Les prêtres doivent étudier l’art du chant grégorien

https://i1.wp.com/www2.octave.biz/TEQUI_B/Image/Grande/IMG_3316.JPG?resize=235%2C357Les prêtres doivent étudier la liturgie sous tous ses aspects. Le chant grégorien faisant partie intégrante de la liturgie romaine, il est clair que les prêtres – et les séminaristes – doivent étudier l'art du chant grégorien: son histoire, sa dimension spirituelle, son actualité… etc.
Etudier le chant grégorien, ce n'est pas se limiter à entonner de temps en temps, tant bien que mal, un Gloria ou un Credo. C'est d'abord connaître le sens des pièces qui jalonnent l'année liturgique; c'est ensuite apprendre à chanter correctement (même si l'on n'est pas un musicien dans l'âme) un répertoire minimum; ce qui signifie: ne pas hacher les syllabes, ne pas hurler dans le micro comme le font les "chauffeurs de salles" avant un spectacle… etc. Il y a un minimum de technique à connaître!

Etudier l'art du chant grégorien, c'est aussi faciliter l'accès des fidèles à la liturgie latine et grégorienne: qu'une assemblée paroissiale puisse participer à une célébration liturgique – et plus particulièrement à la messe dominicale – en chantant les pièces grégoriennes faites pour elle, ce n'est pas seulement souhaitable. C'est un devoir!
Car telle est bien la pensée de l'Eglise. Il suffit, pour s'en convaincre, de reprendre le Motu proprio Inter Sollicitudines de Pie X, de lire Musicae Sacrae Disciplina de Pie XII, et surtout de reprendre le chapitre VI de la Constitution Sacrosanctum Concilium sur la Liturgie de Vatican II… Tout récemment encore, le pape Benoît XVI a publié l'Exhortation Sacramentum Caritatis dans laquelle, se faisant le porte-parole d'évêques du monde entier, il rappelle qu' "au cours de leurs études, les futurs prêtres devront s'entraîner à saisir et à célébrer la messe en latin [et] devront apprendre la valeur du chant grégorien pour [être capables d'] éduquer les fidèles dans cette voie".

 

Il est très facile de comprendre le pourquoi de telles directives: en France tout particulièrement, les fidèles, excédés par les faiblesses de leur épiscopat, se sont adressés au Vatican où ils ont fini par être entendus. En fait, la mise à l'index du latin et du chant grégorien, durant les années qui ont immédiatement suivi le Concile, demeurait incompréhensible. Et non seulement incompréhensible, mais aussi déplorable dans la mesure où elle contredisait l'enseignement de Vatican II dont se prévalaient… ceux qui se disaient fidèles à l'esprit et à la lettre du renouveau liturgique.
Le latin et le chant grégorien, qui sont étroitement liés aux sources bibliques, patristiques et liturgiques, sont une part importante de la lex orandi qui s'est élaborée au cours de l'histoire de l'Eglise. Les historiens qui étudieront le XXème siècle auront à dire comment il a pu se faire que des clercs interdisent l'utilisation de ce patrimoine liturgique, et comment il a pu se faire que des fidèles laïcs acceptent avec une incroyable légèreté qu'on ampute la prière de telles richesses et qu'on les prive d'un tel trésor spirituel. Comment des fidèles ont-ils pu accepter et admettre que l'on puisse ainsi les couper de leurs racines ?

 

