Revue Képhas : retour sur Sacramentum Caritatis.

Nous reproduisons ici le début d'un article paru dans le dernier numéro de la revue "Képhas", sous la plume de l'abbé Gerald de Servigny, dont nous avons déjà fait  le compte-rendu de son excellent ouvrage sur la théologie de l'Eucharistie et Vatican II.

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Pour une liturgie toujours belle

Gérald de Servigny

On savait l’intérêt que portait le Cardinal Ratzinger au mystère eucharistique et à sa célébration liturgique, aussi n’est-il pas étonnant de voir le Pape Benoît XVI nous livrer un enseignement consistant et fouillé sur cette question dans son exhortation apostolique post-synodale Sacramentum caritatis qui vient d’être publiée le 13 mars dernier. Nous nous contenterons ici de développer deux points particuliers qui nous semblent assez novateurs et qui reflètent la pensée propre du Saint Père : l’invitation du pape à lire les changements liturgiques de ces dernières années dans une herméneutique de continuité et la beauté dans la liturgie et dans l’art de célébrer.

Ce document post-synodal se présente comme un triptyque, où chacune des trois parties approfondit un aspect de l’Eucharistie : comme mystère à croire, à célébrer dans l’action liturgique et enfin mystère à vivre comme culte spirituel. C’est dans l’introduction que se trouve une importante mise au point sur l’interprétation et la réception authentique du renouveau conciliaire en matière liturgique.

Pour une herméneutique de la continuité

Benoît XVI, dans son discours du 22 décembre 2005 à la curie romaine à propos de la réception du Concile Vatican II, développait l’idée d’une juste interprétation des textes conciliaires, « de la juste clef de lecture et d’application ». Il décrivait ensuite comment, dans les années qui ont suivi, la réception s’est faite selon une double herméneutique : celle de la rupture qui finalement oppose une Église préconciliaire à une Église post-conciliaire,1 et celle de la réforme qui seule permet de comprendre la vraie portée de cet enseignement fondé sur des principes immuables, mais répondant à des situations et des problématiques nouvelles.

Dans Sacramentum caritatis (nº 3), le pape applique cette juste herméneutique du Concile Vatican II au domaine de la réforme liturgique mise en œuvre quelques années plus tard. En quelques phrases concises, le Saint-Père nous livre sa pensée :

Concrètement, il s’agit de lire les changements voulus par le Concile à l’intérieur de l’unité qui caractérise le développement historique du rite lui-même, sans introduire de ruptures artificielles.

et il ajoute dans la note qui accompagne cette phrase :

Je me réfère ici à la nécessité d’une herméneutique de la continuité, en faisant ainsi référence à une lecture correcte du développement liturgique après le Concile Vatican II.

Ainsi le pape invite à une relecture de la réforme des livres liturgiques, telle que voulue par le Concile, dans la perspective d’un développement homogène du rite latin. Il donne ici la clef qui doit présider à l’interprétation et l’application de la réforme liturgique promulguée à la suite du Concile : c’est dans la continuité avec ce qui s’est vécu au cours des âges, dans un développement harmonieux et homogène, qu’il convient de célébrer la liturgie actuelle. En effet, en étudiant avec un peu de recul les étapes de cette réforme, on s’aperçoit que la modification des rites s’est doublée d’un changement de la culture liturgique (le cérémonial, les chants, la décoration …). En invitant à une relecture des intentions du Concile, le pape invite à retrouver une plus grande continuité en liturgie et pose ici assez clairement les premiers jalons d’une « réforme de la réforme ».

« Sans introduire de ruptures artificielles » fait probablement référence à cet état de fait un peu particulier de la coexistence de la liturgie actuelle et de sa forme ancienne (que le Saint-Père s’apprête à libéraliser plus largement dans les semaines à venir). Benoît XVI semble insister ici sur cette nécessaire convergence de ces formes rituelles diverses (l’ancienne et la nouvelle) pour qu’elles gardent entre elles des liens organiques fondés sur le développement homogène de la liturgie : cela signifie aussi que la manière de célébrer la liturgie ancienne ne peut se vivre qu’en lien étroit avec la nouvelle.

La beauté de la liturgie et l’ars celebrandi

Dans la deuxième grande partie de l’exhortation apostolique concernant la célébration du mystère eucharistique, le pape évoque le déroulement de l’action liturgique et indique quelques éléments qui méritent une attention particulière. Le Saint-Père souligne ici la richesse des signes liturgiques (…)

  • 1 Voici ce qu’écrivait déjà le Cardinal Ratzinger : « Qui cherche dans ses textes la volonté du Concile pourra éventuellement critiquer tel ou tel point; il constatera cependant que mettre un abîme entre « pré-conciliaire » et « post-conciliaire » relève d’une pensée déconnectée de son fondement biblique », dans la préface de Le Pape et le gouvernement de l’Église, J. B. d’Onorio, Paris 1992, p. 10.

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