Liturgie et mission : Saint Benoît d’hiver

Extrait de l’homélie du TRP Dom abbé de Notre Dame de Triors de samedi matin, en la fête de la Saint Benoît d’hiver ; cet extrait particulièrement percutant intéressera tous ceux qui participent à nos liturgies grégoriennes du samedi matin suivies de l’évangélisation vers les Musulmans place Jacquard, à Saint Etienne :

Notre millénaire laborieusement accouché se montre encombré du faux idéal de la consommation effrénée ; aussi secrète-t-il hélas de nouvelles barbaries, vraiment terrifiantes ; l’actualité fait penser au VIième s. de S. Benoît. Face à cela, l’idéal monastique doit continuer sa Vie. Le Père de Foucauld qui milita un temps sous sa Règle s’est enfoncé en une démarche apparemment inverse de S. Benoît, vers une solitude croissante, mais dans le même esprit, le même dépouillement, le même centuple aussi, bien caché, avec la même richesse intérieure. Le Père Peyriguère, ermite à sa suite en terre d’islam, se disait en état de pré-mission, puisque la mission directe auprès des berbères lui était impossible, comme c’est aussi le cas autour de nous en maintes situations opaques et confuses. Les masses musulmanes avides de prière, mais séparées de Jésus le Grand Priant d’une part, la foule à laquelle on impose un athéisme vulgaire et salissant d’autre part, tel est le champ à évangéliser. Solitude et pauvreté avec Jésus sont le premier rayonnement possible de l’Église dans le Cœur de Dieu, le plus beau aussi. D’ailleurs le Père Peyriguère le dit bien : Jamais je ne me sens autant missionnaire que lorsque la nuit, tout seul dans le grand silence de la montagne, tout seul je prie (2 mai 1929). Et le futur Cardinal Journet le visitant, a entendu son témoignage :

Je suis seul. Pourtant si je n’étais pas là, Jésus, Vous n’y seriez pas ! Et Il me répond : Toi non plus, si je n’étais pas là, tu n’y serais pas (Nova & Vetera, 1959 III, p. 205).

Les périphéries où nous envoie le pape François sont là, à la portée de nos liturgies, mes chers Fils, quand nous prions et chantons ensemble, tout en vivant avec ardeur le dépouillement intérieur pour suivre Jésus et recevoir son centuple à lui : tout autre succès serait illusoire. Le cardinal Sarah vient de visiter notre pays de la part du Pape, pour l’encourager à un témoignage missionnaire tout pur et dépouillé. Lui qui a connu la persécution ouverte en sa Guinée natale plaide à la fois pour nos manifestations non violentes et décidées en faveur des valeurs non négociables et pour la prière fervente, exempte de tout voyeurisme :

Il nous faut redécouvrir, dit-il (Dieu ou rien, p. 151), que l’essence de la liturgie restera éternellement marquée par le souci de la recherche filiale de Dieu.

Bénédictin de cœur, il rejoint tout à fait ce mot paradoxal du philosophe :

La vie monastique sera toujours l’avant-garde de l’avant-garde (Fabrice Hadjadj), à condition d’être loyale, soit, pétrie d’humilité, de modestie et crainte de Dieu, de prière jointe à une vie de sobriété de langage et d’émotions. Cette vie dérisoire aux yeux des hommes n’est forte alors que de sa seule humilité, avec et comme Notre Dame, forte comme une armée rangée en bataille, amen. »


NDLR : Fabrice Hadjadj, le philosophe bien connu est lui aussi « bénédictin », puisqu’il est oblat de Solesmes.

Laisser un commentaire