Mère Geneviève Gallois : visions du cloître au XXème siècle.

Mère Geneviève Gallois osb, moniale bénédictine de Limon / Vauhallan, connue par certains pour La Vie du Petit Saint Placide, un petit livret présentant la vie bénédictine, marque… Par la qualité de son crayon, mais aussi par la qualité de sa vie spirituelle qui transparaît dans toute son oeuvre.

Il y a deux ans, une partie importante de son oeuvre était exposée à Rouen, à l'initiative de M. Alexandre, son "découvreur". Mais c'est en ce moment le musée de Port-Royal des champs qui en présente, et pour la première fois dans un musée national, une partie substantielle.

Pourquoi Mère Geneviève nous est chère ? Parce qu'elle refait vivre avec un ton juste et bon, une esthétique, une profondeur et une légereté toute bénédictine et toute liturgique. Nous sommes en famille…. Mère Geneviève, avec le Petit Saint Placide, nous fait entrer dans le mystère de la vie contemplative, telle qu'elle est : sans complication, dans la simplicité et dans la paix.

Au delà de la question de la vie cloîtrée, Mère Geneviève nous fait toucher du doigt ce qu'est, profondément, la liturgie…. En quelques mots bien choisis, en quelques traits, c'est toute une dimension aujourd'hui bien négligée et peu comprise qui est mise en exergue.

 

 

 

 

Mais, l'art de Mère Geneviève, c'est beaucoup plus que "Le Petit Saint Placide". Elle manie les drapés, les attitudes et les couleurs, avec un sens de "caricaturiste" qui rend encore plus réel ce qu'elle représente. Rien d'éthéré, de convenu, de pompier. Rien d'inutilement "moderne", ni emprunt d'effets de mode. C'est juste. C'est tout !

http://www.scholasaintmaur.net/img/on_repasse.jpg Un des intérêts de cette exposition est pour le moins inattendu :  c’est le contraste entre l’esthétique « guérangérienne » de Mère Geneviève et le site de Port-Royal, qui demeure encore aujourd’hui le mémorial du jansénisme, d’une certaine « libre pensée » teintée d’anarchisme. On peut donc contempler à côté des œuvres de Mère Gallois, des portraits de Mère Angélique Arnaud et toutes les reliques d’une doctrine de la grâce dévoyée et un augustinisme frelaté. Bien sûr le site est magnifique et les bâtiments sont superbes… Il n’empêche, au cœur de l’hérésie, les dessins et pentures de Mère Geneviève sont une sorte de rosée rafraîchissante…

 

http://www.scholasaintmaur.net/img/apr%e8s_matines.jpg

Mais qu’est ce donc que le jansénisme ? C’est une doctrine apparue à la suite du Concile de Trente. Ce dernier, soucieux de combattre un des deux piliers de la « religion réformée », à savoir la maxime « Sola Fide », avait lourdement contredit l’enseignement de deux ex-religieux augustiniens sur la grâce, Luther et Calvin. Ces derniers, imbus d’augustinisme, avançaient que seule la Foi sauve en dehors de la médiation de la Sainte Eglise et de ses sacrements, inspirés dans leur conclusions par les écrits de saint Augustin et de la diatribe de ce dernier contre Pélage, au IV° siècle. L'Hérésiarque prétendait en effet que l’homme, même sans la grâce divine, est capable de choisir le bien. Saint Augustin rappelle à Pélage que depuis le Péché Originel, la communion avec Dieu est perdue, et que la nature humaine, profondément blessée, n’est plus en mesure de trouver le salut. Il lui faut la grâce gratuite du Rédempteur. Les protestants en concluent que seule la Foi en Jésus-Christ, et elle seule, y compris en dehors des sacrements de l’Eglise, sauve. Et dans une certaine mesure, en prenant le contrepied du Concile de Trente qui contredit les Protestants, les jansénistes emboîtent le pas à ces derniers…
De théologique, le jansénisme devient très vite politique. Les disciples de Jansenius, dont le monastère de Port Royal est l’étendard, quittent la cour et y vivent en « solitaires » parmi ces derniers, on trouvera Pascal, et Racine). Ils ont une grande influence dans la haute bourgeoisie et la noblesse parlementaire (dont la famille Arnaud est issue). Louis XIV voit très vite dans Port Royal un noyau de conspirateurs républicains, et il est vrai que la théologie qui y est développée y attirera des ex-Frondeurs, puis des intellectuels rebelles au pouvoir qui feront le lit de la révolution française. Condamnées par le pape dans la Bulle Unigenitus, les Jansénistes en appelleront à un Concile Général contre les décisions du pape, devenant ainsi alliés objectifs des Gallicans. De nombreux prêtres et prélats jansénistes seront l’épine dorsale du clergé constitutionnel à la Révolution.
Au-delà de ces péripéties théologico-politiques, le jansénisme a marqué profondément la vie de l’Eglise en France. En développant une méfiance naturelle envers le Siège apostolique, en laissant croire que le catholicisme « réel » est conforme à ses doctrines (l’idée qu’il est réservé à une petite partie d’élus, prédestinés par Dieu au Salut, dans une certaine classe sociale bourgeoise). Son approche pastorale hyper moralisante a provoqué de graves dégâts dans les consciences (notamment une tendance exacerbée aux scrupules dans la mentalité des gens – jusqu’à Mai 1968 !). Le Jansénisme a été le repoussoir du véritable catholicisme et surtout de la véritable doctrine de la grâce –réellement – augustinienne telle qu’elle est enseignée par l’Eglise, tout au long du XVIIIème et du XIXème : encore aujourd’hui,  il est tout de même fascinant de constater qu’il est extrêmement difficile d’aborder la question du péché originel y compris dans des milieux réputés catholiques, sans tomber dans des raccourcis idéologiques saisissants. Alors même que la question du péché originel, au regard de la Bible et de l’enseignement de Saint Augustin, est une doctrine consolante, elle est devenue après le filtre janséniste une manifestation d’une sorte d’injustice immanente, qu’il faudrait accepter comme telle. Et par contraste, il n’est plus envisageable aujourd’hui d’oser affirmer que tous les hommes ne seront pas sauvés, ou que l’enfer n’est pas vide… Et oui, c’est probablement avec le secours  de Port-Royal que Polnareff (« Nous irons tous au Paradis ») a été promus par beaucoup de nos coreligionnaires au rang de « quasi-docteur de l’Eglise ». Il faut une fois de plus s’en attrister… Le plus surprenant, c’est que dans ses formes, la mentalité moderne a parfaitement épousé les présupposés jansénistes tout en prétendant s’en écarter : le jansénisme ne poussait pas à la pratique religieuse, cherchait à amoindrir le « poids » de la liturgie, revendiquait un individualisme dans la pratique morale, cherchait à faire triompher – y compris doctrinalement et en s’appuyant sur le « merveilleux » (cf. les Convulsionnistes) des opinions opposées à celles de Rome. Le Jansénisme fut une réaction à l’apparent « anti-augustinisme » du Concile de Trente, ou plutôt l’idée qu’on s’en faisait à l’époque. Le jansénisme est lui-même un (mauvais) augustinisme polarisé, qui provoque aujourd’hui, dans l’anti-jansénisme, un nouvel anti-augustinisme… Revenons donc aux sources, et puisons dans le magistère et dans les Pères et notre vie et notre Foi… Quoi d’autre !

Laisser un commentaire