On nous en parle : le colloque de Tours de Novembre 2013


Voici un compte rendu bref et des témoignages suite à une rencontre autour du chant liturgique organisée à Tours en novembre dernier. Nous soulignons et commentons. Source : http://www.liturgiecatholique.fr/Temoignage-apres-le-colloque-de.html

Témoignage après le colloque de Tours, les 9 et 10 novembre 2013

Nous étions une centaine de participants au colloque national « Chant liturgique et nouvelle évangélisation » organisé par le SNPLS (service national de pastorale liturgique et sacramentelle) et l’ANCOLI (association nationale des chorales liturgiques) qui s’est tenu samedi 9 et dimanche 10 novembre à Tours :

une grande diversité d’âges, de provenances (quasiment toutes les « provinces ecclésiastiques » étaient représentées) et de responsabilités … des responsables nationaux et diocésains de musique liturgique, des historiens, liturgistes et musicologues, des organistes, des compositeurs, des chefs de chœur, des chantres-animateurs ou « simples » choristes …, des professionnels ou des amateurs, des prêtres, diacres ou laïcs, hommes et femmes …

Durant ces 2 jours : des apports de spécialistes, des témoignages, des temps d’échange et de réflexion en atelier, des temps de chant (nous formions une immense chorale capable de chanter directement à 4 voix !), des temps pour prier la liturgie des heures (laudes, vêpres et complies), une très belle messe le dimanche matin à la cathédrale St Gatien avec le chœur diocésain, beaucoup de temps d’échanges informels, des rencontres ou retrouvailles entre les uns ou les autres, et aussi de la convivialité (avec de très bons repas et … un peu de vin de Touraine aussi !). Deux jours intenses mais riches et permettant de se ressourcer !

Un événement restera à mon sens inoubliable : cette table ronde étonnante réunissant

– un chef de chœur de cathédrale expérimenté spécialiste du chant grégorien (mais ne chantant pas que cela, évidemment)

– un jeune chef de chœur responsable d’une maîtrise de cathédrale

– un organiste professionnel parisien reconnu, organiste liturgique et concertiste, professeur d’orgue dans un conservatoire régional et compositeur

– un guitariste, auteur-compositeur, chanteur de « pop-louange » animateur dans des aumôneries

– deux représentantes de la Communauté de l’Emmanuel ayant écrit des chants pour elle, une qui en a connu les prémices, l’autre, plus jeune, qui s’est formée à l’Institut Supérieur de Liturgie … Tout cela aurait été simplement impossible il y a une dizaine d’années ! … Non, non, je vous assure, il n’y a pas eu de bagarre !

Pour tenter de synthétiser, j’ai pointé quelques convictions marquantes et « mots clés » notés en vrac au fil des interventions

– La liturgie comme lieu possible d’évangélisation, pas un moyen (ne pas l’instrumentaliser !) ; c’est d’abord le lieu de la rencontre avec le Christ, une expérience de réactualisation du mystère pascal … qui conduit (ensuite !) au service du frère et à l’annonce de la Bonne nouvelle.

[Cela paraît nouveau comme affirmation, mais ce n’est rien d’autre que ce que professe solennellement Vatican II dans Sacrosanctum Concilium et ce que nous n’avons cessé de répéter sur notre site web. La liturgie est source et sommet. Par ailleurs, c’est exactement l’idée de l’ouvrage de synthèse du Cardinal Ratzinger : Liturgie et mission. On pourrait nuancer un peu cette affirmation : « qui conduit ensuite »… ensuite ? Mais non ! Ou en tout cas certainement pas seulement ! La liturgie est la célébration de la Foi, et célébrée, elle est en elle-même une annonce de la Bonne nouvelle. Dans le chant de l’Évangile à la Messe, elle est même le sacramental de la Parole qui s’incarne. Rappelons ce qu’enseigne le Cardinal Vanhoye, qui fut expert en écriture sainte à Vatican II et qui participa à l’élaboration de la constitution Dei Verbum :