La suppression d'une telle tradition de prière qui s'était maintenue durant deux millénaires, a constitué un climat favorable à la prolifération de nouveautés musicales qui, dans la majorité des cas, n'ont aucun rapport avec la liturgie ni aucune racine dans la tradition de l'Eglise. On a ainsi appauvri considérablement l'Eglise, lui causant des dommages qui seront longs et difficiles à réparer, malgré les bonnes volontés qui se font jour.
Une restauration du chant grégorien au sein des assemblées paroissiales ne pourra se faire qu'avec le concours de scholae cantorum et des célébrants correctement formés à la spiritualité liturgique. C'est uniquement à ce prix que l'on pourra envisager un retour vers un plus grand sérieux liturgique, vers une forme de chant ayant un caractère d'universalité au même titre que la prière officielle de l'Eglise.
Comment les chants qu'on entend actuellement au cours des assemblées dominicales paroissiales pourraient-ils à plus ou moins long terme remplacer le chant grégorien, dont la noblesse et la solidité – même dans les pièces les plus simples – sont capables d'élever le coeur des fidèles? Quelqu'un faisait remarquer au jour que le le grégorien a mis plusieurs siècles à se constituer et que les cantiques actuels avaient eux aussi besoin de temps pour constituer un répertoire de qualité. Ce à quoi un religieux avait répondu: "Plantez un manche à balais, arrosez-le aussi longtemps que vous voudrez: il ne donnera jamais des roses".
Sous prétexte de faire "participer" les fidèles à la liturgie, nous les avons forcés à avoir toujours la bouche ouverte pour s'épuiser à chanter des petits refrains insipides qui ont désormais leur place dans de petites célébrations indigentes. Nous avons soudain ignoré que le peuple chrétien avait de grandes facultés pour mémoriser des mélodies et des textes capables de le toucher en profondeur: certains ont alors forcé les fidèles à oublier les mélodies grégoriennes qu'ils savaient "par coeur" (l'expression dit bien ce qu'elle veut dire) et par tradition. Ce faisant, ces idéologues du "tout en vernaculaire" ont privé les fidèles de la possibilité d'approfondir leurs connaissances liturgiques. On a comme programmé une amnésie collective ayant pour finalité de rendre les fidèles perméables à toutes les stupidités musicales, puis à toutes les erreurs doctrinales. La preuve, c'est qu'après avoir supprimé le Credo dans un premier temps, on en est maintenant à faire chanter aux assemblées des "machins" dont les paroles n'ont plus aucun rapport avec le Symbole de la Foi catholique. Quand un célébrant fera chanter "A-a-a la queue-le-leu" au moment de la procession de communion, il n'y aura peut-être plus aucun fidèle pour simplement s'étonner… Des clercs ont sapé le bon sens des fidèles en les gavant de niaiseries musico-liturgiques. Et c'est gravissime!
L'Eglise permet que missel romain actuel, qui donne les textes liturgiques en latin, soit traduit en langues courantes. L'Eglise souhaite vivement que ce missel soit mis en oeuvre, tant sous sa forme latine que sous sa forme vernaculaire. Pourquoi aurions-nous peur d'utiliser ces possibilités?
Le chant grégorien, qui n'est pas autre chose que la prière officielle de l'Eglise portée à la perfection de sa forme grâce à l'art musical, n'a pas à devenir une musique de conservatoires ou de concerts, ou de disques: il n'a pas à être momifié pour n'être plus exécuté qu'à l'occasion de festivals donnés pour un public qui ignore tout de la foi chrétienne. Il doit redevenir vivant au sein de nos assemblées: c'est en l'entendant et en le chantant régulièrement au cours des célébrations liturgiques qu'il pourra nourrir les fidèles au point que ceux-ci se sentiront davantage encore faire partie de l'unique peuple de Dieu.
"L'Eglise reconnaît dans le chant grégorien le chant propre de la liturgie romaine; c'est donc lui qui, dans les actions liturgiques, toutes choses égales doit occuper la première place." "Doit occuper la première place" dit Vatican II… ce qui est autre chose que "peut de temps en temps être exécuté si le curé ou l'équipe liturgique ne s'y oppose pas"….
Il est grand temps de sortir de notre torpeur: les exemples probants doivent venir des cathédrales, des grandes églises, des monastères et des couvents, des séminaires et des maisons de formation religieuse… Ainsi les plus petites paroisses seront-elles "contaminées" à leur tour par la suprême beauté du chant de l'Eglise romaine. Cela se fait en de nombreux pays: pourquoi pas en France "également"?
Bien entendu, les actions en faveur de la liturgie latine et grégorienne doivent être menées de façon harmonieuse. Jean-Paul II l'a bien rappelé: "L'aspect musical des actions liturgiques ne peut pas être tributaire d'improvisations ou de choix individuels; il doit s'appuyer sur des décisions bien coordonnées et respectueuses des normes, et prises par des autorités compétentes ayant une solide formation liturgique."
Remettre le chant grégorien à la première place dans la liturgie actuelle, c'est être pleinement dans la ligne conciliaire et c'est respecter les directives faisant autorité: celles qui émanent du Siège apostolique. L'essentiel a été dit et rappelé dans l'Exhortation Sacramentum Caritatis; alors combien de temps faudra-t-il attendre encore pour passer aux actes? Combien de temps devrons-nous attendre encore pour que les Evêques disent franchement et clairement aux fidèles – et plus spécialements aux prêtres -: "Oui, en remettant le latin et le chant grégorien dans la liturgie, vous êtes totalement dans la ligne de Vatican II et vous faites ce que l'Eglise vous demande de faire pour le bien spirituel du plus grand nombre"?

(Cf. La messe en latin et en grégorien , éditions Téqui, Paris)

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