Les règles concernant le chant dans les paroisses depuis le Concile Vatican II.


La pratique habituelle est elle conforme

à l’esprit et à la lettre des textes officiels du rite romain ?

 


Voici d’abord l’énoncé de « règles » couramment admises par la pratique de la pastorale liturgique des paroisses. Puis leur confrontation avec les textes officiels de la liturgie post-conciliaire….

 

1. Il n’y a aucun besoin d’un chœur dans les paroisses d’aujourd’hui. S’il y en a un, c’est uniquement pour soutenir le chant de l’assemblée.

Mais voici ce que nous dit la Présentation Générale du Missel Romain : PGMR 103 « Parmi les fidèles, la schola cantorum ou chorale exerce sa fonction liturgique propre, qui est d'assurer les parties qui lui reviennent, en les exécutant comme il se doit, selon les divers genres du chant, et en veillant à favoriser une participation active au chant de la part des fidèles [87]. Ce qui est dit ici de la schola cantorum vaut, toutes proportions gardées, pour les autres musiciens mais surtout pour l'organiste. »

87 Cf. S. Congr. Rituum, Instr. Musicam sacram, 5 mars 1967, n. 19 : A.A.S. 59 (1967) p. 306.

Il est clair que le Concile (SC 114, 116, 121) a voulu que le chœur ait un rôle spécifique et substantiel, avec un répertoire propre, qui n'est pas seulement de chanter pour « accompagner » l’assemblée. Est-ce étonnant de constater le dépérissement des chorales à partir du moment où on leur demande uniquement de chanter des choses simples et inintéressantes « à la portée de l’assemblée », « sans élitisme », et qui produisent si peu d’effet ? Les chorales paroissiales ne prospèrent que si on leur demande de chanter de la bonne musique et qu’elles sont dirigées par les maîtres de chapelle enthousiastes et compétents. Autant le célébrant doit exceller comme président, le lecteur doit exceller lorsqu’il proclame la Parole de Dieu, le chœur doit exceller lorsqu’il chante.

2. Il doit obligatoirement y avoir un “animateur de chants”.

Au sujet de « l’animateur de chant », voici ce que nous disent les textes officiels : « PGMR 104.  Il convient d'avoir un chantre ou maître de chœur pour diriger et soutenir le chant du peuple. Surtout, en l'absence de schola, il appartient au chantre de diriger les divers chants, le peuple participant selon le rôle qui est le sien [88] ».

88 Cf. ibidem, n. 21 : A.A.S. 59 (1967) pp. 306-307.

Ca paraît intéressant sur le papier, mais cela l’est beaucoup moins dans la réalité. Il y a-t-il quelque chose de plus catastrophique pour le chant de l’assemblée qu’un mauvais chanteur beuglant dans un micro et bougeant les bras comme s’il faisait du sémaphore à l’intention des fidèles ? Et pourtant toutes les paroisses, une à une, ont fini par se persuader que « l’animateur de chants » était obligatoire pour s’assurer du chant de l’assemblée.

A noter : la PGMR spécifie bien que c’est au chantre de diriger les chants quand il n’y a pas de chœur. Cela sous entend bien qu’en cas de présence d’une chorale ou d’une schola, le chantre n’a plus de fonction de direction du chant de l’assemblée. En cas d’absence de chœur ou de schola, si il y a un « animateur de chants », il ou elle devrait être un(e) professionnel(le) compétent(e) dont la voix ne devrait pas avoir besoin d’amplification, exception faite des églises les plus grandes.

3. La messe doit commencer par un chant de foule.

PGMR : 47.  « Lorsque le peuple est rassemblé, tandis que le prêtre entre avec le diacre et les ministres, on commence le chant d'introït. Le but de ce chant est d'ouvrir la célébration, de favoriser l'union de ceux qui sont assemblés, d'introduire leur esprit dans le mystère du temps liturgique ou de la fête, et d'accompagner la procession du prêtre et ministres.

PGMR 48.  Il est exécuté alternativement par la schola et le peuple ou, de la même manière, par le chantre et le peuple, ou bien entièrement par le peuple ou par la schola seule. On peut employer ou bien l'antienne avec son psaume qui se trouvent soit dans le Graduale Romanum soit dans le Graduale Simplex ; ou bien un autre chant accordé au caractère de l'action sacrée, du jour ou du temps [55], dont le texte est approuvé par la Conférence des Évêques.

