Modernité idéologique

Avec l'aimable autorisation de son auteur, cet article paru dans les forums de l'excellent hebdomadaire France-Catholique nous a paru particulièrement pertinent….

L’homme « moderne »

Avez-vous déjà rencontré un «moderne » ? Il s’agit d’un homme qui voue un véritable culte à la modernité. Un homme étrange, qui a la particularité d’être séduit par tout ce qui est nouveau, au point de perdre tout sens critique devant cette nouveauté. Le moderne dira : « C’est nouveau, donc c’est formidable ! » Que ce soit dans le domaine de l’art, des mœurs ou des sciences, le critère de la modernité et lui seul compte aux yeux du moderne. Si cela est considéré comme nouveau, chacun peut dire ou faire n’importe quoi, le moderne aura toujours des yeux ou des oreilles bienveillants. Cependant, ce culte de la modernité a un revers : le moderne cultive un mépris non dissimulé contre tout ce qui est considéré comme ancien ou traditionnel. Il ne supporte pas les usages établis, encore moins les traditions : il est ANTICONFORMISTE ; Cette aversion viscérale le porte à se positionner systématiquement « contre » l’ordre établi. Notre moderne est aussi un REBELLE.

Le « moderne » et le pouvoir

J’ai fait un rêve étrange… Les moderne étaient devenus nombreux, et surtout, ils avaient suffisamment d’influence pour pouvoir imposer leur façon de penser aux autres. Désormais, le nouvel ordre établis est la Modernité ! Les modernes n’utilisent certes ni la prison ni le meurtre pour imposer leur pouvoir à leurs adversaires : ils leur opposent juste un mépris abyssal et le silence imposé, de fait. Mais quelle efficacité ! « Il faut être moderne ! » Sinon, le mépris de tous s’abat sur vous. Un jeune homme ou une jeune fille comprend très vite que s’il n’a pas un comportement « moderne », il ou elle n’est pas considéré comme « normal ». Le conformisme des anticonformistes exerce une pression redoutable ! Et si vous critiquez la Modernité, c’est donc que vous êtes traditionnel, objet de mépris, et votre critique n’a aucune valeur aux yeux du moderne. Le moderne est absolument inaccessible à la critique de ceux qui ne pensent pas comme lui. Dans mon rêve, je voyais les modernes régner en maîtres : puissants et oppresseurs de ceux qui ne pensent pas comme eux, ils sont persuadés d’être toujours du coté des minorités opprimées ! Se percevant comme d’éternels rebelles, ils se croient investis de la mission de dénoncer tous les abus de pouvoir. Ils dénoncent, accusent tout azimut, de préférence le passé et ceux qui sont à leurs yeux « les puissants ». Installés dans une bonne conscience déconcertante, leur devoir est d’accuser l’Autre, toujours, ne se remettant évidemment pas une seconde en question. Orgueilleuse et toute puissante, la Modernité est devenu le tribunal de tout ce qui n’est pas elle. L’image réelle de ce qu’ils sont devenus est insupportable aux yeux des modernes. Reconnaître qu’ils sont puissants, ce serait reconnaître qu’ils ne sont plus des rebelles ; et donc qu’ils ne sont plus modernes. Y a-t-il plus tyrannique qu’un tyran aveuglé sur sa propre tyrannie ? Y a-t-il plus tyrannique que la Modernité au pouvoir ?

Modernité, triste ou joyeuse ?

Le culte de la modernité est strictement inaccessible à la critique, on devra donc le supporter longtemps. Mais après tout, peut-être vit-on heureux dans ce monde de la Modernité ? Mon rêve a continué… Tout ce qui est moderne, absolument tout, est considéré comme bien, comme bon. Du moment qu’on est moderne, on peut faire tout ce qu’on veut. Que cette modernité est séduisante ! Tout le monde il est moderne, tout le monde il est gentil. Comment n’a-t-on pas pensé plus tôt à être moderne ? Les critères de qualité, de moralité, de beauté…tout a disparu derrière le critère de la modernité. On fait n’importe quoi, on dit n’importe quoi. Jusqu’à l’absurde. Jusqu’au non sens.

