Quelles propositions concrètes pour un ré-enchantement de la liturgie ?

Il faut bien en faire le constat : la liturgie est aujourd’hui à de rares exceptions près un sujet à problèmes. Il n’est pas acceptable de constater dans beaucoup de lieux de culte le grand écart entre une liturgie banale et plate, qui ne célèbre que ceux qui « l’animent » et une liturgie attachée à l’usage ancien, dans laquelle se réfugient tous ceux qui ne se satisfont pas de la première. Cette polarisation entre ces deux types de liturgie, nous l’avons souvent déplorée dans nos pages. C’est exactement dans nos paroisses et communautés, le sujet à ne pas aborder.

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Dépassons la querelle « pro » ou « anti tridentine ».

Car tout se passe comme si, dans l’Eglise, on pouvait parler de tout, sauf de liturgie. La réflexion théologico-pastorale sur la liturgie a été stérilisée par des conflits incessants ; toutes les expériences « chimiques » qui sont tentées dans ce domaine aboutissent invariablement à un seul « précipité » : la querelle des « pro-tridentin » contre les « anti-tridentin ». Alors mettons les pieds dans le plat : la forme extraordinaire du rite romain, nous ne sommes ni pour, ni contre… (Bien au contraire !) Acceptons de parler de tout cela sans passion, avec objectivité, sans nous imaginer que cela provoquera de façon immédiate la guerre de Troie. Recherchons plutôt la vérité de l’essence du rite romain, qui ne se trouve ni dans l’usage préconciliaire (si les Pères Conciliaires, de façon unanime, ont voulu faire évoluer le rite romain, ce n’est pas sans raison !) ni dans la pratique réelle de la plupart des paroisses d’aujourd’hui (c’est bien notre constatation : il y a bien une crise de la liturgie).

La liturgie est la célébration de la Foi ; pour parvenir à son maximum de puissance de louange, elle a besoin d’être vraie, il lui faut être le vecteur d’une adoration « in Spiritu et Veritate ». Notre évêque, lors de son homélie de Pâques, a rappelé qu’il fallait avoir le courage d’être porteurs d’une vérité qui rend libres. La vérité, ce n’est pas forcément quelque chose qui blesse, qui choque, qui casse. Ce peut être aussi, dans une vision chrétienne, une illumination, un baume, une consolation. C’est la raison pour laquelle nous éviterons à tout prix de tomber dans une logique de polémique, nous érigeant en une sorte de « néo-sapinière », avec un esprit de parti comptant ses troupes.

Nous chercherons plutôt aujourd’hui ce qui peut aider concrètement les paroisses et autres communautés religieuses à sortir d’un marasme dont cette polarisation est à la fois une cause et une conséquence.

Le problème des rubriques.

Un des gros problèmes que nous connaissons actuellement provient des normes du rite romain, et plus particulièrement des rubriques. Nous savons que dans beaucoup d’endroits, la question du respect des rubriques a amené un comportement à la limite du pathologique pour beaucoup de clercs. A une certaine époque, celles-ci devinrent même le seul objet d’étude liturgique des séminaristes, et dont l’observation minutieuse et servile confinait à l’absurdité, voire au contresens. Cette éducation aux rubriques et aux seules rubriques avait certes le mérite d’étouffer dans l’œuf toute tentative de « créativité » mal venue. Les années 1950 à 1980 ont fait voler en éclat cette chape de plomb ; dans sa mise en œuvre concrète, la réforme liturgique qui a suivi le Concile Vatican II elle-même a recherché un allègement du corpus des indications pratiques pour la célébration, très consciente qu’on ne peut pas, pour favoriser l’esprit de la liturgie, se contenter de proposer des notes d’application sur des textes de livres officiels. L’ambition du Concile était de continuer et d’embellir les intuitions du mouvement liturgique, et d’amplifier, par le biais de l’autorité d’un Concile Œcuménique l’admirable enseignement de Pie XII dans Mediator Dei. Et pour cela, de donner aux fidèles comme aux clercs, la capacité de réellement entrer dans le sens de ce que célèbre l’Eglise.

