Pentecôte : Veni Sancte Spiritus

L'image “https://i2.wp.com/bellelay.enc.sorbonne.fr/feuillet/237.jpg?resize=354%2C683” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.La fête de la Pentecôte marque, nous le savons tous, le terme du temps pascal. Dans le calendrier qui est maintenant le nôtre, il n’y a pas d’octave de la Pentecôte, ni de temps « après la Pentecôte ». La Pentecôte serait-elle une fête sans lendemain ?

C’est plutôt l’inverse. De tous les mystères de la vie du Christ, nous retenons un don particulier : à Noël, nous recevons l’Emmanuel, Dieu parmi nous, qui nous apporte la grâce toute fraîche de cette première insertion dans notre humanité ; au moment de Pâques, nous revivons le processus douloureux et triomphal par lequel il nous procure une existence nouvelle ; lors de l’Ascension, nous nous laissons aspirer avec lui par la vie du ciel. Tout cela bien sûr n’est pas limité à un jour ou à un temps, mais l’actualité liturgique vient configurer peu à peu notre vie et la conduire jusqu’à une ressemblance plus complète avec Jésus, qui se poursuit d’année en année. Avec la Pentecôte, il ne s’agit pas d’un mystère de la vie du Christ, ni d’un nouvel aspect de son œuvre, il s’agit de ce qui permet à tous les autres dons de nous parvenir et de devenir notre bien propre.

Le Saint Esprit ne vient pas en plus du reste, son action, qui est celle d’une personne divine à part entière, dispose notre nature humaine, comme elle a tissé l’humanité de Jésus dans le sein de Marie. Tous les autres mystères peuvent se modeler en nous parce qu’il y a eu d’abord et surtout cette imprégnation de l’Esprit, qui date, à vrai dire, de notre baptême, mais que chaque fête de la Pentecôte renouvelle et ravive en nous.

Il est bon que nous mesurions cette originalité de la fête de la Pentecôte, fête sans épaisseur, parce qu’elle transforme chaque instant en un point de tangence avec l’éternité bienheureuse. C’est probablement la raison qui a amené les auteurs de la Réforme liturgique à nous faire basculer tout d’un coup de la célébration de la Pentecôte au temps « sur l’année » (que nous nous refuserons, si vous le voulez bien, d’appeler ordinaire) : notre année liturgique, nos dimanches, nos semaines, nos célébrations petites et grandes sont le temps de la Pentecôte, le temps rendu possible par la Pentecôte, le temps où l’Esprit joue à travers les repères ordinaires pour en faire de l’extraordinaire.

Il est important de se persuader que nous allons plus que jamais après la Pentecôte vers ce remplissage de notre vie dans la lumière de l’Esprit. Tel est le vrai but de l’Incarnation et de la Rédemption : nous faire vivre de l’Esprit. Il ne servirait à rien que le Fils nous visite ou vienne régler nos dettes, si ce n’était pour faire de nous des partenaires, éveillés de l’intérieur par la grâce de l’Esprit. Le salut n’est un sauvetage que pour nous rétablir dans ce commerce aimant avec le Fils de Dieu, pour lequel nous avons été faits. Et il y faut cette spontanéité, cette légèreté intérieure, que seul le Saint Esprit peut mettre dans nos cœurs. La Loi n’est plus extérieure, elle devient notre mouvement le plus personnel de notre être, la réponse de l’aimée à l’Amant.

Renouvelés par l’Esprit, nous avons certes encore à combattre. Notre humanité nouvelle, qui perce sous l’ancienne, tarde encore à prendre le dessus. C’est là la place des saintes larmes, de l’ascèse et de l’obéissance, tout cela dans la lumière de l’Esprit Saint. Mais c’est un autre chapitre…

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