Quand le sacré devient profane et que le profane devient sacré

QUAND LE SACRE DEVIENT PROFANE ET QUE LE PROFANE DEVIENT SACRE.

L’Auteur de cette analyse est Dom Karl Wallner o.cis., Recteur de l’Université Pontificale d’Heiligenkreuz (AU) et directeur national de Missio pour l’Autriche. Les lignes qui suivent sont extraites de son allocution donnée lors de la session de l’Académie Internationale qui s’est tenue le 31 aout 2016 à Aigen.


On retrouvera l’original de cet article en Anglais sur le site : https://sicutincensum.wordpress.com
Cet article est paru auparavant en français (Traduction MH / APL) sur Proliturgia.


 « Au cours des dernières décennies, le culte catholique, l’art et l’architecture qui lui sont attachés, ont été l’objet de transformations que beaucoup ont éprouvé comme une perte de dignité et de sacralité. Parallèlement, dans le monde du sport et du show business, il est devenu courant de trouver de somptueuses mises en scène qu’on peut qualifier de “rituelles” : et le public aime ça ! De quoi méditer sur un phénomène qui place l’Eglise devant un défi d’importance.

Ces transformations qui ont affecté la liturgie catholique, son art et son architecture, ont souvent été ressenties comme une véritable rupture, parfois même comme la disparition de toute idée de dignité et de sacralité. Dans les années 1970 cette “désacralisation”, qui avait provoqué à l’époque de longs débats théologiques, était même devenue un passage obligé devant mener à la modernisation de l’Eglise. En face de la “désacralisation” menée à l’intérieur de l’Eglise, se trouve un autre phénomène que j’ai pu expérimenter moi-même lors de mes contacts avec le monde profane du show business. Une sorte de “sacralisation”, de ritualisation de la chose profane, une promotion du non-religieux au grade d’objet de culte. Dans les coulisses d’une émission télévisée à laquelle j’avais été invité, j’ai pu observer combien toute la “dramaturgie” d’une telle production était réglée, jusque dans les moindres détails, de façon à ce que le téléspectateur, depuis son fauteuil, puisse participer à une sorte de “grand–‐messe pontificale du divertissement”.

Il y a quelques années, à la suite de la célébration d’un office de Vigile avec les jeunes, j’ai vécu une expérience qui m’a profondément marqué et s’est révélée être pour moi une vraie clé de compréhension. Je dois préciser que chez nous, à Heiligenkreuz, nous organisons depuis 20 ans des moments de prières pour les jeunes de 15 à 28 ans. Vu que la plupart des jeunes de cet âge vivent déjà dans une sévère sous–‐culture de tout ce qui touche au catholicisme, et qu’il leur faut commencer par apprendre ce qu’est la prière et l’adoration, ces vigiles représentent un véritable défi. C’est pourquoi aussi nous nous refusons à envisager de célébrer avec eux une messe : il nous faut d’abord rendre ces jeunes gens capables d’accueillir le mystère eucharistique. Avant toute chose ils ont besoin d’avoir une relation personnelle à Jésus‐Christ. La liturgie catholique offre pour cela tout un éventail de possibilités, tout un répertoire sacré, capable de créer une ambiance permettant aux jeunes d’ouvrir à ce point leur cœur qu’ils puissent être touchés par la présence de Dieu. Concrètement, voilà ce qui se passe chez nous : la lumière est atténuée dans la nef de l’église ; nous chantons beaucoup, surtout des hymnes de louange ; la procession d’entrée se fait à partir de la pénombre moyenâgeuse du cloître, à la lumière de cierges, en récitant une dizaine de chapelet ; le Saint Sacrement, dans l’ostensoir, est fortement illuminé, de manière à constituer un point central, majestueux et étincelant, attirant le regard de quelques 300 jeunes à genoux, priant et adorant ; les cloches sonnent à toute volée pendant que le prêtre bénit la foule ; le célébrant porte un velum solennel ; les acolytes se prosternent avec un ordre parfait. Bref, nous utilisons toutes les ressources que nous offre la liturgie catholique sur le plan de la dramaturgie. Et, bien sûr, nous offrons beaucoup d’encens… La vue, l’ouïe, les chants, l’odeur de l’encens, les gestes et les attitudes… etc. deviennent ici autant d’instruments concrets permettant l’ouverture des âmes. Remarquons que l’encens n’a pas pour seul effet de flatter l’odorat : il donne aussi de la visibilité à l’espace : il s’élève, en effet, produisant ainsi une sensation de hauteur, d’élévation, de bien–‐être, de solennité.

