Peut on comprendre la Providence ?

PEUT-ON COMPRENDRE LA PROVIDENCE ?

 

Notre courrier hebdomadaire, les Échos de Saint Quiriace, qui reparaît aujourd’hui après l’interruption des vacances, a deux objectifs, qu’il n’est peut-être pas inutile de rappeler. Il contribue généralement à éclairer un point des lectures de la messe dominicale (à la demande de nombreux utilisateurs, nous ferons donc figurer désormais les références des textes). Il a aussi l’ambition de fournir sur un sujet de doctrine chrétienne une mise au point ramassée, susceptible d’être diffusée auprès de ceux qui veulent en savoir plus sur le sujet. Il n’est que de voir à quelle vitesse partent les liasses de feuillets anciens déposés au fond de Saint Quiriace pour comprendre que ces petites synthèses trouvent facilement un public. Ceux qui les reçoivent d’une façon ou d’une autre seraient sans doute bien inspirés de contribuer à leur diffusion auprès de leurs amis et relations. Un apostolat facile, mais qui peut permettre ensuite des échanges fructueux et d’aller plus loin dans la foi.

 

Tout ce que nous proposons part de cette conviction que la foi catholique est en elle–même belle et attirante. Convenablement présentée, elle porte en elle une force qui peut rejoindre toutes les intelligences. C’est une erreur de croire que la vérité confiée à l’Eglise n’intéresserait plus personne et qu’il faudrait, pour rendre attirant le christianisme, lui substituer un discours plus adapté qui ne parlerait que de sujets culturels, sociaux ou politiques. Aumônier d’étudiants, je n’ai guère enseigné que la théologie et l’histoire de l’Eglise, mais j’ai toujours vu (et je vois encore aujourd’hui) que les sujets les plus fondamentaux de la foi peuvent passionner de jeunes intelligences. Gageons que les lecteurs des Échos de Saint Quiriace ne sont pas d’une autre espèce.

 

« Quel homme peut découvrir les intentions du Seigneur ? Qui peut comprendre les intentions du Seigneur ? » nous dit le livre de la Sagesse (9,13). Les voies de Dieu sont incompréhensibles, et nous le savons bien, nous qui avons tant de mal à suivre les desseins de la Providence et à comprendre le comment et le pourquoi des évènements. Si nous voulons ne pas perdre la foi, il semble le plus souvent que nous n’avons qu’une chose à faire : dire comme les arabes mektoub, c’est écrit comme cela, Dieu l’a voulu ainsi, il n’y a rien à y comprendre, mais Dieu et sage, Dieu sait ce qu’il fait, alors, résignons-nous…

 

 

Ce n’est pas tout-à-fait ce que nous enseigne le texte de la Sagesse. Après nous avoir rappelé que nos prévisions ne vont pas toujours très loin, même pour les choses à notre portée et que nous ne sommes vraiment pas équipés pour percer les secrets des cieux, il nous assure que Dieu n’a pas voulu nous laisser dans l’ignorance, mais qu’il a donné à ceux qui le servent la Sagesse et qu’il leur a envoyé d’en haut son Saint Esprit. Le Dieu de la Bible, si élevé au dessus de nous, si différent de nous, a voulu partager avec nous ses vues. C’est lui qui dit à propos d’Abraham son ami (Genèse 18,17): « vais-je cacher à Abraham ce que je fais ? » Dieu ouvre à ses amis l’intelligence de ses voies, il prend la peine de les former, de les reprendre et de les encourager.

 

Certes ses intentions ne sont pas faciles à déchiffrer et sont souvent paradoxales. Mais Dieu n’agit jamais ni de façon capricieuse, ni dans l’arbitraire, sa Raison, qui est son Verbe, nous dépasse certes de cent coudées, mais elle n’est pas sans rapport avec notre intelligence, si nous avons été vraiment faits à son  image. Dieu ne méprise pas notre sens du bien et du mal, puisqu’il en est l’auteur, il ne se dérobe pas à notre revendication de justice. Seulement, il nous montre, quand nous sommes réceptifs à son influence, en quoi nos vues sont encore trop courtes, trop unilatérales, trop centrées sur nous, il nous élève peu à peu jusqu’à la hauteur de ses desseins, nous fait confidents de son projet sur nous et sur le monde, qui dépasse de loin notre bonheur du moment, mais qui est bon et bienfaisant.

 

Nous n’avons pas, pour être dociles à Dieu, à devenir stoïciens. Les psaumes sont remplis de cris vigoureux poussés vers Dieu, de plaintes véhémentes et de demandes d’explication. Le Christ lui-même sur la croix n’a-t-il pas dit : « pourquoi ? ». Nous ne sommes pas devant un Dieu inhumain qui nous surplombe de son éternité et nous laisserait avec nos questions. Le Dieu amour peut nous laisser parfois devant l’angoisse de ce que nous ne comprenons pas, mais ce n’est qu’une étape, où il nous a précédés lui-même en son Fils, avant la lumière du matin de Pâques.

 

Bannissons de notre cœur l’image triste d’un Dieu qui ne serait que la figure de la Nécessité, de l’inéluctable et du déterminisme universel. Ecartons de nous la crainte du Dieu Moloch qui dévorerait impitoyablement ses enfants et qui, dans une fringale insatiable de chair humaine, précipiterait pêle-mêle les peuples et les individus dans le gouffre de la mort. C’est le Démon qui essaie de saper en nous la confiance en la bonté de Dieu et qui, en travestissant son dessein, en brouillant son visage de Père, cherche à éloigner de Lui ses enfants.

 

Ne renonçons pas à comprendre.

 

Michel GITTON

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