Quand l’hypocrisie bat son plein, il faut le rappeler avec soin

(du Blog de Greg
 
Alors que les yeux du monde catholique occidental sont rivés sur le Saint Siège et attendent un signe sur soit disant la langue liturgique du rite de la célébration de la messe selon les uns, la libéralisation de l'usage de l'ancien missel selon les autres, il convient de rappeler certaines choses que bien hypocritement beaucoup ommettent de citer, à commencer par nos médias, mais pas seulement, également par toute une légion de fidèles plus ou moins désireux de réclamer comme un dû un livre liturgique ancien (qui n'est pas un rite, je le rappelle), ou encore par des prêtres qui ne comprennent pas les évolutions souhaitées par le Saint Siège et qui commencent déjà par émettre des menaces. Bien évidemment, nous ne savons pas exactement ce qui ressortira du texte du Très Saint Père et les spéculations peuvent suivre leur cours et dévaster tranquilement les consciences des fidèles. Aucun attachement, aucune obéissance, aucune humilité ne leur permet de lutter contre un système manquant foncièrement de sensus ecclesiae, d'un côté comme de l'autre d'ailleurs. Il y a pourtant une troisième voie. Celle de l'Eglise.
 

Saint Benoît de Nursie reçoit le futur saint Maur (abbaye du Saint-Sépulcre, Cambrai)Si SS le Pape Benoît XVI souhaite libéraliser l'usage de la forme ancienne du rite romain que l'on nomme Missel de Saint Pie V, rite traditionnel, rite de Saint Pie V, VOM ou je ne sais quel autre vocable pour lesquels les milieux traditionalistes ont un goût profond, ce n'est sans doute pas de leur fait pas plus que par leur action. C'est sans doute plus que dans sa grande bonté Notre Très Saint Père a souhaiter ramener en pleine communion avec la chaire de Saint Pierre les fidèles noyés sous des tonnes d'arguments qui vont de "c'est plus traditionnel et plus pur que l'ordo missae actuel", en passant par "l'ancien missel n'a pas été explicitement révoqué" ou encore, "le missel actuel comporte de nombreuses erreurs théologiques" qui est sans doute la forme la plus grave de contestation du Magistère et qui mérite d'être démenti et critiqué à tout prix. Sa grande bonté est de voir revenir en pleine communion avec lui nombre de fidèles qui se sentent exclus mais qui en fait s'excluent d'eux même puisqu'ils se croient à part, détenant de leur côté sans doute plus que le reste du monde ce morceau de liturgie auxquels ils s'accrochent quitte à en mourir. Pour reprendre un titre connu, "l'Eglise est affligée" et n'y ajoutons pas plus. Si l'Eglise a permis la messe indultère, pourquoi est-ce à votre avis ? Si par la voix de SS le Pape Benoît XVI elle l'autorisera encore ? Pourquoi ? Il est bon qu'elle le soit, mais n'oublions pas le pourquoi qui réside seulement dans la difficulté que nous avons de nous adapter et à la souffrance que nous éprouvons…

{mos_fb_discuss:1}

Pour connaître ces hommes et ces femmes et être ami avec nombre d'entre eux, je comprends bien la souffrance qu'ils éprouvent. Quand on voit ce que peut donner l'application des directives conciliaires dans beaucoup de paroisses du monde, et tout particulièrement en France, il y a vraiment de quoi pleurer de chaudes larmes et dire, pardon Seigneur, pardon pour ce manque d'amour, pardon pour ce manque de dignité, pardon pour ce manque de respect. Quelquefois, des messes où le canon est entièrement recomposé par "l'équipe liturgique" en place deviennent même un cauchemard. Il y a parfois de quoi être triste et regretter cette grandeur du canon romain et cette noble révérence qu'avaient nos curés autrefois. Je comprends bien. Mais quoiqu'il en soit, il ne faudrait pas que ceux-ci se trompent de combat. Ils ne devraient pas incriminer le Saint Siège pour ce Saint Concile et lui oter toute inspiration Divine. Car aussi dénué de sens que cela puisse paraître à certains médias, l'Eglise ne peut professer l'erreur. Elle cesserait à l'instant même d'être ce qu'elle est, colonne et appui de la vérité. On peut d'ailleurs lire avec profit l'excellent ouvrage de Soeur Marie-Hélène Deloffre "Confesser l'Eglise – Introduction à l'écclésiologie de Dom Guéranger" qui cite bien opportunement sur l'infaillibilité de l'Eglise le TRP Abbé de Solesmes, restaurateur de l'ordre bénédictin en France: "Quiconque ne reconnait pas l'Eglise pour infaillible doit, s'il est conséquent avec lui même, admettre que le Fils de Dieu a été impuissant à remplir sa promesse, et que l'Esprit de vérité n'est qu'un esprit d'erreur." Ce serait donc un grand danger pour l'âme humaine que de raisonner ainsi. En croyant renier l'Eglise, l'homme renierait Dieu lui même. C'est en substance ce que disait aussi Saint Cyprien en des mots différents dans "De Catholicae Ecclesiae Unitate".