C’est dans ce contexte que s’inscrit l’expérience dont je parlais : à la fin des Vigiles, un de ces jeunes totalement inculte vint me voir. Il était profondément bouleversé, rayonnant et enthousiaste. Il me dit : “Père Karl, vos vigiles sont super cool, tellement modernes ! Vous utilisez même des machines à brouillard comme dans les discothèques”. Je pense – et les jeunes ne me démentiront pas – qu’aujourd’hui nous vivons une sorte de retournement de situation : de la désacralisation du monde catholique vers une certaine re-sacralisation, dans le sens d’une nouvelle compréhension de termes comme “culte” ou “célébration” parmi les jeunes générations. Un groupe de musique parvenu au sommet de sa gloire est un “groupe culte”, comme un concert particulièrement réussi est devenu une “grand-messe”. Ce terme, souvent décrié autrefois – et encore toujours évité dans les milieux internes à l’Eglise – est à présent redécouvert de façon quasi-euphorique dans le monde profane. Car on aime la solennité d’un moment. Parce que le monde du business vit de “célébrations” pompeuses et pleines de glamour. Lorsqu’on aime soi‐même la liturgie de l’Eglise, et qu’on la considère comme la consistance même de la vie, comme ici à Heilgenkreuz, où j’ai eu l’honneur d’occuper la charge de cérémoniaire pendant 21 ans, on s’étonne parfois de constater que “les enfants de ce monde sont souvent plus intelligents que les enfants de la lumière”. La dignité, la majesté, la solennité, le sens du rite, toutes ces choses qui allaient de soi dans l’Eglise au cours des siècles passés mais qui ont été gravement négligées depuis les années 1960 dans un mouvement de sécularisation totalement inédit, sont à présent “découvertes” dans le monde profane, et intégrées à ce contexte comme une grande nouveauté. J’ai déjà évoqué ces grands shows télévisés auxquels j’ai pu participer -de gré ou de force parfois -, et que j’ai vécus comme des mises en scène pseudo liturgiques. Ces “liturgies du divertissement” ont pour but de créer des tensions émotives, du bien-être et de l’amusement : c’est à dire un bonheur terrestre fait d’émotions mises en scène. Et on ne lésine pas sur les moyens ! La majesté du lieu, transfigurée par le mouvement de la caméra, la présence d’un “grand pontife” bien connu de tous, la promesse de gains substantiels et de reconnaissance médiatique… On honore le presentateur-vedette comme jadis on honorait le prêtre à l’autel, lorsqu’on lui portait, sur le plan théologique, la révérence due au Christ. Sauf que, dans ce contexte de sacralité profane, cette manifestation s’est transformée en un culte de la personnalité et une affaire de starisation. Expérimenter la notion de sacré, c’est vivre la mise en place d’une séparation, d‘un contraste. Il s’agit d’une notion subjective, d’un sentiment, d’une constante fondamentale de la psychologie humaine. Qui n’a pas senti monter en lui une poussée de respect et d’émotion lors d’un moment musical fort et solennel, dans un espace dont l’architecture se caractérise par la hauteur et la symétrie ? Qui ne s’est pas senti vibrer en participant à une gestuelle codée et inhabituelle, à une manifestation d’unité, de connivence, au sein d’une foule nombreuse ? Le bien–‐être donne alors la chair de poule ! Lars Olaf Nathan Söderblom, un suédois historien des religions, a défini en 1913 le sacré comme “la notion déterminante de toute religion ; elle est plus importante même que la notion de divinité”. L’expérience du sacré est plus fondamentale que la notion de divinité. Cela signifie que la religiosité est constituée en premier lieu par le fait de se laisser toucher par l’existence de quelque chose qui échappe à notre quotidien, par une certaine pureté, une certaine majesté, quelque chose qui force le respect, quelque chose d’inattendu… C’est seulement à partir de ce ressenti que l’homme s’interroge sur l’origine de ce sentiment, sur Dieu. Historiquement parlant, les premières actions à connotation religieuse de l’homme ne s’adressaient pas à un dieu personnel. Elles étaient plutôt le reflet d’un ressenti : se sentir concerné, touché, par une certaine majesté, par ce qui est autre, par ce qui est au–‐ delà des frontières, par ce que nous pouvons appeler un “sacrum”. Cette constante fondamentale du sentiment religieux devra attendre le christianisme pour être purifiée et magnifiée. En effet, dans cette fascination, va soudain se révéler un “Dieu” personnel, une personne qui, en Jesus–‐Christ, aura même une existence concrète, historique auprès des hommes, et qui par l’Esprit Saint habitera le coeur de l’homme. Repetons–‐le : le besoin de se sentir impressionné par quelque chose qu’il ressent comme “sacré”, au point d’en attraper la chair de poule, est fondamental pour l’homme : car l’homme est prédestiné au sacré. Ceci se vérifie aussi par la négative : depuis les années 1980 en effet, nous vivons un déclin dramatique de la foi chrétienne, et plus généralement de la capacité d’établir un dialogue avec un dieu personnel. Une étude datant de 2015 (“Shell–‐Jugendstudie” : une étude publiée en Allemagne auprès de 2500 jeunes de 12 à 25 ans, de tous horizons), menée, non pas par des théologiens voyant la vie en rose, mais par de sérieux sociologues, qualifie les jeunes chrétiens allemands de “païens baptisés”. Cette étude, qui montre une image très réaliste de la situation, n’est pas joyeuse : seuls 35% des chrétiens interrogés disent croire à un Dieu personnel ; seuls 39% pensent que la foi en Dieu a une influence sur leurs choix de vie. Pourtant, si selon les termes de l’étude, on constate une “rupture quasi–‐totale avec la foi chrétienne”, cela ne signifie pas pour autant l’avènement d’un pur et simple athéisme. Ce qui a changé, c’est l’objet de la foi, qui n’est plus Dieu, mais toutes sortes d’autres choses : les vacances, la liberté, l’autonomie, les traditions des fêtes autour de Noël, l’horoscope, la voiture, le club de foot… etc. Les gens n’ont pas cessé d’avoir des comportements religieux, mais voilà, ils ne croient plus en Jesus–‐Christ, ils n’ont plus aucune idée de ce qu’est un sacrement de l’Eglise. En lieu et place d’une relation personnelle à Jesus–‐Christ, comme elle peut se manifester lors d’une adoration eucharistique ou de la méditation de l’histoire du Salut dans les mystères du rosaire, on trouve à présent d’autres exercices de piété religieuse issus des techniques de méditation orientale, de pratiques occultes, de représentations post–‐modernes. Ces pratiques se sont déjà largement répandues dans la société actuelle et bénéficient d’une image très populaire. Je voudrais évoquer ici un exemple de canonisation profane en la personne de Lady Diana. Lors du décès de la princesse de Galles, à 36 ans, à Paris le 31 Août 1997, sa disparition déclencha dans le monde entier un phénomène qu’on pourrait qualifier d’ “euphorie triste”. Le fait qu’il s’agissait d’une personnalité très connue, très engagée dans l’aide aux populations marginales et socialement défavorisées, a conduit à une vague de compassion et de solidarité à un degré jamais atteint auparavant. L’ampleur du travail de deuil ainsi suggéré a eu l’effet de “porter Diana aux nues”. Qui aurait alors osé seulement évoquer, du bout des lèvres, une possible coresponsabilité de la princesse dans l’échec de son couple ? Diana est devenue un mythe, une idole de bonté et de pure compassion humaine. Cette “canonisation” atteint son sommet quelques jours plus tard lorsqu’on apprend la mort de Mère Teresa de Calcutta, une vraie sainte selon l’Eglise cette fois. Les foules ont reçu ce deuxième événement comme une confirmation et une consolation. On se souvient de ces photos suggestives les montrant toutes les deux, côte à côte : deux saintes en plein accord. Comme si le rayonnement de Lady Diana transfigurait le visage fripé de Mère Teresa, comme si la foi chrétienne de Mère Teresa transfigurait les taches sombres dans la biographie de la malheureuse princesse. En ce qui concerne Lady Diana, on peut encore remarquer que le palais où se trouve sa tombe est devenu une espèce de lieu de pèlerinage, où l’on retrouve de nombreux attributs propres aux lieux de pèlerinages chrétiens… avant tout, d’ailleurs, les moins reluisants. Il semble que toute action profane soit susceptible d‘être sacralisée, et l’histoire regorge d’exemples de tels cultes abusifs rendus à des personnes, voire des dictateurs ou des responsables de génocides : on pense bien sûr à l’adulation d’un certain Hitler, aux longues files d’attente devant le mausolée de Lénine, ou plus récemment au comportement grotesque des foules face au dictateur nord–‐coréen Kim Jong Un. C’est pourquoi il nous faut être très prudent. Si dans nos églises nous ne cultivons plus les notions de sacré, de dignité, si nous oublions le “tremendum” et le “fascinosum”, il faudra nous attendre à ce que la psychologie humaine aille chercher ailleurs de quoi satisfaire son besoin de trembler devant une majesté. Si nous dégradons nos célébrations liturgiques au rang de simples cérémonies mondaines, si nous les banalisons, il ne faudra pas nous étonner de voir les gens satisfaire ailleurs leur besoin inné de lieux sacrés, de rites sacrés, de symboles sacrés, de textes sacrés et de personnes à vénérer. Je voudrais évoquer ici un souvenir personnel.

