Mgr Aumonier et Summorum Pontificum

Nous reproduisons ici une lettre de Mgr Aumonier à ses curés, dans laquelle son intelligence et son autorité pastorale juste transparaît. Rendons grâces. Les mises en gras sont de nous, et nos commentaires sont en rouge.

Versailles, le 28 octobre 2008

MM. Les Curés du diocèse de Versailles

Monsieur le Curé,

Répondant à la demande de plusieurs d’entre vous, je vous écris quelques lignes à la suite des mesures prises dans le diocèse à la suite du motu proprio « Summorum Pontificum ».

Le Saint-Père, en promulguant ce motu proprio, invite au respect de la tradition vivante de la prière liturgique («Lex orandi, lex credendi »). La Tradition de l’Eglise et la tradition de la prière se développent selon une évolution homogène, dans l’accueil de la grâce de l’Esprit Saint pour la louange de Dieu, la communion au sacrifice du Christ, et l’annonce de l’Evangile. C’est à célébrer dignement et bellement les mystères de Dieu qu’avec les évêques, le Saint-Père encourage les fidèles, pour qu’ils s’y emploient en suivant les indications de la réforme liturgique voulue par le dernier Concile. Celle-ci est mise en œuvre avec sagesse et ardeur dans notre diocèse. [Point important souligné très justement par Mgr Aumonier : Summorum Pontificum, c’est aussi un effort pour renouer entre les périodes liturgiques d’avant et d’après le Concile. Benoît XVI dirait « l’herméneutique de la continuité ». cette phrase est à interpréter autant comme une façon de dire qu’il faut savoir célébrer la forme extraordinaire dans l’esprit de Sacrosanctum concilium que célébrer la forme ordinaire sans oublier l’héritage des siècles et de l’usage reçu du rite romain…. Bravo et chapeau pas !]

 

La célébration liturgique, avec l’Ordo Missae et le Rituel des sacrements en usage selon le droit de l’Eglise, est la forme ordinaire et habituelle du rite romain. C’est cette forme ordinaire que le Pape célèbre, tant à Rome que lors de ses voyages apostoliques. [Judicieux rappel. On aurait aimé un rappel sur la signification de l’ordinaire. Ce n’est pas juste juridique….]

En donnant aux curés la faculté de célébrer ou d’autoriser la possibilité de célébrer, à certaines conditions, selon la forme extraordinaire, le Pape ne demande pas que les deux formes du rite romain soient employées au choix, comme les deux faces d’une alternative. [Excellent rappel, explicite, sans langue de bois ni faux semblants : nous nous inclinons ! Les choses sont dites très justement. Merci, Excellence !….]

En outre, il ne suffit pas que n’importe quel groupe demande l’usage du rite romain en sa forme extraordinaire, encore moins n’importe comment, comme si cette demande, qui doit toujours être entendue, devait être automatiquement ou toujours réalisée. [Effectivement ! Il peut y avoir des problèmes ne serait-ce que pratiques : en particulier l’usage d’un lectionnaire différent impose la composition d’une homélie distincte…. Ce n’est pas si évident !] Le critère du bien pastoral de la communauté, à commencer par le bien de la communion dans la foi et la charité, est le critère auquel les curés et l’évêque du diocèse doivent se tenir, et qu’ils demandent à tous les fidèles de reconnaître, pour leur bien et celui de leurs enfants. [Remarque de bon sens. C’est indiscutable et ne devrait même pas être discuté….]

La pratique liturgique actuelle, ordinaire et habituelle, n’a rien à craindre de l’usage, à titre extraordinaire, du Missel romain de 1962. [Evidemment… Comment dire : avec une forme ordinaire célébrer comme il faut, avec tout…. On a rarement envie d’autre chose….] Encore cet usage extraordinaire du Missel de 1962 ne pourra-t-il servir à l’unité des fidèles que si ceux qui en réclament l’usage reconnaissent réellement, comme le précise le Pape, la valeur de sanctification du Missel actuel. [N’est-ce pas ? Là, le « Prince Eric » appuie « là où ça fait mal… Aucun doute.] Faire fi de la vie concrète des communautés locales ou de l’autorité du pasteur local, se comporter comme des groupes de pression, s’ériger en interprètes autorisés de la pensée du Pape, en gardiens de la foi, et en censeurs de leurs pasteurs, loin de favoriser l’unité ou la paix dont on se réclame, sème le trouble en soi-même et hors de soi. [Et ici, il n’appuie pas, il touche dans le mille… « Guerre liturgique 92 » s’y reconnaîtra probablement…. Ajoutera t’on qu’en se comportant ainsi, les groupes de pressions se conduisent exactement comme des protestants. L’esprit moderne n’est pas uniquement là où on le croit. Précisons encore une chose : Si Mgr Aumonier précise tout cela, c’est bien parce que cela correspond à une réalité qui peut être mesurée dans son propre diocèse. Ce n’est pas son style de s’amuser à tirer en l’air, sans se soucier de savoir où cela retombera…. Bravo pour ce courage de pasteur, bravo de dire les choses…]

Des mesures ont été prises dans notre diocèse, en ouvrant à l’application du motu proprio plusieurs lieux, qui s’ajoutent à ceux qui existent déjà à Versailles, au Chesnay, à Port-Marly et à St-Martin de Bréthencourt : chaque dimanche à Versailles, la chapelle des Clarisses ; à Rolleboise, l’église paroissiale ; en semaine, à St-Nom-la-Bretèche ; certains dimanches, à Rambouillet. [Ce qui fait encore dire aux esprits chagrins que le Motu Proprio n’est pas appliqué dans le diocèse de Versailles ? Il faudrait enfin être raisonnable….]

L’expérience montrera si ces mesures produisent les fruits escomptés de paix et de communion et quelles leçons il convient d’en tirer. [Paix et communion …. C’est bien de ça dont on parle… ]

Vous savez ma confiance et ma prière très fraternelles.

Eric Aumonier

Evêque de Versailles

 

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