Notre Week-end à Solesmes

Un Week-end exceptionnel qui restera dans toutes les mémoires, à la fois par la qualité remarquable de chacune des interventions de nos hôtes, ainsi que par sa convivialité. Arrivés à 10.00 pour la messe conventuelle, nous avons immédiatement après été nous installer à Sainte Anne,l’hôtellerie des moniales que Mère Marie nous a gentiment confiée pour 24 heures. Dès après le déjeuner et l’office de None, le RP dom Saulnier nous a fait une excellente conférence sur le thème suivant : "Pourquoi le chant grégorien ?". Ce qui nous a tous beaucoup frappés, c’est avant tout l’insistance du P. Saulnier sur la question de l’universalité du message du chant grégorien. Car si celui – ci n’est pas "nécessaire au salut", il est néanmoins canonisé par le magistère de l’Église comme chant propre de la liturgie romaine, et doit donc avoir dans ces conditions la "place du prince", c’est à dire "la place d’honneur".

Avec le P. Saulnier,

Avec le P. Saulnier,
responsable de l’atelier de paléographie de Saint Pierre de Solesmes.

Ce qui nous a également beaucoup frappé c’est que le P. Saulnier, en tant que directeur de l’atelier de paléographie de Solesmes, est sans doute une des personnalités les plus célèbres et les plus compétentes sur la question du chant grégorien, mais qu’il reste parfaitement accessible à un public jeune, pas forcément musicologue de formation.

Dom Guéranger

Dom Guéranger
premier abbé de Solesmes, restaurateur du chant grégorien, de la vie bénédictine en France et promoteur de la liturgie romaine.

Après les vêpres, le RP dom Debout, qui est le P. Sacristain, nous a proposé une méditation et une réflexion sur la théologie de la liturgie de dom Guéranger, le fondateur de l’abbaye, le restaurateur de la vie bénédictine en France et le promoteur de la liturgie romaine. Il nous a en particulier explicité deux textes de dom Guéranger, l’un tiré des Institutions liturgiques et l’autre tiré de la Préface générale à l’Année Liturgique. Le premier est un commentaire et une lecture théologique et liturgique de Saint Jean "Dieu a tant aimé le monde qu’il a envoyé son Fils unique…". Le deuxième est reproduit ci dessous :

La prière est pour l’homme le premier des biens. Elle est sa lumière, sa nourriture, sa vie même, puisqu’elle le met en rapport avec Dieu, qui est lumière, nourriture et vie (Jn 8, 12 ; 6, 35 ;14, 6). Mais de nous-mêmes, nous ne savons pas prier comme il faut (Rm 8, 26) ; il est nécessaire que nous nous adressions à Jésus-Christ, et que nous lui disions comme les apôtres : Seigneur, enseignez-nous à prier (Le II, l). Lui seul peut délier la langue des muets, rendre diserte la bouche des enfants, et il fait ce prodige en envoyant son Esprit de grâce et de prières (Za 12, 10), qui prend plaisir à aider notre faiblesse, suppliant en nous par un gémissement inénarrable (Rm 8, 26). Or, sur cette terre, c’est dans la sainte Église que réside ce divin Esprit. Il est descendu vers elle comme un souffle impétueux, en même temps qu’il apparaissait sous l’emblème expressif de langues enflammées. Depuis lors, il fait sa demeure dans cette heureuse Epouse ; il est le principe de ses mouvements ; il lui impose ses demandes, ses vœux, ses cantiques de louange, son enthousiasme et ses soupirs. De là vient que, depuis dix-huit siècles, elle ne se tait ni le jour, ni la nuit ; et sa voix est toujours mélodieuse, sa parole va toujours au cœur de l’Epoux. Tantôt, sous l’impression de cet Esprit qui anima le divin psalmiste et les prophètes, elle puise dans les Livres de l’ancien peuple le thème de ses chants ; tantôt, fille et sœur des saints apôtres, elle entonne les cantiques insérés aux Livres de la Nouvelle Alliance ; tantôt enfin, se souvenant qu’elle aussi a reçu la trompette et la harpe, elle donne passage à l’Esprit qui l’anime, et chante à son tour un cantique nouveau (PS 143,10) ; de cette triple source émane l’élément divin qu’on nomme la liturgie. La prière de l’Église est donc la plus agréable à l’oreille et au cœur de Dieu, et, partant, la plus puissante. Heureux donc celui qui prie avec l’Église, qui associe ses vœux particuliers à ceux de cette Épouse, chérie de l’Époux et toujours exaucée ! Et c’est pourquoi le Seigneur Jésus nous a appris à dire notre Père, et non mon Père ; donnez-nous, pardonnez-nous, délivrez-nous, et non donnez-moi, pardonnez-moi, délivrez-moi. Aussi pendant plus de mille ans, voyons-nous que l’Église, qui prie dans ses temples sept fois le jour et encore au milieu de la nuit, ne priait point seule. Les peuples lui faisaient compagnie, et se nourrissaient avec délices de la manne cachée sous les paroles et les mystères de la divine liturgie. Initiés ainsi au cycle divin des mystères de l’année chrétienne, les fidèles, attentifs à l’Esprit, savaient les secrets de la vie éternelle ; et sans autre préparation, un homme était souvent choisi par les pontifes pour devenir prêtre ou pontife lui-même, afin de répandre sur le peuple chrétien les trésors de doctrine et d’amour qu’il avait amassés à leur source.

Quelle richesse ! Et quelles découvertes pour nous !

Après le repas, le RP dom Soltner, l’hôtelier de Saint Pierre, nous emmenait nous recueillir sur la tombe de dom Guéranger, dont le gisant se trouve dans une crypte sous l’abbatiale. Un grand moment de recueillement poursuivi dans la nef par le chant des complies monastiques.

La soirée s’est poursuivie par de nombreuses réflexions sur l’avenir de notre petite chorale et une relecture des enseignements de cette belle journée. Dès le lendemain, avant la Messe, un moine nous introduit à la liturgie du jour : la fête du baptême du Seigneur. Préparés "théologiquement" à la réception des Saints Mystères, c’est avec grande ferveur que nous assistons à la Messe dominicale chantée. Que dire ? Après une compréhension intellectuelle de la liturgie, c’est une expérimentation de cette dernière que nous vivons, de part bien sûr par la beauté du chant mais aussi par la réussite magnifique qu’est à Solesmes "l’oeuvre de Dieu" dans son ensemble : hiératisme des postures, beauté de la lumière et des ornements, harmonie des mouvements, recueillement… Oui, la vie liturgique à un sens !

Dès la fin de la Messe, le P. Saulnier nous accueillait à nouveau pour une nouvelle conférence sur le thème de la modalité. Sujet technique s’il en est, il a su admirablement bien se mettre à notre (humble) portée pour nous faire comprendre l’essentiel de ces notions, et de façons brillante. Qu’il en soit encore une fois remercié.

Après le déjeuner, et l’office de None, le RP dom Lelièvre, maître de choeur, nous a fait passer aux "travaux pratiques" puisque nous avons répété avec lui l’ensemble de l’office des vêpres du dimanche. Il nous a abondamment conseillé et aidé techniquement sur de nombreux points. Nous avons surtout été très touchés par sa très grande patience et gentillesse à notre égard, ainsi que par son sens de l’accueil.

Un moment de détente

Un moment de détente
… au grand parloir de Sainte Cécile de Solesmes (bénédictines)

Laisser un commentaire