« la foi vient de l’audition et l’audition par la Parole du Christ ». Il s’agit donc d’entendre une Parole vivante et non pas de lire un texte fixé par écrit. Telle était la situation des premières communautés chrétiennes : elles avaient la prédication des Apôtres et de leurs collaborateurs ; elles n’avaient pas les textes du Nouveau Testament. Notre situation est différente : nous ne pouvons plus entendre la voix vivante des Apôtres ; nous entendons celle de leurs successeurs. En compensation, nous avons les textes des Évangiles, les lettres de plusieurs Apôtres et les autres écrits du Nouveau Testament. Pour qu’ils nous transmettent vraiment la Parole de Dieu, ces textes écrits ont besoin de redevenir « Parole ». Ils le redeviennent dans la prédication de l’Église, prédication missionnaire, prédication des pasteurs des communautés chrétiennes et ils le redeviennent d’une façon particulièrement forte dans la Liturgie. Entre la Liturgie et la Bible les rapports sont réciproques : la Liturgie a maintenant besoin des textes de la Bible, les textes de la Bible ont besoin de la Liturgie. La Liturgie a besoin des textes de la Bible pour être assurée de son rapport fidèle avec la Parole du Christ transmise par les Apôtres. Les textes de la Bible ont besoin de la Liturgie pour redevenir Parole vivante grâce aux rapports de la communauté chrétienne dans la Liturgie avec le Christ, avec Dieu son Père dans l’Esprit Saint

]

– Plutôt que de parler de « nouvelle évangélisation », on pourrait peut-être parler d’ « évangélisation renouvelée »

– Dans nos liturgies, soigner la mise en œuvre (rites, gestes, chants, musiques, paroles etc.) … même avec des moyens simples, mais en préservant l’authenticité et la charité fraternelle ; la qualité doit être habitée spirituellement, ajustée à l’action liturgique.

[En effet, le soin de la mise en œuvre n’est pas une débauche de moyens. C’est une éducation, une attention à ce que nous faisons. C’est exactement le sens profond de la collecte de dimanche dernier (7ème per annum) :

Præsta, quæsumus, omnípotens Deus, ut, semper rationabília meditántes, quæ tibi sunt plácita, et dictis exsequámur et factis.

Nous T’en prions, Dieu tout-puissant, accorde-nous de nous occuper sans cesse des réalités spirituelles afin d’accomplir ce qui Te plaît, dans nos paroles et dans nos actes.

]

Le chant grégorien est un héritage, c’est un chant « nouveau » pour beaucoup, qui ne devrait pas être lié à des considérations idéologiques. Il porte la Parole ; en cela c’est un modèle de référence pour d’autres styles de chant.

[C’est évidemment le témoignage le plus juste de tous : alors que le chant grégorien a acquis comme répertoire une autorité comme référence musicale par la volonté explicite et réitérée du magistère, dans Vatican II mais aussi dans toutes les publications officielles liturgiques (éditions typiques du missel romain mais aussi d’autres textes) on fait comme si c’était « démodé » alors que concrètement, il n’est pas connu, et donc par définition, il n’est pas rejeté puisque jamais entendu. Il suffit souvent de le proposer, dans des endroits variés, pour que tout à coup, on en veuille davantage… Pour rappel, tout est en stock et disponible sur simple demande.]

– Dans nos compositions et choix de chants, retrouvons la couleur modale propre à chaque temps liturgique !

[Pour rappel, si on parle de modalité. Évidemment, il y a certaines formes musicales qui vont bien avec certaines saisons liturgiques. Typiquement, le 8ème mode est souvent employé dans certains répons du Carême, le 2ème pour les traits lui donne une certaine couleur pénitentielle. Mais en même temps, il ne faut pas systématiser. Savez vous qu’on a la même mélodie (et donc aussi le même mode pour le répons graduel de la messe de mariage et celui de messe des défunts ? Il ne faut donc rien en conclure. En même temps il est tout à fait catastrophique au niveau rituel d’avoir la même mélodie pour un Kyrie, un Gloria, un Sanctus, une Anamnèse un Agnus … Pourtant, certaines compositions usent de cette répétition mélodique, qui disons-le finit même par en devenir musicalement… Obsédante. Je pense que grâce à ce bon colloque, l’idée que le Kyrie est suppliant, le Sanctus triomphal et l’Agnus pénitentiel est bien compris, et que l’on supprimera des répertoires paroissiaux les « ordinaires rengaines » (pardonnez l’expression) ?]