 Il se trouve qu’il y a quelques semaines, je me suis retrouvé par hasard en possession d’un billet d’entrée pour l’inauguration du nouveau stade de Vienne‐Hütteldorf, le Rapid-Stadion. De toute ma vie je n’avais jamais assisté à un match de football ; j’étais seul, et je fus pris d’angoisse à l’idée de profiter effectivement d’une telle occasion. Je fus tenté de ne pas y aller. Mais je laissais consciemment monter en moi ces sentiments, comparant cette expérience à celle d’une personne confrontée à l’idée d’entrer pour la première fois dans une église pour participer à un office. Je voulais ressentir cette véritable peur qui pouvait submerger certaines personnes au moment d’entreprendre une action inhabituelle pour elles, de rencontrer des usages et des attitudes inconnus, la peur de se faire remarquer… D’assister à ce match représentait aussi pour moi une sorte d’expiation : mon père, décédé aujourd’hui, était un fan enthousiaste de l’équipe du Rapid, et je me devais d’y aller, en sa mémoire, en quelque sorte. Ce fut formidable : j’ai vécu là une liturgie profane fascinante. Le match lui-même, une rencontre amicale contre Chelsae, ne fut bientôt plus qu’un prétexte. Une véritable liturgie prit le dessus, avec des chants, des applaudissements rituels, des mouvements de foule coordonnés, l’agitation de l’écharpe verte du club. Mais ce qui m’a le plus impressionné, ce fut une action qu’on aurait dite inspirée par l’épiclèse liturgique. Au cours de la 75e minute, commença ce qu’ils appellent “le quart d’heure Rapid”. J’ai su grâce à Wikipedia que cette tradition existe depuis 1910. En quoi consiste-elle ? Tous se lèvent, étendent leurs mains en avant, les paumes vers le bas, comme le prêtre lorsqu’il appelle l’Esprit Saint sur le pain et le vin au moment de la consécration. A ce moment-là, un bourdonnement, un grommellement rythmique monte des gradins où se pressent les 28.000 spectateurs, s’amplifie, tandis que les mains s’animent d’un tremblement. J’ai immédiatement pensé : “Viens, saint esprit du football”. Puis la tension s’est brusquement relâchée, des applaudissements enthousiastes ont mis le feu au stade. Il m’est venue aussi l’idée, durant ce match, qu’il était dommage que l’Eglise d’Autriche n’organise pas au moins fois par an une grande fête publique dans un cadre profane. Une sorte de témoignage de la présence chrétienne hors des églises et des sacristies. Les églises évangéliques et les témoins de Jéhovah ont l’habitude de ce type de manifestations. Plus proche de nous, l’origine des processions de la Fête–‐Dieu se trouve bien dans une volonté de rendre compte de notre vénération du Saint Sacrement en le portant à travers les rues de la ville, à travers champs, et dans tous les lieux de notre vie de tous les jours.