Si l'on n'a pas de chant d'introït, l'antienne marquée au Missel est récitée soit par les fidèles, soit par quelques uns d'entre eux, soit par le lecteur ou, à défaut, par le prêtre lui-même, qui peut aussi l'adapter à la manière d'une monition d'ouverture (cf. n. 31). »

55 Cf. Ioannes Paulus II, Litt. Ap. Dies Domini, 31 mai 1998, n. 50 : A.A.S. 90 (1998) p. 745.

Un chant d’assemblée au début de la messe est devenu de rigueur, alors même que ce n’est pas requis par la PGMR. Cette dernière le permet, mais seulement comme la dernière des quatre options possibles… Originellement, le chant d’entrée c’est une antienne d’introït prise au graduel romain ou au graduel simple, avec une partie du psaume qui l’accompagne. Comme la plupart du temps, ces mélodies ne sont pas connues de la foule, c’est donc au chœur ou à la schola de le chanter. Les introïts des messes de Noël, du mercredi des cendres, du jeudi saint, de Pâques, de la Pentecôte et le Requiem sont inséparables du mystère du jour célébré. Ces introïts ajoutent beaucoup à la solennité de ces jours.

Dans les lieux où un introït en latin n’est pas envisageable pour des raisons pastorales, on peut très bien le remplacer par une antienne en Français avec un verset de psaume aux tons communs.

4. Le Kyrie à 9 invocations, obligatoire avant Vatican II, est désormais obsolète.

PGMR 52. « Chaque acclamation est habituellement donnée deux fois, mais il n'est pas exclu de la répéter d'avantage, en raison du génie des diverses langues, ou de l'art musical, ou des circonstances. »

Il y a donc énormément de Kyrie qui n’ont pas à être exclus de la célébration simplement par ce qu’ils sont conçus pour avoir 9 invocations. Une bonne façon de chanter un Kyrie à 9 invocations est d’avoir un chantre ou une partie du chœur qui chante les 1ères, 4°, et 7° invocations, et l’assemblée qui répond avec les 2°, 5° et 8°, tandis que le chœur chante les 3°, 6° et 9° par exemple en polyphonie.

5. Le Gloria est strictement une partie de l’Assemblée.

PGMR 53. « Entonné par le prêtre ou, si c'est opportun, par le chantre ou par la schola, le Gloria est chanté soit par tous ensemble, soit par le peuple alternant avec la schola, soit par la schola seule. »

La façon habituelle de faire dans laquelle le chœur chante des parties du Gloria tandis que l’assemblée répète un refrain, comme si c’était un psaume responsorial viole la structure de cette hymne. Le Gloria doit être chanté d’un trait. Comme l’indique la PGMR, la forme qui prévoit que des sections du Gloria soient chantées alternativement par le chœur et l’assemblée est parfaitement conforme, et c’est ce qui se fait fréquemment à Rome.

6. On doit obligatoirement chanter un psaume responsorial.

Voici ce que dit la PGMR 61.  « Au lieu du psaume marqué dans le lectionnaire, on peut encore chanter le répons graduel du Graduale Romanum, ou le psaume responsorial ou alléluiatique du Graduale simplex, comme il est marqué dans ces livres. »

On peut donc tout à fait – y compris dans le cadre d’une messe en langue vernaculaire, chanter le répons graduel en lieu et place du psaume responsorial.

7. Les lectures, le Credo, et les prières universelles ne doivent pas être chantées.

Au sujet des prières universelles, voici ce que dit la PGMR 71. « Elles sont proférées d'ordinaire à l'ambon, ou à un autre lieu approprié, par le diacre, ou par le chantre ou le lecteur, ou par un fidèle laïc [68]. Le peuple debout exprime sa supplication, soit par une invocation commune après chacune des intentions, soit par la prière silencieuse. »

68 Cf. S. Congr. Rituum, Instr. Inter Oecumenici, 26 septembre 1964, n. 56 : A.A.S. 56 (1964) p. 890.

Le fait de chanter les prières universelles et les lectures peut ajouter une grande solennité à la célébration. Evidemment, le ministre ordinaire de la Prière universelle est le diacre. Il est explicitement demandé que ce soit chanté à l’ambon. Evidemment, la mode actuelle qui voudrait que les prières universelles soient proclamées de l’assemblée par un ou plusieurs laïcs ne correspond à rien et est contraire à la nature même de ce rite.