– La beauté de la musique liturgique peut permettre une conversion ; une expérience esthétique forte peut être le lieu d’une rencontre personnelle avec le Christ

[C’est le propos même du Cardinal Ratzinger dans beaucoup d’ouvrages qui rappelle la réalité proprement évangélisatrice de la prière publique, dont la beauté doit être autant que possible en proportion avec le mystère célébré, nonobstant les moyens. Une simple messe lue, dans sa sobriété et le recueillement, et sans aucun moyen peut déjà en elle-même être une épiphanie. Mais bien sûr le modèle même de la liturgie déployée est la messe pontificales chantée avec ministres… Confronté à la splendeur du culte, l’âme, qui n’es tpas que spirituelle mais qui est incarnée, peut s’émouvoir.]

Dépasser les clivages et tensions en matière de chant liturgique , en dialoguant, en apprenant à se connaître, en travaillant ensemble, en se recentrant sur l’essentiel (la foi ET ce que l’Église nous demande – se référer aux rituels et à la PGMR)

[Par exemple : on peut prier en latin et chanter en grégorien sans être un « intégriste ». Si, si…]

Tous nos chants chrétiens structurent-ils notre foi ? Les auteurs de textes ont une vraie responsabilité.

[Poser la question, c’est évidemment y répondre. Bien sûr que non, tous les chants chrétiens ne structurent malheureusement pas la foi. Au contraire. Et ne sot pas concernés ici seulement les rengaines marxisantes ou 68ardes. La mélodie doit être au service d’une parole (biblique ou non) qui célèbre la Foi.]

– L’unité n’est pas l’uniformité, elle passe par l’accueil et la reconnaissance de l’autre (répertoires, sensibilités…)

– L’unité ne se décrète pas, elle se construit. On a besoin de formation sérieuse (musicale ET liturgique), d’outils simples, de critères de discernement, de convenance liturgique et rituelle, en fonction des moyens musicaux (vocaux, instrumentaux …) dont on dispose (ou … dont on ne dispose pas …) et du lieu dans lequel on célèbre.

[On se lamente beaucoup sur le manque de formation en liturgie, en ce qui concerne le clergé, mais aussi les différents intervenants. Or, il faudrait réfléchir : ce qui est important n’est pas tant que ça la formation, mais l’éducation, c’est-à-dire le fait notamment de ne pas seulement « produire des érudits » en science liturgique mais plutôt de donner le goût de la prière et de la ritualité, en proposant des célébrations déployées, solennelles et de qualité. Tout naturellement, en étant en contact avec la beauté et la grandeur de la prière de l’Église, qui est la beauté et la grandeur de Dieu, l’intérêt et même l’appétit pour la liturgie croît chez les fidèles… Et le clergé ! Et alors, les compétences se dévoilent, la motivation pour suivre les formations croît… Par ailleurs, on entend quelquefois : « le chant grégorien, d’accord, mais si c’est bien chanté. » Comme si par principe le chant grégorien était trop difficile pour être bien chanté … et donc on ne le chante pas. Supprimons donc la dernière partie de la phrase. Et disons et faisons dire seulement : « le chant grégorien, d’accord ». Avec cette possibilité, et à force de le chanter, il sera de mieux en mieux chanté…]

– En tant qu’acteur ou formateur en musique liturgique, agir de manière responsable : nos choix, nos actes ne sont pas anodins.

Bref … Certains diront qu’il y a encore du chemin à faire, mais des choses importantes ont été dites et se sont vécues. Et il y a là un véritable enjeu pastoral à approfondir !

[C’est exactement la conclusion du Cardinal Canizares à la fin du symposium Sacrosanctum Conclium de la semaine dernière à Rome. Il y a encore beaucoup de chemin à faire. Comprenons bien : les demandes de Vatican II en ce qui concerne la liturgie sont encore loin d’être appliquées. Le cinquantenaire de la Constitution sur la liturgie ne peut donc pas être une autocongratulation… Bien au contraire. Il faut de l’énergie, de l’application, du courage. Des mauvaises directions ont été prises. Il faut le reconnaître en toute humilité, et donc œuvrer pour corriger tout cela. Oui il y a un enjeu pastoral essentiel. Et une partie de cet enjeu est probablement justement l’idée de davantage « masculiniser » la pratique liturgique. Nous reviendrons sur ce thème bientôt.]

Isabelle FONTAINE (Diocèse de Soissons, Laon et Saint-Quentin)

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