Motu proprio Summorum Pontificum

C’est officiellement le nom qui est donné au Motu Proprio (« du propre mouvement ») du pape Benoît XVI pour libéraliser l’usage des livres liturgiques en vigueur avant le Concile Vatican II.

Cette information a été reçue de sources vaticanes par l’agence I-Media. « Summorum pontificum » veut dire « des souverains pontifes » et appelle un substantif. Il y a donc un troisième mot qui est un nom ou un groupe nominal… Les paris sont ouverts :

– Les actes

– La volonté

– Les anciens décrets

… des souverains pontifes ?

Blague à part il faut d’ores et déjà souligner quelquechose : avant même que ce  ce texte paraisse, nous savons qu’il insistera sur l’unité substantielle du rite romain. Il n’y aura aucunement par ce document issu « du mouvement propre » du Saint Père la reconnaissance de l’ordo de 1962 comme un rite propre autonome du rite romain, malgré tout ce que les catholiques de « sensibilité traditionaliste  » enseignent depuis des années.

Il n’y a en effet pas, en soi, de « rite tridentin », mais la reconnaissance de la légitimité et de l’intérêt pastoral de l’ancienne forme – désignée ici avec l’épithète « extraordinaire » – de l’unique rite romain.

Le Cardinal Ratzinger le rappelait déjà :

Il n’y a pas en effet de liturgie tridentine et, jusqu’en 1965, personne n’aurait su dire ce que recouvrait cette appellation. Le concile de Trente n’a fabriqué aucune liturgie. Et, au sens strict, il n’y a pas non plus de missel de saint Pie V. Le missel qui parut en 1570 sur l’ordre de saint Pie V ne se différenciait que par d’infimes détails de la première édition imprimée du Missale romanum publiée juste cent ans plus tôt.

la Congrégation pour le Culte divin et de la Discipline des Sacrements le soulignait également en 1999 :

– L’usage de la forme qui a précédé la rénovation liturgique post-conciliaire du Rite romain quelle soit appelée “traditionnelle”, “antique”, “de Saint. Pie V”, “classique” ou “tridentine”) été accordé, en termes fixés dans le Motu proprio « Ecclesia Dei Adflicta », aux personnes et aux communautés qui sont attachées à cette forme du Rite romain. Cette faculté est accordée par un Indult spécial, ce qui ne signifie en rien cependant que les deux formes aient égale valeur.

– Celui qui jouit de l’indult accordé par le Motu proprio “Ecclesia Dei Adflicta” peut librement user de cette forme en privé ou en public dans les églises, et aux horaires, expressément désignés aux fidèles.

– Comme le mode actuel de célébrer suivant le Rite romain constitue la norme liturgique commune, qu’on ne parle pas de “deux rites” ou de “bi-ritualisme”. La concession faite, selon le Motu proprio “Ecclesta Dei Adflicta” protège la sensibilité liturgique des prêtres et des fidèles habitués au mode précédent, mais elle ne les constitue en aucun cas comme “Eglise rituelle”.

Il est intéressant de constater qu’en 1999 déjà – il y a 8 ans – on parle déjà de « forme particulière » du rite romain pour désigner les livres liturgiques de 1962. Il y a donc fort à parier que si le motu proprio « Summorum Pontificum » désigne les livres de 1962 comme « forme extraordinaire » du rite romain, ce ne sera nullement une innovation canonique, puisque cette notion est présente depuis longtemps dans l’esprit des cadres de la Congrégation pour le culte divin.

Il faut aussi se mettre d’accord sur les appellations : « extraordinaire » veut bien dire « en dehors de l’ordinaire ». Cela ne veut pas par exemple que c’est par essence « magnifique », « de plus grande valeur ». En langage liturgique, extraordinaire veut dire « par exception ». C’est par exception, par exemple qu’il y a des « ministres extraordinaires de la Sainte Communion« , qui peuvent par exemple être de simples laïcs, et qui sont désignés pour le faire, pour des raisons pastorales, par opposition aux ministres ordinaires de la Sainte Communion qui dans le rite romain doivent avoir reçu le sacrement de l’ordre (diacre, prêtre, évêque).

Certains peuvent ainsi espérer qu’il y aura bientôt autant de messes célébrées avec la forme extraordinaire du rite romain (la FERM) qu’il y a de ministres extraordinaires de la sainte communion dans les paroisses.

Ajoutons encore un petit quelquechose : il s’agit de « la forme extraordinaire du rite » et non pas le « rite extraordinaire ». Cela n’a l’air de rien, mais il est absolument certain que nos amis « tradis » s’engouffreront très vite – si ce n’est pas déjà fait – dans un glissement sémantique qui leur permettra de renvendiquer comme rite autonome ou église rituelle leur « sensibilité liturgique ».

Quant à nous, de façon tout à fait habituelle, nous nous en tiendrons à la FORM (la forme ordinaire du rite romain), c’est à dire l’editio typica tertia (2002) du missel romain. C’est à dire pas le missel de S. Pie V (1570), pas le missel du Bx Jean-XXIII (1962), pas le missel de Paul VI (1969), mais le missel de Jean-Paul II… Et bientôt, nous espérons, le missel de Benoît XVI (… 2009 ?).

Quant à vous, prêtres qui nous lisez, faites votre choix : la FORM ou la FERM ?

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