On dit qu’il y a des disputes entre vous (IIIème dimanche dans l’année)

Pauvre saint Paul ! Sa communauté de Corinthe, la perle de son apostolat en Grèce continentale, à propos de la quelle il avait entendu le Christ en personne lui dire « dans cette ville, un peuple nombreux m'est destiné » (Actes 18,10), la voilà en proie aux divisions, il y a les partisans de Pierre (l’apôtre ?), les partisans d’Apollos (un juif instruit originaire d’Alexandrie), et des gens qui se réclament de lui, Paul.  Et ce n’est pas près de finir : à la fin du siècle, le pape Clément doit envoyer une lettre aux fidèles de Corinthe pour tenter d’apaiser le conflit qui les oppose aux prêtres de leur communauté !

Quelle fatalité semble s’attacher à l’Eglise depuis ses origines et amener les chrétiens à se mettre en guerre les uns avec les autres, pour les meilleures raisons, pour les plus hautes valeurs parfois ! La parole du Christ implorant son Père pour l’unité, les recommandations des Apôtres, l’exemple fâcheux des schismes, tout cela semble ne rien y faire et chaque génération apporte son lot désolant d’affrontements, de malentendus, de séparations. Peut-on au moins essayer de comprendre ?

Il faut reconnaître que la nature même de l’Eglise est de reposer sur un accord quasi miraculeux autour de l’essentiel : la personne du Christ connue et aimée. Là où les sociétés humaines ont un bien commun assez évident : la famille à maintenir unie pour élever les enfants, la profession à faire réussir pour assurer le pain de chacun, la société à défendre pour éviter l’anarchie, l’Eglise, en tant que telle, ne représente un bien méritant tous les sacrifices que si ses membres se sentent avant tout concernés par la vie du ciel. Si le but n’est pas la sainteté, tous les instincts habituels de l’homme en société (désir d’être reconnu et estimé, volonté de puissance, avidité des biens temporels ou même spirituels) se donnent libre cours et aboutissent à faire des communautés ecclésiales le champ clos des rivalités.

Ajoutez à cela que, dans l’Eglise, on est très fort pour donner à ses options de hautes justifications, et à faire de ses choix la défense de plus hauts principes. Je ne me bats pas pour moi, non, mais pour le respect qui est dû à l’autorité, je ne revendique rien à mon profit, mais j’estime que la justice est en jeu et qu’on n’a pas le droit de laisser les choses en l’état, etc… etc… Cette façon d’absolutiser les raisons de nos divisions les rend inexpiables, inextricables. Si c’était moi, je céderais, c’est évident, mais puisqu’il s’agit du Droit et de la Vérité, je dois aller jusqu’au bout.

Satan doit bien s’amuser de tout cela. A vrai dire, il n’a pas grand-chose à faire d’autre que d’attiser ces divisions pour arrêter le rayonnement de l’Eglise. J’ai souvent pensé que, sans cette terrible propension au schisme, le message chrétien aurait depuis longtemps conquis le monde entier. Nous avons reçu un dépôt si merveilleux qu’il pourrait renverser toute citadelle adverse et entraîner les hommes de toutes les cultures et de tous les continents. Seulement, perpétuellement se dresse l’hydre de la division. Et je ne parle pas seulement des « grandes » cassures qui ont déchiré l’Eglise du passé et qui limitent encore aujourd’hui son rayonnement. C’est vrai d’aujourd’hui, c’est vrai de chez nous, c’est vrai de nos paroisses et de nos diocèses.

Encore une fois ces divisions ne sont qu’un symptôme – mais combien grave ! – de la déperdition du sens surnaturel des chrétiens. Leur service de l’Eglise s’est réduit à la gestion d’une toute petite affaire, leur responsabilité a été une manière de se justifier et de se mettre en valeur, leurs convictions sont devenues des prétextes pour imposer leurs idées. Triste état, qui nous appelle à une vraie conversion. Oui ou non, ce que nous cherchons dans l’Eglise est-il autre chose que de servir sans autre gloire que d’obéir au Christ ? Sommes-nous prêts à être rejetés, calomniés, oubliés pour que son règne arrive ? Sinon s’abstenir.

 


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