Philippe Oswald et les latinistes (Famille chrétienne)

 

      Philippe Oswald, dans le dernier numéro de Famille Chrétienne, nous propose une analyse de la situation traditionaliste en France aujourd'hui. Cette intéressante du leader d'opinion d'une certaine frange du catholicisme français mérite qu'on s'y intéresse. 

 

Texte et analyse dans la suite de l'article. 

 

 

 

 

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Philippe Oswald (Famille Chrétienne) : « Aide-nous à être des serviteurs de l’unité ! »

Voici un an, dans l’homélie de la messe inaugurale de son pontificat, Benoît XVI priait pour que lui soit donné d’accomplir la mission de Pierre, pasteur et pêcheur : « […] Oui Seigneur, invoquait le pape, fais que nous ne soyons […] qu’un seul troupeau ! Ne permets pas que ton filet se déchire…»
Pour Benoît XVI, on ne saurait travailler à l’unité des chrétiens sans donner la priorité à celle des catholiques. Il est grand temps de mettre un terme aux divisions entre progressistes et traditionalistes attisées par des interprétations erronées et des applications fantaisistes du Concile.

On se souvient que le cardinal Ratzinger avait ouvertement déploré, dans plusieurs livres et discours, ces dérives doctrinales et liturgiques, comme d’ailleurs l’interdiction, de fait sinon de droit, de l’ancien missel. Conscient de ce problème, Jean Paul II avait demandé aux évêques dans le motu proprio Ecclesia Dei adflicta de 1988, de répondre « largement et généreusement » aux demandes de fidèles souhaitant une célébration de la messe dite « de saint Pie V ». A chacun d’apprécier, quelques dix-huit ans après cette demande, si la largesse et la générosité furent la règle.

Depuis, l’eau a coulé sous les ponts. Le risque de la constitution d’« églises parallèles » ayant leurs séminaires, leurs écoles, leurs paroisses, grandit avec le temps, comme l’a relevé le cardinal Ricard, président de la Conférence des évêques de France, dans son discours de clôture de l’assemblée plénière à Lourdes (9 avril). Aussi, s’exprimant au nom de ses confrères, a-t-il promis : « Nous sommes prêts, comme évêques, à nous engager dans ce vrai travail de communion » entrepris par Benoît XVI.

Cette ouverture fait notamment écho aux contacts renoués avec la Fraternité Saint-Pie X (lire enquête). Dans son cas, il ne s’agit pas simplement d’une sensibilité traditionnelle à respecter. La communion rompue par les ordinations illicites de quatre évêques par Mgr Lefebvre doit être restaurée « dans la charité et la vérité », comme l’a dit encore Mgr Ricard.

La charité implique qu’on apprenne à se connaître en renonçant aux fausses images, aux procès d’intention, aux arrière-pensées. La vérité exige un examen loyal des points de dissension : non seulement sur la liturgie, mais sur l’enseignement du « vrai » Concile et des papes. Qu’on puisse enfin se consacrer ensemble à l’essentiel : adorer, évangéliser !

Philippe Oswald


 

Notre analyse : 

 Largesse et générosité. Deux mots qui sont entendus d'une certaine façon par le courant dit "tradi" et autrement par le courant dit "moderne". Il est très difficile de se lancer dans ce type d'éditorial sans soi-même participer à une polarisation qui justement va contre l'unité vraie réclamée et attendue par tous. Philippe Oswald réussit assez bien à ne pas tomber dans les pièges du vocabulaire. Il ne parle nullement de la "messe traditionnelle" pour désigner l'ordo romain de 1962,  et ne nous pouvons que chaudement le féliciter pour cela. Ce travers n'est évidemment pas évité par "Paix Liturgique" dans sa dernière lettre circulaire par Internet qui reprend ce même éditorial en militant pour l'instauration d'une messe célébrée avec l'ancien ordo dans le diocèse de Reims après être parvenu à faire céder sur ce point Mgr Daucourt et le diocèse de Nanterre. Qu'il nous soit permis sur ce modeste site web de ne pas partager l'avis et les conclusions de "Paix liturgique".