La foi du moderne

Mais me direz-vous, quel est donc ce fameux critère de la modernité ? On peut être rebelle ou moderne de nombreuses façons : rebelle à un courant artistique traditionnel, à une forme de pouvoir politique, au pouvoir personnel d’un homme, aux médicaments… Or, mon rêve se situait à une époque ou de nombreuses sciences achevaient d’être vulgarisées : non seulement la physique, la biologie, une technologie de plus en plus puissante, mais aussi la psychologie, la sociologie, l’archéologie etc…Forte de son nouveau savoir, je voyais toute une génération se mettre à mépriser les anciens, « ignorants ». « La Science est la source unique de toute vérité. » Sûre d’elle et de son nouveau savoir, une génération presque entière fut rebelle au commandement « Honore ton père et ta mère. » Or, les parents ont pour rôle de transmettre les interdits et les valeurs. On se mit soudain à rejeter tous les interdits, toutes les valeurs traditionnelles. Ne reconnaissant aucune autre autorité que celle de la Science du moment (qui a remis en cause des certitudes scientifiques d’hier et qui elle-même sera remise en cause par les progrès de la science de demain…), les modernes l’ont décidé : « Chacun est autorisé à faire tout ce qu’il veut. » Cette affirmation est considérée comme une vérité absolue. Elle constitue la foi, le credo du moderne. De la foi découle la loi morale : la loi morale du moderne consiste à ne tolérer aucune loi morale ; la morale unique et absolue du moderne, ou « Tolérance », consiste à ne tolérer aucune autre loi morale qu’elle-même. Aux yeux de la Modernité, il n’existe qu’un seul péché impardonnable : ne pas avoir la foi moderne. Aux yeux des Tolérants, l’unique péché possible est un délit d’opinion ! Idole Modernité, si tu n’étais pas si redoutable par ta puissance, tu nous ferais presque rire.

L’Eglise et la Modernité

Saoulée de paroles et d’absurdités, écœurée et fatiguée, moi la chrétienne, j’allais me réfugier dans une église. J’avais besoin de me ressourcer, retrouver des repères solides et adorer mon Dieu. Quelle ne fut pas ma stupeur ! Mon cauchemar continuait : on ne parlait que de moderniser l’Eglise ! Ainsi, l’idole Modernité avait séduit jusqu’aux chrétiens ?! Il paraît que l’Eglise traditionnelle était un véritable épouvantail. Il fallait tout réinventer, faire du neuf. J’essayais alors de demander pourquoi au temps de l’épouvantail les églises étaient pleines et les vocations de prêtres encore nombreuses, alors que depuis que l’Eglise s’était modernisée (mais pas encore assez), les églises étaient vides, et plus aucun jeune ne voulait donner sa vie pour Elle ? Personne n’a entendu ma question. L’originalité à tout prix en particulier dans la liturgie, mais aussi la rébellion ouverte contre la hiérarchie de l’Eglise, rien ne manquait à la panoplie complète de la Modernité. Je constatais que tout le monde critiquait durement l’Eglise institutionnelle, mais en même temps, on s’étonnait et se désolait parce que les jeunes la désertaient. Puisqu’aux yeux des modernes, seul compte le critère de la modernité, l’unique péché possible pour eux est de ne pas être moderne : aussi, je constatais que le sacrement du pardon était en voie de disparition. Nos pharisiens modernes ne voyaient désormais plus le péché que chez les autres : chez cette hiérarchie qui refusait d’être moderne, chez tout ceux qui n’étaient pas convaincus que le salut de l’Eglise passait par la Modernité. Fréquentes au temps de l’épouvantail, les confessions individuelles, la direction spirituelle étaient devenues rarissimes. Je voyais des couples chrétiens se déchirer et se débattre dans de grandes souffrances affectives, seuls. Sans prêtre, sans personne dans l’Eglise pour les aider dans leur détresse. Les divorces, y compris entre chrétiens, étaient devenus fréquents. Les modernes avaient mieux à faire que d’aider les couples mariés à rester unis dans l’amour : ils disaient leur révolte contre l’odieuse hiérarchie de l’Eglise qui traitait si mal les divorcés remariés ! « Faisons du neuf ! Bousculons nos habitudes (et notre hiérarchie) ! Laissons-nous déranger ! » Certes. Mais par qui, par quoi ? Par Celui qui vient, Jésus Christ ? Ou par l’idole orgueilleuse, tyrannique, séduisante, absurde, Intolérante, grotesque et vide de la modernité ? Modernité, tu possèdes décidément une perversité inouïe : voulant prendre à tout prix la place de Dieu, tu vas jusqu’à détourner subtilement l’attitude de conversion du cœur des chrétiens, et cela à ton seul profit ! Tu voulais culpabiliser ceux qui ne se soumettent pas à toi, mais tu es démasquée !

