Présentation du Seigneur

Etude des textes et des chants de la Messe dans le cadre d’une cathéchèse par la Liturgie.

Dans l’Evangile, le temple est souvent considéré comme étant l’homme en utilisant l’image du Temple de l’Esprit. La présentation de Jésus au temple Juif est également la présentation à Syméon qui le révèle (présente) aux hommes (temple de l’Esprit) comme le Messie de Dieu, le Sauveur. D’autre part, la présentation au temple et l’intervention de l’Esprit Saint par la bouche Syméon sonne comme un répons au baptème du Christ par Jean-Baptiste où ce dernier annonce la venue de Notre Seigneur et Dieu le Père intervient directement pour le confirmer comme son Fils.

Le Cantique de Syméon, (NT2 – Lc 2,29.32), le Nunc Dimitis, résonne avec une ampleur plus forte qu’une simple bénédiction faite par un sage. Et le thème de la lumière et de la vision, inspiré à Syméon, a suscité cette célébration des lumières et des cierges, la chandeleur. Dans cet article, je me suis attaché à suivre la célébration chronologiquement pour montrer l’importance de chaque chant et chaque oraison, la place qu’ils occupent qui n’est pas du au hasard mais qui met en valeur le message de Dieu. La liturgie est une affaire d’extériorisation, de perception sensible permettant ensuite d’intérioriser le message de Dieu et du salut.

 

1.     La Procession

La célébration de la présentation au temple commence par une procession de lumière où chacun porte un cierge, symoble du Christ qui vient à la rencontre des Hommes et leur indiquer le chemin du salut.

Antienne pour la bénédiction des cierges : Is 35,4-5

Ecce Dominus noster cum virtute veniet, ut illimuninet oculos servorum suorum, alleluia.

Voici que le Seigneur va venir avec puissance pour illuminer les yeux de ses serviteurs, alleluia.

Dans la continuité de la nativité, la liturgie nous donne de suivre le thème du Christ, Lumière qui se révèle aux nations. Déjà la Messe de la nuit de Noël développait cet aspect de la révélation, cette venue du Seigneur en notre chair pour éclairer nos ténèbres.

Aujourd’hui, dans la célébration de la présentation au temple, ce thème de la lumière est repris et approfondi. En effet, il est dévellopé afin de nous donner de comprendre qu’il s’agit de la lumière dont il faut éclairer nos vies afin d’obtenir le salut et la vie du monde à venir.

C’est que dit la prière de bénédiction des cierges :

Deus, omnis luminis fons et origo, qui iusto Simeoni Lumen ad revelationem gentium hodie demonstrasti, te supplices deprecamur, ut hos cereos, sanctificare tua benedictione digneris, tuae plebis vota suscipiens, quae ad tui nominis laudem eos gestatura concurrit, quatenus per virtutum semitam ad lucem indeficientem pervenire mereatur.

Dieu qui es la source et l’origine de toute lumière, toi qui as montré au vieillard Syméon la lumière qui éclaire les nations, nous te supplions humblement : que ta bénédiction sanctifie ces cierges ; exauce la prière de ton peuple qui s’est ici rassemblé pour les recevoir et les porter à la louange de ton nom : qu’en avançant au droit chemin, nous parvenions à la lumière qui ne s’éteint pas.

De plus, elle fait déjà référence à Syméon, vieillard à qui Dieu à promis de voir son Messie, le Christ. Et c’est ce dernier qui nous donne le lien entre Notre Seigneur Jésus et la Lumière de Dieu.

C’est pourquoi la procession commence par les paroles mêmes de Syméon :

Antiennes pour la procession : Lc 3,32

Cette procession est une introduction à la Messe que nous allons célébrer. Elle nous permet de nous préparer à vivre et à entendre le message particulier de Dieu lors de la présentation de son Fils au temple.

Antiennes pour la procession :

Lumen ad revelationem gentium : et gloriam plebis tuae Israel.

Lumière qui se révèle aux nations et donne gloire à ton peuple Israël.

Adorna thalamum tuum, Sion : et suscipe Regem Christum.

Orne ta chambre nuptiale Sion, pour y recevoir ton roi, le Christ.

Amplectere Mariam : quæ est cælestis porta. Ipsa enim portat Regem gloriæ, novi luminis. Subsistit Virgo adducens manibus filium, ante luciferum genitum.

Attache-toi à Marie : elle est la porte du ciel : c’est elle qui porte le roi de gloire, la lumière nouvelle ; elle reste vierge, elle qui tient entre ses mains ce Fils né avant l’étoile du matin.

Quem accipiens Simeon in ulnas suas prædicavit populis : Dominum eum esse vitæ et mortis, et salvatorem mundi.

Syméon le reçut dans ses bras, et anonca aux peuples qu’il est le Seigneur de la vie et de la mort et le Sauveur du monde.

