Rameaux

LA PASSION Á L’ÉCOUTE DE SAINT MARC

 

Si les deux premières lectures de ce jour ne changent pas, l’Evangile, lui, varie selon les trois années A, B et C et se présente à nous, cette année, en saint Marc. Occasion de nous rendre compte que si la trame est bien la même entre les trois évangiles « synoptiques » (Matthieu, Marc et Luc) et même, dans les grandes lignes, avec saint Jean, chaque évangéliste a malgré tout orienté son récit de façon un peu différente : dans le choix des épisodes retenus, dans certains détails mis en valeur, on voit la réflexion et la prière d’un croyant pour qui ces récits sont autre chose qu’un exercice littéraire, mais une manière, intense, de revivre les merveilles de l’évènement premier.

 

Pour saint Marc, faisant sans doute écho à l’enseignement de saint Pierre, le contraste entre Jésus qui s’avance avec assurance vers sa fin et l’effondrement de ses disciples est particulièrement saillant : « tous l’abandonnèrent et prirent la fuite » (14,50). Jésus devant les accusations qui fusent de partout se tait le plus souvent : « mais lui gardait le silence ; il ne répondit rien » (14,61) ; « mais Jésus ne répondit plus rien, de sorte que Pilate en était étonné » (15,5). Pourtant son témoignage est clair : à Caïphe qui l’interpelle et lui demande : « Es-tu le Messie, le Fils du Dieu béni ? », il répond sans ambages (14,62) : « je le suis » (alors que les autres évangélistes voient là seulement une réserve, comme si le Christ renvoyait ses accusateurs à leurs propres questions). Par contre, interrogé par Pilate sur sa royauté, il laisse à celui-ci la responsabilité de ce qu’il avance (« c’est toi qui le dis », 15,2). La royauté est un thème discutable, susceptible de bine des interprétations, par contre Fils de Dieu, il l’est vraiment depuis le début, et même le centurion qui assiste à l’exécution ne pourra s’empêcher d’en témoigner : « vraiment cet homme était Fils de Dieu » (15,39).

 

Marc donne au supplice de la croix un cadre presque liturgique : il se situe entre la troisième heure (9h du matin) et la neuvième (3h de l’après-midi), avec entre les deux un obscurcissement à l’heure sommitale de midi (la sixième heure), les trois heures traditionnelles de la prière chrétienne – tierce, sexte et nonne – sont donc là déjà présentes. Le récit est épuré à l’extrême, décanté de tout détail extérieur, presque stylisé, seuls y prennent place l’indication du texte de l’écriteau fixé à la croix, la mention des deux compagnons de supplice, les insultes des passants, la mention des ténèbres, et enfin du vinaigre qu’on lui donne à boire ; pour le reste Jésus est seul avec son Père, il prie et par moment sa voix s’amplifie, comme lorsqu’il crie le verset initial du psaume  21, que les assistants comprennent d’ailleurs de travers. Juste après, il expire. Tout est dit. Aucune complaisance dans l’évocation des souffrances, aucune concession au pathos. Même les citations de l’Ecriture qui se laissent lire en filigrane sont juste suggérées (si l’on exclue le v. 28, manquant dans les meilleurs manuscrits).

 

Nous avons sans doute à trouver là plus qu’une leçon. On ne parle pas de la Passion de Notre Seigneur ne n’importe quelle façon. L’emphase en est bannie, l’autojustification y fait tache. Jésus ne cherche pas à prouver quoique ce soit (pas même son amour pour nous), il ne cherche ni à nous convaincre ni à nous émouvoir, il est tout à ce qu’il fait : il rend témoignage au Père jusqu’au bout, il vit son rôle de Fils dans les circonstances extrêmes, sans un retour en arrière, sans un repli sur soi. Il est net comme une page ouverte, que nous n’avons qu’à lire.

 

Nous avons une semaine pour cela. Ne perdons pas de temps.

 

Michel GITTON

 

 

Laisser un commentaire