McKinsey, le cabinet en stratégie du S. Père

Plusieurs ont suivi dans le blog « Chiesa » la « bombe » déclanchée par la publication des propos du Saint Père avec une délégation de la CLAR (http://benoit-et-moi.fr/2013-II/articles/le-pape-franois-dialogue-avec-la-clar.html )qui évoque la réalité du lobby gay au Vatican.

Vous me permettrez de ne pas être surpris. Cette « bombe » n’en est pas une : évidemment il y a un groupe de pression homosexualiste au Vatican comme dans beaucoup d’autres endroits de l’Église catholique (http://benoit-et-moi.fr/2013-II/articles/les-voeux-de-rv-au-cardinal-daneels.html ) (http://eponymousflower.blogspot.fr/2012/04/another-homosexual-affirmed-on-parish.html ) (http://www.crisismagazine.com/2013/cardinal-mahonys-la-cosa-nostra ). Curieusement ce sont souvent ces personnes incriminées qui furent les plus enthousiastes au moment de l’apparition de saint Père à la loggia de S. Pierre du Vatican, et qui l’encensent pour son « style » franciscano-jésuite cf : http://rorate-caeli.blogspot.com/2013/03/someone-is-very-happy.html

Bref, ce n’est pas le lieu ici de lever toutes les pierres pour voir dessous grouiller des armées entières de fourmis qui s’organisent et travaillent assidûment contre l’Église. En tout cas l’affaire du Lobby Gay est repris par Sandro Magister dans Chiesa : http://chiesa.espresso.repubblica.it/articolo/1350536?fr=y


Le Cardinal Marx recevant la barrette cardinalice des mains du pape Benoît XVI

Mais ce qui frappe le plus dans cet article de Chiesa, ce n’est donc pas l’aveu des turpitudes de certains ecclésiastiques par le saint père, qui est loin d’être un scoop… C’est bien la façon dont semble se dessiner la réforme de l’Église. Sandro Magister explique que le Cardinal Marx, membre pour l’Europe du panel de 8 cardinaux nommés par le pape pour mener à bien la révision d e la curie a sollicité les conseils un ancien consultant du cabinet de stratégie Mc Kinsey : Thomas von Mitschke-Collande, auteur d’un livre au titre choc : l’Église catholique cherche t’elle à s’auto dissoudre ? Évidemment, ce genre de titre en rappelle d’autres notamment des titres de livres de réflexion sur la liturgie qui étaient paru sil y a pas si longtemps du type de : Peut on continuer à aller à la messe le dimanche sans perdre la foi ? par don Nicola Bux (le titre du livre édité en français était nettement moins… militant.) Intéressé par le personnage, et voulant en savoir plus, j’ai trouvé une interview ancienne (septembre 2012) de Mitschke sur le blog Pray Tell, que je vous propose ci-dessous avec une traduction, des mises en gras et les habituels commentaires.


Septembre 2012 [Cet entretien date d’avant le changement de pape. Ce qui le rend croustillant]

Entretien avec Thomas von Mitschke-Collande sur la réforme de l’Église

Un consultant bavarois analyse la crise de l’Église.

Est-ce que l’Église catholique est en train de sortir du jeu ? C’est le titre provocateur d’un nouveau livre. L’auteur est un ancien consultant de chez MacKinsey, [Pour ceux qui ne voient pas biend e quoi on parle Mc Kinsey est le cabinet de stratégie de référence dans le monde entier. D’origine américaine, ses collaborateurs sotn triés sur le volet et conseillent les plus grands groupes industriels et de service dans le monde entier, ainsi que les plus grosses fortunes. Il n’est pas banal de voir une personne qui a frayé avec les plus riches de se voir convoqué pour conseiller à terme le pape des pauvres.] Thomas von Mitschke-Collande qui a conseillé la conférence des évêques allemande et plusieurs diocèses. Dans cet entretien, l’homme de 62 ans propose son diagnostic et suggère un traitement pour la crise de l’Église.

