Préparons-nous au martyre

P. de Plunkett aimerait bien… Mais non. Je crois que l’homélie d’hier soir à la chapelle sixtine montre bien que notre pape ne va pas si facilement pouvoir être classé selon nos critères européens : pour être un pape proche des pauvres, il faudrait être un pape a-liturgique ? C’est une lecture superficielle. Nos commentaires et mises en gras, comme d’habitude.

Le nouveau pape continue à bousculer les traditions liturgiques délibérément, pour faire passer un message essentiel. [Nous avons ici un procédé littéraire dialectique. Pour faire passer un message essentiel, il faudrait « nécessairement » bousculer la liturgie. Cela signifie donc, si on comprend bien le message que fait passer P. de Plunkett (et non le pape)  que la liturgie serait un obstacle à l’essentiel ? Cela paraît plus que discutable… Et tellement contraire aux enseignements des papes qui ont précédé François, bien sûr mais également en contradiction formelle avec Vatican II…] Le protocole voulait qu’il parle assis, mitre en tête et crosse en main ;  le pape François, pour son homélie aux cardinaux dans la Chapelle Sixtine, a parlé sans mitre, sans crosse, et debout à l’ambon comme un simple curé de paroisse. [Ce protocole est applicable si il parle entant qu’évêque de Rome. Or, la messe d’inauguration du pontificat, c’est le 19 mars, pour la S. Joseph. P. de Plunkett n’aura pas remarqué non plus qu’il n’y avait que 6 cierges sur l’autel et non pas 7, comme dans le cas où l’évêque du lieu célèbre pontificalement, et que le pape n’est pas revêtu du pallium… Bref, Patrick, tournez votre langue 7 fois dans votre bouche avant de faire des affirmations aussi tranchées… ] Sa liberté envers les traditions s’était déjà exprimée hier au balcon de Saint-Pierre (voir ce blog : note du 13/03) ; cet après-midi elle s’est exprimée à nouveau, et avec une grande force symbolique. [En vérité, nous nous rendons compte que nous avons un pape jésuite, c’est à dire un pape dont la spiritualité est marquée non pas par la patristique, les usages et la spiritualité la plus ancienne de notre vielle Europe, mais un pape marqué par la devotio moderna du XVIème siècle, la fougue d’un Ignace et d’un François-Xavier. Quelque chose de complémentaire par rapport à Benoît XVI, une même foi, une même énergie, un même attachement à l’authenticité mais qui s’exprime de façon différente. Par ailleurs et par pitié, laissons lui un peu de temps pour enfiler les vêtements du pontife romain. Il était jusqu’à une date récente archevêque d’une grande ville d’Amérique… se déplaçant  en métro. Qu’il y ait un temps d’ajustement – souvenons nous de la tempête qui a soufflé à Rome à l’arrivée de Jean-Paul II… Ca a pas mal décoiffé…  – c’est naturel. ]

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Par ailleurs n’oublions pas une chose essentielle : notre pape est un religieux, pas un membre du clergé diocésain, donc un ascète. En plus de ça il est jésuite. Et les jésuites c’est le seul ordre religieux qui a obtenu du pape à sa création  la dispense de la liturgie communautaire. Il n’a donc aucune éducation à l’ars celebrandi. Concrètement, ce n’est pas qu’il ne veut pas – et apparemment il aura du mal ! – mais il ne sait pas faire. Alors évidemment, après Benoît, qui a écrit et promu les plus belles avancées en matière liturgique au XXème et XXIième siècle, c’est un peu passer au régime sec. On passe concrètement du pure malt 18 ans d’âge au Label 5… On est donc tout à fait en droit de le regretter…

Mais n’oublions pas que lorsque Benoît XVI est arrivé au trône de Pierre, tout le monde aurait voulu qu’il nous fasse du Jean Paul II. Il ne l’a pas fait, et il a fait autre chose. Il a fallu que nous nous y habituions. N’attendons donc pas de François qu’il nous fasse du Benoît ; il nous apportera autre chose   Mais c’est tellement simple pour les chroniqueurs qui ont pignon sur rue de réduire le pape – l’homme – à des catégories… Or je crois que nous allons être très vite dépassés par le réflexes des « petites cases ». François n’est pas l’anti Benoît  Parce que si vous avez écouté son homélie… Elle a exactement les accents de l’homélie du Cardinal Ratzinger lors de la messe de 2005 d’entrée en Conclave. Les mots sont très forts; très simples en même temps, – et du coup – très explicites.

Il cite Léon Bloy (Léon Bloy !!!!) lors de sa première homélie publique  :

Celui qui ne prie pas le Seigneur, prie le diable. Et quand nous ne confessons pas Jésus-Christ, nous confessons la mondanité du diable, la mondanité du démon.

