales feraient en sorte de les lier nécessairement à l’ordre (sacramentel) pour éviter d’être débordé par les revendications féministes qui ne manqueraient pas alors de voir le jour. C’est sage. Mais est-ce juste ?


La « diaconnesse » Phoebé : « Comméndo autem vobis Phoebem sorórem nostram, quae est minístra ecclésiae, quae est Cénchreis » (Rom 16,1)

Il y aurait une autre idée : celle tout simplement de rappeler que justement, le ministère liturgique est par essence masculin, et que comme le rappelle Saint Paul, « Mulíeres in ecclésiis táceant, non enim permíttitur eis loqui; sed súbditae sint, sicut et Lex dicit. ». (1 Cor 14,34). Et que ce qu’il faut lier à l’ordre ce n’est pas le ministère mais bien son caractère liturgique… Pour aller encore plus loin, un tel changement de braquet permettrait de redonner aux célébrations liturgiques et même à la spiritualité le caractère viril qui leur manque… Parce que tout est lié. A part le prêtre ou le diacre (mais pour combien de temps ? ) on ne voit plus que des femmes à l’Église, et la liturgie elle-même est féminisée, en particulier par les chants… De la même façon qu’il faut décourager les « enfants de choeuses », il faut décourager les « lecteuses ». Mais nous en avons déjà beaucoup parlé dans nos pages. On se souviendra des mots explicites du Cardinal Arinze, ancien préfet de la Congrégation du Culte divin sous Jean-Paul II, sur la question :

http://www.scholasaintmaur.net/apprendre-a-prier/cardinal-arinze-2-les-filles-enfant-de-choeur/

« Je pense qu’introduire des filles au service de l’autel fut une erreur. (…). Je n’ai pas le pouvoir de changer ça. Cependant il faut rappeler que traditionnellement, les garçons enfant de chœur ont toujours eu une grand attention, parce que c’est d’eux que sont issus la plupart des séminaristes. Parce qu’ils sont près du prêtre et c’est pour cela que Dieu leur donne de cette façon la grâce ; et si le prêtre fait bien, ils aimeront être comme lui. Donc c’est naturel, c’est tout. Les Italiens appellent les enfants de chœur les « petits clercs », (…) Dans mon pays, le curé de la cathédrale envoie chaque année au petit séminaire au moins 20 à 30 garçons, chaque année, qui sont tous des enfants de chœur. Parce que les femmes ne sont pas ordonnées prêtres, si elles se trouvent dans la même situation près de l’autel, que va-t-il advenir ? Vous ne pouvez pas faire d’elle un prêtre … Voulez vous la frustrer ? »
« L’Église n’oblige aucun évêque ou prêtre à avoir des filles enfant de chœur. »
« Dans notre document Redemptionis sacramentum, voyez comme c’est formulé : traditionnellement, ce sont les garçons qui servent la messe. En certains cas, sur autorisation de l’évêque du lieu, les filles peuvent être amenées à servir la messe… Ce n’est pas une loi divine que les femmes ne servent pas la messe. L’Église a pu l’autoriser. Donc il faut que nous fassions avec. Mais si cela dépendait de ma seule responsabilité, vous savez bien ce qu’il arriverait. »

Pour achever notre réflexion, nous en appelons donc à une revilirisation du christianisme occidental, et donc nous faisons un appel aux hommes pour qu’ils n’hésitent plus à s’impliquer davantage dans la vie spirituelle de leur propre famille, de leur entourage, de leur paroisse. Pour qu’ils soient réellement l’image du Christ dans leur propre famille, qui est une Ecclesiola. Et que pour cela ils n’hésitent pas à demander à leur épouse de reprendre sa place de femme. Certains se posent la question de savoir comment et pourquoi, dans nos sociétés d’occident, l’islam a du succès (alors que cette religion / idéologie / système civilisationnel est largement battu en brèche dans certains pays du proche orient…).Et bien ! Gertrud Von Lefort a la réponse dans son livre majeur, La femme éternelle :

