L’index et le pouce (WDTPRS encore) : déritualiser la liturgie ?

Sur WDTPRS, encore, un excellent post pour une question plus importante qu’il n’y paraît :

It is now over five years since I learned to say Mass in the Usus Antiquior. [Hooray!] I have tried hard not to import random bits of rubrical practice into my celebration of the Novus Ordo. [That can be tough.]
One thing, however, that I do find myself doing is holding my thumb and forefinger together once the Sacred Host is consecrated. [Good!]

Traduction : (NDLR : question d’un prêtre) : Cela fait maintenant cinq ans que j’ai appris à dire la messe selon l’usus antiquior. [Hourah !] J’ai essayé de ne pas trop importer des morceaux de rubriques pratiques dans la célébration du Novus Ordo. [Ça peut être difficile]. Une chose cependant que je me retrouve à pratiquer, c’est de garder mon pouce et mon index joints à partir de la consécration [Bien !].

La question revient en fait à aborder plusieurs questions :

– premièrement : la question de ne pas « mélanger » l’ordo ordinaire et l’ordo extraordinaire versus l’idée d’une influence réciproque (un enrichissement mutuel) désiré explicitement par le motu proprio Summorum Pontificum de Benoît XVI.

– deuxièmement : l’idée présente dans le missel romain de 2002 (qui est une véritable évolution par rapport à l’édition typique précédente) d’une continuité de pratique entre la célébration liturgique concernant les livres actuels et antérieurs :

 Attendendum igitur erit ad ea quæ ab hac Institutione generali et tradita praxi Ritus romani definiuntur, et quæ ad commune bonum spirituale populi Dei conferant, potius quam ad privatam propensionem aut arbitrium.

Traduction : Ainsi on sera attentif à ce qu’établissent cette Présentation générale et la pratique léguée du Rite romain, et à ce qui concourt au bien commun spirituel du peuple de Dieu, plutôt qu’aux penchants ou jugement privés.

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Il s’agit donc sur cette question précise, ni plus ni moins d’évaluer si cette pratique est « léguée » c’est à dire si elle correspond réellement au rite romain, ou s’il s’agit seulement d’une préférence personnelle. La nuance est importante. Le cas échéant, si nous identifions qu’effectivement c’est une véritable pratique léguée, il est tout à fait légitime de l’encourager. En tant que prêtre, il est même légitime, si tel ou tel laïc averti en rubriques liturgiques détecte cette pratique et s’interroge à son sujet d’expliquer et de montrer à quel point c’est conforme au rite romain et pourquoi il cela a du sens de le faire (et c’était justement le sujet précis du post sur wdtprs).

Comme expliqué à plusieurs reprises dans notre site, pour la rédaction des rubriques liturgiques depuis Vatican II, on a changé de paradigme. Autour de la réforme liturgique de S. Pie X, faisant suite au premier mouvement liturgique, on a incorporé dans les rubriques (contraignantes) des éléments de cérémonial ; ces rubriques contraignantes ont été perçues par un certain nombre de clercs comme allant contre des usages locaux ancrés et même parfois traditionnels. Vatican II – en réaction contre cette approche qui avait été parfois perçue par des Pères conciliaires comme unilatérale et parfois maladroite – a souhaité donner davantage de latitude aux ordinaires pour être ordonnateurs de la liturgie dans leur église particulière ; si bien que la rédaction des rubriques a expurgé totalement ou presque les questions cérémonielles de la description des célébrations, pour se concentrer davantage sur les questions afférentes à la validité sacramentelle. A juste raison, probablement ; pour autant, ce changement de paradigme oblige le liturgiste à davantage de culture et d’intelligence ; tout n’est pas (ou plus, depuis Vatican II) dans les livres liturgiques ! Il ne suffit plus pour bien célébrer, d’appliquer brutalement les rubriques. Avec le Novus ordo, nous ne pouvons plus être rubricistes. Parce que ce n’est certainement pas l’idée du Concile ou des papes de déritualiser la liturgie.

Joindre l’index et le pouce fait évidemment partie de la pratique léguée du rite romain ; de la même façon que l’élévation à la consécration, qui rappelons le n’est pas mentionnée dans les rubriques du missel dit de Paul VI ! De la même façon également qu’un certain nombre de petites choses qui peuvent tout à fait légitimement être mise sen oeuvre pour ajouter un tout petit peu de cérémonial à la liturgie de la messe sans pour autant « mélanger » forme ordinaire et extraordinaire. Exemples : à la bénédiction de l’encens, la rubrique indique que le prêtre bénit en silence. Rien n’empêche cependant l’acolyte de dire les traditionnelles paroles : « Benedicite Pater reverende ». De la même façon, rien n’empêche l’acolyte, près la communion de présenter pour la purification des vases sacrés le vin et l’eau, comme l’indique le ritus servandus : (cf. ceremoniaire.net)

Dans l’usus antiquior, après la communion, le célébrant fait d’abord verser du vin dans le calice, et le boit ; puis il fait verser du vin et de l’eau sur ses doigts par-dessus le calice, et boit cette ablution. La purification a un double but : il y a l’évidente nécessité de nettoyer les vases sacrés après usage, mais il y a aussi, et surtout, le désir de ne rien perdre du très saint Corps du Christ ou de son Précieux Sang. En noyant, dans une quantité de vin, les quelques gouttes de l’espèce de vin transsubstantié en Sang du Christ qui resteraient au calice, et en faisant boire ce vin par le prêtre, le rit s’assure que pas une goutte du Précieux Sang ne sera perdue. En essuyant préalablement, par-dessus le calice, la surface intérieure de la patène, du ciboire (s’il y a lieu) et du plateau de communion, avec le pouce et l’index, puis en lavant les pouces et les index, qui seuls ont touché le Corps du Christ (et, dans l’usus antiquior, n’ont rien touché d’autre depuis la consécration), et en faisant boire cette ablution, le rit tient à éviter que la moindre parcelle du Corps du Christ ne soit perdue. Le missel rénové ne distingue plus ces deux actions, et – tout en le permettant explicitement – n’exige plus l’emploi du vin pour la purification ; il trouve toujours suffisant que le prêtre purifie les doigts simplement en les frottant par-dessus la patène, mais il permet explicitement qu’il les lave (IGMR 2002, n. 278). On peut supposer que sa doctrine est la même au regard du diacre ou d’un autre prêtre qui vient de distribuer la Sainte Communion : il suffit qu’il se frotte les doigts par-dessus le ciboire, mais il peut les laver s’il le désire. En outre, le missel suggère, sans l’exiger, que la patène soit essuyée avec le purificatoire, plutôt qu’avec les doigts, et préfère que la purification soit faite par le diacre ou l’acolyte institué, mais sans indiquer comment et à quel endroit le célébrant peut alors se laver les doigts s’il le désire. Il pourrait, sans doute, comme les autres ministres, se rincer les doigts à la fin de la communion dans un vase d’eau préparé sur la crédence ou à côté du tabernacle, et les essuyer sur un autre purificatoire, cette eau étant ensuite versée dans la piscine ou en terre.

WDTPRS dénonce très justement dans son post ce que nous avons à plusieurs reprises dénoncé dans nos pages, c’est à dire le néo-rubricisme, une maladie rampante chez un certain nombre de clercs et de « laïcs en responsabilité » persuadés d’avoir été « formés ».  Or, ce qui est requis pour lé célébration de la liturgie, c’est avant tout l’intelligence, la finesse, l’adaptabilité, et le sens des choses. Ayons donc l’esprit suffisamment ouvert.

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