Pentecôte

DES LANGUES DE FEU QUI SE POSAIENT SUR CHACUN D’ENTRE EUX

 

Ce qu’il y a de bien avec le Saint Esprit, c’est qu’il nous prend toujours comme des personnes uniques. Loin de nous considérer dans la série, il se penche sur chacune de nos vies, dans ce qu’elle a de plus particulier et arrive à créer une harmonie avec tout cela… C’est du grand art !

 

Au XXe siècle, il y a eu des régimes qui prétendaient soulever tout un peuple dans un élan d’enthousiasme, qui se tournait souvent en haine et en violence. Il y a comme cela des « esprits » qui soulèvent les hommes et leur donnent le sentiment de se transcender dans un grand mouvement de générosité, mais le plus souvent dans une fureur collective. L’individu est entraîné comme un fétu de paille dans un courant aux mille bouches, qui acclament, vocifèrent, une foule qui brandit le poing et les armes. Pour un temps, on ne redoute plus rien, on se jette dans le danger sans y penser. La barrière des devoirs les plus élémentaires est franchie, sans qu’on s’en aperçoive.  On tue, on humilie, tout est bon pour la cause !

 

Rien de tel avec le Saint Esprit. Saint Paul nous dit que ses fruits sont : « justice, paix et joie » (Rm 14,17). Si l’Esprit Saint nous fait faire l’expérience d’un dépassement de notre moi égoïste, d’une sortie de nous-même, ce n’est pas pour nous instrumentaliser et nous entraîner dans un courant impersonnel. Avec lui, une communauté est faite de visages tous différents, avec leur histoire personnelle, leur force et leur fragilité, la rencontre unique qu’ils ont fait du Seigneur.

 

Tout cela est merveilleusement rendu par le miracle de la Pentecôte. L’unité de l’Eglise est le fruit de l’Esprit. C’est l’Esprit – l’Esprit Saint qui flamboie au cœur de la Sainte Trinité entre le Père et le Fils – qui réunit les croyants, bien plus efficacement qu’un programme ou qu’un texte, fût-il sacré. Jésus a parlé et agi, c’est vrai, mais il n’a rien laissé derrière lui que ce petit groupe composé de ses douze compagnons, de quelques femmes autour de Marie et sans doute de quelques autres. C’est peu, et, à vue humaine, il ne peut rien en sortir. Mais le Don d’en haut est présent au rendez-vous. C’est lui qui rappelle tout ce que Jésus a dit et fait, il fait revenir à la mémoire aimante des siens l’évènement qu’ils ont vécu, le manifestant comme tellement surabondant qu’il ne cesse de porter du fruit. Surtout c’est lui qui assure cette fécondité, qui fait jaillir à nouveau la source, aussi fraîche et pure qu’au premier jour, qui multiplie entre les mains des apôtres les signes que Jésus est là, au milieu des siens, les nourrissant, les purifiant, les guérissant de leurs maux.

 

C’est le dynamisme de l’Esprit qui rassemble ces hommes déjà si différents, qui leur fait faire l’expérience d’être réunis par quelque chose qui les dépasse : un don si prévenant, si délicat qu’aucun d’eux n’en est le maître. Ils y ont tous leur place, et les nouveaux venus comme les autres, sans que rien ne menace ce bien si fort et si complet qu’ils ont reçu. Et l’Esprit leur permet de se donner à leur tour, humblement, progressivement, et d’ouvrir leurs mains, de partager leur avoir, de risquer leur vie. Tout cela dans la joie, avec la certitude que l’avenir est ouvert, que le vieux monde ne pourra plus avoir raison de leur espérance, que Jésus est devant eux et pas derrière.

 

Vous ne voulez pas essayer ?

 

Michel GITTON

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