Quasi modo (IIème dimanche de Pâques)

QUASI  MODO

 

Les lecteurs de Victor Hugo connaissent le pittoresque personnage qui répond au nom de Quasimodo. Mais la vraie signification de ce vocable, qui sert essentiellement à désigner le premier dimanche après Pâques (le deuxième dimanche de Pâques, comme on dit aujourd’hui), est tout simplement : « comme », « de même que ». Ce sont les premiers mots du premier texte de la messe de ce jour-là, l’introït, qui se traduit ainsi : « comme des enfants nouveaux-nés ont soif du lait qui les nourrit, soyez avides du lait de la Parole, afin qu’il vous fasse grandir pour le salut, alléluia. »

 

Arrêtons-nous, si vous le voulez bien, à cette antienne qui nous en dit déjà beaucoup. Les textes de la liturgie ne sont pas une source à négliger, à côté des lectures bibliques, qui nourrissent toujours notre prière. D’ailleurs l’origine est à chercher dans la première lettre de saint Pierre (2,2). L’allusion est claire, l’Eglise s’adresse à ses catéchumènes devenus depuis Pâques des « néophytes », elle les voit comme des petits-enfants qui ont à grandir et elle leur propose le lait de la Parole. Ce qui est étonnant, c’est que cette invitation s’adresse en fait à tous, comme si c’étaient tous les chrétiens qui, étant renés à Pâques, sont devenus des « jeunes pousses », des néophytes.

 

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Nous avons à grandir ! Voilà la première constatation qui se présente à nous après Pâques. Notre salut n’est pas une décision de justice, un acte juridique, une simple amnistie qui, une fois acquise, nous permettrait de nous estimer en règle et sauvés. Nous avons un chemin à faire, une croissance à atteindre, un développement qui est devant nous. Cette vision des choses nous libère du « tout ou rien » dramatique qui est celui d’un certain protestantisme : le Christ, en méritant pour nous le salut, a fait le nécessaire pour que nous soyons des justes, si nous avions une foi suffisante nous serions déjà transformés et régénérés. Si nous ne le sommes pas encore, c’est que nous restons en deçà de ce que Dieu a voulu pour nous et aucune œuvre au monde ne pourrait nous fournir le moyen de nous en approcher ! Tout à l’inverse, la perspective de croissance que nous donne l’introït de ce jour nous ouvre un chemin fait d’humbles avancées et d’appels à la grâce, de timides commencements et de confiance en l’avenir. Elle correspond tellement mieux à notre humanité, où les décisions majeures doivent s’inscrire dans la durée, s’incarner dans notre être profond, et pour cela assainir peu à peu les marécages secrets qui sommeillent en nous.

 

Et que faut-il pour grandir ? Recevoir le lait de la Parole ! Le lait a assez mauvaise réputation dans le vocabulaire chrétien depuis que saint Paul l’a opposé à la « viande », nourriture plus solide qui convient à ceux qui ont grandi et qu’on n’a plus besoin de ménager, parce que leur foi est adulte (1 Corinthiens 3,2). Pourtant ici, on ne part pas de l’idéal de l’adulte, le lait est ce breuvage heureux et doux qui permet à l’enfant de grandir, lui n’est pas gêné d’être un petit, puisque telle est sa situation présente. Le lait est celui de la Parole, pas seulement la Parole biblique, mais cet apprentissage de la connaissance de Dieu qui s’opère dans le sein de l’Eglise. Par sa liturgie, par l’éclat des fêtes, par ses usages, par l’apprentissage de la vie communautaire, par le témoignage des saints, par l’exemple de nos frères, elle nous apprend tant de choses, presque insensiblement… Elle est le milieu vital de notre croissance. C’est pourquoi ceux qui, malheureusement, ayant reçu les sacrements de l’initiation, ne vivent plus guère à son contact, ont bien peu de chance de voir se développer les germes de salut déposés en eux. Mais ceci est vrai de nous tous, en ce sens nous avons tous besoin de ce lait que nous dispense notre Sainte Mère l’Eglise.

 

Comme des enfants nouveaux-nés… C’est ce que nous serons jusqu’au bout. Alors soyons avides !

 Michel GITTON

 

 

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