M. von Mitschke-Collande, êtes vous comme le suggère le titre de votre nouvelle publication, le sarrasin catholique ?

Si ce livre déclenche le même débat à l’extérieur ou à l’intérieur de l’Église, si il est aussi controversé, alors la comparaison ne me posera pas de problème. Mais en cas contraire je ne voudrais pas que nous soyons « logés à la même enseigne ». [L’auteur n’hésite donc pas apparemment, à taper dans la fourmilière !]

Quel est votre sujet ?

L’Église officielle devrait reconnaître la gravité de la situation et saisir l’occasion pour envisager le futur non pas avec un comportement référent au passé, mais dans une stratégie d’avancée. L’Église n’a pas de problème de demande, mais un problème d’offre. [Une vision des choses qui est évidemment très business, et on devine encore chez l’interlocuteur une volonté un peu provocatrice, qui est très loin de la « langue de buis »] Elle atteint de moins en moins de personnes, telles qu’elles sont, avec leurs espoirs et leurs besoins. En réalité, l’Église devrait être en plein boom. [L’Eglise a un potentiel pour faire de bons produits, mais elle n’a pas de business plan…] Bien plus qu’auparavant, les gens sont en quête de spiritualité, de communauté, de direction. Ce que je traite est entièrement décrit dans la première phrase du livre : « Je préférerais casser la loi de l’Église plutôt que le cœur d’un homme ». C’était la ligne de conduite pastorale de mon dernier curé. [Mitschke semble donc penser que le problème de l’Église est avant tout un problème disciplinaire… Mais attendons pour la suite pour voir.]

Tous ceux qui lisent votre livre ont l’impression que vous avez fini par perdre patience avec votre Église. Est-ce que ce fut un moment décisif ?

En fait non. Ce livre a évolué petit à petit, à partir des conférences, publications, observations et discussions de ces dernières années. Dans certains endroits, les expériences illustrent le contenu, spécialement en ce qui concerne le contexte de la planification régionale avec mon évêque diocésain Mgr Konrad Zdarsa à Augsburg. J’ai pu expérimenter l’impuissance des fidèles face aux décisions de l’autorité épiscopale, le désespoir de beaucoup de catholiques engagés qui sont passés à la colère et à la déception. [Mitschke semble également déoncer un certin autoritarisme clérical. Son expérience provient avant tout de difficultés d’ordre local, cela ne concerne pas vraiment judsqu’ici un problème d’ordre universel]

Qu’est ce qui aurait pu être fait de façon différente ?

On a mais la charrue avant les bœufs. Plutôt que d’intégrer les gens depuis le début, on leur a dit c’est comme ça désormais. [Cela rappelle tout de même furieusement ce qui a pu se passer en France notamment dans els années 1970, où le grand chambardement a surtout été l’œuvre du clergé, contre l’avis des fidèles. Cf. Mgr Gaidon http://www.editions-emmanuel.com/f/index.php?sp=liv&livre_id=134 ] Maintenant, il n’y a pas grand-chose qui se déroule en conformité avec le plan initial, et c’est dû au fait que beaucoup de catholiques du diocèse d’Augsburg ne sont pas impliqués et ont protesté. Cependant il n’y a pas de révolutionnaires. [ Mitschke ne parle donc pas des initiatives dites populaires en faveur du mariage des prêtres, de l’intégration des divorcés remariés ou encore de la reconnaissance des « droits » homosexuels dans l’Église etc… qui fleurissent un peu partout en Allemagne et en Suisse] Évidemment, on devrait faire de plus larges zones pastorales. LA question fondamentale, c’est : comment faire pour établir et promouvoir la vie de l’Église à la base ? C’est à partir de là seulement que des structures hiérarchiques devraient se développer.

Vous diagnostiquez chez preneurs de décision de l’Église des mécanismes puissants de répression. Comment voulez vous vous en débarrasser ?

Les données que j’ai réunies ne sont pas nouvelles. Mais j’espère que leur synthèse compacte n’affaiblira pas leur effet. Nous avons une crise de la foi et une crise de l’Église. Les deux sont liées et les deux doivent être traitées de façon simultanée. [doctrine et ecclésiologie sont profondément dépendantes l’une de l’autre. Et j’ajouterais : qu’elles sont également en lien fort, justement, avec la liturgie] Et de l’autre côté, nous avons un problème de ressource.

