L’Epiphanie, fête de l’évangélisation

Il y a un mot un peu difficile chez saint Paul, c’est le mot de « mystère ». Tout est mystère chez lui : il y a le mystère de Dieu, celui du Christ, celui de l’Eglise, le mystère d’Israël et même le « mystère d’iniquité » (2 Thessaloniciens 2,7). On se doute bien que le terme ne désigne pas seulement une énigme, une chose incompréhensible, comme dans le Mystère de la Grande Pyramide, mais qu’il a un sens plus riche. Les exégètes nous expliquent que le mystère désignait, à la cour des Perses, le projet secret du Roi, qu’il ne révélait qu’à quelques proches conseillers, avant de le mettre à exécution au moment fixé. Dans les lettres de saint Paul, le mystère, c’est le projet que Dieu a formé de toute éternité de nous adopter en son Fils et qu’il commencé à manifester avec l’Incarnation.


Pourtant, dans le passage que l’Eglise nous fait lire chaque année pour la fête de l’Epiphanie, le mystère a encore d’autres ramifications. Voyons plutôt : ce mystère (il l’a appelé juste avant le mystère du Christ), il ne  l’avait pas fait connaître aux hommes des générations passées, comme il l’a révélé maintenant par l’Esprit à ses saints Apôtres et à ses prophètes. Ce mystère, c’est que  les païens sont associés au même  héritage, au  même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus,  par l’annonce de l’Evangile (Ephésiens 3,5-6).

 

Le mystère, c’est donc ici la manière inattendue dont Dieu a étendu le privilège d’Israël aux nations païennes, grâce à la parole d’évangélisation confiée à la toute jeune Eglise. Au fond, il s’agit de la même chose : le mystère, c’est bien l’adoption filiale offerte à tous les hommes dans le Christ. Mais ce qui fait l’émerveillement de Paul, c’est la manière dont Dieu s’y est pris pour y parvenir : il a pris un peuple particulier et ensuite il a étendu de proche en proche son influence en direction de tous les peuples. Alors qu’il aurait pu agir « en pluie » et rejoindre en même temps chaque être humain par une voix intérieure, il a confié le salut à la proclamation de l’Evangile, c’est-à-dire au lent cheminement de la Bonne Nouvelle confiée à des lèvres humaines et destinée à provoquer la foi. Aventure à chaque fois risquée et qui ne se terminera qu’avec la dernière conversion obtenue in extremis au moment du retour du Christ.

Il y a une croissance du Royaume (pour employer un terme évangélique que n’emploie pas saint Paul) et cette croissance est indissociable de la venue du Royaume. On le voit bien dans les paraboles de Jésus, qui ne définissent jamais ce Royaume, mais nous disent comment il grandit. De l’Eglise, on peut dire beaucoup de choses, mais ce qu’il y a de plus clair en elle, c’est qu’elle est faite pour s’étendre, se multiplier et pas pour gérer un stock de croyants constitué au départ. Et pas seulement s’étendre selon l’ordre des générations, chaque époque apportant son nouveau contingent de baptisés issus de parents baptisés, mais grandir par l’évangélisation, c’est-à-dire par la diffusion de la Bonne Nouvelle auprès de ceux qui ne la connaissent pas. L’Eglise n’est jamais tant l’Eglise que quand elle s’adresse à ceux du dehors pour les faire entrer dans l’alliance avec Dieu. Quand elle ne le fait pas, ou pas assez, c’est là que commencent à se poser des problèmes insolubles de répartition des pouvoirs, de ménagement des sensibilités et autres joyeusetés du même genre…

 

Voilà pourquoi, en cette fête de l’Epiphanie, nous aimons penser à tous ceux qui de par le monde évangélisent par la parole et les actes, et prier pour eux. Il est vital que les chrétiens se lèvent pour adresser la parole à ceux qui n’ont pas ou plus la foi. Nul ne pourra découvrir le Christ, sa venue, sa mort et sa Résurrection, s’il n’y a personne pour le lui dire. Notre foi n’est pas une vérité philosophique ou un théorème mathématique, que chacun pourrait retrouver de son côté. C’est une Bonne Nouvelle, un évènement qui aurait pu ne pas arriver, mais qui s’est produit. La foi, c’est l’accueil émerveillé et reconnaissant de cette Nouvelle, qui nous ouvre à une obéissance sans réserve à Dieu, une conversion de tout l’être pour correspondre à ce que Dieu, en Jésus, attend de nous.

 

Michel GITTON

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