Reprendre la forme catholique de la liturgie

Cette dépêche de l’agence FIDES était très attendue par nous. Les abbés Bux et Vitello nous ont habitués à une lecture de l’actualité et des textes du S. Père très fidèles à ce qu’entendent réaliser le siège apostolique et les différentes congrégations. (voir ici  et ).  Ici, nous comprenons bien l’objectif essentiel du Motu Proprio : la question de la « forme » catholique de la liturgie, qui est l’enjeu de la convergences entre forme ordinaire du rite romain et forme extraordinaire du même et unique rite.

VATICAN – LES PAROLES DE LA DOCTRINE par l’Abbé Nicola Bux et l’Abbé Salvatore Vitiello – Le Motu proprio « Summorum Pontificum cura » est une invitation à reprendre la forme catholique de la liturgie

Rome (Agence Fides) – Dans son livre « Gesù di Nazaret », le Saint-Père souligne la « compréhension » que, dans l’Evangile de Luc, à la différence des autres Evangiles, Jésus manifeste à l’égard des israélites : La manière avec laquelle il conclut l’histoire du nouveau et des outres vieilles ou neuves, me semble particulièrement significatif, écrit-il. En Marc, on lit : « Personne non plus ne met du vin nouveau dans des outres vieilles ; autrement, le vin fera éclater les outres, et le vin est perdu aussi bien que les outres. Mais du vin nouveau dans des outres neuves! » (Marc 2, 22. En Mathieu (9, 17, le texte est semblable. Luc nous rapporte la même conversation, en ajoutant toutefois à la fin : « Personne, après avoir bu du vin vieux, n’en veut du nouveau. On dit en effet : C’est le vieux qui est bon », addition qu’il peut être légitime d’interpréter comme une expression de compréhension à l’égard de ceux qui voulaient en rester au « vin vieux » (pages 216-217). N’est-ce pas là un apologue applicable au débat entre la forme ancienne et nouvelle de la Messe, provoqué par la publication du « Motu proprio » par Benoît XVI ? Une « réforme », ou une « renovatio » n’est pas une « revolutio », c’est-à-dire une autre chose, mais le développement ultérieur de la même chose ; en sorte que sont valables les outres nouvelles avec le vin nouveau ; mais elles restent aussi valables et précieuses ces vieilles outres avec le vin vieux. L’attention à la forme liturgique éloignerait les déformations dont l’Instruction « Redemptionis Sacramentum » de la Congrégation pour le Culte Divin (2004) a donné une liste impressionnante (pour l’approfondissement : J. Ratzinger, La festa della fede, Milano, ed. it., 1984, pp.37-54).