J’ai lu hier un tweet de Samuel Grzybowski qui manifestement fait une erreur complète d’analyse :

« Un pape qui souhaite une bonne après midi, qui fait une blague au moment d’accepter sa charge, qui demande la bénédiction avant de la donner ».

Samuel,  j’ai bien peur que le pape ne rentre pas dans les habits de clown dont les médias cherchent à l’affubler. Il y a comme qui dirait une distance … infranchissable, « dans l’ensemble comme dans le détail » entre les propos… ! C’est même à se demander s’il n’y a pas en quelque sorte une réponse du berger à la bergère. Samuel, j’ai bien peur que le pape François ne soit pas vraiment du style à « coexister »… Avec lui, nous allons nous  préparer au martyre.

Nous pouvons cheminer tant que nous voulons, nous pouvons édifier tant de choses, mais si nous ne confessons pas Jésus Christ, quelque chose ne va pas. (…) « nous deviendrions une pieuse ONG.  (…) Je voudrais que nous tous, après ces jours de grâces, nous ayons le courage, oui le courage, de cheminer en présence du Seigneur, avec la croix du Seigneur, et d’édifier l’Eglise sur le sang du Christ versé sur la croix, et de confesser l’unique gloire, le Christ crucifié. Ainsi l’Eglise peut avancer.

Par ailleurs hier soir, il était visiblement fatigué. Il est entré dans la Sixtine en boitant  Il n’a pas donné la communion, alors qu’évidemment, c’est un signe liturgique très fort. Il était manifestement épuisé. Alors si tous les médias voient en lui un nouveau pape Luciani (Jean – Paul 1er) prions bien que Dieu nous le conserve plus longtemps qu’un mois ! L’Eglise en a besoin.

Allez, pour ne pas finir ce petit billet sur une note trop dramatique, je vais  faire comme notre pape … Citer Léon Bloy :

J’ai l’air de parler à la foule pour l’amuser. En réalité, je parle à quelques âmes d’exception qui discernent ma pensée et l’aperçoivent sous le voile.
Le Mendiant ingrat – 1892-1895, Léon Bloy, éd. Robert Laffont, coll. Bouquins, 1999, p. 78 [dédicace, spéciale Samuel….]

Un des inconvénients les moins observés du suffrage universel, c’est de contraindre des citoyens en putréfaction à sortir de leurs sépulcres pour élire ou pour être élus. Le Président de la République est probablement une charogne.
Quatre ans de captivité à Cochons-sur-Marne, Léon Bloy, éd. Robert Laffont, coll. Bouquins, 1999, p. 468 [dédicace spéciale François, mais… l’autre]

Je suis pour l’intolérance parfaite et j’estime que qui n’est pas avec moi est contre moi.
Le Mendiant ingrat – 1892-1895, Léon Bloy, éd. Robert Laffont, coll. Bouquins, 1999, p. 118 [dédicace spéciale « coexister »]

COMMENTS

  • Jérôme

    Bonjour,

    La parenthèse Benoit XVI est fermée, et la réforme de la réforme liturgie est aux oubliettes. L’apparition à la logia du Saint Père a donné le ton et cette messe n’a fait que le confirmer. Il ne serait pas surprenant que Mgr Marini fasse bientôt ses valises.
    Il vaut mieux se faire à cette idée dès à présent, même si c’est un véritable arrachement.

    Le Saint Esprit semble avoir décidé que la question liturgique n’était plus prioritaire en ces temps qui s’annoncent. Nous aurons tout le temps de le découvrir.
    Comme le dit le Seigneur : « Mes pensées ne sont pas vos pensées ».

    • maire

      Pas forcément, Notre saint Père a peut-être l’humilité de connaître ses limites et de reconnaître les qualités de certains dans ces domaines.
      Probablement ne sera-t-il pas aussi attentif que son prédécesseur : Benoît XVI vérifier lui-même, au début tout au moins, la mise en oeuvre des liturgies papales. Peut-être ce point disparaitra-t-il ans pour autant voir apparaitre un clone de l’ancien Marini ?

  • Bel article, merci ! Oui, je pense que nous joyeusement au martyre ! C’est l’évangélisation en marche.

    Je pense qu’il y aura des surprises et que ceux qui voyaient là le signe du « changement » vous en avoir, mais certainement pas dans le sens qu’ils attendaient.

    Allez, je suis certains que nous aurons le droit très prochainement à des trucs du genre « le pape moyen-âgeux », ce genre de choses.

    «  » » » Le Saint Esprit semble avoir décidé que la question liturgique n’était plus prioritaire en ces temps qui s’annoncent. Nous aurons tout le temps de le découvrir. «  » » »

    Je ne pense pas. Benoit XVI a semé la graine, c’est à notre tour de la faire fructifier. François est là pour semer une autre graine.

    C’est très bien ainsi.