Même si dans ce texte je n’ai pas la prétention d’apporter une argumentation exhaustive, je pense pouvoir affirmer qu’il existe bien une corrélation entre “une profanation du sacré” et “une sacralisation du profane”. L’homme, ouvert à la transcendance, a besoin de “tremendum” et de “fascinosum”. Si la religion ne lui procure plus de frissons, il se mettra à sacraliser son environnement profane, à idolâtrer n’importe quoi. Il me vient ici une parole forte du Saint Curé d’Ars : “Laissez une paroisse sans prêtre durant vingt ans, et on y adorera les animaux.” Et je serai tenté de poursuivre : “Privez l’homme du respect dû aux choses sacrées, tel que la liturgie devrait l’exprimer, allégez le service sacré dû à la divinité insondable jusqu’à en faire un simple service rendu à l’humain, et vous verrez les fidèles fuir les prêtres, se tourner vers les druides et les shamans et adorer les étoiles et les animaux comme leurs dieux.” Mais ne sommes–‐nous pas un peu responsables de ce qui arrive ? La profanation commence en effet lorsque nous–‐mêmes ne respectons plus les choses saintes. Il est évident pour tout le monde que l’on se déchausse pour entrer dans une mosquée, et que l’on y respecte le silence, ou bien que l’on porte une kippa dans une synagogue : mais une église catholique n’est pas plus respectée qu’un musée quelconque ! Tout commence lorsque nous–‐mêmes ne croyons pas nécessaire de faire une génuflexion devant le Saint Sacrement, qui n’est pas comme dans d’autres religions une notion abstraite, mais une réalité sacramentelle bien concrète. Lorsque dans les églises nous bavardons comme des païens.