On remarquera également qu’il est tout à fait conforme de chanter les lectures. Les tons pour les lectures se trouvent dans le Graduel Romain. Bien sûr, si les compétences ne sont pas réunies pour permettre le chant des lectures, il est préférable de les lire sans chant.

Au sujet du Credo, la PGMR prévoit ceci :

PGMR 68. « S'il est chanté, il est entonné par le prêtre ou, selon l'opportunité, par le chantre ou par la schola, puis il est chanté soit par tous ensemble soit par le peuple en alternance avec la schola. S'il n'est pas chanté, il est récité par tous ensemble ou par deux chœurs qui se répondent en alternance. »

Certains disent que la longueur du Credo empêche qu’il soit chanté par la foule. L’expérience montre qu’il n’en est rien, et qu’au contraire, le fait de chanter le Credo y compris en latin, permet une meilleure mémorisation du texte. C’est une question de volonté, et non de faisabilité.

8. L’Agneau de Dieu est une litanie qui comporte habituellement des tropes.

Il n’y a tout simplement rien dans les règles liturgiques qui autoriserait une quelconque modification ou insertion dans le texte de l’Agnus, à part l’option de répéter la pétition aussi longtemps que dure la fraction du pain. Si la PGMR, clarifiée par Redemptionis Sacramentum est observée, la triple invocation fournit tout le temps nécessaire pour remplir le ciboire.

9. L’assemblée doit chanter pendant la communion.

En décrivant le chant de communion, la PGMR spécifie : PGMR  87. « Pour le chant de communion, on peut prendre ou bien l'antienne de Graduale Romanum, soit avec un psaume soit seule, ou bien l'antienne avec le psaume de Graduale simplex, ou encore un autre chant approprié approuvé par la Conférence des Évêques. Le chant est exécuté soit par la schola seule, soit par la schola ou le chantre avec le peuple. »

Il n’ya donc aucun besoin de chant d’assemblée pendant la communion. L’insistance ce certains « liturges » sur ce point particulier est explicable : elle s’appuie sur une conception théologique de la communion, perçue comme un acte de partage de la table de la fraternité, aux dépends de ses aspects sacrificiels et eschatologiques, ainsi qu’une élimination totale de toute notion d’adoration eucharistique pendant la messe.

Par ailleurs, le chant doit commencer au moment de la communion du prêtre. C’est explicitement demandé par le missel romain, mais c’est malheureusement très peu observé: PGMR 86.  « Pendant que le prêtre consomme le Sacrement, on commence le chant de communion, pour exprimer l'union spirituelle entre les communiants par l'unité des voix, montrer la joie du cœur et mettre davantage en lumière le caractère « communautaire » de la procession pour recevoir l'Eucharistie. Le chant se prolonge pendant que les fidèles reçoivent le Sacrement [74].»

74 Cf. S. Congr. pro Sacramentis et Cultu Divino, Instr.  Inæstimabile donum, 3 avril 1980, n. 17 : A.A.S. 72 (1980) p. 338.

Dans la réalité, la communion du prêtre est la plupart du temps faite en silence, et disons – le – souvent dans un silence pesant, puisque c’est à ce moment là que se mettent en place différents ministres extraordinaires et d’autres instructions données pour la distribution de la communion dans le chœur. La communion du prêtre est donc faite dans une sorte d’effervescence peu propice à la prière. Une compréhension conforme de cette partie de la PGMR voudrait qu’exactement au moment où le prêtre communie, l’antienne de communion soit entonnée, quitte ensuite à prendre un chant d’assemblée.

 

10. Avant la Messe ou après la communion, ce sont les moments idéaux où le choeur peut interpreter une pièce sans « participation » de l’assemblée.

C’est à proprement parler « laisser un os à ronger au chœur ». Ce dernier a un rôle liturgique spécifique. Il n’est pas là seulement pour « remplir les trous ».

La PGMRau N°88 precise que  Lorsque la distribution de la Communion est achevée, selon l'opportunité, le prêtre et les fidèles prient intérieurement pendant un certain laps de temps. Si on décide ainsi, toute l'assemblée peut aussi exécuter un psaume, un autre chant de louange ou une hymne…”.

Le chant après la communion doit donc être chanté par toute l’assemblée, et non seulement par le chœur. Ce n’est pas le moment d’une “prestation” du chœur. Ce n’est pas non plus la place de la “meditation” (ce chant est parfois appelé “chant de méditation”)  puisque c’est un psaume, un cantique ou une hymne qui est supposée être chanté.