Favoriser les coutumiers diocésains

Le Concile Vatican II avait aussi pour ambition de donner aux évêques leur véritable place dans le domaine de la liturgie : celle de gardien et d’ordonnateur… C’est une des raisons pour lesquelles il fallait justement laisser une place, au milieu du XX° siècle à la coutume liturgique diocésaine. En liturgie, comme en politique, tout est une question de balancier : après les compositions liturgiques néo gallicanes savamment décrédibilisées par la science de dom Guéranger , Saint Pie X avait donné un coup d’arrêt brutal à beaucoup d’initiatives liturgiques autonomes vis-à-vis de Rome, notamment au niveau musical. L’imposition du chant grégorien, par une sorte de décret unilatéral, à toute l’Eglise, non seulement correspondait peu à la pratique multiséculaire de l’Eglise (qui n’avait jusque là jamais eu un seul répertoire parfaitement unifié) mais encore fut très mal accueillie dans certaines zones géographiques et culturelles. Et c’est justement le concile Vatican II qui pour la première fois affirme solennellement et avec autorité que l’Eglise de rite romain a un chant propre, et que c’est le chant grégorien. Une nouveauté du 4 décembre 1963, qui a aussi correspondu à un résultat inverse de ce que souhaitaient les Pères du Concile. Nous savons bien que c’est justement sur les directives conciliaires que se sont appuyées un certain nombre d’ « a-liturges » pour refuser au répertoire grégorien la place de choix, la « place du prince » que lui avait octroyée l’autorité de Vatican II. Résultat inattendu, résultat imprédictible par les Pères Conciliaires, mais conséquences avec lesquelles nous devons bien vivre aujourd’hui. Toujours est-il que responsabilité aux évêques a été donnée pour la correcte application de la liturgie romaine, y compris avec les aménagements auxquels invite la relative brièveté des rubriques du missel post-conciliaire. Il est donc légitime de souhaiter et aider à la mise en œuvre d’un « coutumier », c’est-à-dire un recueil de recommandations valables pour le territoire et / ou la juridiction d’un ordinaire, pour aider, clarifier et même décider des options à retenir – parfois nombreuses – proposées par l’édition typique -, le tout dans une logique de continuité avec les usages et traditions rituelles des lieux auquel ce « coutumier » s’applique.

Il est tout à fait imaginable et logique, par exemple, qu’un évêque impose à ses curés la célébration de la Prière Euchristique n°1 les dimanches et solennités, le rite de l’aspersion, l’usage d’une grande messe chantée par dimanche et par paroisse (en plus d’autres messes, « lues »). La souplesse certaine des rubriques de l’édition typique du missel romain actuel, que d’aucuns qualifient de « laxisme » n’a pas à s’imposer jusqu’au niveau des paroisses, voire au niveau des simples fidèles (célébrant l’office divin, par exemple…).

Ce sont quelques exemples. Il y en aurait bien d’autres qui pourraient être adoptés. Cela fera l’objet d’une autre contribution dans nos pages !

Distinguer la messe lue de la messe chantée.

Les appellations « messe lue » et « messe chantée » fleurent bon la période «antéconciliaire »…. Et pourtant : cette notion n’apparaît pas vraiment dans l’ordo de la messe dite de Saint Pie V. C’est une introduction tardive de la deuxième moitié du XX° siècle, un héritage du mouvement liturgique dont Mediator Dei (encyclique de Pie XII) et surtout Sacrosanctum concilium (la constitution de la liturgie de Vatican II) se veulent les textes « guides ». La notion elle-même de messe chantée date de 1958, sous Jean XXIII (De Musica Sacra), le pape qui a convoqué le Concile. Cette distinction a été retenue dans un texte de l’époque même où le missel dit de Paul VI avait d’ores et déjà fini d’être élaboré (instruction Musicam sacram, 1967, 28 et instruction De Musica sacra, 1958). Cette distinction introduite dans l’immédiat avant concile et reprise abondamment dans les textes qui ont eu pour ambition une application de la Constitution conciliaire sur la liturgie, est dans la praxis antérieure (forme extraordinaire), absente et non applicable dans les mêmes termes. Et elle demeure une distinction fondamentale pour bien posséder l’ars celebrandi de la forme ordinaire.