Pour avancer d'un autre côté, il faut dire aussi que l'hypocrisie qui consiste à dire que la messe en latin est aujourd'hui interdite nous est bien connue. Elle est issue de la confusion qui suivit l'application du Saint Concile qui évoquait le fait que l'usage des langues des différents pays dans lesquels s'appliquerait le Missel dit de Paul VI était autorisé si et seulement si on ne pouvait pas faire autrement pour développer la conscience liturgique des peuples ainsi que leur participation "active". Un mot sur lequel les argumentations achoppent souvent à cause du sens dévoyé qu'il porte aujourd'hui. Mais plus loin encore, je dirais même par provocation qu'on ne peut pas faire autrement puisque plus personne ne veut apprendre un mot de latin et qu'une chape de plomb c'est abbatue sur ceux qui osent encore célébrer ou participer à la célébration du Saint Sacrifice de la Messe en langue latine. Il n'empêche, n'en déplaise à ses détracteurs comme à ses récupérateurs, que le latin est la langue officielle de l'Eglise Catholique Romaine et que ne serait-ce déjà que par obéissance nous devrions faire des efforts pour intégrer dans nos liturgies auto-fabriquées un peu plus de latin, d'abord progressivement par les chants liturgiques, et ensuite en l'enseignant de façon répandue. Pour ce qui est maintenant de notre petit confort personnel et de notre maigre connaissance de la liturgie, il faut avoir l'humilité et l'obéissance de les remettre en cause pour que rien ne soit ajouté ou retranché de ce que demande l'Eglise et de ce qu'elle autorise car se croire plus avisé qu'elle et plus savant qu'elle est signe que l'on n'a pas forcément tout compris. Et si ses demandes nous semblent contraires, difficiles à exécuter, ou même impossibles, nous pourrons nous rappeler ce que disait Saint Benoît au chapitre LXVIII de sa Règle qui nous rappelant la nécessité de notre obéissance héroïque nous dit: "Quod si post suggestionem suam in sua sententia prioris imperium perduravit, sciat junior ita sibi expedire et ex caritate confidens de adjutorio Dei, obediat. " – Dans le cas où, après cette suggestion, le supérieur maintiendrait son ordre, l'inférieur saura que la chose lui est bonne et il obéira par amour, confiant en l'aide de Dieu.

A titre de conclusion, je pense que nous avons tous les éléments pour répondre sereinement à l'appel du Christ relayé par la Sainte Eglise et à la fréquenter dans la liturgie tous les dimanches. Nous ne devons pas nous soucier de ce que nous demande l'Eglise mais l'exécuter aussitôt nous rappelant l'obéissance héroïque de Saint Maur sauvant Saint Placide de la noyade dont l'obéissance héroïque au saint patriarche des moines lui valu d'accomplir le miracle de marcher sur l'eau. Moi j'accueillerais avec un grand empressement les décisions du Saint Père, et s'il vous plait, au nom de la charité, ne dites pas n'importe quoi. Il y a bien une troisième voie, celle de l'Eglise et peut être est-il grand temps d'écouter sa "voix" justement, sans préjugé, sans avis politique, par obéissance et humilité, simplement.

{mos_fb_discuss:1}

Laisser un commentaire