Responsum accepit Simeon a Spiritu sancto : non visurum se mortem nisi videret Christum Domini. Et cum inducerent puerum in templum, accepit eum in ulnas suas, et benedixit Deum, et dixit : Nunc dimittis servum tuum, Domine, secundum verbum tuum in pace.

Syméon avait reçu de l’Esprit Saint, qu’il ne verrait pas la mort avant d’avoir vu le Messie du Seigneur. Et comme ils apportaient l’enfant au Temple, il le prit dans ses bras et bénit Dieu en disant : « Maintenant ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix.

Les différentes antiennes nous rappellent le temps de l’avent qui s’est teminé et celui de Noël avec les mystères qu’il contient : lorsque nous chantons Marie, nous utilisons le temps présent afin d’exprimer la continuité de son état de Vierge Sainte et de Mère de Dieu. Par contre, durant ce temps de procession, les références à Syméon se font au passé et parlent des promesses que Dieu lui fit.

Ce temps de préparation est également marqué par le répons qui termine la procession. Ce chant rappel le passage de l’Ancienne Alliance avec tous les sacrifices demandés pour Dieu et nous met en évidence que le Christ est devenu la victime parfaite qui n’appelle plus d’autre sacrifice pour la suite des temps.

Répons durant la procession :

Obtulerunt pro eo Domino par turturum ; aut duos pullos columbarum. Sicut scriptum est in lege Domini. Postquam impleti sunt dies purgationis Mariæ : secundum legem Moysi. Tulerunt Jesum in Jerusalem : ut sisterent eum Domino.

Ils offrirent pour lui au Seigneur le couple de tourterelles ou les deux petites colombes prescrits par la loi du Seigneur. Lorsque furent accomplis les jours de la purification de Marie, selon la loi de Moïse, ils portirent Jésus à Jérusalem pour le présenter au Seigneur.

2.     La Messe

Ouverture

Après cette préparation, nous pouvons entrer dans le mystère de cette Messe « de la lumière de Dieu ». Ce thème de la lumière est une continuité de la Messe de Noël qui a célébrée la venue de cette lumière. Et l’introït fait le lien en reprenant le thème de la venue du Christ, non pas dans le futur, mais au présent car Il est né.

Introït : Cf. Mal 3,1 ; 1Par 29,12 ; Ps 71, 1.10.11

Ecce advenit dominator Dominus : et regnum in manu eius, et potestas, et imperium. Deus, iudicium tuum regi da : et iustitiam tuam filio regis.

Voici que vient le Seigneur souverain ; il tient en main la royauté, la puissance et l’empire. Dieu, donne ton jugement au roi et ta justice au fils du roi.

Le Christ qui vient et le rappel des sacrifices de l’Ancienne Alliance nous préparent déjà au plus grand mystère de la Messe, l’Eucharistie.

Afin de recevoir pleinement tous les bienfaits de ce sacrement et de pouvoir entendre la Parole de Dieu, la liturgie nous donne de demander le pardon de nos fautes par la préparation pénitentielle. Cette préparation personnelle est soulignée très fortement par la collecte qui la compare à une purification. Le texte est très fort puisque, juste avant la liturgie de la Parole, il demande à Dieu de nous accepter grâce à cette « purification ».

Collecte :

Omnipotens sempiterne Deus, maiestatem tuam supplices exoramus, ut, sicut unigenitus Filius tuus hodierna die cum nostrae carnis substantia in templo est praesentatus, ita nos facias purificatis tibi mentibus praesentari.

Dieu éternel et tout-puissant, nous t’adressons cette humble prière : puisque ton Fils unique, ayant revêtu notre chair, fut en ce jour présenté dans le temple, fais que nous puissions aussi, avec une âme purifiée, nous présenter devant toi.

3.     Liturgie de la Parole

La justesse des versets choisis pour le graduel ne peut se comprendre et s’apprécier qu’à la lecture des textes du jour, qui eux-mêmes sont extrèmement liés à l’Evangile de la présentation de Jésus au Temple. Le verset du graduel en particulier, confirme la première lecture, tirée du livre de Malachie. Car cette lecture peut être interprétée comme une annonce ou de Jean-Baptiste, ou de Syméon, car elle parle d’un messager. Elle parle également de la venue du Christ au sanctuaire, qui pourrait être interprété comme étant le Temple. Ce qui renforce cette fête de la présentation de Jésus au temple Juif et également, par l’action de Syméon, au Temple de l’Esprit, c’est-à-dire l’Homme.

Graduel : Ps 47, 10.11

Suscepimus, Deus, Misericordiam tuam in medio templi tui ; Secundum nomen tuum, Deus, Ita et laus tua in fines terrae. Sicut audivimus, Ita et vidimus in civitate Dei nostri in monte sancto eius.

Nous avons reçu, ô Dieu, ta miséricorde au milieu de ton temple ; comme ton Nom, ô Dieu, ainsi ta louange couvre l’étendue de la terre. Ce qui nous avait été annoncé, nous l’avons vu dans la cité de notre Dieu, sur sa montagne sainte.

