Pour lancer l’année Saint Paul

C’est dit, c’est décidé, le 29 juin 2008 marque le début de l’année paulinienne, vingtième centenaire de sa naissance. Comme on ne sait pas exactement la date de celle-ci (on pense que Saul de Tarse est né entre l’an 5 et l’an 10 de notre ère), on prend une date vraisemblable dans cette fourchette. L’occasion est favorable : les fouilles menées sous la « confession » de la basilique saint Paul hors-les-murs ont montré des restes très impressionnants du premier siècle qui accréditent le sérieux de la localisation de la tombe de l’Apôtre en ce lieu.

 

Pourquoi faire soudain une telle place à saint Paul ? L’Eglise catholique n’est-elle pas plus habituée à mettre en valeur Pierre, le pécheur galiléen, l’homme simple à qui Jésus confie les clefs du Royaume, plutôt que Paul, l’intellectuel, le discoureur, que certains vont jusqu’à taxer d’avoir refondé un christianisme encore dans l’enfance, en lui imprimant sa marques et ses convictions impérieuses ?

Ce n’est pas d’hier que l’Eglise associe les deux Apôtres, en dépit de leurs différences et même de leurs différents passés (on pense à Galates 2,11). La communauté romaine se reconnaît dans ces deux fondateurs, qui ont tous les deux versé leur sang pour le Christ dans la Ville éternelle. Sans doute, elle n’oublie pas qu’elle repose sur la foi de Pierre qui le premier a confessé le Christ (Matthieu 16,14), mais elle sait aussi que c’est Paul qui l’a « mise en lumière », comme le dit la liturgie de leur fête. Que serait notre connaissance du Christ, si nous n’avions pas les lettres de saint Paul, dans lesquelles il tire toutes les conséquences de la nouveauté que porte en elle la Bonne Nouvelle ? C’est une chose de dire que le Christ est mort pour nous et qu’il est ressuscité, c’en est une autre, aussi importante sans doute, de découvrir la cohérence du plan de Dieu qui nous avait déjà créés dans le Christ pour être des fils et qui nous a recréés en lui en lui faisant épouser notre humanité jusqu’à la mort, pour en arracher le dard venimeux.

 

Pierre lui-même, à la fin de sa vie, lui rend ce témoignage : « Paul, notre frère et ami, vous a écrit selon la sagesse qui lui a été donnée » (2 Pierre 3,15). Et il ouvre ainsi la porte à tout un apport nécessaire qui vient de la réflexion théologique. C’est un fait que le christianisme a engendré, bien plus que toute autre croyance religieuse, un immense champ de recherches sur le mystère de Dieu et de ses relations avec l’homme. Paul a magnifiquement ouvert la voie et nous sommes ses héritiers dans une Eglise qui ne renonce pas à penser, comme nous le rappelle sans cesse le Pape Benoît XVI.

 

Mais il y a peut-être autre chose – au milieu de beaucoup d’autres – que Paul peut nous apprendre, c’est une manière à la fois libre et fidèle de se situer dans l’institution Eglise. Rentré subrepticement dans le club des Apôtres, il a le sentiment d’être l’ « avorton », le petit dernier auquel on pardonne ses audaces. Il sait sa dépendance par rapport aux Douze qui l’ont précédés et dont il a reçu bien des éléments de sa doctrine et de sa pratique, il tient absolument à être en communion avec eux, pour « ne pas avoir couru en vain », mais il n’en revendique pas moins un lien direct avec le Christ, une révélation personnelle du mystère qui ne doit rien aux hommes. Cette liberté peut choquer ou surprendre, mais n’est-elle pas celle qu’ont manifestée tous ceux qui, dans l’Eglise, jamais en dehors ou contre elle, ont reçu mission et charisme ? L’histoire est là pour prouver que l’Eglise catholique, bien loin d’être l’appareil rigide et monolithique que croient certains, a sans cesse fait sa place à ces surgissements imprévus sur le tronc solide de sa structure apostolique.

 

Alors, bonne année Saint Paul !

 

Michel GITTON

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