L’Église catholique en Allemagne a désormais quatre fois plus d’argent – ajusté à l’inflation – qu’en 1960. Pendant la même période, la participation des fidèles à la vie de l’Église est tombée de 50% à moins de 13% aujourd’hui. [la ressource qui pose problème en tout cas en Allemagne, ce n’est pas l’argent. Allons même plus loin c’est probablement l’argent qui pourrit l’Église en Allemagne.] Si bien qu’on a un problème de relationnel et de communication. C’est là que devraient commencer les délibérations. Il ne s’agit pas de se conformer à l’esprit de l’époque. L’Église doit, sur la base de l’Évangile, interagir avec le siècle, répondre aux questions que les gens se posent aujourd’hui, et comprendre.

Vos propositions cherchent à changer la culture de l’Église sur la façon dont elle réalise des choses. L’expérience montre qu’un tel processus demande du temps. Qu’est ce qu’il faudrait faire d’abord ?

Les responsables devraient d’abord avoir le courage de faire face au diagnostic. Peut être que l’image dans son ensemble n’est pas complète, mais elle est consistante. Le point de départ, c’est le changement de la façon de s’envisager soi même. L’Église existe pour les gens, elle doit de nouveau être plus évangélique, simple. [En tout cas en France, il est clair que l’Église se voit encore comme une sorte de condition sine qua non de la cohésion sociale, alors même que la classe politique lui refuse désormais ce rôle. L’Église dans sa structure hiérarchique, en croyant par là adopter une tactique qui lui permettrait de conserver ses acquis n’ose pas de parole contestatrice. L’action dans la société ne doit jamais être faite « en tant que chrétien ». C’est l’héritage philosophique – discutable aujourd’hui – de Maritain. Nos clercs nous ont expliqué pendant plus de 30 ans qu’il fallait renoncer à vivre en chrétienté, et pourtant, ils font tout comme si la chrétienté existait encore. L’Église doit donc entrer dans une logique de conquête évangélique du monde qui l’entoure et non pas vivre comme si tout allait de soi, dans une structure d’apologétique défensive] Nous avons besoin d’une théologie de l’échec et de la compassion afin d’être de nouveau crédibles. [On ne voit pas très bien de quoi il veut parler. La théologie de l’échec, par exemple si c’est la prise en compte et la reconnaissance au niveau pastoral par exemple des échecs de mariages ou de l’éducation… C’est alors une façon d’intégrer la contrainte. Par contre, si c’est la prise en compte même de la réalité de la relativité du monde par rapport à la radicalité évangélique…. Ca devient intéressant. Et réellement théologique.] Ce n’est pas synonyme avec l’affaiblissement des principes dogmatiques, on peut s’inspirer de l’Église orthodoxe. [Pendant 40 ans on nous a expliqué que l’Église latine n’avait rien compris et que le bon modèle c’était l’orient. Bon, il ne faut pas rêver : dans l’orthodoxie il ya aussi de graves problèmes ecclésiologiques, mais aussi et donc : doctrinaux] Alors l’Église a besoin de devenir davantage catholique et pas romaine.

Qu’est ce que vous voulez dire ?

Vous ne verrez jamais une entreprise multinationale avoir un hymne national approuvé par le quartier général. [Principe de subsidiarité. C’est dans la doctrine sociale de l’Église. C’est aussi clairement la vision de Vatican II tant pour la question liturgique que la question de la direction de l’Église. Mais tout ça reste à appliquer….]
Le sommet ne devrait pas contrôler tout mais se concentrer sur la préservation des vérités de base. L’Église s’est superbement développée lors du premier millénaire sans le centralisme. [Je n’oublie pas que je suis un mérovingien, né trop tard, dans u onde trop vieux.] « Catholique » signifie aussi l’implication de tous, l’appel à chacun, [On nous dit il n’y a pas de crise des vocations, il n’ya qu’une crise des réponses… Ca reste donc à démontrer : est ce que l’Église, nos prêtres, nos pasteurs, appellent vraiment ? Et cet appel, est il dans un esprit administratif ou réellement pneumatologique ? J’ai la réponse. Vous voyez laquelle…] pas seulement l’existence d’une tête. (…)

Vous défendez la« désobéissance loyale ». Un consultant d’affaires perdrait immédiatement son job s’il conseillait au salariés de son client de s’opposer davantage à ses patrons.

