L’orientation de la prière liturgique

Un sujet un peu tarte à la crème que cette notion d'orientation de la prière liturgique! Faut-il célébrer face au peuple ou dos au peuple ? Des générations se sont déchirées sur le sujet sans pour autant résoudre cette question qui contient un piège. Réflechissons ensemble sur la signification de cette orientation et sur quelques éléments historiques.

Le simple fait de parler "d'orientation" de la prière liturgique est en soit un début de réponse à cette question. En effet, orientation vient du mot latin "Oriens" qui signifie "Orient", "Est", ou "Soleil levant". Une chose est restée claire dans la tradition chrétienne. L'Orient, le soleil qui se lève est le symbole perpétuel du retour du Christ…

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Il symbolise l'universalité de Dieu. Pour nous occidentaux qui avons une pensée abstraite, Dieu est partout présent et donc nous nous posons systématiquement la question de la justification de cette orientation. Il est au dessus de tous dieux, partout présent, omniscient. Nous pouvons prier n'importe où, n'importe quand. Mais Dieu s'est révélé à nous, Il s'est montré à nous, et il importe que nous nous tournions vers Lui pour le prier. Il s'est incarné et il importe que notre prière en commun, notre prière liturgique soit christocentrique puisque comme le souligne le Cardinal Joseph Ratzinger dans L'Esprit de la liturgie notre confiante louange s'adresse "au Dieu trine par l'intercession de Celui qui s'est fait homme". Ainsi notre prière rejoindrait la cohorte des peuples de tous temps en marche vers Dieu. Orienter est en soit une réponse, un pléonasme. Cela signifie, se tourner vers l'orient, et dans le sens chrétien du terme, se tourner vers Dieu révélé aux hommes. Mais qu'en est-il de l'autel ? Là encore, le Cardinal Ratzinger devenu aujourd'hui pour la plus grande gloire de Dieu SS le Pape Benoît XVI nous vient en aide en nous rappelant quelques détails historiques et topographiques.

Je citerais ici quelques éléments de son ouvrage au sujet de Saint Pierre de Rome, éléments qui me paraissent battre en brèche toutes les fallacieuses théories et interprétation données à l'orientation de la prière liturgique soit disant promues par Vatican II (qui ne le mentionne jamais). Pour des motifs purement topographiques, dont nous ne donnerons pas les détails, il se trouve que l'abside de la basilique Saint Pierre fait face à l'ouest. Si le prêtre célébrant – en conformité avec la tradition de prière chrétienne – voulait faire face à l'est, il devait logiquement se tourner vers le peuple. Sous cette influence, certains architectes reprirent cette disposition dans plusieurs églises, ce qui donna valeur de référence à cet usage. On perçoit dès maintenant quelles conclusions erronées le renouveau liturgique a pu tirer de cet hypothétique modèle en établissant la "norme" de Saint Pierre, la célébration versus populum – face au peuple – comme seule façon d'appliquer justement et fidèlement la consigne de la participation active, rendant par là la célébration de la Sainte Cène plus moderne, formant ainsi un cercle fermé entre les célébrants et le peuple se regardant l'un l'autre.

Mais c'est sans compter le Saint Concile Vatican II qui à aucun moment ne mentionne de se tourner vers le peuple. Et comme le souligne encore notre Saint Père cette orientation versus populum implique : une nouvelle conception de l'essence de la liturgie: la célébration d'un repas en commun. Cette notion résulte non seulement d'une fausse interprétation du sens de la basilique romaine et de la disposition de son autel, mais aussi d'une compréhension pour le moins approximative de ce que fut la Sainte Cène. Et le Saint Père d'ajouter : il faut ajouter à cette analyse qu'il est tout à fait inadéquat de qualifier de "repas" l'Eucharistie célébrée par les premiers chrétiens. Le Seigneur a bien célébré la Cène dans le cadre du repas de la Pâque juive, mais Il a commandé de répéter l'élément nouveau du rite et non le repas qui lui servit de cadre.
Ces quelques éléments sont très important lorsque nous parlons d'orientation de la prière liturgique et de participation à la Sainte Eucharistie. Puissions nous ne pas oublier de les mentionner en en parlant entre nous. Il ne s'agit pas de traditionnalisme ni d'intégrisme, mais d'un simple fait. Soyons honnêtes.

Depuis le Blog de Greg

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