Quelques gestes des fidèles pendant la messe

Dans la célébration, l’assemblée est partie prenante de la liturgie et doit participer activement. L’expression Participatio actuosa de saint Pie X dans le motu proprio Tra le sollecitudini de 1903 et reprise mot pour mot par Vatican II serait rendue plus exactement en français par participation effective. En effet, si la liturgie est « l’œuvre du Christ-prêtre et de son corps qui est l’Église » (Sacrosanctum Concilium, 7), alors l’assemblée des baptisés, signe de l’Église participe de façon unanime, par des gestes rituels, au corps du Christ.


Les gestes prescrits par les textes ou l’usage étant peu connus, certains fidèles s’inspirent à tort de ceux du clergé au sanctuaire (célébrant, diacre, acolyte, lecteur). La tête n’étant pas le corps, et le sacerdoce commun étant distinct du sacerdoce ministériel, les gestes de l’assemblée ne sont pas ceux du clergé, avec lequel, rituellement, l’assemblée est au contraire en dialogue de prière. Mais les rubriques qui jusqu’en 1970 ne concernaient pas l’assemblée demeurent aujourd’hui imprécises à son sujet. Dans chaque diocèse, un coutumier approuvé par l’ordinaire peut préciser ce qui ne l’est pas ou promouvoir des usages locaux légitimes.

La position debout marque le respect envers l’autorité et la disponibilité pour l’action ; la position à genoux signifie l’adoration, la supplication, et la pénitence. La position assise exprime l’écoute et le recueillement. Le croisement des bras ou des jambes – explicitement proscrit dans les rites orientaux – est à éviter. On peut joindre les mains, en signe de recueillement

Le signe de croix marque le début de la prière. Réalisé les doigts joints et la paume ouverte, il est suffisamment ample pour imprimer sur tout le corps le signe du Christ. Il se fait également avec de l’eau bénite, en entrant dans l’église, en souvenir du baptême – mais pas en sortant. Avant l’écoute de l’Évangile, c’est un petit signe de croix qui est tracé, sans hâte, avec le pouce, sur le front, la bouche et le cœur.

Le Saint Sacrement est salué par la génuflexion lorsqu’on se rend en Sa présence, qu’on se retire, ou qu’on passe devant le lieu où Il se trouve. La génuflexion est due aussi à la Croix à partir de son dévoilement le vendredi saint (on parle de l’adoratio crucis) jusqu’à Pâques. La génuflexion n’est pas interchangeable avec l’inclination profonde. Elle est réalisée sans hâte, le corps et la tête droite, le genou droit devant toucher terre, sans pause.

Les fidèles sont debout pendant les rites initiaux, pour les chants de l’ordinaire et les prières à voix haute du célébrant. À l’offertoire, on reste assis, jusqu’à la prière sur les offrandes.


Une fois debout, l’usage impose que l’on ne s’assoie pas tant que le célébrant n’est pas lui-même assis. L’Évangile étant écouté debout par le célébrant ou même proclamé par lui, toute l’assemblée l’est également, dès le moment où celui qui doit le lire se lève.

La position assise est appropriée pour les lectures, sauf pour l’Évangile, ainsi que pour la prière personnelle silencieuse. Pour l’homélie, l’usage a retenu la position assise, même si c’est le célébrant qui la prononce, debout, à l’ambon.

Les fidèles sont à genoux pendant toute la prière eucharistique (PGMR 43) de la fin du Sanctus jusqu’à la doxologie finale (« Par lui, avec lui et en lui »), ainsi qu’en prononçant Seigneur je ne suis pas digne avant la communion. La Présentation générale du missel romain précise « là où c’est la coutume ». Il faut souligner l’idée que l’habitude ne constitue pas la coutume, et que cette dernière est du ressort de l’ordinaire (l’évêque). En l’absence d’une précision contraire présente dans un document approuvé (un coutumier diocésain) c’est la loi générale qui s’applique (cf. Varietates legitimae, 1994). L’usage répandu de se mettre à genoux seulement entre l’épiclèse et l’anamnèse ne concerne en fait que le diacre et l’acolyte, qui sont au service du célébrant. L’agenouillement est aussi la position ordinaire pour recevoir la communion (cf. Mgr Marco Agostini, Osservatore Romano, 20 août 2010 et Instruction de la Sacrée Congrégation pour le Culte divin du 29 mai 1969). Là où ce n’est pas possible ou prévu, on privilégiera le geste d’adoration ordinaire (génuflexion) avant la réception du sacrement debout. On demeure à genoux après la réception de la communion, jusqu’au moment où le célébrant s’assoit avec tout le clergé, pour le silence prescrit après la réception du sacrement (PGMR 88). L’agenouillement est la position ordinaire pour la litanie des saints, sauf à la vigile pascale où on reste debout en signe de résurrection. L’usage prévoit un agenouillement pour certaines prières et certains versets ou strophes d’hymnes liturgiques : Veni Creator, Veni sancte Spiritus (Graduale romanum). L’agenouillement est aussi prescrit pour les oraisons sur le peuple (MR 616), les bénédictions en forme solennelle (MR 606) ou pontificales, en présence de l’évêque (CE 169).

Le geste très ancien de l’extension des mains, qui est une belle attitude dans la prière personnelle (attitude de l’orante), reste dans la liturgie réservé au célébrant. En agissant in persona Christi capita, il fait seul ce geste au nom de tous même pendant le Notre Père (MR 124).

L’inclination profonde est le geste de la vénération de l’autel (PGMR 274). Il est parfois remplacé pour les ministres non-ordonnés, et donc a fortiori pour les fidèles, par la génuflexion, ce qui n’est pas précisé mais souvent préférable pour des raisons pastorales : prescrire la génuflexion au moment où le Saint Sacrement est sur l’autel et l’inclination profonde dans les autres cas amène souvent des erreurs de la part des jeunes servants ou des autres ministres, et suscite l’incompréhension des fidèles qui n’entrevoient pas la signification des gestes, surtout si le tabernacle est dans le sanctuaire. L’inclination est d’ailleurs difficile à effectuer de façon harmonieuse : il s’agit d’incliner le corps en penchant le torse depuis la ceinture, jusqu’à la position horizontale, puis de se redresser immédiatement. L’inclination profonde est requise par l’usage lors des bénédictions finales en forme simple ainsi que par les textes (MR 18) lors du Credo aux mots Par l’Esprit Saint, Il a pris chair de la Vierge Marie, et S’est fait homme, sauf si la génuflexion est prescrite, comme à
Noël et à l’Annonciation (MR 153 et 739).

Les textes (PGMR 275a, CE 68a) prévoient l’inclination de la tête au nom de Jésus, de la bienheureuse Vierge Marie, et du saint en l’honneur duquel on célèbre.

On se frappe la poitrine au rite pénitentiel (le mea culpa) ainsi que lors du Seigneur je ne suis pas digne avant la communion (les fidèles sont alors ordinairement à genoux, PGMR 43). L’usage de faire également ce geste d’humilité à l’Agnus est n’est pas rare. Le texte officiel du missel a une portée universelle ; ce geste ayant dans certaines cultures la signification inverse de celle qu’on lui attribue en Europe, les rubriques liturgiques sont volontairement imprécises à son encontre. Il doit pourtant dans nos régions être encouragé.

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