Prix de Lubac : une thèse de théologie récompensée sur l’ecclésiologie, Vatican II et la pensée du

… et la pensée du Cardinal Journet.

 

Chacun a pu suivre la récompense attribuée à une religieuse apostolique de Saint Jean, Sœur Alexandra Diriart, annoncée sur Zénit

ROME, Mercredi 14 avril 2010 (ZENIT.org) – Soeur Alexandra Diriart, religieuse apostolique de la Communauté Saint-Jean, professeur de théologie sacramentaire à l’université pontificale du Latran (à l’Institut Jean-Paul II) est la lauréate du « Prix de Lubac » 2010.

Le prix, qui en est à sa sixième édition, lui a été remis aujourd’hui à Rome, à l’ambassade de France près le Saint-Siège par le président du jury, le cardinal Paul Poupard, président émérite du conseil pontifical de la Culture, en présence de l’Ambassadeur de France près le Saint-Siège, M. Stanislas de Laboulaye.

La thèse s'intitule : « L'Inséparabilité du Christ, de l'Esprit Saint et de l'Eglise dans l'unique mission de salut ». Elle a été soutenue en mars 2009. Sr Alexandra a confié à Zenit qu'elle avait eu l'intuition de ce travail alors qu'elle écrivait son mémoire sur le cardinal Journet et qu'elle a lu le bilan de l'interprétation de « Lumen Gentium » fait en l'An 2000 par le cardinal Joseph Ratzinger.

Le futur pape diagnostiquait, explique la lauréate, une « interprétation réductrice » de la constitution sur l'Eglise. Et « en lisant l'ecclésiologie du cardinal Journet », elle a pensé que sa lecture pouvait justement « aider à mieux comprendre les intuitions de Lumen Gentium », sans réduire cette constitution conciliaire sur l'Eglise à sa lecture « sociologique ».

Elle a travaillé sa thèse à l'Angelicum, dirigée par le P. Charles Morerod, dominicain, recteur de l'université Saint-Thomas d'Aquin, et l'été grâce à l'hospitalité des Bénédictins de Saint-Wandrille, qui autrefois avaient aussi reçu le cardinal Henri de Lubac : elle voit dans ce concourt entre un jésuite (de Lubac), un dominicain et les fils de saint Benoît une image de cette communion dans l'Eglise « Corps du Christ ».

 

 

Très intéressant, nous direz-vous, mais quel est le rapport avec le chant grégorien ? Découvrons-le dans le discours prononcé par la lauréate : (les mises en gras sont de nous)

 

À l’occasion du Prix de Lubac 2010

14 avril 2010

 

 

 

 

Éminence,

Monsieur l’Ambassadeur,

Éminents membres du jury,

 

 

 

Dans ses Carnets du Concile, à la date du 5 décembre 1965, Henri de Lubac (1896-1991) note les souvenirs de son déjeuner avec le Pape Paul VI qui l’avait invité. Il écrit notamment, je cite : « [Le Pape nous dit] que Mgr Journet, à l’annonce de son cardinalat, lui a expédié un télégramme pour lui dire son angoisse. »[1] Dans ce fameux télégramme, Journet avait écrit : « C’est l’agonie, l’agonie »[2]. Alors, même si l’on sait que le cardinal Journet (1891-1975) fuyait les honneurs plus que tout, au moment où vous me faites l’honneur de me remettre ce Prix de Lubac, je le reçois avec joie et, rassurez-vous, je ne suis pas à l’agonie, mais au contraire très heureuse.

Je suis heureuse qu’avec ce prix, l’ecclésiologie du cardinal Journet soit elle aussi à l’honneur, car je suis persuadée de son importance aujourd’hui pour la compréhension du mystère de l’Église.

À cette joie, j’associe avec gratitude mon directeur de thèse, le P. Charles Morerod. Non seulement celui-ci m’a fait découvrir et aimer l’œuvre de son compatriote, mais il a accompagné ce travail de façon stimulante, avec une disponibilité et une patience inégalables.

Il peut paraître paradoxal de recevoir le Prix de Lubac pour un travail sur Journet, car on sait que les deux grands théologiens n’ont pas toujours été d’accord. Mais s’il est un thème qui les réunissait, c’est bien celui de l’Église – thème qui a justement fait l’objet de ma thèse. Les deux hommes étaient pleinement épris du mystère de l’Église et en profonde syntonie à cet égard. Lumen Gentium doit d’ailleurs beaucoup à leurs travaux, aussi bien de l’un que de l’autre.

Je terminerai par une petite anecdote qui, aujourd’hui, prend une signification touchante. Lorsque j’ai commencé ma thèse, l’abbaye bénédictine de Saint-Wandrille, qui offrait la bourse d’études de ce doctorat à ma Congrégation, m’avait proposé l’hospitalité pour les mois d’été, me permettant ainsi de fuir la chaleur romaine tout en ne perdant pas le rythme de travail. Et pour rendre l’offre plus attrayante encore, le frère cellérier m’avait vanté les mérites de la bibliothèque de Saint-Wandrille et il avait ajouté encore un autre argument : le cardinal de Lubac, m’expliquait-il, avait souvent pris ses quartiers d’été à l’abbaye de Saint-Wandrille pour y travailler dans le calme de la vallée de Fontenelle tout en jouissant de la belle liturgie grégorienne des moines[3]. Trois étés durant, lors de mes séjours studieux dans cette belle abbaye normande, je ne pouvais m’empêcher de penser au Père de Lubac. Vous comprendrez donc qu’après avoir travaillé cette thèse dans un cadre familier au cardinal de Lubac, je sois heureuse de recevoir un prix qui porte son nom.

Alors, je vous remercie de tout cœur et forme les meilleurs vœux pour vos propres travaux au service ou au contact de l’Église.

 

Sr Alexandra Diriart


[1]      H. de Lubac, Carnets du Concile, II, Cerf, Paris, 2007, 5 décembre 1965, pp. 479-480.

[2]        Ch. Journet, Télégramme à Paul VI, 25 janvier 1965, in Ch. Journet / J. Maritain, Correspondance (1965-1973), vol. VI, Éditions Universitaires – Fribourg (Suisse) / Éditions Saint-Paul – Paris, 2008, p. 926.

[3]        Henri de Lubac a effectué quatre longs séjours à l’abbaye de Saint-Wandrille : du  29 juillet au 2 septembre 1983, du 15 juillet au 17 août 1984, du 8 juillet au 16 août 1985 et du 30 mai au 1er juillet 1986.

 

 

 

 

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Abbaye Saint Wandrille de Fontenelle : le sanctuaire surélevé, de l'abbatiale et son éclairage si particulier.
 
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Abbaye Saint Wandrille de Fontenelle : vénération des reliques. Très ancienne abbaye normande, (fondée en 649), relevée dans la Congrégation de France (devenue Congrégation de Solesmes) en 1894, par dom Joseph Pothier, qui est le maître d'oeuvre du Graduale Romanum, le livre de référence toujours en usage (avec un certain nombre de modifications concernant l'ordo) pour les chants de la Messe pour l'ensemble du monde catholique de rite romain. Le monastère possède les reliques d'un de ses anciens abbés : Saint Wulfran, qui sont ici vénérées à l'occasion de la bénédiction abbatiale du TRP Dom Jean-Charles Nault, 82ème abbé.

 

 

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A Saint Wandrille : office des vêpres, encensement au Magnificat.

 

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