C'est en effet une erreur grave de désigner par le vocable "messe traditionnelle" la célébration de la liturgie avec les livres de 1962. Employer cette expression sous-entend que la liturgie post-conciliaire non seulement n'est pas traditionnelle mais qu'elle ne peut pas l'être. Ce qui est profondément choquant. La messe du Pape, par exemple, pas conforme à la Tradition ? Soyons sérieux…

Il faut dire autre chose ; Philippe Oswald est un des rares journalistes catholiques qui désigne correctement le fameux motu proprio de 1988 : "Ecclesia Dei adflicta". Adflicta, oui, il faut bien le noter. Se réclamer d'un motu proprio qui parle de l'Eglise de Dieu, c'est plutôt glorieux. Se réclamer d'un motu proprio qui se réclame de l'affliction de l'Eglise de Dieu, ça l'est évidemment moins. C'est sans doute la raison pour laquelle le troisième mot du titre de ce motu proprio est – comme par hasard ! – négligé. Merci à Philippe Oswald de ne pas être tombé dans ce piège. Parce qu'il faut le rappeler, cette concession vient tout de même d'une souffrance quant à l'unité de l'Eglise. Tirons en les bonnes conclusions, ne nous réfugions pas derrière une sorte de relativisme, même interne à l'Eglise. Ce serait aller contre l'unité – la communion – voulue par tous.

Car l'essentiel de la dissension vient en réalité non pas tellement d'une sorte de droit des uns ou des autres à une "sensibilité" liturgique qu'elle soit dite "tradi" ou pas, mais dans l'acceptation vraie et sans arrière pensée de l'herméneutique du Concile, qui comme le rappelait Benoît XVI à la curie romaine en décembre 2005 est une herméneutique de la continuité et non pas de la rupture. Or, c'est bien sur la rupture que capitalisent à la fois les "tradis" et les "autres" (on ne sait pas très bien comment les appeler : "progressistes" – certains dans la "blogosphère" les appellent les "goliards", pourquoi pas ?). Le pape appelle à une herméneutique de la continuité, c'est à dire à un développement harmonieux. Croire que le Concile Vatican II a été une refondation de l'Eglise plutôt qu'une étape  dans le développement doctrinal et l'action pastorale de l'Eglise est une erreur.

 Sensibilité liturgique traditionnelle :

Un des lieux communs de la pensée "grand public" catholique d'aujourd'hui est la croyance que la liturgie est une affaire de sensibilité, en l'occurrence "traditionnelle" ou "moderne". Famille Chrétienne ne nous épargne pas ce cliché. Il faut bien rappeler quelque chose : c'est bien notre modernité idéologique qui cherche à séparer le fond de la forme. Le Concile a désiré et mis en oeuvre une instauratio de la liturgie romaine, pas simplement pour faire évoluer les "sensibilités", mais bien pour faire correspondre l'enseignement doctrinal notamment sur l'Eglise et l'évêque avec une pratique sacramentelle et de prière. Il ne faudrait pas se tromper : nous ne commençons que maintenant à lire  le Concile et à le comprendre tel qu'il doit l'être. Notre génération commence seulement à être libérée de la propagande médiatique au sujet de cet évènement fondamental pour la catholicité. Les médias n'ont pas compris le Concile parce qu'ils l'ont interprété comme une sorte de débat entre une "droite" et une "gauche" de l'Eglise. Mettre en avant de façon forte la légitimité de ceux qui pour des raisons de "sensibilité" serait plutôt à la "droite liturgique" légitime de la même façon ceux qui sont à la "gauche liturgique". Il faudrait revenir justement à un enseignement fort du Concile qui est l'unité substantielle du rite romain.

C'est aussi une déviance de la modernité idéologique de croire qu'il y a une séparation entre théologie d'une part et liturgie d'autre part. Les orthodoxes savent bien que les deux choses sont intrinsèquement liées. Or, la forme prime très souvent sur le fond – on peut s'en attrister mais c'est la réalité de terrain. L'habit ne fait pas le moine ? Probablement mais il y contribue. Ne minimisons donc pas l'importance de la liturgie dans cette question de l'application du Concile. Dans une herméneutique de continuité, bien sûr et en appliquant "le vrai Concile" comme le rappelle Philippe Oswald. Qu'il nous soit permis, donc, de ne pas être non plus tout à fait en phase avec lui…

Nous voyons de plus en plus sur Internet (ici ou encore ici) des appels à l'application de la vraie liturgie conciliaire. Elle n'est ni "traditionnaliste" ni "goliarde". Elle célèbre la Foi de l'Eglise. Et parce qu'elle est vraiment l'expression de l'Eglise, elle met d'accord tout le monde. Au-delà de toute "sensibilité" mais évidemment pas sans émotions, l'exemple de la messe de funérailles de Jean Paul II, entièrement latine et grégorienne, suivie sur place ou à distance par plusieurs centaines de millions de fidèles, – et sans doute l'évènement liturgique le plus important de toute l'histoire du christianisme – reste dans les esprits comme une référence.

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