Qu’il y a t’il de si sacré dans la musique sacrée ?

Qu’il y a t’il de si sacré dans la musique sacrée ? La sacralité, affaire de goût ou de réalité objective ?

Par James T. Benzmiller (trad. Schola Saint Maur)

L'abbé James Benzmiller est le curé de l'Eglise Notre-Dame, Chippewa Falls, Wisconsin, USA. Avant d'entrer au séminaire, il était organiste et maître de choeur. Il a été ordonné en 1999 par Mgr Raymond L. Burke.

Depuis les 30 dernières années, de plus en plus de personnes qu’elles soient musiciennes ou non, nous ont fait croire que ce qui constitue la musique sacrée est simplement une question de goût ou d’inculturation, ou pire, est devenue un point de négociation. Beaucoup prétendent qu’il n’y a aucune distinction, et qu’il ne devrait pas y avoir de différence entre une musique sacrée et une musique séculière (il est vrai que lors des siècles passés, la distinction entre le sacré et le profane était moins discernable, mais cette distinction s’est accentuée lors des dernières centaines d’années).

De nombreux et longs articles ont été écrits au sujet de la nature de la musique sacrée. C’est mon espoir de montrer brièvement que l’enseignement de l’Eglise définit un corpus musical qui est sacré et qu’elle a défini des standards pour la nouvelle musique sacrée. En outre, les définitions et les standards sont objectivement exposés dans les documents du Deuxième Concile Œcuménique du Vatican et que donc la question n'est pas simplement une affaire de goût ou inculturation.

Cela pourra sembler trop évident, mais le fait même que les documents de Vatican utilisent le terme sacré pour se référer à la musique pour la Liturgie, indique que l'Église croit qu'il y a une telle chose comme la musique qui est sacrée. Il doit donc y avoir une distinction entre cette musique qui est sacrée et appropriee donc à l'utilisation dans la Liturgie et cette musique qui n'est pas sacrée, et donc non appropriée à l’usage dans la liturgie.

{member}Aux Etats-Unis, les éditeurs de livres de cantiques et de dévotion n'utilisent plus le mot sacré en rapport avec la musique pour la Liturgie. D'abord ils nous ont donné le terme de Musique Liturgique, un terme aussi utilisé par le comité de musique de la conférence des évêques des EU Puis le terme de chant rituel. De telles terminologies changées ne sont pas insignifiantes. Liturgique et Rituel ne sont pas du tout synonymes de sacré.

L'article 112 de Sacrosanctum Concilium, la Deuxième Constitution de Vatican II sur la Liturgie, déclare que "… la musique sacrée et les mots …" forment "… une partie intégrante et nécessaire de la liturgie solennelle", cela "... Des pontifes romains … dans des temps plus récents, menés par Saint Pie X, ont expliqué plus précisément la fonction ministérielle exercée par la musique sacrée …", dont "... l'Église approuve toutes les formes le véritable art ayant les qualités nécessaires et les admet dans le culte " et rappelé le but de musique sacrée "… qui est la gloire de Dieu et la sanctification des fidèles".

A peine quelques années après Vatican II la situation quant à la musique sacrée a incité la Congrégation Sacrée de Rites à publier Musicam Sacram le 5 mars 1967. Cette instruction définit les choses suivantes : Les normes nouvelles concernant l'organisation des rites et la participation active des fidèles ont fait surgir plusieurs questions touchant la musique sacrée et sa fonction ministérielle ; ces questions semblent pouvoir être résolues si l'on met mieux en lumière quelques principes de la Constitution sur la liturgie qui s'y rapportent… Il est permis d'espérer que les pasteurs d'âmes, les musiciens et les fidèles accueilleront de bon coeur ces normes et les mettront en pratique ; ainsi uniront-ils tous leurs efforts pour atteindre la vraie fin de la musique sacrée, "qui est la gloire de Dieu et la sanctification des fidèles" [1].

a) On entend par musique sacrée celle qui, étant créée pour la célébration du culte divin, possède les qualités de sainteté et d'excellence des formes [2].

Le paragraphe 2 de Tra le sollecitudini prescrit ce que cela signifie pour la musique sacrée être "… les qualités de sainteté et d'excellence des formes  ". C'est cette musique qui doit donc posséder au plus haut point les qualités propres a la liturgie : la sainteté, l’excellence des formes d’où naît spontanément son autre caractère: l’universalité. Elle doit être sainte, et par suite exclure tout ce qui la rend profane, non seulement en elle-même, mais encore dans la façon dont les exécutants la présentent. Elle doit être un art véritable; S’il en était autrement, elle ne pourrait avoir sur l’esprit des auditeurs l’influence heureuse que l’Eglise entend exercer en l’admettant dans sa liturgie. Mais elle doit aussi être universelle, en ce sens que s’il est permis à chaque nation d’adopter dans les compositions ecclésiastiques les formes particulières qui constituent d’une certaine façon le caractère propre de sa musique, ces formes seront néanmoins subordonnées aux caractères généraux de la musique sacrée, de manière à ce que personne d’une autre nation ne puisse, à leur audition, éprouver une impression fâcheuse.

Tandis que certains pourraient vouloir se disputer quant à ce qui constitue la sainteté et la beauté, il est clair que pour l'utilisation à la Messe, ce qui est profane  n'est pas saint, ni beau. Musicam Sacram (et Vatican II) excluent ainsi de la Messe tout ce qui se rapproche du profane. Musicam Sacram réitère les genres définis comme sacrés dans Tra sollecitudini :

b) Sous le nom de musique sacrée, on englobe : le chant grégorien, la polyphonie ancienne et moderne dans ses diverses formes, la musique sacrée pour orgue et autres instruments approuvés, le chant sacré populaire, liturgique et religieux [3].

