O Crux Ave Spes Unica


Rappel : nous chantons l’office des Vigiles de la Croix (In Exalatatione Sanctae Crucis) à 12 répons le 13 septembre à 12 :00, à la Grand Eglise, place Boivin, 42000 Saint Etienne.

 

C’EST UN ÉPISODE bien curieux que rapporte le livre des Nombres au chapitre 21. Les Hébreux, qui tournent dans le désert depuis des années, sont probablement arrivés dans le Néguev, près de la faille qui prolonge au sud la Mer Morte. Moïse et Aaron sont très âgés. Ce dernier ne va pas tarder à mourir. Dans cette interminable marche, c’est encore une fois la révolte : « pourquoi nous avoir fait monter d’Égypte ? Était-ce pour nous faire mourir dans ce désert, où il n’y a ni pain ni eau ? Nous sommes dégoûtés de cette nourriture misérable ! ». Même la manne est devenue insupportable ! La riposte du Seigneur prend la forme des serpents à la morsure brûlante, à laquelle succombe un bon nombre d’Israélites. Encore une fois, Moïse intervient, intercède et obtient la cessation du fléau. A une condition : regarder un serpent en bronze que fait fondre Moïse et qu’il met au sommet d’un mât. Tel est l’épisode dont se sert Jésus pour annoncer sa Croix : « de même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert… » Quel rapport ?

Revenons sur le récit des Nombres qui nous donne un minimum de renseignements. Malgré l’interdit de représenter des êtres vivants, spécialement des reptiles (Deutéronome 4,18), Moïse est chargé de fabriquer un serpent en bronze qui doit conjurer le fléau. Le thème est peut-être repris à la vieille magie imitative qui soigne le semblable par le semblable. En tout cas, c’est une invitation à regarder en face la cause de nos maux, à se rappeler ce qui a provoqué le châtiment, car la grâce n’est pas l’oubli de la faute, mais sa guérison en profondeur, ce qui suppose de rompre avec le péché dont on a goûté les fruits amer.

Nous commençons peut-être à comprendre ce que nous dit le Christ quand il compare sa Croix avec le serpent d’airain. Mais écoutons sa phrase jusqu’au bout : « … ainsi faut-il que le Fils de l’Homme soit élevé, afin que tout homme qui croit obtienne par lui la vie éternelle ». Ce qui semble à première vue être mis en valeur comme point commun entre le serpent d’airain et la Croix, c’est la situation élevée de celui qui est ainsi exposé. Petite élévation sans doute, car tout ce que l’on sait maintenant du supplice de la croix nous amène à penser que Jésus n’était pas à dix mètres de haut, mais presque à hauteur d’homme (sans cela comment se ferait-il entendre, lui qui était perpétuellement en état d’étouffement ?). Mais il est dressé, exposé à la vue de tous.

Pourtant, à la différence du serpent, il n’est pas le vecteur du châtiment divin. Si châtiment il y a, c’est sur lui qu’il est tombé. Nous sommes tout près de la phrase du prophète Zacharie citée par saint Jean au moment de la Passion : « ils regarderont celui qu’ils ont transpercé ». Ce qu’il s’agit de contempler, c’est dans les deux cas ce à quoi a abouti notre péché : la morsure des serpents dans un cas, la mort du juste dans l’autre. Pas de salut à moins d’avoir vu la gravité du mal et son origine dans le cœur de l’homme. La vie éternelle suppose l’épreuve de vérité qui est identifiée ici à la foi : croire ce que Dieu nous montre de notre rupture première avec lui et accepter le remède inouï qu’il nous propose.

 

O Croix, notre unique espérance, nous te saluons !

Michel GITTON

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