Pentecôte : une ou plusieurs ?

La particularité de la fête de la Pentecôte, c’est que le récit de l’événement qu’elle célèbre ne se trouve pas dans l’Évangile, mais, comme chacun sait, dans le livre des Actes des Apôtres. Il est vrai que l’Évangile du jour évoque aussi à sa façon une effusion de l’Esprit, puisque c’est le récit de la rencontre de Jésus avec ses Apôtres le jour de Pâques, qui comporte le don de l’Esprit Saint à ceux-ci de la bouche même du Sauveur qui déclare « recevez l’Esprit Saint », au point qu’on appelle parfois cet épisode « la petite Pentecôte », en forçant le terme, puisque Pentecôte veut dire cinquante et qu’il désigne une fête distincte de Pâques dans le calendrier juif.

Mais nous sommes déjà alertés sur le fait que l’événement survenu au sein de la communauté primitive cinquante jours après Pâques n’est pas tout à fait un événement comme ceux qui ont marqué la vie du Christ et que nous commémorons tout au long de l’année liturgique (Annonciation, Nativité, etc…). Ce n’est pas un de ces mystères uniques qui ont ponctué le temps de la manifestation du Verbe dans notre chair. Nous sommes déjà sur un autre versant, qui est la vie de l’Eglise, vivifiée par l’Esprit, intimement liée au Christ, sans aucun doute, mais ce nouveau cours correspond à l’assimilation que les hommes vont devoir faire du mystère pascal où Jésus a tout donné dans l’offrande ultime de lui-même, désormais agréée par le Père. Tout, c’est-à-dire d’abord et surtout l’Esprit qu’il a « livré » en mourant sur la Croix (Jean 19,30). D’ailleurs, il l’avait dit lui-même et clairement annoncé : « le Paraclet, l’Esprit-Saint, que mon Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera toutes choses, et vous rappellera tout ce que je vous ai dit » (Jean 14,26) ; et encore : « quand le Paraclet, l’Esprit de vérité, sera venu, il vous guidera dans toute la vérité. Car il ne parlera pas de lui-même, mais il dira tout ce qu’il aura entendu, et il vous annoncera les choses à venir. Celui-ci me glorifiera, parce qu’il recevra de ce qui est à moi, et il vous l’annoncera. Tout ce que le Père a, est à moi. C’est pourquoi j’ai dit qu’il recevra ce qui est à moi, et qu’il vous l’annoncera » (Jean 16,13-15).


Le rôle de l’Esprit n’est pas d’écrire une autre histoire, un prolongement à la vie et à l’enseignement du Christ, mais de nous dire le Christ de manière à nous faire entrer chacun personnellement dans l’expérience du Premier-Né, de nous assimiler profondément à lui, d’une façon toujours nouvelle. Cette inépuisable actualisation du Christ dans nos cœurs et dans nos vies est l’œuvre propre de l’Esprit, et Jésus lui-même s’est effacé pour lui faire place. C’est ce qui distingue à jamais la vie des disciples du Christ des sectateurs de n’importe quel maître ou gourou : nous ne sommes pas des clones de Jésus, ni perroquets qui répètent ses phrases. Nous ne sommes pas non plus des gens qui « partent » du Christ, comme on peut partir de Jean-Jacques Rousseau ou de Lénine pour élaborer un système qui s’inspire plus ou moins de ses paroles, mais qui s’en éloignent aussi peu à peu. Nous avons toujours le Christ devant nous et pas derrière, parce que, justement, le Seigneur Saint Esprit nous « fait souvenir de tout ce qu’il a dit ».

 
 

On s’étonne parfois que Jésus n’ait pas dit plus clairement certaines choses (sur sa divinité, par exemple). C’est parce que justement parce que son rôle n’était pas de se rendre témoignage à lui-même et que cette tâche, c’est celle de l’Esprit : « Il me rendra témoignage » (Jean 15,26). Il l’a fait dans la louange liturgique, dans l’activité dogmatique, dans la prière des saints. Mais le rôle de l’Esprit n’est pas seulement doctrinal, il est aussi puissance de vie qui accompagne le dynamisme missionnaire de l’Eglise, dans la mesure où celui-ci rend témoignage au Christ. C’est lui qui la soutient dans les persécutions et inspire des réponses d’une audace et d’une justesse incroyables (cf. Matthieu 10,19)…

 
 

En ce sens, l’Eglise vit une continuelle Pentecôte, qui se manifeste particulièrement quand elle est en prière au milieu de l’agitation de ce monde (lire Actes 4,31 : « quand ils eurent prié, le lieu où ils étaient réunis trembla, et ils furent tous remplis du Saint-Esprit; et ils annonçaient la parole de Dieu avec assurance »).

 
 

Courage : l’Esprit Saint est toujours à l’œuvre !

 

P. Michel Gitton, recteur de la basilique S. Quiriace de Provins.

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