 

Il est tout à fait clair qu'il y a une hiérarchie des genres musicaux qui sont appropriés dans la Liturgie et cette hiérarchie a été constante dans l'Église depuis des compositions qui sont apparues après le Chant grégorien. Mais en reconnaissant le progrès dans les arts, Tra Le sollecitudini a inclus la musique sacrée moderne comme une catégorie de musique sacrée. En même temps il a reconnu le gouffre qui s’élargit sans cesse entre la musique profane et la musique sacrée et a stipulé :Néanmoins, par suite de l’usage profane auquel la musique moderne est principalement destinée, il y aurait lieu de veiller avec grand soin sur les compositions musicales de style moderne; l’on n’admettra dans l’église que celles qui ne contiennent rien de profane, ne renferment aucune réminiscence de motifs usités au théâtre, et ne reproduisent pas, même dans leurs formes extérieures, l’allure des morceaux profanes.

Vatican II et la Sacrée Congrégation des Rites  ne pouvaient pas être plus clairs dans la définition de ce qui constitue la musique sacrée et ne pouvaient pas être plus clairs dans l'interdiction même celle qui est "la réminiscence de motifs usités au théâtre" et celle qui est profane " même dans leurs formes extérieures ".La théologie sous entend la condition que la musique sacrée, selon les mots de Saint Pie X et repris par Musicam Sacram, "… évite tout qui est profane". Si la Messe est une action sacrée qui surpasse tout autre (cf. SC 7), dans lequel Notre Seigneur Jésus Christ devient vraiment présent sous les apparences du pain et du vin,  c’est à dire que Dieu Lui-même devient vraiment présent, alors cela a des implications sur la musique qui doit exprimer ces faits surnaturels.

Si nous croyons vraiment que le Sacrifice Saint de la Messe est en effet un sacrifice, une réactualisation du Calvaire –  et le Deuxième Conseil de Vatican n'a rien fait pour changer cette théologie -, il est donc essentiel que la musique utilisée à la Messe soit sacrée, sous peine d’être incapable d'exprimer ces sublimes réalités sacrées. Si cependant, la Sainte Messe était simplement un événement humain, un service de prière, une réunion familiale, un repas commun ou une reconstitution, alors une musique d’une sorte très différente pourrait être appropriée. La forme musicale soutient et prête sa qualité expressive propre au texte et n'est pas simplement une question de préférence d'un style musical sur un autre, ou d’"inculturation". La musique profane ne peut pas être mariée aux faits sacrés.

Le chant grégorien est aussi inopportun pour le théâtre que sont des chansons de marche, la musique de jazz ou la polka pour le Saint Sacrifice de la Messe. Cependant, la situation dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui est cependant que beaucoup majeure partie de la musique admise dans la sainte liturgie a un fond profane dans sa forme – quand ce n’est pas tout simplement une erreur théologique par erreur. Stylistiquement, cela pourrait être approprié à une radio religieuse ou un programme de télévision, un service de prière ou à un rassemblement de la jeunesse, mais ce n'est pas approprié à Sainte Messe.

Que pouvons-nous faire ?

En fin de compte le problème est théologique. Une érosion dans la compréhension populaire de la vraie nature de la Masse exige une catéchèse  – un enseignement réel – pour permettre aux paroissiens de regagner une compréhension et une appréciation plus juste de ce qu’est la Messe est et ce qui s’y passe. Avant que la musique sacrée ne soit avec succès réintroduite dans la liturgie, la notion de Messe comme  sacrifice, comme présence médiatrice du Christ et de Sa Présence Réelle dans les Espèces Eucharistiques devra être largement réappropriée. On devra également reconsidérer des sources culturelles de la musique liturgique. Où les premiers Chrétiens ont-ils obtenu leur musique liturgique ? De la Synagogue, pas de Hérode.

Et en attendant, il faut faire des choix dans la musique dite religieuse moderne, et ne retenir que celle qui s’approche le plus des exigences exposées dans les documents du Vatican et qui ne contient pas d’erreur doctrinale. Dit autrement, plus une oeuvre musicale rappelle un style profane, moins elle est appropriée pour un usage à la Sainte Messe.

[1] Constitution sur la liturgie, art. 112.

[2] Cf. S. PIE X, motu proprio "Tra le sollecitudini" (22 nov. 1903), n. 2.Le document renvoie à cet endroit au passage le plus important au Motu Proprio de Saint Pie X, Tra le sollecitudini.

[3] Cf. Instruction de la S. C. R., 3 sept. 1958, n. 4.

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COMMENTS

  • Didier Du Blé

    Bonjour,
    Le sacré n’est pas seulement du domaine du religieux.
    Peut-on dire que la Nature est sacrée par essence, puisque la Nature donne aux humains, depuis l’origine, ce dont ils ont besoin. Et cela sans rien demander en contrepartie. Les humains quant à eux la polluent, l’épuisent… et ils réclament toujours plus d’elle.
    Les anciens peuples disaient : Mère Nature, et ils la respectaient, lui rendaient hommage. Car nous rendons toujours hommage à celui, celle ou ceux qui nous nourrissent, nous aident.
    Le scientifique anglais, Rupert Sheldrak, spécialiste de biochimie et de biologie cellulaire a écrit un livre intéressant : L’âme de la nature. D.D.B.

    • admin

      Cher monsieur,
      Merci pour votre contribution. Si je puis me permettre, j’ai du mal à voir le lien entre votre commentaire et le sujet du post. Mais soyez le bienvenu.

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