 » Le voile est, en ce monde, le symbole du métaphysique. Il est aussi le symbole de la féminité. Dans toutes les grandes circonstances de la vie d’une femme, on la montre voilée. ( …) L’épouse, le jour de ses noces, la veuve, la religieuse sont revêtues du même vêtement symbolique. Le comportement extérieur est toujours essentiel. Et comme il sort de la personne, il en exprime aussi la substance (…) « Le dévoilement de la femme brise toujours son mystère. La femme, qui s’est refusée au don de soi, même sur le plan des sens, mais qui se consacre au plus misérable de tous les cultes, celui de son propre corps, et cela au milieu d’une effroyable détresse de ses contemporains, cette femme atteint un degré de déchéance qui détruit le dernier lien qui peut la rattacher à sa vocation métaphysique. Ici, ce n’est plus le visage enfantin et insignifiant de la vanité féminine qui fait face, mais celui de cette face commune et hallucinante, visage qui représente le contraire de l’image divine, le masque sans visage de la sexualité féminine. Ce masque, ce n’est même pas celui du prolétaire bolchevique défiguré par la haine et la faim : il est la véritable emblème d’un monde moderne sans Dieu ». Cette figure rejoint celle de l’Apocalypse : « Ce n’est pas l’homme qui se révèle être la véritable figure apocalyptique de l’humanité (…) Comme figure reconnaissable humaine de l’Apocalypse, se dresse la femme : seule la femme infidèle à sa vocation peut représenter cette stérilité absolue du monde qui doit le conduire à sa mort et à son effondrement (…) La grande prostituée est la figure apocalyptique de la fin des temps. La prostituée signifie la suppression radicale de la ligne des « Fiat » » (…) « L’analogie sublime et presque effrayante que l’Église pose à propos du mariage de l’homme et de la femme, en le disant semblable à l’union du Christ avec son Église, a un sens profond : convaincre la femme qu’épouse de l’homme, elle doit être aussi épouse du Christ et qu’elle appartient à Dieu. C’est seulement dans cette perspective que le mot célèbre de saint Paul sur la soumission de la femme à son mari prend sa véritable signification (…) Car ce qui menace la femme, ce n’est en aucune façon son seul refus du don de soi, mais son exagération (…) La relation exclusive de la femme à l’homme absorbe alors en même temps ce qui revient à Dieu. Ainsi s’introduit dans la relation de la femme à l’homme, la même désolation et l’absence finale de tout horizon, que nous avons déjà reconnue comme un danger mortel de cette culture orientée vers le monde (…) La femme qu’on prétend « masculinisée », ne représente qu’une variante de la femme, qui a cessé de se consacrer à l’homme selon l’ordre divin  » (…) « Or, la femme est comme le pivot du sacré dans l’histoire de l’humanité. C’est par elle en premier que l’humanité s’ouvre à sa dimension transcendante et religieuse. La crise de la religion est liée à celle du mystère de la femme (…) La femme est l’axe vertical mais caché de l’humanité quand elle répond à Dieu. Il faut que le mystère de la femme soit sauvegardé pour que le mystère du salut puisse continuer à opérer en plénitude » 

Avant de subir les foudres de mes amies, je rappelle tout simplement qui est l’auteur : (cf. http://roseaudor.free.fr/article.php3?id_article=85 )