De Musica Sacra :

Il y a deux sortes de messes ; la messe «chantée» et la messe «lue». La messe est dite «chantée» si le prêtre célébrant chante effectivement lui-même les parties que les rubriques prévoient devoir être chantées. Sinon, elle est «lue».

La messe chantée dans le rite romain, le prêtre chante tout : du signe de croix au Ite Missa Est, avec y compris l’Evangile (à moins que ce soit le diacre), les oraisons la préface et … le canon. Et si c’est une messe chantée, il faut aussi que les autres fonctions ministérielles y tiennent leur place, et au premier chef la schola cantorum qui doit utiliser le propre de la messe.

Le point particulier c’est que le missel lui-même, et spécialement l’IGMR décrit surtout la messe lue, qui est la plus courante et la plus répandue. C’est pour cela qu’en cas de messe lue, on a un choix beaucoup plus vaste pour les chants de l’assemblée.

Instruction Musicam sacram :

Rien n’empêche que dans les messes lues on chante quelques parties du propre ou de l’ordinaire. Bien plus, un autre chant peut être parfois exécuté au début, à l’offertoire et à la communion, ainsi qu’à la fin de la messe. (…).

Mais ce n’est pas – disons – l’instanciation la plus authentique de la messe romaine.

Des exemples : à la messe lue, le psaume et la séquence ainsi que l’alléluia sont partie prenante du lectionnaire romain : c’est la raison pour laquelle l’alléluia est une acclamation avant l’Evangile et que le psaume comme la séquence ont des fonctions de lectures.

A la messe chantée, par contre, chacune des lectures est suivie d’une psalmodie ; le graduel est un répons à la première lecture, (un répons graduel). Au temps pascal, de façon systématique (sauf pendant l’octave de Pâques où on a Haec Dies) le répons après la première lecture est un répons non pas « graduel » mais un « répons alléluiatique ». Cela veut dire qu’on chante un premier alléluia avec son verset après la première lecture, et un second répons alléluiatique après la 2° lecture. D’où une fonction littéralement différente des pièces du propreà la messe chantée, qui ne sont plus des lectures (il n’y a pas de psaume responsorial à la messe chantée). Bien plus : à la messe chantée, en semaine, il y a soit un répons graduel, soit un répons alléluiatique, mais pas les deux. On peut donc très bien avoir une messe chantée sans alléluia, même pendant l’octave de Pâques (où l’Eglise prend comme répons Haec Dies pendant toute la semaine…)…. Allons encore plus loin : en Carême, le dimanche, on chante parfois un trait après la 2° lecture, donc avant l’Evangile. Au regard de la forme rituelle, c’est aussi une méditation de ce qui précède, puisqu’on voit des traits qui ont les mélodies strictement identiques (mélodies « centon ») à celles des pièces que l’on chante à la vigile pascale (mélodie unique après chacune des 7 lectures / pro phéties). Par exemple à la fin de la lecture du passage de la Mer rouge, on chante le trait « Cantemus Domino« , qui est l’exacte suite du passage biblique d’où est tirée la lecture. La Messe chantée se rapproche ainsibeaucoup dans son ordo de l’office divin. Ainsi, les Vigiles de Pâques et de la Pentecôte, lorsqu’elles sont célébrées, tiennent ainsi lieu d’office des lectures ou de « matines ».

D’où la question épineuse de la contradiction entre deux livres officiels : le Graduale Romanum et l’IGMR sur la place de la séquence à la messe : avant ou après l’alléluia ? Le Graduale romanum place la séquence après l’alléluia, alors que l’IGMR explique sans équivoque possible qu’elle est avant. Dilemme ? Il ne s’agit pas seulement de se soumettre « perinde ac cadaver » à la rubrique. Il faut l’assentiment de l’intelligence et de la volonté ! Or, si on connaît la distinction entre la messe lue et la messe chantée, c’est facile de résoudre le problème : à la messe lue, c’est à dire la plupart des messes – malheureusement ! – aujourd’hui : la séquence se « lit » avant l’alléluia, (application de l’IGMR qui décrit la messe lue). A la messe chantée par contre, séquence après l’alléluia, puisqu’en fait le répons alléluiatique n’est pas une acclamation de l’Evangile mais un répons à la 2° lecture, et doit donc immédiatement suivre ce dernier, alors que la séquence « suit » le répons.