    • admin

      Quand le pape nous dit de marcher avec la croix…. On parle bien de souffrance. Nous savons bien que l’Eglise en passera par là.
      Joie et souffrance vont elles de pair ? Dans une certaine mesure peut être. Pour les plus saints d’entre nous. Certes. Cependant pas dans la plupart des cas, et peut être pas pour moi pêcheur.

      J’ai l’impression qu’avec Benoît XVI nous avons expérimenté la Transfiguration au Thabor. Mais la transfiguration était une théophanie à but pédagogique, pour que la foi des apôtres, dans la tempête de la persécution se maintienne. Mais elle a été suivie peu après de la passion. Avec François, nous entrevoyons la passion. C’est en cela qu’il y a une continuité avec Benoît. Alors évidemment, on pourrait se dire, avec Pierre Jacques et Jean : restons sur le Thabor, plantons y notre tente. Mais ce n’est pas à ça qu’est appelée l’Eglise, désormais. Cela n’empêche pas pour raviver notre foi, de susciter de petits Thabors, dans nos liturgies, mais en oubliant jamais que la liturgie réalise ce qu’elle célèbre : la mort du Christ.

      Súrgite, eámus hinc. (Io 14,25)

  • Jérôme

    Jean-Baptiste,

    Permettez-moi de développer : en matière de liturgie, le Pape doit être au monde ce que l’évêque doit être à son diocèse : un point de référence.
    C’est ce qu’avait compris Benoit XVI en prêchant par l’exemple lors de ses liturgies.
    D’ailleurs, n’a-t-il pas lui même déclaré qu’il était convaincu que la crise de l’Eglise était fortement liée à la crise de la liturgie ?
    Pour la première fois, hier, j’ai vu un Pape qui ne faisait pas de génuflexion au saint sacrement après la consécration. Je ne veux pas croire que les choses en vont rester là.

    L’Esprit Saint ne peut pas nous reprendre ça sans nous donner quelque chose en retour.

    • admin

      Il n’a pas non plus donné la communion… Espérons qu’il faut mettre ça sur sa fatigue à la suite du conclave ?
      Et c’est vrai que même Jean-Paul II, déjà malade et souffrant, a toujours génuflecté autant que cela lui a été possible. SI François ne peut déjà plus, au premier jour de son pontificat… et bien… On risque d’avoir un nouveau conclave bientôt. Ça n’est pas rassurant.

      • Je l’ai également trouvé mal en point. Conséquence passagère d’un choc émotionnel ? Et puis, cet homme avait une vie bien réglée qui s’accordera difficilement avec l’emploi du temps de la Curie (et d’un pape).

        Mais qui sait ce qui va arriver demain ? Il est trop tôt. Mais effevtivement, j’ai aussi pensé la même chose : c’est un pontificat qui sera très court.

        Je me trompe peut-être, sans doute même.

        Mais qu’importe, il est parce que le Saint Esprit le veut, et je sens au fond de moi qu’il a un rôle important à jouer. Quand bien même il serait court, quand bien même la liturgie serait décevante, je pense qu’il est venu pour remettre certaines choses à leur place et rappeler fortement l’essentiel.

        Après la théologie, la catéchèse, et une catéchèse simple, rapide et percutante pour lancer l’évangélisation.

        C’est ce que j’espère du moins.

      • Jérôme

        Quel est son état de santé ?
        Il n’a pas génuflecté non plus à la messe dimanche.
        Et il ne donnera pas la communion lors de sa messe d’intronisation.
        Il semble qu’il ait demandé que la messe ne soit pas trop longue : il n’y aura pas non plus de procession d’offrandes.

        • admin

          Oui, il n’a pas l’air en forme. Il doit avoir de gros problèmes physiques. Ce sont les franciscains qui tiennent le sanctuaire des stigmates qui officieront au niveau de la liturgie de la messe d’inauguration du pontificat… Après le pontificat du Thabor, ce sera donc le pontificat de Gethsemani. Voilà la continuité… Mais quelle angoisse…! Sur le forum catholique, j’ai vu qu’un « liseur » mer remerciait pour mon optimisme… On n’a pas du bien se comprendre… J’aimerais être optimiste… Mais là … !

  • Oui c’est dit et bien dit. Bravo FX
    Je te propose de commenter directe P. de Plunckett sur son blog. Je l’ai fait mais pas aussi bien que toi.
    Est-ce à dire qu’un pape chasse l’autre ? je serais pas loin de penser ça.

  • Bravo François-Xavier pour cette critique lucide et spirituelle. L’Eglise a besoin de courageux et compétents fidèles du Christ, comme vous. A quand une prochaine messe grégorienne à Villars? Amitié. Dieu soit béni!

  • Jérôme

    Il me vient une autre question au passage :
    Pourquoi ne voit-on plus les armoiries pontificales ? Il y a un drapeau blanc à la place.
    Est-ce parce que l’intronisation n’a pas encore eu lieu ?

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