Que connaît-on en France de Gertrud von Le Fort (1876- 1971) ? Sait-on qu’avant la guerre, Claudel la tenait pour une des plus grandes poétesses de son temps (Hymnes à l’Eglise), qu’Hermann Hesse l’a proposée pour le prix Nobel de littérature en 1949 ? Sait-on aussi que jusqu’à la fin elle a correspondu avec Edith Stein, (Bienheureuse Thérèse Bénédicte de la Croix)
qui l’a d’ailleurs inspirée pour La femme éternelle. Ce qui est frappant dans toute son œuvre narrative, c’est qu’elle part toujours de l’histoire, qu’elle connaît bien par ses études, pour la transfigurer. « Je n’ai jamais considéré l’histoire comme une fuite de mon époque mais comme une distance qui permet de mieux reconnaître son propre temps comme on perçoit vraiment la forme d’une montagne quand on n’en est pas trop proche » : c’est ce que montre sa nouvelle la plus connue (en France particulièrement) La dernière à l’échafaud (1931) qui se joue pendant la révolution française. Dans un premier temps, elle peut bien être lue comme une dénonciation et un refus de toute idéologie ou de tout mouvement totalitaire sans visage, mais elle est surtout un récit qui peu à peu est transfiguré grâce à la figure si émouvante de Blanche de la Force, personnage qu’elle a inventé à partir de son nom, et que Bernanos va reprendre vingt cinq ans après dans sa célèbre pièce Dialogues des Carmélites
(qui fera le tour du monde grâce à l’opéra que Poulenc en a tiré). Bernanos, lui, insiste sur le thème de la peur de la mort et de l’abandon à la grâce pour la surmonter, en gommant un peu l’arrière-plan historique (1948). Depuis, il est vrai que la gloire de l’écrivain français a quelque peu éclipsé celle de sa devancière, du moins en France, ce qui est fort injuste. Car, dans cette nouvelle, le souci dominant de la romancière est aussi de nous embarquer sur la scène du monde contemporain : dans ce beau monde du XVIIIème siècle en train de se dissoudre dans les atrocités de la Terreur se profile aussi l’effondrement à suivre de l’Allemagne. Toute son œuvre romanesque est bien prémonition du monde où nous devons vivre.
Dans tous ses récits Gertrud von Le Fort rayonne d’une forte tendresse maternelle lucide, celle qui nous irradie spirituellement pour nous permettre à notre tour de changer notre regard sur nous-mêmes, d’affronter notre histoire, d’en connaître ou d’en pressentir enfin la part irréductible et non cessible à l’horreur du temps.

Bien plus que les manifestations, les débats à l’assemblée nationale, les pétitions, c’est donc probablement la liturgie qui nous sauvera de l’idéologie du gender.

Mais alors, sous prétexte d’une lutte civilisationnelle et politique, on nierait les ministères féminins dans l’Église ? Ce serait oublier que justement, non.. Et que ce que revendiquent certains courants féministes, à savoir « une place pour les femmes dans l’Église », cette dernière le leur a déjà largement conféré : cela a un nom, ça s’appelle la virginité consacrée, et il y a même un ordre, avec une liturgie qui s’apparente très fortement par sa solennité, au fait de conférer un ministère :


Statue découverte à la Chartreuse de Gosnay, où une moniale est représentée en diaconesse. L’Évangile est chanté par l’abbesse, dans un cadre liturgique, encore aujourd’hui, à l’office des Vigiles monastiques. L’usage des moniales chartreuses était même de revêtir l’élue de l’étole diaconale. Les abbesses elles aussi portent les Pontificalia (croix pectorale, anneau, crosse) et en usent dans le cadre liturgique exactement de la même façon que les évêques.

La fonction pontificale de la consécration des vierges est même une des plus solennelles. La consécration dans cet ordre a été remis à l’ordre du jour par Vatican II, après l’intérêt renouvelé pour cette réalité ecclésiale traditionnelle rapportée par Dom Guéranger. Et il y a une filiation évidente entre l’ordo diaconissarum et l’ordo virginum. Il apparaît donc bien que les « revendications » pour une « place des femmes dans l’Église » reposent largement sur l’ignorance la signification de cette magnifique consécration des vierges. Sainte Catherine de Sienne (1347-1380) qui rappelons le n’était pas moniale, donc pas cloîtrée, mais simple tertiaire dominicaine, est le modèle même des vierges consacrées. Qu’on ne dise pas que celle qui fut déclarée docteur de l’Église par Paul VI n’eut pas d’influence dans l’Église ! Son influence directe sur le pape poussa ainsi Grégoire XI à revenir d’Avignon à Rome.