L’acclamation de l’Evangile nous révèle la réalité de la rencontre entre Jésus et Syméon : même s’il est encore un enfant que l’on porte dans ses bras, c’est bien lui le Fils de Dieu qui va nous conduire vers la vie éternelle et nous donner l’exemple de sa vie sur Terre, message arrivé jusqu’à nous par les Evangiles.

Alleluia :

Senex puerum portabat : puer autem senem regebat.

Le vieillard portait l’enfant ; mais l’enfant conduisait le vieillard.

4.     Liturgie de l’Eucharistie

Au début de l’Eucharistie, après l’offertoire et la préparation des dons, le prêtre nous invite à prier le Seigneur avec lui :

Prières sur les offrandes :

Gratum tibi sit, Domine, quaesumus, exsultantis Ecclesiae munus oblatum, qui unigeitum Filium tuum voluisti Agnum immaculatam tibi offerri pro saeculi vita.

Ecoute notre prière, Seigneur : et pour que soit digne de Toi l’offrande placée sous Tes regards, accorde-nous le soutien de Ton amour.

Dans le début de la liturgie de l’Eucharistie, la prière sur les offrandes fait référence au répons qui la précède immédiatement. Cette référence ne se comprend que si l’on considère la version latine de ce répons :

Orate, fratres, ut meum ac vestrum sacrificium acceptabile fiat apud Deum Patrem omnipotentem. Suscipiat Dominus sacrificium de manibus tuis ad laudem et gloriam nominis sui, ad utilitatem quoque nostram totiusque Ecclesiae suae sanctae.

Priez mes frères : afin que mon Sacrifice,qui est aussi le vôtre, soit agréé par Dieu le Père tout-puissant. Que le Seigneur reçoive de vos mains un Sacrifice à la louange et à la gloire de Son Nom, pour notre bien et celui de toute Sa Sainte Eglise.

La préface parle d’elle-même et « paraphrase » le message de Syméon en cette fête de la présentation au temple pour le mettre en évidence par des mots simples.

Vere dignum et iustum est, aequum et salutare, nos tibi semper et ubique gratias agere : Domine, sancte Pater, omnipotens aeterne Deus. Quia coaeternus hodie in templo tuus Filius praesentus gloria Israel et lumen gentium a Spiritu declaratur. Unde et nos, Salutari tuo in gaudiis occurentes, cum Angelis et Sanctis te laudamus, sine fine dicentes…

Vraiment il est juste est bon de te rendre gloire pour t’offrir notre action de grâce, toujours et en tout lieu,àtoi, Père très saint, Dieu éternel et tout-puissant. Aujourd’hui, ton Fils éternel est présenté dans le temple, et l’Esprit Saint, par la bouche de Syméon, le désigne comme la gloire de ton peuple et la lumière des nations. Joyeux nous aussi d’aller à la rencontre du Sauveur, nous te chantons avec les anges et tous les saints, et déjà nous proclamons…

Le chant de communion, reprennant l’une des antiennes de la procession, nous permet de faire le lien entre la Communion au corps et au Sang du Christ et la promesse de Dieu à Syméon. A nous aussi, il nous est donné de connaître le Christ avant de passer par la mort pour atteindre la vie éternelle.

Chant de communion : Lc 2, 26

Responsum accepit Simeon a Spiritu Sancto, non visurum se mortem, nisi videret Christum Domini.

L’Esprit Saint avait révélé à Syméon qu’il ne verrait pas la mort avant d’avoir vu le Messie du Seigneur.

Le message du chant de communion est confirmé par la prière de post-communion qui met en évidence ce lien entre la présentation de Jésus à Syméon avant sa mort et l’Eucharistie que nous avons reçue aujourd’hui encore au cours de notre vie terrestre.

5.     Post-communion :

Per haec sancta quae sumpsimus, Domine, perfice in nobis gratiam tuam, qui exspectationem Simenonis implesti, ut, sicut ille mortem non vidit nisi prius Christum suscipere mereretur, ita et nos, in occursum Domini procedentes, vitam obtineamus aeternam.

Par cette communion, Seigneur, prolonge en nous l’oeuvre de ta grâce, toi qui as répondu à l’espérance de Syméon : tu n’as pas voulu qu’il meure avant d’avoir accueilli le Messie ; puission-nous aussi obtenir la vie éternelle, en allant à la rencontre du Christ.

Cette fête de la présentation de Jésus au temple est donc une fête importante pour nous Chrétiens. Elle annonce la mission du Christ sur Terre. Pour cette fête, la Liturgie, par le choix des chants grégoriens (donc la Parole de Dieu) et par la composition des oraisons et de la préface, nous enseigne toute l’importance du message inscrit dans les textes de la Messe. Comme nous l’avons, tous ces éléments se comprennent surtout par leur unification au sein d’une même célébration.

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