La messe chantée sous entend que le prêtre chante sa partie : il est vraiment cohérent, donc, si on a une schola qui chante l’ensemble du propre de la Messe, que le prêtre chante les oraisons et la préface (a minima). Evidemment, s’il est capable de chanter tout le reste (signe de croix, canon, et autres rites) c’est l’idéal. Pour entrer dans un « ré-enchantement » liturgique, il est même intéressant d’envisager de chanter également l’évangile (par un diacre dans l’idéal) et pourquoi pas les autres lectures. Il serait réellement dommage (mais cela a déjà été vu !) d’avoir une schola qui chante tout, mais un prêtre qui ne chante pas par exemple, les oraisons….

La question de la distinction entre liturgie chantée et liturgie lue est même aujourd’hui applicable à l’office divin, spécialement depuis la parution des Heures grégoriennes , qui n’est rien d’autre qu’une instance possible qu’un antiphonaire romain officiel dont la publication, désormais annoncée, n’est pas encore achevée. Les Heures grégoriennes ont bénéficié des plus hauts appuis (en particulier ceux du Cardinal Arinze, préfet de la congrégation du culte divin et de Mgr Le Gall, archevêque de Toulouse et président de la Commission liturgique à la CEF). Cet ouvrage en trois volumes qui regroupe l’ensemble des chants de l’office romain « ordinaire » diurne (c’est-à-dire à l’exception de l’office des lectures) a bénéficié d’un décret d’application le rendant utilisable non seulement pour la Communauté Saint Martin, qui a été le maître d’œuvre de ce travail gigantesque et inédit, mais pour toute l’Eglise. Et dans cet ouvrage il faut bien constater qu’il a été introduit des différences substantielles avec l’édition typique de Liturgia Horarum : dans le choix des antiennes, dans les rites de bénédiction et d’envoi, et même avec l’ajout (ad libitum) des versets psalmiques (dits « impécatoires ») pourtant omis dans LH à la demande de Paul VI. Les Heures grégoriennes, qui donnent une idée de ce que sera le futur Antiphonaire romain, ne sont donc pas simplement la « mise en musique » de Liturgia Horarum. C’est bien plus la conception renouvelée de l’office pour qu’il soit chanté au chœur, à l’usage des paroisses ordinaires, ce que n’est pas Liturgia Horarum, et donc ce que ne peut pas être les adaptations françaises de LH : Prière du Temps Présent et Liturgie des heures en 4 volumes.

La langue

Une fois distinguée la messe lue de la messe chantée, nous nous heurtons assez vite à un obstacle : si on choisit de chanter le propre, ce dernier doit être pris dans l’Ordo Cantus Missae, qui est un livre en … latin. L’Ordo Cantus missae  ? C’est peut être la première fois que vous entendez le titre de cet ouvrage. C’est tout simplement le livre officiel du rite romain qui fixe les textes de la messe chantée, qui peuvent être sensiblement différents de ceux de la messe lue (et dont les textes sont au Missel). A la messe lue nous avons au Missel une antienne d’introït et une antienne de communion, tandis qu’à la messe chantée, ce peut être des textes différents, et nous avons aussi les autres pièces du propre de la messe (graduel, alléluia, offertoire, et le cas échéant séquence). La seule instanciation crédible de l’Ordo Cantus Missae est aujourd’hui le Graduale Romanum (édition de 1974, ainsi que sa version Triplex), qui regroupe et propose un ordo pour toutes les pièces grégoriennes de la liturgie de la messe.