L’abbesse de Sainte Cécile de Solesmes

Huysmans a des mots émouvants en ce qui concerne le pontifical de la consécration des vierges, mais à son époque cela ne pouvait se faire que dans le cadre monastique.

Oui, à certains instants, l’on a envie de bramer l’admiration qui vous étouffe! Le chef-d’oeuvre de l’art ecclésial, c’est peut-être le Pontifical des Vierges. L’on est pris, dès le début, aux moelles; alors qu’après le verset alleluiatique de la messe, l’évêque ou l’abbé qui officie, s’assied, en haut de l’autel, sur le falstidorium, le siège des prélats, en face du public, et que le maître des cérémonies ou l’assistant entonne cette phrase empruntée à la parabole des Vierges, de saint Matthieu: »Vierges prudentes, apportez vos lampes, voici l’époux qui arrive; allez au-devant de Lui. » Et la vierge, tenant un flambeau allumé, fait un pas et s’agenouille.Alors le prélat, qui représente le Christ, l’appelle debout, par trois fois, et elle répond en d’admirables antiphones: – « Me voici » – et elle s’avance, à mesure, plus près. L’on dirait d’un oiseau que fascine un bon serpent. Et, d’un bout à l’autre, l’office se déroule, éloquent, presque massif, ainsi que pendant l’ample et la forte préface; caressant et comme parfumé par toutes les essences de l’Orient, alors que le choeur des nonnes chante ces phrases du Livre De La Sagesse: « Viens, ma bien-aimée, l’hiver est passé, la tourterelle chante, les fleurs de la vigne embaument »; délicieux vraiment en cet épisode des fiançailles où la novice acclame le Christ, s’affirme « fiancée à celui que les anges servent, à celui dont les astres du ciel admirent la beauté »; puis, levant le bras droit en l’air, elle montre son doigt où brille la bague bénie par le prélat et, folle de joie, s’écrie: « Mon Seigneur Jésus-Christ m’a liée à lui par son anneau et il m’adorne telle qu’une épouse! » – Et de très antiques oraisons sanctifient, macèrent ainsi que dans de célestes aromates la petite Esther qui, regardant le chemin parcouru depuis la probation et songeant que le mariage est maintenant consommé, chante, au comble de ses voeux: « Enfin, voici ce que j’ai tant désiré, je tiens ce que j’ai tant espéré, je suis unie dans les cieux à celui que j’ai tant aimé sur la terre… » et, après la récitation de la préface, la messe continue… Que sont, en comparaison de ce drame vraiment divin qui se joue entre l’âme et Dieu, les pauvres machines inventées par les théâtriers anciens ou modernes? Mon Dieu, les serins!

Pour comprendre la beauté de cette fonction liturgique magnifique, il faut lire le Rational de Durand de Mende : http://books.google.fr/books?hl=fr&id=HMgHAAAAQAAJ&q=%22cons%C3%A9cration+des+vierges%22#v=snippet&q=%22cons%C3%A9cration%20des%20vierges%22&f=false

Aujourd’hui, il y a des vierges consacrées dans el monde :

COMMENTS

  • Paul Regnier

    Merci pour ce bel article. Je ne comprends peut-être pas bien pourquoi le fait d’être marié pourrait faire douter du fait que le diaconat soit reçu sacramentellement puisque les prêtres orientaux peuvent être mariés – et ils sont bien prêtres.

    Effectivement, comme le dit l’article, cette difficulté à accepter que les fonctions liturgiques soient confiées à des hommes vient en grande partie du manque de connaissance, de compréhension et d’estime pour la vie religieuse féminine et la virginité féminine consacrée. Il me semble que souvent la vocation sacerdotale jouit encore d’une certaine aura alors que l’idée de devenir religieuse est mal perçue. Le terme de « bonne soeur » qu’on entend couramment est d’ailleurs assez péjoratif.

    L’histoire de l’église, une meilleure connaissance des innombrables saintes – il y a plus de mystiques chez les femmes – montrerait largement la place de choix des femmes dans l’Eglise !

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