La femme et la Modernité

Modernité, vraiment, tu sens très fort le soufre ! Et mon rêve a continué, comme pour me donner un indice supplémentaire sur ton origine… Je me souvins de la phrase de la Genèse (3/14-15) : Alors le Seigneur Dieu dit au serpent : « Je mettrai une hostilité entre la femme et toi, entre sa descendance et ta descendance : sa descendance te meurtrira la tête, et toi, tu lui meurtriras le talon. » La science et la technologie modernes étaient désormais suffisamment puissantes pour proposer à la femme la possibilité d’une contraception. C’est alors que la Modernité entreprit de « libérer » la femme. Sans la pilule, la foi moderne n’aurait pas été crédible ; avec l’existence de la pilule, le credo moderne était applicable ; ou du moins, il le semblait… Au fur et à mesure que la foi moderne se répandait, je voyais des jeunes filles de plus en plus nombreuses tomber enceinte. A cause du credo moderne, jamais les jeunes femmes en détresse n’avaient été aussi nombreuses. Le credo moderne, en toute logique, a autorisé l’avortement, non seulement pour les femmes en détresse, mais quelle que soit la situation de la femme. Au final, cela ne posait qu’un seul problème : on ne trouvait plus assez de médecins pour pratiquer les avortements… Et le droit de vivre des bébés dans tout ça ? Là n’est pas le problème, parce que le credo moderne, ça ressemble de très près à la loi de la jungle. Les hommes, eux, avaient toutes les raisons de se réjouir. On aurait voulu « libérer » l’appétit sexuel de l’homme et encourager son irresponsabilité, on n’aurait pas inventé autre chose que la libération de la femme. Je voyais aussi que dans un couple, très souvent, c’était l’homme qui décidait l’avortement pour sa compagne. Décidément, cette modernité n’était pas toujours joyeuse, ni pour les femmes, ni pour les bébés. Très souvent, cette libération de la femme tournait au summum de l’abus de pouvoir masculin… « Tu sais, ce bébé qui donne enfin un sens à ta vie, ou ce nième enfant que tu accueillerais volontiers…ton homme a décidé qu’il n’en voulait pas. Cet avortement que tu n’as pas choisi, c’est toi qui le subiras et en plus, on te convaincra que c’est de ta faute : tu n’avais qu’à prendre ta pilule ! » Idole Modernité, je te rejette ! Retourne en enfer, là d’ou tu viens ! Seulement voilà. Lorsque le père se dérobe, malgré la solitude, la précarité matérielle, les incertitudes devant l’avenir, il arrive que des jeunes femmes choisissent, envers et contre tout, de garder leur bébé. Dans mon rêve, j’ai vu comme elles sont belles, souverainement libres, ces femmes qui disent « oui » à la vie inattendue, bien plus encore que celles qui attendent un bébé programmé et parfait dans la sécurité matérielle, entourées de l’affection d’un mari ! Celles qui disent « oui » à la vie dans l’absolue pauvreté, comme elles ressemblent à Marie, mère de Jésus, qui elle aussi a accepté de se laisser bousculer par la Vie, bravant le risque du déshonneur, et a accouché dans la pauvreté d’une crèche… Devant chacun de ces oui, le serpent enrage d’impuissance. Toutes ces petites Marie lui font barrière.

L’imprévisible rencontre

 Depuis que les modernes régnaient sur les mentalités, leurs enfants avaient eu le temps de grandir. Nourris au lait de la Modernité, ils étaient bien-sûr modernes, au sens ou l’entendaient leurs parents. Mais à la différence de ceux-ci, ils ne se sentaient ni rebelles, ni anticonformistes. Contre quelle autorité se rebeller, puisque tout est permis ? Quel usage établis, quelle tradition remettre en cause ? Tout a déjà été fait ! Quoi que… Cependant, quelques jeunes chrétiens subsistaient, essayant de surnager dans le marécage moderne. De siècle en siècle, l’Esprit Saint a un sens de la provocation qui ne se dément pas ; finalement, Il a toujours plusieurs décennies d’avance. Que faire avec une Eglise en partie idolâtre, rebelle à toute autorité ? Au temps ou l’Eglise péchait par un amour excessif des richesses, l’Esprit lui a envoyé un saint mendiant pour la convertir, François. A son Eglise rebelle, l’Esprit a envoyé un saint, pape ! Ce saint là reçut de Dieu non seulement la fonction de l’autorité suprême de l’Eglise, mais en plus, l’autorité de la sainteté même, tant sa conformité avec son Seigneur et maître était évidente. Le pape inattendu, capable de déconcerter les modernes eux-même par son audace, n’était pas idolâtre. Lui, il aimait et priait Marie. Pauvre Marie, si oubliée, si méprisée par l’Eglise « moderne » ! Pensez donc, elle est bien trop dangereuse pour les idoles, elle qui ne supporte pas le serpent ! Il n’était pas possible que la Modernité cohabite avec elle dans l’Eglise ! C’est alors que dans mon rêve, je vis quelque chose de stupéfiant : la rencontre absolument imprévisible, bouleversante, entre le pape béni et des jeunes à la recherche d’une parole, d’un guide. L’immense témoin disait des paroles originales, inédites dans le monde moderne. Ce tendre grand-père spirituel savait bien, lui, que seul l’Esprit Saint est éternellement jeune, Lui seul est capable de répondre exactement à l’attente inconsciente d’un cœur de jeune. Les jeunes chrétiens firent un triomphe au saint providentiel. A son contact, leur joie était si vive, si profonde, qu’elle attirait. Par cette rencontre étonnante concoctée par l’Esprit Saint, l’Eglise fut sauvée du naufrage moderne imaginé par le serpent. J’étais en train de crier «Jean Paul II, on t’aime, J.P.two, THANK YOU ! » au milieu d’une foule innombrable de jeunes, lorsque je me réveillais enfin. Mon oreiller était baigné de larmes de joie. Je n’ai jamais vu un moderne pleurer de joie.

Dieu bénisse les modernes, qu’Il leur ouvre les yeux et les fasse revenir à Lui.

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