Il y a donc un véritable travail qu’il reste à faire : la composition de musique liturgique dont les textes y compris vernaculaires soient conformes à l’Ordo Cantus Missae, pour que nous puissions envisager dans le rite romain actuel d’avoir des messes chantées dans lesquelles il n’y ait pas uniquement du grégorien (pourquoi pas des répons en polyphonie et en vernaculaire ?) ; ce travail de fond a été réalisé dans les Eglises d’Orient qui ont adapté leurs textes liturgiques à de la musique plus contemporaine que le chant byzantin. Disons le : ce travail reste à faire pour le rite romain et il y a un certain nombre d’excellentes initiatives qui ont d’ores et déjà été réalisées en France, (parmi les quelles on peut citer les travaux du P. Gouzes , mais ce ne sont pas les seuls) il faudrait encore que ce travail bénéficie d’une bonne publicité. Le chant grégorien a la première place dans le rite romain : c’est dit et même proclamé par le Concile. Pourrait-on imaginer que le reste du répertoire liturgique se conforme, sur le modèle du chant grégorien, à son esprit et soit le creuset de nouvelles compositions liturgiques en langue vernaculaire ?

Première idée : un des bons moyens d’y parvenir est évidemment de sortir le chant grégorien du « ghetto traditionnaliste » dans lequel il est aujourd’hui confiné. Deuxième idée : de confronter le chant grégorien aux compositions liturgiques actuelles en langue vernaculaire pour que ces dernières s’ajustent à ce « répertoire d’une valeur inestimable », « chant sacré lié aux paroles » (Sacrosanctum Concilium). Troisième idée : composer des récitatifs pour les parties du prêtre à la messe en langue vernaculaire qui soient réellement en cohérence avec la modalité grégorienne, pour que ce dernier trouve naturellement sa place dans les célébrations paroissiales ordinaires. Ce serait appliquer strictement le Concile de mettre en œuvre ce chantier, et certainement pas « donner des gages » aux traditionnalistes.

En conclusion : Alors que commence l’année du prêtre, lancée par Benoît XVI lors de la fête du Sacré Cœur, sachons comprendre les signaux que nous donne le Siège apostolique. Dans l’immédiat après Vatican II, le clergé analysait les directions prises par l’Eglise de la façon suivante : les évêques avaient été privilégiés, puisqu’associés directement au gouvernement de l’Eglise universelle par l’instauration des structures synodales. Le rétablissement du diaconat permanent, y compris pour les hommes mariés, avait fait dire à certains que ces derniers avaient tous les avantages, sans aucun des inconvénients de la condition cléricale. Avec la sécularisation croissante des idées et des structures sociales, le statut du prêtre, lui même peu considéré par le Concile, s’est peu à peu déprécié, pour ne plus attirer du tout. Le Saint Père lance l’année du prêtre en fêtant le Sacré cœur. Reconsidérons pourquoi. Cette fête fut instaurée à la suite notamment des apparitions de Paray Le Monial à Ste Marguerite Marie : beaucoup de personnes ont noté le lien évident qui existe entre la façon dont se montre Notre Seigneur à Paray et la théologie janséniste triomphante à cette époque. Le fond de la doctrine janséniste est une conception erronée de la grâce, une mauvaise lecture de Saint Augustin, une théologie en réalité très proche de celle de Luther et même de Calvin, qui comme on le sait a abouti chez beaucoup de communautés protestantes à la diminution du rôle du prêtre lui-même, à la négation de sa position de médiateur, configuré au Christ, entre Dieu et l’homme, par l’opération des sacrements, en particulier ceux de la Sainte Eucharistie et de la Réconciliation et de la Pénitence – que les jansénistes évitaient de recevoir. Ces derniers méprisaient également les formes liturgiques solennelles, et la langue latine. Comment ne pas penser que notre pays a été durablement marqué par cette crise, et que justement la crise des vocations et la crise de la liturgie ne sont pas liées à un jansénisme théologico-doctrinal (et non plus politique, comme il le fut aussi au XVII°-XIX°) rampant qui continue de se frayer un chemin dans les âmes dans notre XXI° siècle ? Le Saint Père nous ouvre la voie : il nous invite, cette année, à rendre présent le Cœur de Jésus dans les Sacrements, et en particulier dans la Messe et la liturgie, par les mains de nos prêtres, que nous sommes invités à aimer et à honorer le caractère surnaturel.

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