En observant les rites des liturgies, Anton Baumstark avait noté il y a plus de soixante ans que les éléments les plus anciens continuent souvent à exister avec les nouveaux, et si ces derniers les mutilent, ils tendent à disparaître ; ou alors, ils se maintiennent dans les périodes les plus sacrées de l’année liturgique. On trouve de nombreux exemples dans le Missel Romain de Paul VI : la cérémonie de la Croix, le Vendredi Saint peut se faire sous deux formes. Donc, la solution pour répondre à l’exigence de sauvegarder le rite ancien, en le proposant et en ne l’imposant pas, avait déjà été trouvée. Pourquoi alors s’étonner que le « Motu proprio » parle « d’une utilisation double du seul et même rite » ? Il arrive déjà qu’un même rite soit célébré de deux manière différentes. Et elles sont correctes les interprétations historiques concernant l’oeuvre de Pie V et de Paul VI. D’un côté, Benoît XVI relance le caractère « pluriforme » du rite latin (varietates legitimae), raison pour laquelle le Missel Romain (de Saint Pie V, revu et mis à jour par Jean XXIII) n’a jamais été aboli, – un rite n’est pas une norme que l’on abolit, parce qu’il peut seulement disparaître par épuisement du sujet ; et de l’autre, il relance l’unité catholique qui se trouve précisément dans la compréhension mutuelle des différents rites. Par exemple, dans le rite byzantin, on se sert habituellement de la liturgie de Saint Jean Chrysostome, alors que pendant le Carême, et en d’autres occasions, de la liturgie de Saint Basile et de la liturgie des Présanctifiés. Alors, même dans le rite romain, on pourrait utiliser habituellement le Novus Ordo de Paul VI, et de manière extraordinaire, par exemple, pour certains jours des « temps forts » de l’Avent et de Noël, du Carême et de Pâques, de l’ancien Ordo de Saint Pie V. Il est étrange que, dans un climat de libéralisations, on veuille empêcher cela. Les liturgistes n’ont-ils pas toujours dit qu’une chance de plus était un signe de modernité ?
Le principe de fond est l’unité catholique, et le « Motu proprio », en mentionnant l’Organisation générale du Missel Romain (n° 397), le rappelle dès le début : Chaque Eglise particulière doit être en accord avec l’Eglise universelle : doctrine de la foi, signes sacramentaux et usages liturgiques. La liturgie le requiert en tant que « manifestation » de l’Eglise, qui est communion hiérarchique, comme l’attestent les diptyques de l’anaphore dans lesquels on mentionne le Pape et l’évêque, le clergé et le peuple, les vivants et les défunts. Le « bonum animarum » l’exige. La manifestation de l’Eglise est la Jérusalem céleste qui descend d’en-haut, avec au centre l’Agneau sacrifié, où s’accomplit le culte d’adoration du Père, en esprit et en vérité. La liturgie est essentiellement un culte d’adoration fait par le « Corps du Christ » dans sa plénitude, Tête et Corps : c’est le sujet de la liturgie, qui, de cette manière ne peut être particulière quant à son essence, mais catholique. La liturgie monte vers le mystère et le sacré, et, dans le même temps, descend vers l’homme ; elle n’est pas le produit d’une communauté. La liturgie fait se produire la descente du Verbe, mais elle exige aussi la montée, c’est-à-dire l’offrande de nous-mêmes, la « logiké latreia » (Romains 12, 1), le culte spirituel. La liturgie sans ce double mouvement n’est pas efficace.
Ce sont là les principes de la Constitution Liturgique du Concile Vatican II, qui doivent être observés, que l’on se serve de « l’Antiquus Ordo » ou que l’on se serve du « Novus Ordo ». Dans les deux formes de célébration, doivent s’exprimer la même foi et le même mystère, dans le lien entre la « lex credendi » qui est unique, et la « lex orandi » qui est « pluriforme ». Les saints Cyrille et Méthode ont traduit en slavon la liturgie byzantine, et peut-être même quelque chose de la liturgie latine ; ils firent de petites adaptations, mais sans rien bouleverser. Aujourd’hui encore, en Russie, on peut assister à la même liturgie de Byzance, avec l’ancienne langue slave et des insertions en langue vernaculaire. Le problème sérieux aujourd’hui, c’est que la liturgie n’est pas l’expression partout de l’unique Eglise Apostolique et Catholique. Il est temps à présent que prévale sur les particularités l’unité apostolique et catholique. Ainsi, les deux Missels Romains doivent même encourager l’utilisation du latin à coté de la langue vernaculaire, sans craindre la contamination entre l’ancien et le nouveau. En tout cela, l’universalité catholique en sortira aidée et enrichie, et surtout, comme le rappelle à plusieurs reprises le « Motu proprio », la vénération et l’amour respectueux envers le mystère de Dieu présent.
L’ouverture du coeur au mystère et la compréhension de l’histoire de la liturgie, produiront cette patience qui est une forme de l’amour. Nous n’avons pas peur de discuter dans l’Eglise, pourvu que tous observent l’obéissance à la vérité et à la charité. Aujourd’hui plus que jamais, l’homme a besoin du Christ, et la liturgie sert à nous le faire rencontrer.
La semaine prochaine, les « Paroles de la Doctrine » s’étendront plus abondamment sur la réponse à donner à deux interventions à propos du « relativisme », qui ont été publiées sur un des plus grands et plus prestigieux quotidiens italiens.
(Agence Fides, 12 juillet 2007)

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