Ca va peut être vous surprendre, mais une règle fondamentale de la société Mc Kinsey est justement : un employé est contraint d’objecter qu’il a une opinion différente de son chef. Et ce dernier est contraint de prendre en compte la critique. [Beaucoup de blogs dans le milieu catho sont de façon reflexe seulement et uniquement la voix de son maître. On n’ose plus rien dans le catholicisme français, rien d’autre que de dire ce qu’a déjà dit le Cardinal par exemple. Or il faut être capables de propositions, de déplacer els lignes. Le sensus fidei n’est pas uniquement clérical. Mais pour cela il faut aussi accepter la véritable obéissance. Et c’est ce hiatus qui existe aujourd’hui dans l’Église entre initiatives des laïcs et la capacité des clercs à se faire obéir qui stérilise la vie et la mission chrétiennes.]

Qu’est ce que ça pourrait donner, si on l’appliquait à l’Église ?

Nous parlons de réformes depuis des années et rien ne se passe. Au bout d’un moment, il faut bien faire quelque chose. Aujourd’hui nous avons une sorte d’esprit de pré réforme partout. Il ya suffisamment d’écueils. Et il y aussi des puissantes possibilités de communication. De chez les catholiques en colère, viendront des catholiques courageux. Pour que quelque chose commence à rouler, il nous manque peut être seulement une figure charismatique comme François [cet entretien était avant l’élection papale] ou Martin Luther [je préfère nettement le premier. Parce que justement, le second ce fut une initiative probablement justifiée mais qui ne fut pas capable de sensus Ecclesiae et qui à terme a emporté avec lui toute une civilisation. L’Europe ne s’en est toujours pas remise.]. N’oublions pas. Beaucoup de saints furent d’abord des outsiders rebelles. [Ou pas. Des gens énergiques, avec une grande créativité, une capacité d’action, un goût pour aller au bout des choses, qui parfois ne fut pas compris. Mais le mot rebelle s’applique davantage à mon sens, aux pécheurs et à Lucifer.] Mais on en devrait pas non plus exclure la possibilité que l’Esprit Saint vienne de nouveau et nous donne un révolutionnaire aussi attachant que Jean XXIII sur le siège de Pierre. [L’a t’on désormais avec François ? L’avenir nous le dira] Nous n’avons pas un problème de connaissance mais un problème d’action.

COMMENTS

  • Paul Regnier

    Le noviciat d’un monastère bénédictin visitait un jour l’abbaye de Fontevrault. Le guide, une dame, expliquait que finalement Robert d’Arbrissel (le bienheureux Robert d’Arbrissel, je crois) était un peu le peace and love de l’Eglise de l’époque. Silence dubitatif des visiteurs monastiques. Une notice hagiographique trouvée sur la toile mentionne : « Il devint ermite puis prédicateur itinérant, etc. Impressionné par son zèle ardent à proclamer l’Evangile, le pape Urbain II le nommera missionnaire apostolique ». Sans doute un de ces « outsiders rebelles » ! Curieux mélange des genres.

  • Jean de St-Hilaire

    J’admire la clairvoyance de M. Sandro Magister. C’est à partir à la fois de son expérience de journaliste vaticaniste et de ce qu’il observe quotidiennement avec un grand souci d’objectivité et un profond respect du Saint-Père qu’il propose sa pensée, et les interrogations qu’elle sous-tend.
    Il est certes beaucoup trop tôt pour passer à quelque conclusion hors de tout doute.
    La prière pour le pape François, comme il s’est empressé lui-même de le demander dès son élection, m’apparaît comme un devoir urgent et indispensable de toute l’Église.

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