L’enfer est-il un échec pour Dieu ?

Tout d’abord il nous faut  préciser un peu : de quel enfer parle-t-on ?

En effet comme st Augustin le fait remarquer dans ses études des Ecritures, le mot enfer est utilisé pour désigner plusieurs choses très distinctes. Parfois il désigne les parties souterraines de la terre, parfois le séjour des morts, ailleurs il désigne le lieu auquel les damnés sont destinés.

Vous m’accorderez qu’étudier le cas des parties souterraines de la Terre ne présente pas un grand intérêt ici.

Déjà l’existence d’un séjour des morts parait comme un échec de Dieu, en effet c’est par le péché originel que la mort a été introduite dans le monde.  Vous m’accorderez que le péché originel a les aspects d’un échec pour Dieu car il va à l’encontre du plan de Dieu pour l’homme.

En effet si on relit la Genèse, Dieu offre à l’homme le paradis terrestre et souhaite ardemment que l’homme y vive en parfaite communion avec lui.

Non seulement l’acte du péché met un terme brutal à cette communion parfaite, mais de plus il introduit le péché dans le monde. Tout dans les écritures laisse à croire que cet acte n’était pas souhaité par Dieu.

 Qu’en est-il de l’enfer, comme lieu destiné aux damnés ?

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Que connaissons nous de l’enfer ?

Dans son évangile, St Marc nous parle de la géhenne de feu, de la fournaise ardente là où seront les pleurs et les grincements de dents.

Toutes les descriptions de l’enfer dans les Ecritures ou dans la Tradition sont terrifiantes.

La description de la vision de l’enfer des bergers de Fatima l’est particulièrement  :

« La première fut la vision de l'Enfer.

 Notre-Dame nous montra une grande mer de feu, qui paraissait se trouver sous la terre et, plongés dans ce feu, les démons et les âmes, comme s'ils étaient des braises transparentes, noires ou bronzées, avec une forme humaine. Ils flottaient dans cet incendie, soulevés par les flammes, qui sortaient d'eux-mêmes, avec des nuages de fumée. Ils retombaient de tous côtés, comme les étincelles retombent dans les grands incendies, sans poids ni équilibre, avec des cris et des gémissements de douleur et de désespoir qui horrifiaient et faisaient trembler de frayeur. Les démons se distinguaient par leurs formes horribles et dégoûtantes d'animaux épouvantables et inconnus, mais transparents et noirs.  »

En tous les cas ce que nous rapporte la Tradition et les Ecritures, c’est que l’enfer n’est pas un endroit où il fait  bon vivre, on y souffre même beaucoup et on y est privé de la présence de Dieu.Comment Dieu qui est Amour et tout-puissant peut-il souhaiter de telle souffrance aux âmes damnées ? N’y a-t-il pas contradiction entre un Dieu infiniment bon d’un coté et un Dieu vengeur de l’autre ?

 Benoit XVI nous rappelle dans son encyclique « Deus caritas est » que Dieu a un amour passionné pour son peuple – pour l’homme – et que cette amour est aussi un amour qui pardonne. Il va même jusqu’à sacrifier son fils unique pour nous sauver.

Et cela dans un amour gratuit et parfait.

Nous sauver de quoi ? Du péché et de l’enfer.

Cela  veut-il  dire que Dieu n’est pas  tout-puissant face à Satan ?

Qu’il ne peut pas par sa simple volonté réduire Satan, le mal et le péché au néant ?

Qu’il doit pour vaincre le péché et la mort, sacrifier son fils ?

L’enfer serait-il alors un échec pour Dieu ? Un obstacle à sa toute-puissance ?

 Pourtant nous confessons que Dieu est tout-puissant.

La réflexion sur l’origine de l’enfer comme séjour des damnés me semble un point de départ pour éclaircir ces questions.

Le point qui me parait être à l’origine de tout, aussi paradoxal que cela puisse paraître, est l’amour de Dieu. Cet amour de Dieu, nous a donné, à nous et aux anges, une liberté pleine et entière. Une liberté presque grave.

Cette liberté est celle du « oui », celle d’adorer ou de ne pas adorer Dieu, comme le dit Léon XIII dans son encyclique Libertas Praestantissimum

En effet Dieu nous a laissé par pur amour, à nous les hommes, ses créatures, la liberté de le choisir ou de le refuser. Cette liberté est fondamentale dans la foi chrétienne.

C’est cette même liberté qui permet à la vierge Marie de dire « Fiat ».

C’est cette même liberté qui a rendu possible la chute des anges.

Mais quel est le rapport entre cette liberté et l’enfer ?

Cette liberté, donnée aux hommes et aux anges de choisir Dieu, a une conséquence immédiate : il existe donc un état où les hommes et les anges sont séparés de Dieu à cause du choix libre qu’ils ont fait de le refuser.

Comme nous l’enseigne le catéchisme de l’Eglise catholique : «  C’est cet état d’auto-exclusion définitive de la communion avec Dieu et avec les bienheureux qu’on désigne par le mot enfer ».

Donc à partir du jour, où Dieu a créé les hommes et les anges libres, il a permis par là même l’enfer qui existe donc pour toute éternité.

Les conciles de Latran IV et de Trente nous enseignent que la peine principale encourue par les âmes damnées, est la séparation éternelle d’avec Dieu.

Les descriptions de l’enfer que nous rapporte la Tradition et l’Ecriture, Ne nous montre-t-elle pas alors, non pas les supplices imposé par un Dieu vengeur, mais la réalité des tourments dus à la séparation d’avec Dieu ?

Dieu nous a créés libres, par amour ; en effet il ne peut y avoir une relation d’amour parfait entre l’homme et Dieu, que si chacun accepte librement de donner et de recevoir cet amour.

 Aussi sans cette liberté fondamentale de choisir Dieu, l’amour de Dieu pour les hommes et des hommes pour Dieu ne peut prétendre devenir parfait.

On peut donc dire que l’enfer existe par l’amour de Dieu pour les hommes et les anges, aussi paradoxal que cela puisse paraitre. Comme lieu destiné aux âmes damnées, il ne me parait donc pas être un échec pour Dieu.

Revenons maintenant au péché originel que j’ai évoqué au début.

Là aussi, Dieu laisse ce péché être commis par amour pour les hommes.

En effet, pour éviter ce péché, ne lui eut-il pas suffit de ne pas mettre dans le paradis terrestre l’arbre de la connaissance du bien et du mal ? Chose qu’il pouvait faire aisément car il est le maître de la création  et qu’il est tout-puissant.

Cependant il l’a laissé pour permettre aux hommes de l’aimer librement, car sans cela la liberté de l’homme n’eut été qu’une liberté apparente. Et l’amour des hommes pour Dieu n’aurait pu prétendre être parfait.

A ce propos la liturgie de la Veillée Pascale va encore plus loin.

Dans l’Exultet, cette prière qui est chantée par le diacre ou le prêtre au début de la veillée pascale et qui annonce la Pâque, on trouve les phrases suivantes :

 
« Oui il fallait le péché d’Adam que la mort du Christ abolit !

O heureuse la faute qui nous valut pareil et si grand Rédempteur»

Cela confirme que le péché originel et son corollaire qu’est la mort ne sont pas des échecs pour Dieu.

Aussi on ne peut pas affirmer que l’enfer est un échec pour Dieu, car c’est un corollaire de la liberté qu’il nous donne de le choisir ou de le refuser.

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