Missel et Tradition : fixité et vie….

Certains appellent la célébration du sacrement eucharsitique selon les livres de la liturgie romaine en 1962 la "Messe traditionnelle".  Nous nous sommes déjà exprimés  dans ces colonnes sur  l'inexactitude profonde de cette expression.  Parler de  "Messe traditionnelle" pour désigner l'ordo de 1962, c'est non seulement signifier que l'ordo actuel n'est pas traditionnel mais encore qu'il ne peut pas l'être. Pour une messe célébrée tous les jours par le successeur de S. Pierre sur le siège apostolique, c'est pour le moins surprenant.

Traditionnel ne veut pas dire figé à une certaine époque ou rigoureusement conforme à ce qui pouvait se pratiquer aux premiers siècles du christianisme ou dans l'antiquité tardive. 

Un exemple intéressant est le sanctoral. Les dates des fêtes des saints ont été profondément remaniées à la suite du Concile. Certains peuvent le regretter, et nous expliquer que tant dans les textes du missel du Concile de Trente qu'auparavant, tout avait été définitivement fixé (bulle Quo Primum).

Il faut être honnête intellectuellement : ce n'est pas tout à fait exact !

Le 1er février est fêté dans le missel préconciliaire Saint Ignace d'Antioche ; voici ce que le missel de 1570  donnait pour cette fête :

L'image “https://i1.wp.com/forum.catholic.org/frz/1570MR_01_02_Ignatius_det.JPG?resize=250%2C357” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.

 

Voici ce que le missel de 1962 ('est à dire le missel utilisé aujourd'hui par les traditionnalistes) propose :

L'image “https://i2.wp.com/forum.catholic.org/frz/1962MR_01_02_Ignatius_det.JPG?w=640” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.

NB : on a bien le même introït, mais, ô surprise : la collecte est profondément différente !  Nous aurait on changé la religion ?

 

 

Et voici ce que propose le missel de 2002 ; on a une collecte différente mais aussi un introït distinct. Cette prière est une composition nouvelle réalisée à partir de deux autres collectes du Sacramentaire de Vérone.

L'image “https://i0.wp.com/forum.catholic.org/frz/2002MR_17_10_Ignatius_det.JPG?w=640” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.

L'Eglise n'a pas commencé à faire évoluer et approfondir ses livres liturgiques avec le Concile Vatican II. Il existe de nombreux exemples de changements parfois profonds, dans le missel  dans les 400 annnées qui ont suivi le Concile de Trente. On pense par exemple à la liturgie de la vigile pascale, qui constitue en fin de compte un véritable ""chambardement", mais justement dans le sens d'un aprofondissement et d'un renouveau de la prière de l'Eglise.

On entend beaucoup parler d'une future "réforme de la réforme liturgique". Ce petit exposé montre bien que l'Eglise a toujours fait évoluer le contenu des livres liturgiques ; c'est quelquechose qui ne date pas de Vatican II, bien au contraire. C'est un processus continu d'évolution et d'aprofondissement. Si "réforme de la réforme" il y a, il faudra bien comprendre que ce n'est  pas une rupture fondamentale entre ce qui existe aujourd'hui et la façon de célébrer la liturgie dont nous bénéficierons ensuite. De même, une tactique – qui est celle des traditionnalisites – constitant à dire que le missel de 1962 est un concentré ultime de tradition à la quelle il convient de ne pas toucher n'a aucun sens au regard de l'histoire des rites.

Le renouvellement liturgique post conciliaire était une nécessité, demandée de façon explicite par les  Pères conciliaires. Une oeuvre d'aprofondissement était à mener. Ce travail d'experts a été réalisé, et nous commençons petit à petit à avoir des livres pour célébrer la liturgie voulue par le Concile (il nous manque tout de même l'antiphonaire romain, que nous attendons avec… grande patience !). Pour autant, l'application de cet aprofondissement reste à réaliser, parce que ce qu'a voulu Vatican II en matière liturgique commence maintenant à apparaître sous un éclairage authentique. Nous quittons petit à petit les rivages de l'idéologie marxiste et moderniste qui a suivi les années 1960. Notre lecture des textes conciliaires se détache petit à petit des questions idéologiques et un véritable sens liturgique peut appraître dans les paroisses et autres communautés, si un travail, réél de formation et une politique volontariste est mise en oeuvre. 

Pour cela vous pouvez agir avec nous à la Schola Saint Maur : y compris si vous n'êtes pas doués en chant, mais intéressés par la liturgie romaine. Vous désirez vous former, comprendre, aprofondir le sens de la prière de l'Eglise : rejoignez-nous pour susciter, à notre petit niveau "un nouveau mouvement liturgique qui donne le jour au véritable héritage de Vatican II". 

 

(Merci à l'abbé John T. Zuhlsdorf et son site : What Does The Prayer Really Say? )

Laisser un commentaire