Porte voix….

DEMANDE ADRESSEE A S. EM. LE CARDINAL JEAN-PIERRE RICARD PAR LE PDT. DE L’ASSOCIATION PRO LITURGIA

Eminence,

Au moment où l’on entend dire que le Saint-Père Benoît XVI aimerait aborder et régler la question du statut de la messe dite « de S. Pie V », je souhaiterais rappeler ici, au nom de plusieurs Associations ou groupes de fidèles catholiques qui m’ont demandé de le faire, les quelques faits qui suivent:

1. Plusieurs études menées sur la question liturgique actuelle montrent que très peu de fidèles sont aujourd’hui capables de faire la différence entre une messe « de S. Pie V » et une liturgie actuelle, pour peu que cette dernière soit célébrée dans un environnement « classique » et dans le strict respect du missel romain actuel. Ce fait avait déjà été souligné par le Cardinal Ratzinger: « Un chrétien moyen sans formation liturgique spéciale a du mal à distinguer une messe chantée en latin selon l’ancien Missel d’une messe chantée en latin selon le nouveau Missel (…) » (cf. Card. J. Ratzinger, Dix ans du motu Proprio Ecclesia Dei adflicta, 24/10/1998.)
Voilà pourquoi, pour une grande majorité de pratiquants actuels, la principale différence entre les deux « expressions » de la liturgie romaine – S. Pie V et Paul VI – tient essentiellement à la langue employée, aux chants, et à un certain « décorum ».

2. Chacun peut constater que si la liturgie « de S. Pie V » est partout célébrée en mettant fidèlement en oeuvre les règles données par le missel ancien, il n’en va de même avec la liturgie actuelle dite « de Paul VI » qui varie du tout au tout suivant les célébrants, les paroisses, les équipes liturgiques et les directives officielles ou officieuses locales. Alors que la messe « de S. Pie V » respecte un rituel précis, les messes « de Paul VI » subissent des adaptations ou même – les cas sont malheureusement nombreux – de graves distorsions: rites modifiés ou omis, textes transformés ou subsitués, absence de dignité… etc.

3. Les fidèles qui se retrouvent aujourd’hui autour de la liturgie ancienne ne sont pas tous – et de loin pas! – des inconditionnels du « rite de S. Pie V ». Ce sont aussi des fidèles auxquels on a trop systématiquement refusé la possibilité de participer à l’authentique liturgie actuelle, tant sous sa forme vernaculaire que sous sa forme latine et grégorienne. Ce sont aussi des fidèles qui trouvent près de chez eux une possibilité de vivre le dimanche avec toute la dignité qu’ils souhaitent lui donner, ce qui leur paraît souvent impossible dans les paroisses environnantes tant certaines célébrations qui s’y déroulent leur semblent éloignées de ce que demande l’Eglise. Si cette possibilité de participer à l’Eucharistie n’existait pas à travers la liturgie ancienne, ces fidèles-là n’iraient sans doute plus à la messe depuis longtemps.
C’est donc plus par dépit pour les uns qui parfois parcourent de longues distances pour accéder aux chapelles « S. Pie V », ou par confort pour d’autres qui n’habitent pas loin, que par réel attachement à la liturgie ancienne, que ces fidèles se retrouvent autour de la messe « de S. Pie V ». Les statistiques donnant ainsi les taux de fréquentation des lieux où se célèbre la messe « de S. Pie V » – et par suite les demandes visant à en augmenter le nombre – sont donc à prendre avec un certain recul: les besoins réels sont sans doute largement moindres qu’il n’y paraît.

4. Ce qui, en revanche, semble bien réel et urgent, c’est le rétablissement dans toutes les paroisses d’une liturgie digne, célébrée strictement selon les livres officiels (cf. Jean-Paul II, Vicesimus quintus annus) et, dans tous les diocèses, une volonté forte et inconditionnelle de proposer la messe actuelle aussi sous sa forme latine et grégorienne.

En espérant que ces quelques considérations sur la question liturgique permettront l’élaborations de propositions concrètes au bénéfice des fidèles, je vous prie d’agréer, Eminence, l’expression de mon respectueux dévouement.

(Copie adressée à S. Em. le Cardinal ARINZE pour information)

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