Qu’on en fasse l’expérience en visitant coup sur coup la cathédrale Saint–‐Etienne de Vienne, puis le musée historique de la ville : ici, du sacré profané et là, du profane sacralisé. On me dira sans doute : oui, de lourdes erreurs ont été commises dans notre Eglise catholique ; l’air du temps nous a poussé vers une certaine désacralisation et a favorisé l’avènement de nouvelles religiosités païennes. Mais je répète encore une fois cette lapalissade que j’ai déjà citée : là où la foi reçue de Dieu est mise à la porte, la superstition rentre par la fenêtre. J’ai bien peur que la théologie démythifiée, l’art et la liturgie désacralisée que nous subissons depuis quelques décennies, se soient souvent en quelque sorte auto-exclus. Si nous ne sommes plus capables, à travers l’art sacré et la liturgie, de transmettre la réalité de l’avènement de Dieu dans la vie de l’homme, alors celui–‐ci se fabriquera des ersatz. Si nous ne transmettons plus à l’homme le don sacré qui lui permette de rencontrer ce Dieu qui en Jésus-Christ s’est fait à la fois si proche et si majestueux, alors l’homme se procurera lui-même de quoi se satisfaire. Et il semble qu’il n’y ait rien de profane qui puisse échapper à son désir de sacralité : des idéologies et des patries, des Führer et des stars, des shows et des rituels… tout ce qui passe se pare soudain de sacralité.

Et maintenant ? Que va-t-il se passer ? En tout cas autre chose ! Il n’y a aucun avenir dans l’Eglise pour des rites désacralisés : ils sont déjà dépassés. La jeune génération de séminaristes nous étonne par son attrait pour la solennité : ils apprécient la notion de célébration, ils sont fascinés par l’esthétique des rituels, ils veulent connaître de près les normes liturgiques et les suivre. Et ceci n’est certainement pas un retour en arrière, vers un ritualisme préconciliaire, comme certains le prophétisent, montrant par là qu’ils ne savent pas reconnaître les signes des temps. La jeunesse croyante, née bien après la fin de l’époque préconciliaire, est en train de reconquérir en toute liberté – et sans doute guidée par l’Esprit Saint – cette sacralité, qui s’avère constitutive de l’essence même du christianisme. Ces jeunes sont exempts de toute idéologie, contrairement à ceux qui ont connu les années 68. Ils accordent une grande valeur à la notion de sacré parce qu’ils ont reconnu instinctivement que c’est grâce à elle qu’ils ont une possibilité concrète de s’approcher du Dieu Saint fait homme : grâce à une liturgie majestueuse, de la musique sacrée, des hymnes de louange, des rites fiables, une architecture s’ouvrant vers le ciel et un art parlant de transcendance. »

Trad. MH/APL

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