11. Les parties les plus importantes de la Messe pour l’assemblée sont les hymnes et les chants.

PGMR 35. « Les acclamations des fidèles et leurs réponses aux salutations du prêtre et à ses prières constituent un degré de participation active qui doit être réalisé par les fidèles rassemblés, quelle que soit la forme de la Messe, pour exprimer clairement et fortifier l'action de toute la communauté [47]. »

47 Cf. S. Congr. Rituum, Instr. Musicam sacram, 5 mars 1967, n. 16a : A.A.S. 59 (1967) p. 305.

PGMR 40. Dans le choix des parties effectivement chantées, la préférence ira à celles de plus grande importance, et surtout à celles qui sont chantées par le prêtre, ou par le diacre ou lecteur, avec réponse du peuple, ou qui sont à prononcer par le prêtre et le peuple ensemble [49].

49 Cf. S. Congr. Rituum, Instr. Musicam sacram, 5 mars 1967, nn. 716 : A.A.S. 59 (1967) pp. 302, 305.

L’instruction Musicam Sacram determine la façon dont le chant de l’assemblée doit se dérouler à la Messe. Les parties chantées sont divisées en trois degrés (Musicam Sacram, 28-31).

Le premier degré regroupe les parties qui doivent toujours être chantées, c'est-à-dire la salutation du prêtre, la collecte, l’acclamation de l’évangile, la prière sur les offrandes, la préface et le dialogue qui la précède, le Sanctus, le Pater avec son introduction et son embolisme, le Pax Domini, la post communion et l’envoi final.

Le second degré regroupe le Kyrie, le Gloria, l’Agnus, le Credo et la Prière des Fidèles (c'est-à-dire la prière universelle).

Le troisième degré correspond au chant d’entrée, l’offertoire et la communion, le psaume, l’alléluia, les lectures, « à moins qu’il soit plus approprié de les proclamer sans chant ».

Le premier et le second degré peuvent être utilisés entièrement ou partiellement, mais jamais sans le premier. Remarquez bien que la pratique habituelle est justement diamétralement opposée…

12. Il faut obligatoirement un chant de sortie.

PGMR 166.  Une fois achevée la prière après la communion, on fait, si c'est utile, de brèves annonces au peuple.

PGMR 167.  Puis le prêtre, étendant les mains, salue le peuple en disant : Dóminus vobíscum, et le peuple lui répond : Et cum spíritu tuo. Alors, joignant de nouveau les mains, puis posant aussitôt la main gauche sur la poitrine et élevant la main droite, le prêtre ajoute : Benedícat vos omnípotens Deus et, faisant le signe de croix sur le peuple, il poursuit : Pater, et Fílius, et Spíritus Sanctus. Tous répondent Amen.

En certains jours et à certaines occasions, cette bénédiction est enrichie et développée par une prière sur l'assemblée ou par une autre formule solennelle, selon les rubriques.

L'Évêque bénit le peuple par la formule appropriée en faisant trois fois le signe de croix sur le peuple [99].

99 Cf. Cæremoniale Episcoporum, nn. 1118-1121.
PGMR 168.  Aussitôt après la bénédiction, le prêtre ajoute, les mains jointes : Ite, missa est ; et tous répondent : Deo grátias.

PGMR 169.  Alors le prêtre vénère ordinairement l'autel par un baiser et, après l'avoir salué par une inclination profonde avec les servants laïcs, il se retire avec eux.

PGMR 170.  Cependant, si la Messe est suivie par une autre action liturgique, on omet le rite de conclusion, c'est-à-dire la salutation, la bénédiction et le renvoi.

 

On ne trouve absolument pas dans les textes officiels de la liturgie, de trace d’un quelconque chant de sortie. Et c’est logique : après l’envoi « Ite missa est », l’assemblée est « missionnée ». Il n’y a rien d’autre à ajouter liturgiquement. Bien plus il est explicitement mentionné que la salutation, la bénédiction et le renvoi ne sauraient être suivies d’une autre action liturgique.

Nous voyons bien qu’il n’y a en réalité aucune base pour ces « règles » imposées dans la plupart des paroisses. La meilleure antidote pour nos erreurs de sens musical dans la liturgie, c’est la familiarité avec les instructions de l’Eglise qu’on trouve facilement dans les documents officiels.

NB : Ce texte est largement inspiré de celui paru en langue anglaise dans le Bulletin Adoremus de février 2007. 

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