N’éteignez pas l’Esprit

N’ÉTEIGNEZ PAS L’ESPRIT

 

Un protestant qui se voulait critique pour les catholiques déclarait un jour après un échange animé sur l’Eglise : « si je comprends bien, pour vous, il faudrait dire : Gloire au Père et au Fils et à l’Eglise ! »

 

Sans doute, la critique était dure et en partie injuste, mais il y en a bien là quelque chose de vrai que remarquent généralement très vite nos frères séparés : le catholiques, au moins jusqu’à une date récente, majoraient le point de vue institutionnel et étaient portés à croire qu’en pensant comme M. le Curé ou en suivant les directives officielles on était nécessairement dans le droit chemin. Il est frappant de voir que aujourd’hui, malgré tous les bouleversements qui ont accompagné et suivi le Concile, malgré l’affirmation que tous les baptisés-confirmés sont authentiquement prêtres, prophètes et rois, et donc bénéficiaires des dons de l’Esprit, on se méfie comme jamais des charismes individuels, de tout ce qui pourrait se distinguer de la ligne générale, du main stream des opinions et des pratiques.

 

Le conformisme a atteint un tel degré que tout soupçon sur une manière de faire répandue aujourd’hui, une habitude liturgique ou une pratique pastorale, est nécessairement pris comme un  manque à la « communion ». Comme disait plaisamment un de mes amis : on peut discuter de la virginité de Marie, mais remettre en cause les ADAP et trouver que ce n’est pas l’idéal, c’est un péché dans certains diocèses.

 

Il doit bien pourtant exister une manière vraiment catholique de vivre en Eglise solidaire de tous ses frères et docile à l’égard des pasteurs légitimes, sans pour autant manquer à la liberté de l’Esprit. On en voit bien des exemples chez nos frères les saints, dont beaucoup furent d’incroyables originaux, osant secouer l’indifférence et la médiocrité, tout en restant héroïquement attachés à l’obéissance. La différence entre un saint François d’Assise et un Martin Luther n’était pas dans la dénonciation des erreurs et des manquements, ni dans le souhait d’un profond renouveau de l’Epouse du Christ (que tous deux partageaient), ce fut dans la manière dont l’un a gardé jusqu’au bout confiance dans l’autorité de l’Eglise, tandis que l’autre a fini par jeter l’éponge et se décourager devant la résistance des prélats et des théologiens qu’il rencontrait.

 

L’Esprit Saint est un « espiègle », disait un des fondateurs de l’Action catholique : on lui a préparé des canaux tout prêts, des filières et des organigrammes, et il agit à côté ! Que Marie ait choisi d’apparaître à Lourdes, dans un lieu perdu à l’écart de tous les centres où se préparait la société moderne, que le Christ se soit rendu sensible à travers l’action d’un prêtre de campagne, Jean Marie Vianney, agissant à rebours de toutes les stratégies pastorales d’hier et d’aujourd’hui, il y a là autant de sujet d’étonnement et peut-être de réflexion.

 

Saint Paul, que nous fêtons cette année, est témoins de cette vérité. Né à la foi dans une  rencontre directe avec le Christ, il a tout de suite été renvoyé à l’Eglise, qui, avec Ananie, a pris charge de lui pour l’instruire et le baptiser. Jusqu’au bout il a voulu être fidèle à la communauté des Apôtres, tout en revendiquant son lien personnel avec le Christ, la conviction d’avoir reçu directement de lui sa mission dans l’Esprit Saint. Il ne transigera jamais là-dessus.

 

Nous ne sommes pas saint Paul, mais nous devons apprendre de lui la liberté de l’Esprit qui nous rattache personnellement au Christ. C’est pour Jésus, pour lui être fidèle, que nous avons accepté l’Eglise et que nous lui avons fait confiance, ce n’est pas seulement parce que nous serions (pour certains) nés dedans et que, depuis, elle serait notre maison de famille.

 

Michel GITTON

 

 

 

 

 

 

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